{"id":2272,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-ce-a-guichet-ouvert2272\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"les-ce-a-guichet-ouvert2272","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2272","title":{"rendered":"Les CE \u00e0 guichet ouvert"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les comit\u00e9s d&#8217;entreprise ont 60 ans. L&#8217;\u00e2ge de la retraite ? Des premiers pas, initi\u00e9s par un ministre communiste, au th\u00e9\u00e2tre support du management, en passant par le ch\u00e8que- loisirs, leur mission culturelle a bien chang\u00e9. Certains continuent d&#8217;y croire. <\/p>\n<p>\u00ab On passe pour des ringards \u00bb, d\u00e9plore Malek Sadki. Responsable du comit\u00e9 d&#8217;entreprise de Renault-Rueil, il est l&#8217;un des derniers \u00e0 proposer aux salari\u00e9s du groupe automobile des actions culturelles dignes de ce nom. Sur son bureau tra\u00eene un projet de documentaire, le Big Band d&#8217;Enfants d&#8217;Ukraine. Au mur, un hommage \u00e0 Jean Rouch, pr\u00e9curseur de la Nouvelle Vague au cin\u00e9ma. Il est midi. Une exposition de photos \u00e9clair\u00e9e tant bien que mal attire quelques employ\u00e9s en pause d\u00e9jeuner. D&#8217;autres, plus nombreux, occupent la m\u00e9diath\u00e8que dont le fonds s&#8217;enrichit r\u00e9guli\u00e8rement sur les conseils de fid\u00e8les lecteurs regroup\u00e9s en collectif. Une m\u00e9diath\u00e8que semblable \u00e0 celle de Renault-Le Mans qui a ferm\u00e9 pour raison budg\u00e9taire. Pas assez rentable. Ainsi en a d\u00e9cid\u00e9 la nouvelle coalition CFDT-CGC. A Rueil-Malmaison aussi, la menace p\u00e8se et les difficult\u00e9s se font sentir. \u00ab La tendance est aux circuits touristiques et aux week-ends dont le budget a doubl\u00e9 en trois ans \u00bb, s&#8217;inqui\u00e8te Malek Sadki. La grande \u00e9poque, celle des rencontres avec des \u00e9crivains de la trempe d&#8217;Aragon, celle des films amateurs r\u00e9alis\u00e9s par les salari\u00e9s, est bel et bien r\u00e9volue. On se contente aujourd&#8217;hui de pr\u00eater des salles aux artistes en herbe. Il reste les expos, les spectacles et la billetterie qui a pris de l&#8217;envergure. \u00ab En deux ans, c&#8217;est devenu un gros secteur. \u00bb La s\u00e9lection est le fruit d&#8217;un compromis : Johnny Halliday c\u00f4toie le mus\u00e9e d&#8217;Orsay, Dany Boon un concert \u00e9lectro, Lorie Le Barbier de S\u00e9ville. \u00ab On est pass\u00e9 de la participation des salari\u00e9s \u00e0 une activit\u00e9 de consommation \u00bb, r\u00e9sume le responsable du CE qui se refuse pourtant \u00e0 baisser les bras. M\u00eame si les sorties de groupe au th\u00e9\u00e2tre, organis\u00e9es cinq fois par an, n&#8217;attirent au total qu&#8217;une cinquantaine de personnes&#8230; Autant dire tr\u00e8s peu de monde compar\u00e9 aux 7000 billets de spectacle vendus dans l&#8217;ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Malek Sadki fait figure de r\u00e9sistant. Il est de ceux qui continuent \u00e0 marteler des mots comme \u00e9mancipation, esprit critique, \u00e9veil, \u00e9ducation populaire. La plupart de ces militants de la culture ont entre 45 et 60 ans. Ils \u00e9voquent Jean Vilar, G\u00e9rard Philippe et le TNP, Yves Montand et les soir\u00e9es avec les ouvriers de Renault-Billancourt, Jack Lang et les subventions d&#8217;Etat dont b\u00e9n\u00e9ficiaient les CE dans les ann\u00e9es 1980. Mais aussi des exp\u00e9riences plus r\u00e9centes comme ces deux films autour des chantiers de l&#8217;Atlantique, \u00e0 l&#8217;initiative du CE d&#8217;Alstom \u00e0 Saint-Nazaire : Un monde moderne, de Sabrina Malek et Renaud Soulier, et La Poussi\u00e8re du diable, documentaire r\u00e9alis\u00e9 par des salari\u00e9s. Soumis \u00e0 des pressions diverses, ces hommes et ces femmes poursuivent un travail de fourmi au sein des comit\u00e9s d&#8217;entreprise de la Caisse d&#8217;\u00e9pargne, de la RATP, de la SNCF, chez Renault ou encore \u00e0 EDF. De la volont\u00e9, il en faut des kilos pour ramer \u00e0 contre-courant. \u00ab Le march\u00e9 s&#8217;est impos\u00e9 dans les domaines de la culture et du tourisme, si bien que les CE ont d\u00e9sormais pour r\u00f4le de soutenir des demandes de consommation nombreuses \u00bb, souligne Christian Dufour, sociologue. Les billetteries, avec leurs t\u00eates d&#8217;affiches en guise de produits d&#8217;appel, ont le vent en poupe. Tr\u00e8s pratique. Il suffit d&#8217;une h\u00f4tesse derri\u00e8re un guichet pour contenter le plus grand nombre. Pourquoi les \u00e9lus s&#8217;en priveraient-ils ? Quant aux petits comit\u00e9s d&#8217;entreprise, ils se contentent souvent, faute d&#8217;argent, d&#8217;un programme f\u00e9d\u00e9rateur : l&#8217;arbre de No\u00ebl et le cirque Gruss.<\/p>\n<p>\u00ab Que les CE aux faibles moyens n&#8217;arrivent pas \u00e0 d\u00e9velopper une politique culturelle, c&#8217;est une chose. Mais les gros n&#8217;ont pas d&#8217;excuse. Ils mettent un budget \u00e9norme dans les voyages ! \u00bb, s&#8217;emporte Annie Dufetelle, ex-\u00e9lue au comit\u00e9 d&#8217;entreprise de la Caisse d&#8217;\u00e9pargne qui g\u00e8re le centre culturel La Clef, \u00e0 Paris. Elle s&#8217;est battue tant qu&#8217;elle a pu, organisant des soir\u00e9es th\u00e9matiques autour de l&#8217;ex-Yougoslavie, du conflit isra\u00e9lo-palestinien et de la Tch\u00e9tch\u00e9nie. Quand elle ne parvenait \u00e0 r\u00e9unir que cinquante personnes, elle \u00e9tait un peu d\u00e9\u00e7ue. Mais elle tenait bon. \u00ab Pour que les salari\u00e9s viennent, il n&#8217;y a pas de secret. Il faut passer de nombreux coups de t\u00e9l\u00e9phone. Apr\u00e8s, le bouche \u00e0 oreille prend le relais. \u00bb Avec l&#8217;arriv\u00e9e de la coalition CGT-SUD, elle a d\u00fb laisser sa place. Sa rempla\u00e7ante, Florence Humbert, est nettement moins optimiste : \u00ab On essaie de r\u00e9unir les salari\u00e9s de la Caisse d&#8217;\u00e9pargne, mais on rame. Certains habitent \u00e0 150 kilom\u00e8tres de Paris alors que La Clef est situ\u00e9 au c\u0153ur de la capitale. De plus, ils sont tr\u00e8s consommateurs. La billetterie, c&#8217;est moins cher et pas contraignant. On nous demande des r\u00e9ductions pour Dysneyland. Nous ne sommes pas encore prestataires, mais je ne suis pas s\u00fbre que nous parvenions \u00e0 r\u00e9sister. \u00bb Il faut reconna\u00eetre que les pressions multiples rendent sa mission difficile. Le budget a baiss\u00e9, la responsable n&#8217;est d\u00e9tach\u00e9e que trois jours par semaine et la CGT, tent\u00e9e par les ch\u00e8ques-culture, ne semble pas avoir la moindre intention de sauver La Clef du naufrage.<\/p>\n<p>Un naufrage qui guette tous les CE, sans exception. M\u00eame \u00e0 EDF, dont le budget reste pourtant tr\u00e8s important (1), il faut des \u00e9lus de bonne volont\u00e9 pour tenir le cap. Pour l&#8217;instant, ils continuent \u00e0 programmer l&#8217;\u00e9t\u00e9, dans les centres de vacances, des cr\u00e9ations engag\u00e9es, des pi\u00e8ces comme Daewoo inspir\u00e9e du livre de Fran\u00e7ois Bon, et La Tentation du Bazooka sur l&#8217;usine Nestl\u00e9 de Marseille. Le reste de l&#8217;ann\u00e9e, ils organisent des lectures publiques dans les cantines d&#8217;entreprise. Les partenariats se maintiennent. Plusieurs fois, le Th\u00e9\u00e2tre Jean Vilar de Vitry a ainsi associ\u00e9 les gaziers et \u00e9lectriciens de la centrale EDF de la ville \u00e0 la production de spectacles. Mais \u00ab il existe une pression des salari\u00e9s et de certaines organisations syndicales qui pensent que la meilleure redistribution est individuelle. C&#8217;est la billetterie, les ch\u00e8ques cadeau, les ch\u00e8ques cin\u00e9ma \u00bb, d\u00e9plore Fiore d&#8217;Ascoli, pr\u00e9sident de la commission Culture de la CCAS. Sans compter \u00ab les pressions \u00e9conomiques qui nous am\u00e8nent \u00e0 justifier pourquoi on programme une tourn\u00e9e th\u00e9\u00e2trale co\u00fbteuse alors qu&#8217;il est urgent de travailler \u00e0 la r\u00e9novation de la salle d&#8217;activit\u00e9s dans tel centre de vacances \u00bb. A EDF, la culture n&#8217;est pas le parent pauvre du CE mais l&#8217;enveloppe budg\u00e9taire diminue, comme partout, au profit des vacances et des loisirs. \u00ab Sans un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 motiv\u00e9 qui aime le th\u00e9\u00e2tre et propose des sorties, la relation avec les salari\u00e9s ne se produit pas \u00bb, note Catherine Dan, directrice adjointe au Th\u00e9\u00e2tre de la Commune \u00e0 Aubervilliers.<\/p>\n<p>Alors, \u00e0 qui la faute ? Aux salari\u00e9s qui boudent les sorties au th\u00e9\u00e2tre ? A la t\u00e9l\u00e9vision qui endort les consciences ? Aux \u00e9lus qui n&#8217;ont qu&#8217;une h\u00e2te, s\u00e9duire pour se faire r\u00e9\u00e9lire ? Aux th\u00e9\u00e2tres qui n&#8217;y croient plus ? Aux restructurations ? Aux plans sociaux ? A la sous-traitance ? Parfois, les militants de la premi\u00e8re heure ont un peu l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre des Don Quichotte. On leur reproche des combats d&#8217;arri\u00e8re-garde face \u00e0 un monde qui bouge. Un monde plus dur o\u00f9 la lutte contre le ch\u00f4mage est devenue la priorit\u00e9 num\u00e9ro un. Un monde o\u00f9 le march\u00e9 de la culture s&#8217;est consid\u00e9rablement diversifi\u00e9. Un monde o\u00f9 les salari\u00e9s rejettent l&#8217;entreprise qui les fait souffrir. Bref, les liens entre travail et culture se sont distendus. Aujourd&#8217;hui, il n&#8217;est pas une ville moyenne qui n&#8217;ait sa biblioth\u00e8que et son multiplexe. Des th\u00e9\u00e2tres nationaux sont r\u00e9partis sur tout le territoire. N&#8217;est-ce pas suffisant ? \u00ab Les biblioth\u00e8ques municipales et les nouvelles technologies ont r\u00e9volutionn\u00e9 l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la culture. Mais cette forme de d\u00e9mocratisation n&#8217;a rien \u00e0 voir avec la construction d&#8217;une citoyennet\u00e9 \u00bb, r\u00e9plique Fiore d&#8217;Ascoli. Les vieux militants veulent encore voir dans l&#8217;entreprise autre chose qu&#8217;un outil d&#8217;asservissement. Ils r\u00eavent d&#8217;un espace de d\u00e9bat, de rencontre, d&#8217;\u00e9change. C&#8217;est le cas d&#8217;Armand Suhm, directeur pittoresque, avec son chapeau noir aux larges bords et son \u00e9paisse moustache, du centre culturel du CE de la RATP : \u00ab Il faut red\u00e9couvrir la parent\u00e9 entre les mondes industrieux et artistique. Quand l&#8217;artiste plasticien vient parler du travail, c&#8217;est le point m\u00e9dian. \u00bb Le lieu est flambant neuf. Dot\u00e9 d&#8217;une salle de concert pour  un orchestre symphonique, de studios d&#8217;enregistrement et de r\u00e9p\u00e9tition insonoris\u00e9s, d&#8217;une biblioth\u00e8que, d&#8217;une salle de danse et d&#8217;un atelier d&#8217;arts plastiques, il a des moyens hors normes. Forte de 45 000 salari\u00e9s, l&#8217;entreprise de transport a un CE bien mieux loti que la plupart. Armand Suhm l&#8217;admet sans difficult\u00e9 : \u00ab On est dans une phase de d\u00e9combres. \u00bb Le pronostic vital est engag\u00e9. Mais les plus acharn\u00e9s n&#8217;ont pas dit leur dernier mot. Pour r\u00e9sister, ils mettent en place des initiatives \u00e0 plusieurs. En 2001, la Caisse d&#8217;\u00e9pargne s&#8217;est fait aider de six comit\u00e9s d&#8217;entreprise pour produire une pi\u00e8ce sur la mondialisation. Ils sont d\u00e9sormais sept \u00e0 participer au festival Visions sociales, \u00e0 l&#8217;initiative du CE d&#8217;EDF, et onze au Carrefour des Passions, biennale valorisant les pratiques amateurs des salari\u00e9s. Cette mutualisation permet \u00e0 de petites structures de b\u00e9n\u00e9ficier des moyens et du savoir-faire des autres. Pour Fiore d&#8217;Ascoli, \u00ab il faut croiser les exp\u00e9riences et f\u00e9d\u00e9rer les ressources. Sans quoi, tout va dispara\u00eetre \u00bb.<\/p>\n<p>\/ENCADRE 1\/<\/p>\n<p>\/Un CE, c&#8217;est quoi ?\/<\/p>\n<p>\/Les comit\u00e9s d&#8217;entreprise sont des structures autog\u00e9r\u00e9es par les salari\u00e9s sur la base d&#8217;\u00e9lections professionnelles. L&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier, le mandat des repr\u00e9sentants \u00e9lus du personnel est pass\u00e9 de deux ans \u00e0 quatre ans. Ils sont consult\u00e9s sur l&#8217;organisation et le fonctionnement de l&#8217;\u00e9tablissement, et notamment sur les mesures concernant les projets de restructuration ou de compression des effectifs, l&#8217;am\u00e9nagement du temps de travail et les conditions d&#8217;emploi. Ils ont pour mission de s&#8217;occuper des \u0153uvres sociales et culturelles : loisirs, sport, vacances, th\u00e9\u00e2tre, biblioth\u00e8ques, concerts, ch\u00e8ques cadeaux&#8230; Pour remplir cette t\u00e2che, ils disposent d&#8217;une subvention accord\u00e9e par l&#8217;entreprise et calcul\u00e9e au pourcentage de la masse salariale brute. Elle varie de 0,2 % \u00e0 5 %. Seules les entreprises de plus de cinquante salari\u00e9s poss\u00e8dent un CE.\/<\/p>\n<p>\/ENCADRE 2\/<\/p>\n<p>\/Association Ticket-Th\u00e9\u00e2tre\/<\/p>\n<p>\/Quinze th\u00e9\u00e2tres parisiens et de proche banlieue ont nou\u00e9 un partenariat qui dure depuis 1994 avec une centaine de comit\u00e9s d&#8217;entreprise. Le constat : les salari\u00e9s ne veulent plus sortir entre eux, ils pr\u00e9f\u00e8rent se d\u00e9placer en famille, entre amis ou seuls. \u00ab Les salari\u00e9s de Renault viennent de mani\u00e8re individuelle. Aujourd&#8217;hui, les gens pr\u00e9f\u00e8rent \u00eatre rembours\u00e9s ou avoir des r\u00e9ductions plut\u00f4t que d&#8217;\u00eatre pris par la main \u00bb, constate H\u00e9l\u00e8ne Bontemps, responsable des relations publiques au Th\u00e9\u00e2tre de la Commune et Aubervilliers. Pour adh\u00e9rer, le CE verse une cotisation annuelle \u00e0 l&#8217;association. Ticket-Th\u00e9\u00e2tre propose aussi de jeter un \u0153il aux coulisses : les adh\u00e9rents peuvent rencontrer les metteurs en sc\u00e8ne, les com\u00e9diens, les r\u00e9gisseurs, les habilleuses ou les d\u00e9corateurs, assister \u00e0 des r\u00e9p\u00e9titions publiques, ou encore visiter des th\u00e9\u00e2tres.\/<\/p>\n<p>\/www.ticket-theatre.com\/<\/p>\n<p>\/ENCADRE3\/<\/p>\n<p>\/Cr\u00e9\u00e9s \u00e0 la Lib\u00e9ration, les comit\u00e9s d&#8217;entreprise sont pass\u00e9s en soixante ans de cinq mille \u00e0 trente mille. A l&#8217;ordonnance du\/<\/p>\n<p>\/22 f\u00e9vrier 1945 fait suite le texte de loi vot\u00e9 le 16 mai 1946. Impuls\u00e9 par Ambroise Croizat, ministre du Travail communiste, il stipule : \u00ab En mati\u00e8re sociale et culturelle, le comit\u00e9 d&#8217;entreprise (ou d&#8217;\u00e9tablissement) jouit d&#8217;un monopole l\u00e9gal. La loi lui a confi\u00e9 en effet la gestion ou le contr\u00f4le de la\/<\/p>\n<p>\/gestion de toutes les activit\u00e9s sociales et\/<\/p>\n<p>\/culturelles. Les modalit\u00e9s de cette gestion et de ce contr\u00f4le peuvent varier, mais le monopole lui-m\u00eame ne souffre pas d&#8217;exception. Le comit\u00e9 d&#8217;entreprise assume ou contr\u00f4le la gestion de toutes les activit\u00e9s sociales et culturelles \u00e9tablies dans l&#8217;entreprise au b\u00e9n\u00e9fice des salari\u00e9s ou de leur famille. \u00bb\/<\/p>\n<p>\/Au d\u00e9part, les CE sont cr\u00e9\u00e9s pour emp\u00eacher les employeurs d&#8217;utiliser les \u0153uvres sociales \u00e0 des fins paternalistes. \u00ab Malgr\u00e9 l&#8217;enthousiasme et l&#8217;\u00e9nergie des premiers \u00e9lus, les d\u00e9buts sont difficiles. Le patronat multiplie les obstacles et tente de reprendre le contr\u00f4le des \u00ab\u0153uvres sociales\u00bb qui constituaient l&#8217;instrument essentiel de sa pression id\u00e9ologique \u00bb (1), raconte Jean-Michel Leterrier, ancien ouvrier m\u00e9tallo devenu docteur en esth\u00e9tique, auteur de plusieurs ouvrages sur la question. Il faut ajouter \u00e0 cela l&#8217;inexp\u00e9rience des \u00e9lus et les r\u00e9ticences au sein m\u00eame de la CGT qui craint une \u00e9ventuelle collaboration des CE avec la direction et veut garder le contr\u00f4le.\/<\/p>\n<p>\/Tout de suite, une grande place est accord\u00e9e \u00e0 la biblioth\u00e8que. Le livre est, en effet, un symbole fort d&#8217;\u00e9mancipation dans l&#8217;histoire du mouvement ouvrier fran\u00e7ais. Les billetteries-spectacles, fruit de la rencontre avec Jean Vilar, apparaissent d\u00e8s 1951. Mais \u00ab d\u00e8s leur cr\u00e9ation, les comit\u00e9s d&#8217;entreprise s&#8217;inscrivent dans cette d\u00e9marche p\u00e9dagogique ancr\u00e9e dans la culture ouvri\u00e8re et syndicale, rappelle Jean-Michel Leterrier. Les \u00e9lus des comit\u00e9s d&#8217;entreprise s&#8217;attachent, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 donner un contenu didactique aux diff\u00e9rentes actions\/<\/p>\n<p>\/culturelles qu&#8217;ils organisent \u00bb. L&#8217;esprit du mouvement d&#8217;\u00e9ducation populaire souffle alors, impr\u00e9gnant les pratiques des repr\u00e9sentants du personnel. Dans les ann\u00e9es 1980, Jack Lang, ministre de la Culture, met en place des conventions de d\u00e9veloppement culturel sign\u00e9es avec nombre de CE qui se voient d\u00e8s lors accorder des subventions pour des projets sp\u00e9cifiques. Depuis, les billetteries se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, au d\u00e9triment des r\u00e9sidences d&#8217;artistes et autres initiatives ancr\u00e9es dans la dur\u00e9e.\/<\/p>\n<p>\/Marion Rousset\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les comit\u00e9s d&#8217;entreprise ont 60 ans. L&#8217;\u00e2ge de la retraite ? Des premiers pas, initi\u00e9s par un ministre communiste, au th\u00e9\u00e2tre support du management, en passant par le ch\u00e8que- loisirs, leur mission culturelle a bien chang\u00e9. 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