{"id":2271,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/udf-comment-exister2271\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"udf-comment-exister2271","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2271","title":{"rendered":"UDF, comment exister ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s son congr\u00e8s de janvier et quelques rappels \u00e0 l&#8217;ordre internes, l&#8217;UDF met son bateau \u00e0 l&#8217;eau. Objectif : la pr\u00e9sidentielle. A la proue, Fran\u00e7ois Bayrou se garde sur sa gauche, attentif \u00e0 tenir **le centre sans perdre sa droite. Oh\u00e9, oh\u00e9 matelots&#8230; <\/p>\n<p>Et Fran\u00e7ois Bayrou jeta sa gourme. En se d\u00e9barrassant d\u00e9finitivement, comme il l&#8217;esp\u00e8re, de son rival Gilles de Robien : qui s&#8217;en d\u00e9fend : \u00e0 l&#8217;occasion du congr\u00e8s extraordinaire de l&#8217;UDF des 28 et 29 janvier, le leader centriste entend donner \u00e0 son parti sa feuille de route pour les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales prochaines. La crise qui couvait depuis un moment d\u00e9j\u00e0, et qui a v\u00e9ritablement \u00e9clat\u00e9 avec le refus des groupes parlementaires UDF de voter le budget 2006 \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale puis au S\u00e9nat, devrait y conna\u00eetre sa r\u00e9solution.<\/p>\n<p>Seul ministre UDF d&#8217;un gouvernement auquel son propre parti n&#8217;a pas vot\u00e9 la confiance, Gilles de Robien a fait preuve depuis l&#8217;automne d&#8217;une maladresse, d&#8217;une absence de flair remarquables, qui permet d\u00e9sormais \u00e0 Bayrou de trancher le n\u0153ud gordien de son positionnement dans la majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour celui-ci, les choses sont plut\u00f4t simples : l&#8217;action gouvernementale est vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9chec, l&#8217;UMP est incapable d&#8217;appr\u00e9hender la gravit\u00e9 de la crise qui secoue le pays et le centre, de ce fait, voit s&#8217;ouvrir devant lui un boulevard qui le met en situation pour l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Plus prosa\u00efquement, sans doute, Fran\u00e7ois Bayrou n&#8217;a pas pardonn\u00e9 \u00e0 Jacques Chirac le d\u00e9bauchage effr\u00e9n\u00e9 de ses troupes auquel le pr\u00e9sident s&#8217;est acharn\u00e9 entre les deux tours de la pr\u00e9sidentielle pr\u00e9c\u00e9dente pour mettre en place son nouveau parti. Une saign\u00e9e qu&#8217;avait alors pratiqu\u00e9e, avec d&#8217;autres, son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;\u00e9poque, vou\u00e9 aux basses man\u0153uvres en tout genre, un certain Dominique de Villepin. Et les d\u00e9routes successives du parti majoritaire (r\u00e9gionales, europ\u00e9ennes, r\u00e9f\u00e9rendum) confortent Fran\u00e7ois Bayrou dans son analyse.<\/p>\n<p><strong> Bayrou, seul en lice <\/strong><\/p>\n<p>Gilles de Robien est plus nuanc\u00e9. Plus prudent et plus conservateur aussi. Lib\u00e9ral en rupture de ban avec son ancienne famille politique (il a quitt\u00e9 D\u00e9mocratie lib\u00e9rale apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9gionales de 1998), l&#8217;ancien maire d&#8217;Amiens ne con\u00e7oit l&#8217;UDF que dans la majorit\u00e9 et doute fortement de la capacit\u00e9 de son parti \u00e0 incarner cette fameuse troisi\u00e8me voie. C&#8217;est lui qui a r\u00e9clam\u00e9 un vote interne sur la strat\u00e9gie de l&#8217;UDF, sans prendre conscience de la toute-puissance de Bayrou sur les militants : \u00e9pur\u00e9e apr\u00e8s 2002, l&#8217;UDF a gagn\u00e9 en coh\u00e9rence interne, et le ministre de l&#8217;Education nationale a sous-estim\u00e9 la rancune de ses troupes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;UMP.<\/p>\n<p>Ce congr\u00e8s, voulu par Robien et volontiers accord\u00e9 par Bayrou, se retourne ainsi contre son promoteur qui, d\u00e9j\u00e0 exclu des instances dirigeantes, a \u00e9t\u00e9 violemment rappel\u00e9 \u00e0 l&#8217;ordre lors du bureau politique du 14 d\u00e9cembre. S\u00fbr de sa d\u00e9faite, il n&#8217;a m\u00eame pas d\u00e9pos\u00e9 de motion. Et Bayrou, seul en lice, est s\u00fbr de son triomphe.<\/p>\n<p><strong> Une ann\u00e9e th\u00e9orique <\/strong><\/p>\n<p>2006 doit \u00eatre son ann\u00e9e. Politiquement plus tranquille, le d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques entend d\u00e9sormais mettre son parti en phase avec la soci\u00e9t\u00e9. Et a d\u00e9cid\u00e9 de la tenue d&#8217;une quinzaine de colloques th\u00e9matiques, d&#8217;ici juin, afin de peaufiner son projet pr\u00e9sidentiel. Le premier, modestement intitul\u00e9 \u00ab Aux racines du mal fran\u00e7ais \u00bb, s&#8217;est tenu les 19 et 20 octobre derniers \u00e0 la Maison des Polytechniciens \u00e0 Paris. La sant\u00e9, la d\u00e9mocratie et le logement ont \u00e9t\u00e9 depuis abord\u00e9s. Avant que ne vienne le tour de l&#8217;immigration, de la justice, de l&#8217;Europe&#8230; La r\u00e9flexion th\u00e9orique des partis politiques fran\u00e7ais, d&#8217;habitude si pauvre, s&#8217;en trouvera \u00e0 coup s\u00fbr boulevers\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> \u00ab Aux racines du mal fran\u00e7ais \u00bb a fait <\/strong> l&#8217;objet d&#8217;une publication en DVD, qui devrait permettre de porter la bonne parole dans les tr\u00e9fonds du parti. Fran\u00e7ois Bayrou cite longuement le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, d\u00e9nonce l&#8217;affaiblissement national, la r\u00e9signation et la soumission. Eberlu\u00e9, on h\u00e9site entre l&#8217;appel du 18 Juin et le discours de Bayeux. Reste qu&#8217;entre Martin Hirsch, Guy Carcassonne, Paul Alli\u00e8s, Robert Rochefort, Nicolas Tenzer ou Alain Etchegoyen, Fran\u00e7ois Bayrou a r\u00e9uni suffisamment de mandarins pour servir son propos. Plus quelques t\u00eates d&#8217;affiche, comme Philippe Meyer et G\u00e9rard Miller, qui lui permettent de jouer une partition \u00ab people chic \u00bb et m\u00e9diatiquement porteuse. Car pour le fond, c&#8217;est \u00e0 une d\u00e9molition en r\u00e8gle qu&#8217;il se livre. Pour lui, le r\u00f4le de l&#8217;Etat est \u00e0 red\u00e9finir la d\u00e9mocratie m\u00e9pris\u00e9e, la R\u00e9publique \u00e0 reconstruire. Mais Bayrou se garde sur sa gauche et tacle s\u00e9v\u00e8rement la \u00ab rupture \u00bb sarkozienne en se faisant le garant du mod\u00e8le social fran\u00e7ais (malgr\u00e9, semble-t-il, l&#8217;acquiescement quasi automatique des parlementaires centristes \u00e0 la politique gouvernementale de casse sociale tous azimuts). Le champ, d\u00e9sormais, est libre pour pr\u00e9senter \u00ab la \u00bb grande id\u00e9e de l&#8217;UDF, qui pourrait servir de canevas programmatique pour l&#8217;ann\u00e9e prochaine : la refondation du projet national fran\u00e7ais. Un m\u00e9lange de \u00ab fran\u00e7unie \u00bb mitterrandienne (ah, combien Bayrou doit regretter l&#8217;ouverture manqu\u00e9e au centre de 1988 !) et de logorrh\u00e9e gaullienne pour cr\u00e9er cette troisi\u00e8me force politique que devrait impatiemment attendre le pays.<\/p>\n<p>La multiplicit\u00e9 annonc\u00e9e des candidatures en 2007 et la lutte fratricide qui s&#8217;organise au sein de l&#8217;UMP donne objectivement quelques chances \u00e0 Bayrou de d\u00e9jouer une alternance classique qui a d\u00e9j\u00e0 connu quelques rat\u00e9s. Et, entre Mitterrand et de Gaulle, Fran\u00e7ois Bayrou se sent \u00e0 son aise. On le verra peut-\u00eatre bient\u00f4t arborer un k\u00e9pi verd\u00e2tre et tripoter des arbres en r\u00eavant \u00e0 son destin. Mais ce congr\u00e8s extraordinaire, en l&#8217;obligeant \u00e0 sortir du bois un peu trop t\u00f4t, risque d&#8217;en faire pendant les prochains dix-huit mois une cible un peu trop facile pour les pr\u00e9sidentiables socialistes et lib\u00e9raux embusqu\u00e9s.<\/p>\n<p>\/ENCADRE\/<\/p>\n<p>\/Fran\u00e7ois Bayrou, le m\u00e2le fran\u00e7ais\/<\/p>\n<p>\/Fils d&#8217;agriculteurs b\u00e9arnais, Fran\u00e7ois Bayrou rata le concours d&#8217;entr\u00e9e \u00e0 l&#8217;Ecole normale sup\u00e9rieure mais obtint n\u00e9anmoins son agr\u00e9gation de lettres. T\u00f4t passionn\u00e9 de la chose publique, il s&#8217;enthousiasma successivement pour Jean Lecanuet, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1965, puis pour Alain Poher, pr\u00e9sident inamovible du S\u00e9nat et adversaire de Georges Pompidou quatre ans plus tard. Ancien collaborateur de Simone Veil ou de Pierre Pflimlin, le patron de l&#8217;UDF se voudrait aujourd&#8217;hui gaullien et se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Alain Peyrefitte (Le Mal fran\u00e7ais, Plon, 1976) pour forger son projet pr\u00e9sidentiel&#8230; Ces r\u00e9f\u00e9rences politiques pour le moins curieuses et originales ne l&#8217;ont cependant pas emp\u00each\u00e9 d&#8217;entreprendre un cursus honorum classique, objectivement favoris\u00e9 par la manie de Giscard d&#8217;Estaing de tuer dans l&#8217;\u0153uf tout h\u00e9ritier putatif. Conseiller g\u00e9n\u00e9ral puis d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques, il devient ministre de l&#8217;Education lors de la deuxi\u00e8me cohabitation. Successivement patron de Force d\u00e9mocrate puis de l&#8217;UDF, il se range rapidement derri\u00e8re Edouard Balladur contre Jacques Chirac, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas : en bon notable centriste : de conserver son poste malgr\u00e9 la d\u00e9route de son champion.\/<\/p>\n<p>\/Ancien b\u00e8gue, il a su vaincre ce handicap avec la m\u00eame d\u00e9termination qu&#8217;il a employ\u00e9e \u00e0 conserver \u00ab son \u00bb UDF face aux tenants d&#8217;un parti majoritaire unique. Il en a ainsi fait un instrument \u00e0 sa main, vou\u00e9 \u00e0 sa cause, sans v\u00e9ritable opposition interne et destin\u00e9 \u00e0 servir un destin qu&#8217;il ne con\u00e7oit que national.\/<\/p>\n<p>\/Sa campagne pr\u00e9sidentielle de 2002 fut un mod\u00e8le du genre : embarqu\u00e9 dans un bus roulant au colza, il resta inaudible jusqu&#8217;au jour o\u00f9 une gifle opportun\u00e9ment coll\u00e9e \u00e0 un jeune gar\u00e7on lui faisant gentiment les poches lui permit de passer les 5 %.\/<\/p>\n<p>\/Comme tout \u00ab vrai \u00bb Europ\u00e9en, il a fait campagne pour le \u00ab oui \u00bb en proph\u00e9tisant, en cas de victoire du \u00ab non \u00bb, quarante jours de pluie. L&#8217;innocence tranquille de ce type de d\u00e9claration conduit \u00e0 penser que cet homme ne peut pas \u00eatre tout \u00e0 fait mauvais.\/<\/p>\n<p>\/Comme tout homme politique fran\u00e7ais jaloux de son rang, il a d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9 aux joies de l&#8217;\u00e9criture, publiant une biographie d&#8217;Henri IV et une histoire des premiers protestants de France. Les m\u00e9diocres qualit\u00e9s litt\u00e9raires de son essai autobiographique, Rel\u00e8ve, paru en 2001, devrait le conduire \u00e0 prendre la plume avec plus de circonspection. Ses droits d&#8217;auteur lui offrent toutefois d&#8217;entretenir quelques chevaux de course. Son aisance dans le jeu politique pourrait lui permettre de ne pas rester dans les annales comme le d\u00e9fenseur t\u00f4t isol\u00e9 d&#8217;une r\u00e9forme de la loi Falloux lanc\u00e9e sous Balladur, au si\u00e8cle dernier.\/<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Sire<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s son congr\u00e8s de janvier et quelques rappels \u00e0 l&#8217;ordre internes, l&#8217;UDF met son bateau \u00e0 l&#8217;eau. Objectif : la pr\u00e9sidentielle. A la proue, Fran\u00e7ois Bayrou se garde sur sa gauche, attentif \u00e0 tenir **le centre sans perdre sa droite. Oh\u00e9, oh\u00e9 matelots&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[305],"class_list":["post-2271","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-droites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2271","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2271"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2271\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2271"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2271"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2271"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}