{"id":2275,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/eglise-pentecotiste-entreprises2275\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"eglise-pentecotiste-entreprises2275","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2275","title":{"rendered":"Eglise pentec\u00f4tiste : Entreprises spirituelles en concurrence"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques prennent pied dans les villes fran\u00e7aises. Pentec\u00f4tistes pour la plupart, elles viennent plus ou moins directement d&#8217;Afrique, o\u00f9 le mouvement est bien implant\u00e9, et rassemblent des fid\u00e8les immigr\u00e9s de la diaspora. Leurs rapports avec les \u00c9glises protestantes oscillent entre compr\u00e9hension et m\u00e9fiance. Quelles sont les raisons de ce succ\u00e8s ? Incursion au c\u0153ur d&#8217;une th\u00e9ologie montante. <\/p>\n<p>L&#8217;\u00ab Arche de paix, \u00e9vang\u00e9lisation mondiale \u00bb, le \u00ab Fleuve de vie \u00bb, le \u00ab Christ ressuscit\u00e9 \u00bb, ces Eglises afro-chr\u00e9tiennes essaiment dans les grandes villes de France. Sur la seule r\u00e9gion parisienne, il en existerait pr\u00e8s 400 et s&#8217;en cr\u00e9erait une \u00e0 deux par mois selon le pasteur Albert Watto (1). Le ph\u00e9nom\u00e8ne n&#8217;est pas nouveau, les premi\u00e8res communaut\u00e9s se sont constitu\u00e9es il y a une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es. Pourtant, aucune \u00e9tude sociologique n&#8217;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Eglises d&#8217;outre-mer, afro-chr\u00e9tiennes, ethniques, et m\u00eame \u00ab Eglises issues de l&#8217;immigration \u00bb selon une expression de la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France (FPF), leur d\u00e9nomination n&#8217;est pas ais\u00e9e. Le sociologue et pasteur Dominique Kounkou en a dress\u00e9 une typologie : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Eglises dites \u00ab d&#8217;institution africaine \u00bb, rattach\u00e9es \u00e0 l&#8217;Eglise m\u00e8re bas\u00e9e au pays, se sont d\u00e9velopp\u00e9es une multitude de communaut\u00e9s \u00e9vang\u00e9liques n\u00e9es sur le territoire fran\u00e7ais et ind\u00e9pendantes du pays d&#8217;origine, qu&#8217;il regroupe sous le vocable \u00ab Eglises d&#8217;expressions africaines \u00bb. 90 % d&#8217;entre elles sont pentec\u00f4tisantes. Au c\u0153ur de la th\u00e9ologie : l&#8217;Esprit Saint, la puissance de l&#8217;Evangile et la possibilit\u00e9 de na\u00eetre \u00e0 nouveau par la conversion individuelle.<\/p>\n<p>\u00ab Ce qu&#8217;on entend par expression africaine, c&#8217;est la fa\u00e7on de pr\u00eacher. Les Eglises africaines correspondent tout \u00e0 fait \u00e0 ce que le pentec\u00f4tisme envisage, le mouvement du corps, l&#8217;Africain s&#8217;exprime par le geste \u00bb, explique Albert Watto. Pourtant, cette expression n&#8217;est pas th\u00e9ologiquement innomm\u00e9e. Elle utilise les m\u00eames canons, les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9ologiques que les Eglises protestantes, tient \u00e0 pr\u00e9ciser Dominique Kounkou.<\/p>\n<p><strong> Tous protestants ? <\/strong><\/p>\n<p>Une m\u00eame th\u00e9ologie, des canons identiques, pourtant les Eglises dites \u00ab historiques \u00bb n&#8217;ont pas toujours vu d&#8217;un bon \u0153il l&#8217;explosion de ces assembl\u00e9es ethniques.<\/p>\n<p>Souvent accus\u00e9es de cultiver le communautarisme, ces Eglises n&#8217;ont pas forc\u00e9ment choisi la culture de l&#8217;entre-soi : \u00ab Si ces Africains avaient \u00e9t\u00e9 mieux accueillis, ils n&#8217;auraient pas \u00e9prouv\u00e9 le besoin de cr\u00e9er leurs propres Eglises \u00bb affirme Dominique Kounkou. Le pr\u00e9sident de F\u00e9d\u00e9ration protestante de France (FPF), le pasteur Jean-Arnold de Clermont le conc\u00e8de lui-m\u00eame \u00e0 demi-mot : \u00ab De mani\u00e8re majoritaire, notre pass\u00e9 colonial fait qu&#8217;il y a eu une certaine r\u00e9ticence au m\u00e9lange culturel. \u00bb Le sociologue Dominique Kounkou va plus loin : \u00ab Au d\u00e9but, c&#8217;\u00e9tait pire que de la m\u00e9fiance, c&#8217;\u00e9tait presque du m\u00e9pris. Face \u00e0 un protestantisme fig\u00e9, voire guind\u00e9, cette fa\u00e7on de c\u00e9l\u00e9brer le culte en a \u00e9tonn\u00e9 plus d&#8217;un. La danse, le chant, les fid\u00e8les qui crient amen, all\u00e9luia. Tout cela a amen\u00e9 nombre d&#8217;acteurs \u00e0 mettre ces Eglises, au mieux dans la cat\u00e9gorie des sectes, au pire dans la cat\u00e9gorie folklore. \u00bb <\/p>\n<p><strong> Des int\u00e9r\u00eats \u00e0 double sens <\/strong><\/p>\n<p>Toutefois, la FPF pratique depuis quelques ann\u00e9es une politique d&#8217;ouverture. Pour preuve : la s\u00e9rie de rapports et de colloques autour de ces Eglises \u00e9mergentes.<\/p>\n<p>Un simple constat de bons sens, selon certains. \u00ab Ils ne peuvent pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;Histoire. Nos \u00e9glises fonctionnent, attirent des fid\u00e8les, des jeunes, font preuve d&#8217;une \u00e9tonnante vitalit\u00e9. De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00e9glises r\u00e9form\u00e9es et luth\u00e9rienne sont d\u00e9sert\u00e9es. [Elles] cherchent dans nos \u00e9glises les secrets de notre succ\u00e8s \u00bb r\u00e9sume Dominique Kounkou.<\/p>\n<p>Et l&#8217;int\u00e9r\u00eat est \u00e0 double sens, du c\u00f4t\u00e9 des eglises africaines, certaines ont pris le parti de rallier les f\u00e9d\u00e9rations pr\u00e9existantes. Par exemple, la Communaut\u00e9 des Eglises d&#8217;expressions africaines de France (CEAF) regroupant pr\u00e8s de 50 paroisses, pr\u00e9sid\u00e9e par le pasteur Majagira Bulangalire, a rejoint la FPF, il y a deux ans, apr\u00e8s quinze ans de tractations. Besoin de reconnaissance mais aussi une fa\u00e7on de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une protection de tutelle face aux accusations de d\u00e9rives sectaires port\u00e9es contre elles par les pouvoirs publics. N\u00e9anmoins, bon nombre de ces assembl\u00e9es ont choisi de rester ind\u00e9pendantes des f\u00e9d\u00e9rations protestantes \u00ab franco-fran\u00e7aises \u00bb et organiser leur propre union d&#8217;\u00e9glises ou se regrouper autour de la seule figure de leur pasteur.<\/p>\n<p>Ce sont ces derni\u00e8res qui restent dans la ligne de mire de la FPF. Dans un de ses r\u00e9cents rapports (2), la F\u00e9d\u00e9ration n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 qualifier ces Eglises trop \u00e9mancip\u00e9es de \u00ab n\u00e9buleuse qui\u00a0correspond \u00e0 l&#8217;importation des m\u00e9thodes du business religieux en Afrique \u00bb, et d&#8217;ajouter : \u00ab Autodidactes et pratiquant un discours d&#8217;autorit\u00e9, ils [les pasteurs] sont peu ouverts aux autres communaut\u00e9s, per\u00e7ues comme des concurrents sur le march\u00e9 du religieux. \u00bb D&#8217;o\u00f9 l&#8217;importance, pour le pasteur Bulangalire, de leur ouverture et de leur affiliation \u00e0 une f\u00e9d\u00e9ration pr\u00e9existante. Une fa\u00e7on d&#8217;\u00e9tablir une sorte de tra\u00e7abilit\u00e9. Selon lui, le respect de crit\u00e8res contraignants, comme la transparence financi\u00e8re, auxquels ces Eglises doivent se plier pour adh\u00e9rer \u00e0 la CEAF (et donc \u00e0 la FPF) serait prohibitif pour les pasteurs les plus malhonn\u00eates.<\/p>\n<p>Mais certains s&#8217;agacent de cette forme d&#8217;injonction \u00e0 l&#8217;affiliation. L&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 la FPF \u00ab n&#8217;est pas en soi un label automatique d&#8217;honorabilit\u00e9 \u00bb, d\u00e9clare S\u00e9bastien Fath, chercheur au CNRS (3). Le pasteur Albert Watto souscrit : \u00ab Il y a des Eglises ind\u00e9pendantes qui fonctionnent tr\u00e8s bien et il ne suffit pas \u00e0 une Eglise d&#8217;\u00eatre rattach\u00e9e \u00e0 la FPF pour \u00eatre au-dessus de tout soup\u00e7on. \u00bb <\/p>\n<p><strong> Des pasteurs inspir\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des querelles de clocher, dont ces Eglises ne sont pas exemptes, tous se rejoignent sur un point : l&#8217;absence de formation des pasteurs est probl\u00e9matique. Qu&#8217;elles soient ind\u00e9pendantes ou affili\u00e9es \u00e0 une instance repr\u00e9sentative, la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 d&#8217;entre elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par des pasteurs autoproclam\u00e9s, sans formation th\u00e9ologique ou biblique. Travailleurs immigr\u00e9s, diplomates reconvertis, sans-papiers, la plupart ne sont pas des professionnels de la religion. \u00ab Pour beaucoup il suffit d&#8217;avoir une vision, un appel spirituel, pour fonder son Eglise \u00bb constate le pasteur Albert Watto. La majorit\u00e9 des Eglises d&#8217;expression africaine sont cornaqu\u00e9es par des pasteurs \u00ab inspir\u00e9s \u00bb, sans direction th\u00e9ologique claire. \u00ab Ils sont \u00e9vang\u00e9liques donc congr\u00e9gationalistes, ce qui signifie que le pasteur n&#8217;est pas le seul \u00e0 d\u00e9cider des orientations de son \u00e9glise, explique le pr\u00e9sident de la CEAF, Majagira Bulangalire, or  nombre de communaut\u00e9s ont des gourous pour pasteurs, qui font tout et d\u00e9cident tout. \u00bb \u00ab A l&#8217;institut biblique de Nogent, nous insistons non seulement sur l&#8217;apprentissage th\u00e9ologique mais nous apprenons \u00e0 g\u00e9rer de mani\u00e8re claire et transparente une association cultuelle \u00bb, explique Albert Watto, qui voudrait voir les animateurs de ces \u00e9glises se former d&#8217;avantage au pastorat.<\/p>\n<p>Si beaucoup de pasteurs p\u00e8chent par ignorance, il ne faut pas minimiser le nombre de ceux qui y voient un moyen de faire leur beurre \u00e0 peu de frais. La paroisse est alors dirig\u00e9e comme une petite \u00ab entreprise spirituelle \u00bb qui peut rapporter gros. Jouant \u00e0 fond la carte de l&#8217;\u00e9motion et du miraculeux, ces \u00ab petits entrepreneurs de bien de salut \u00bb (4) d\u00e9ploient tout un arsenal de proc\u00e9d\u00e9s pour amener le fid\u00e8le \u00e0 donner toujours plus. Le pasteur Bulangalire le d\u00e9plore : \u00ab Certains pasteurs autoproclam\u00e9s ont trouv\u00e9 un filon dans cette jungle qu&#8217;est l&#8217;Europe, ils utilisent la spiritualit\u00e9 et la faiblesse passag\u00e8re des gens pour s&#8217;enrichir. \u00bb Pourtant ni la CEAF, ni la FPF, ni aucune autre f\u00e9d\u00e9ration n&#8217;entend faire le m\u00e9nage. D&#8217;abord parce qu&#8217;elles ne disposent d&#8217;aucune autorit\u00e9 en la mati\u00e8re, mais surtout, rappellent-elles, parce que toute forme de contr\u00f4le est contraire \u00e0 l&#8217;esprit du protestantisme. <\/p>\n<p><strong> Ilhame Taoufiqi  <\/strong><\/p>\n<p>1. Responsable de la formation des pasteurs africains \u00e0 l&#8217;Institut biblique de Nogent.<\/p>\n<p>2. Rapport publi\u00e9 sur le site de la FPF http:\/\/www.protestants.org\/textes\/eglises_immigration<\/p>\n<p>3. S\u00e9minaire \u00ab Secte et la\u00efcit\u00e9 \u00bb organis\u00e9 par la MIVILUDES en d\u00e9cembre 2003.<\/p>\n<p>4. S\u00e9bastien Fath, Du ghetto au r\u00e9seau : Le protestantisme \u00e9vang\u00e9lique en France (1800-2005), p 228., Labor et Fid\u00e8s, 2005.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques prennent pied dans les villes fran\u00e7aises. 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