{"id":2282,"date":"2006-05-01T00:00:00","date_gmt":"2006-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/claude-leveque-la-fonction-sociale2282\/"},"modified":"2006-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-30T22:00:00","slug":"claude-leveque-la-fonction-sociale2282","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2282","title":{"rendered":"Claude L\u00e9v\u00eaque : \u00ab La fonction sociale de l&#8217;art est suspecte \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Il expose au MAC\/VAL \u00e0 Vitry en mai. Ni punk ni social ? N\u00e9on, m\u00e9tal froid, solitude. Artiste engag\u00e9 ? Lucide et inform\u00e9 sur le monde. Un artiste qui a peur des dogmes et des labels et se m\u00e9fie du qualificatif r\u00e9ducteur. On sort de ses expositions plut\u00f4t secou\u00e9. Portrait. <\/p>\n<p>Il demande que son logo figure sur l&#8217;affiche de ses expositions personnelles. Un logo maison qu&#8217;il a concoct\u00e9 dans son coin. \u00ab Police partout Justice nulle part. \u00bb Lettres blanches sur fond noir. Claude L\u00e9v\u00eaque est ravi d&#8217;accoler ce macaron aux sigles du minist\u00e8re de la Culture et du conseil r\u00e9gional. \u00ab Cet \u00e9t\u00e9, le pr\u00e9fet a refus\u00e9 d&#8217;inaugurer mon exposition \u00bb, raconte l&#8217;artiste comme s&#8217;il lui avait fait une bonne blague. Le MAC\/VAL, o\u00f9 il expose \u00e0 partir du mois de mai, l&#8217;a contact\u00e9 pour v\u00e9rifier qu&#8217;il y tenait vraiment. Parce que voil\u00e0, c&#8217;est quand m\u00eame un peu d\u00e9licat&#8230; Il fait mine de s&#8217;\u00e9tonner : \u00ab Vitry, c&#8217;est une mairie communiste, \u00e7a ne devrait pas poser de probl\u00e8me ! Ce slogan, je ne l&#8217;ai pas invent\u00e9, il remonte aux manifs de 1986 contre la loi Devaquet ! \u00bb C&#8217;est le c\u00f4t\u00e9 fac\u00e9tieux du bonhomme. Sa renomm\u00e9e internationale et sa reconnaissance institutionnelle ne lui ont pas vol\u00e9 son sens de l&#8217;humour. Rien \u00e0 faire, il ne se prend pas au s\u00e9rieux. A l&#8217;annonce d&#8217;un nouveau projet, il s&#8217;amuse comme un gosse \u00e0 r\u00e9aliser des maquettes sur son ordinateur et \u00e0 mettre en lumi\u00e8re ce qu&#8217;il a dans la t\u00eate. Quand on lui fait un \u00ab cadeau \u00bb, comme d&#8217;intervenir sur un haut fourneau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Thionville, il l&#8217;accepte avec gourmandise : \u00ab J&#8217;adore ce genre de lieux qui ont cess\u00e9 toute activit\u00e9 ! Je vais r\u00e9aliser un \u00e9clairage rougeoyant comme si le soleil venait se poser sur la fa\u00e7ade en fin de journ\u00e9e. Les visiteurs pourront circuler sur des passerelles. Je vais aussi installer des longues vues pour qu&#8217;on puisse voir des d\u00e9tails. C&#8217;est un vaisseau spatial ! \u00bb Il re\u00e7oit pieds nus, en jogging et T-shirt, autour d&#8217;une petite table de cuisine sur des tabourets inconfortables. Plusieurs paires de chaussures sont entass\u00e9es devant la porte de sa maison de Montreuil, situ\u00e9e en bordure de Bagnolet. Claude L\u00e9v\u00eaque n&#8217;en a pas l&#8217;air, mais c&#8217;est un homme fort occup\u00e9. Il jongle avec une dizaine d&#8217;expositions qui se superposent et planche sur une multitude de projets qui vont se succ\u00e9der durant toute l&#8217;ann\u00e9e 2006. Ouvert devant lui, son agenda est tout griffonn\u00e9. Les deux pages qu&#8217;il a sous les yeux sont surcharg\u00e9es de notes, de collages, de croquis et de smiley jaune poussin. Ce n&#8217;est pas une mince affaire de caler un rendez-vous, mais quand on y parvient, il se montre plut\u00f4t g\u00e9n\u00e9reux : le plasticien ne passe pas la soir\u00e9e pendu \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone portable, ni l&#8217;\u0153il riv\u00e9 sur les aiguilles de sa montre. Il s&#8217;excuse m\u00eame pour tous ces contretemps. D&#8217;une voix douce, envelopp\u00e9e dans un corps d&#8217;ours sympathique, il conteste son image d&#8217;artiste punk adepte des bandes-son qui cr\u00e8vent les tympans. Cette r\u00e9putation, certaines expositions coups de poing ont contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;entretenir. Une de ses installations au Mus\u00e9e d&#8217;art moderne n&#8217;est rest\u00e9e ouverte que quelques heures : un bruit retentissant \u00e0 r\u00e9veiller les morts perforait les parois de l&#8217;alc\u00f4ve qui l&#8217;abritait. \u00ab La d\u00e9flagration intense s&#8217;accompagnait d&#8217;un flash, comme si on vous tirait dessus. \u00bb Ses affinit\u00e9s avec la sc\u00e8ne punk et la culture alternative ne sont un secret pour personne. Il en garde m\u00eame quelques vestiges &#8211; un anneau \u00e0 l&#8217;oreille gauche et un go\u00fbt prononc\u00e9 pour le hardcore et le m\u00e9tal. \u00ab J&#8217;aime bien le changement d&#8217;attitude qu&#8217;a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 ce mouvement, mais ce n&#8217;est pas un dogme. J&#8217;\u00e9coute aussi de la musique classique et contemporaine. \u00bb Un air de Strauss inonde d&#8217;ailleurs l&#8217;espace rose fuchsia de Valstar Barbie, une installation qui revisite le conte de Cendrillon, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la biennale de Lyon en 2003 et expos\u00e9e \u00e0 Beaubourg. Depuis quelques ann\u00e9es, des bruits sourds et des m\u00e9lodies romantiques sont venues remplacer le tumulte et le fracas d&#8217;autrefois. Mani\u00e8re de se d\u00e9faire d&#8217;une \u00e9tiquette qui lui casse les pieds.<\/p>\n<p>Claude L\u00e9v\u00eaque se m\u00e9fie aussi du label \u00ab artiste engag\u00e9 \u00bb. En 1993 et 1994, il investit un F5 dans une HLM de Bourges. C&#8217;est un lieu qui l&#8217;inspire. Sans doute parce qu&#8217;il a pass\u00e9 son enfance dans une cit\u00e9 ouvri\u00e8re de Nevers. Avant d&#8217;atterrir dans un atelier d&#8217;artistes boulevard Poissonni\u00e8re, il a longtemps v\u00e9cu en HLM. Aujourd&#8217;hui, il habite un pavillon avec jardin \u00e0 Montreuil. \u00ab Les ateliers d&#8217;artistes sont des ghettos. \u00bb Pendant deux ans, il occupe donc, \u00e0 la demande de l&#8217;association Emmetrop, un appartement vide qui deviendra le lieu de multiples exp\u00e9rimentations. Il recouvrira ainsi les murs de matelas et abaissera la hauteur du plafond. Sensation sinistre d&#8217;enfermement confort\u00e9e par une lumi\u00e8re blanche et des gazouillis radiophoniques. Depuis, il se sent oblig\u00e9 de se d\u00e9fendre : \u00ab Je ne suis pas sp\u00e9cialiste des HLM ! La fonction sociale de l&#8217;art est suspecte. \u00bb Expos\u00e9 dans nombre de galeries et d&#8217;institutions culturelles, il ne cultive pas ce genre de radicalit\u00e9. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de se positionner. D\u00e8s qu&#8217;on le lance sur l&#8217;actualit\u00e9 politique, il est intarissable. N\u00e9 dans une famille communiste, il est nourri de cette utopie : \u00ab Mon grand-p\u00e8re avait un id\u00e9al et son mode de vie \u00e9tait cons\u00e9cutif de sa pens\u00e9e. Dans son village minier de l&#8217;Allier, il avait d\u00e9velopp\u00e9 une entraide, une solidarit\u00e9, un partage entre voisins. Je trouve l&#8217;id\u00e9e communiste n\u00e9cessaire dans ses vertus humaniste et r\u00e9volutionnaire. \u00bb Mais il a toujours eu peur du dogme.<\/p>\n<p>Ni punk ni social, donc. Claude L\u00e9v\u00eaque d\u00e9teste les carcans, les drapeaux, les chapelles. Ses \u0153uvres ne d\u00e9livrent pas de messages. Elles interpellent les sens. L&#8217;artiste veut heurter, secouer, d\u00e9stabiliser. A coup de phrases choc qui laissent un go\u00fbt amer. \u00ab Pr\u00eats \u00e0 crever \u00bb, \u00e9crit sur la photographie d&#8217;un pavillon Bouygues. Des phrases n\u00e9on brutales ou cyniques : \u00ab T&#8217;es mort \u00bb, \u00ab Je suis une merde \u00bb, \u00ab Nous sommes heureux  \u00bb&#8230; A coup d&#8217;installations vertigineuses dont on sort \u00e9prouv\u00e9. L&#8217;impact doit \u00eatre imm\u00e9diat. Sans titre 1991 invitait le visiteur \u00e0 se mettre \u00e0 quatre pattes pour passer sous un portique derri\u00e8re lequel il tombait nez \u00e0 nez avec une mangeoire et une sangle \u00e0 laquelle s&#8217;attacher. Le plasticien a horreur des normes qui asservissent les corps et broient les identit\u00e9s. Il s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 l&#8217;anonymat. Aime les lieux d&#8217;activit\u00e9 d\u00e9saffect\u00e9s. Met en sc\u00e8ne des \u00e9quipements collectifs &#8211; mobilier de bureau, caddie de supermarch\u00e9, lits de dortoir &#8211; qu&#8217;il s&#8217;attache \u00e0 d\u00e9r\u00e9aliser. De plus en plus, les objets se r\u00e9duisent \u00e0 des lignes abstraites. \u00ab Le travail de L\u00e9v\u00eaque annonce sa couleur, celle du n\u00e9on, celle du m\u00e9tal froid, celle de l&#8217;infinie solitude \u00bb, \u00e9crit Eric Troncy dans l&#8217;ouvrage qu&#8217;il consacre \u00e0 l&#8217;artiste (1). Une chose est s\u00fbre, les \u0153uvres de Claude L\u00e9v\u00eaque ne sont pas faites pour \u00eatre contempl\u00e9es. Elles se vivent. Omnipr\u00e9sente, la lumi\u00e8re occupe tout l&#8217;espace. Elle \u00ab est un instrument de torture ou de s\u00e9duction, une substance psychotrope qui influe sur les sens, sur la m\u00e9moire \u00bb, poursuit Eric Troncy. Dans sa d\u00e9ambulation, le visiteur perd pied. Tout tangue, se renverse, chavire. Il ne peut plus se raccrocher \u00e0 rien.<\/p>\n<p>L&#8217;exposition pr\u00e9vue au mus\u00e9e de Vitry approche. Elle mettra en sc\u00e8ne \u00ab un monde onirique, fantomatique, nocturne. Un espace de basculement. Un dortoir collectif sera repr\u00e9sent\u00e9 par un minimum d&#8217;\u00e9l\u00e9ments, comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un dessin fait de lignes luminescentes. Les lits, \u00e0 l&#8217;envers sur un sol virtuel, donneront l&#8217;impression de s&#8217;envoler en tourbillonnant. \u00bb Les \u0153uvres sont toujours ins\u00e9parables des lieux. Une galerie, une piscine, un mus\u00e9e, une ferme, un appartement, une ancienne fonderie&#8230; \u00ab Je r\u00e9alise un rep\u00e9rage et un projet pour chaque lieu. Ensuite, je travaille beaucoup sur place \u00bb, raconte Claude L\u00e9v\u00eaque. Les id\u00e9es ne germent pas au fond d&#8217;un atelier : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re la rue, la vie, les rencontres. Le train, l&#8217;avion et l&#8217;h\u00f4tel sont des lieux de travail. Je suis plus \u00e0 l&#8217;aise quand je suis d\u00e9tach\u00e9 de ce qui me contraint. \u00bb Lui, qui joue sur la perte de rep\u00e8res a pourtant besoin des siens. Sa maison de la Ni\u00e8vre, au milieu de la for\u00eat, est un endroit propice \u00e0 la cr\u00e9ation. La \u00ab pr\u00e9sence extraordinaire \u00bb de ces paysages sauvages qui bordent la Loire rass\u00e9r\u00e9nerait-elle cet homme qui dit parfois \u00ab \u00eatre affect\u00e9 comme un gosse \u00bb ? Ses dispositifs oscillant entre enfer et f\u00e9erie, ses impacts acides, ses perturbations sensorielles, ont \u00e0 voir avec une vision de la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab Je suis assez lucide, tr\u00e8s inform\u00e9 sur le monde qui nous guette. \u00bb Il laisse \u00e9chapper un rire. \u00ab Un monde qui n&#8217;est pas un des meilleurs ! \u00bb <strong> 1. Eric Troncy, Claude L\u00e9v\u00eaque, \u00e9ditions Hazan, 2001. <\/strong><\/p>\n<p>\/Expos personnelles 2006 de Claude L\u00e9v\u00eaque (s\u00e9lection)\/<\/p>\n<p>\/\u00ab Le grand sommeil \u00bb, installation in situ au MAC\/VAL, \u00e0 Vitry, du 19-05 au 10-09.\/<\/p>\n<p>\/\u00ab Friandises int\u00e9rieures La suite \u00bb, Ch\u00e2teau Thierry,  du 28-05 au 9-07.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Il expose au MAC\/VAL \u00e0 Vitry en mai. Ni punk ni social ? N\u00e9on, m\u00e9tal froid, solitude. Artiste engag\u00e9 ? Lucide et inform\u00e9 sur le monde. Un artiste qui a peur des dogmes et des labels et se m\u00e9fie du qualificatif r\u00e9ducteur. On sort de ses expositions plut\u00f4t secou\u00e9. 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