{"id":2266,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/antiliberaux-et-post-republicains2266\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"antiliberaux-et-post-republicains2266","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2266","title":{"rendered":"Antilib\u00e9raux et post-r\u00e9publicains, un paysage mouvant"},"content":{"rendered":"<p>Si \u00ab n\u00e9or\u00e9acs \u00bb et une part du p\u00f4le \u00ab r\u00e9publicain \u00bb se rapprochent au nom du besoin d&#8217;ordre, le refus de cet ordre rapproche les deux autres p\u00f4les : l&#8217;antilib\u00e9ral se concentre sur la d\u00e9nonciation de l&#8217;ordre socio-\u00e9conomique ; le \u00ab post-r\u00e9publicain \u00bb concentre sa critique sur l&#8217;ordre politico-symbolique.<\/p>\n<p><strong> ANTILIB\u00c9RAUX <\/strong><\/p>\n<p>Les antilib\u00e9raux s&#8217;organisent autour de journaux et de revues (L&#8217;Humanit\u00e9, Politis, T\u00e9moignage chr\u00e9tien, le Monde diplomatique&#8230;), avec des institutions intellectuelles (Espaces Marx, la Fondation Copernic&#8230;) et des maisons d&#8217;\u00e9dition (La Dispute, Syllepse&#8230;). La critique radicale du capitalisme mondialis\u00e9 est le noyau de cette pens\u00e9e qui s&#8217;est trouv\u00e9e revigor\u00e9e par la r\u00e9cente campagne r\u00e9f\u00e9rendaire sur la Constitution europ\u00e9enne. Sont englob\u00e9s dans la critique antilib\u00e9rale les dimensions proprement \u00e9conomiques (la r\u00e9gulation financi\u00e8re) et les caract\u00e9ristiques sociales (la logique privative, la d\u00e9structuration du rapport salarial&#8230;), voire les prolongements politiques (la d\u00e9rive technocratique, la concentration des pouvoirs&#8230;). Culturellement, ce p\u00f4le s&#8217;inscrit dans la trace du mouvement ouvrier ; id\u00e9ologiquement, il continue les penseurs les plus radicaux du socialisme de souche \u00ab marxienne \u00bb. Politiquement, il est tent\u00e9 par la gauche de la gauche&#8230; <\/p>\n<p><strong> LE P\u00d4LE POST-R\u00c9PUBLICAIN <\/strong><\/p>\n<p>A ses c\u00f4t\u00e9s, se trouve ce que nous appelons le p\u00f4le \u00ab post-r\u00e9publicain \u00bb. Ce p\u00f4le est surtout port\u00e9 \u00e0 la d\u00e9nonciation de l&#8217;ordre social et \u00e0 son int\u00e9riorisation par les individus eux-m\u00eames. Les ma\u00eetres \u00e0 penser sont plus volontiers du c\u00f4t\u00e9 de Foucault que de Marx. L&#8217;intellectuel palestinien Edward Said et les romanciers militants de la n\u00e9gritude, Aim\u00e9 C\u00e9saire et L\u00e9opold Senghor, sont des r\u00e9f\u00e9rences. Les tenants de ce p\u00f4le ne r\u00e9cusent pas n\u00e9cessairement la le\u00e7on ouvri\u00e8re, mais sont circonspects sur son conformisme ou sur son \u00e9tatisme. Ils d\u00e9montent intellectuellement et contestent pratiquement la pente uniformisante de la R\u00e9publique une et indivisible. Surtout pas l&#8217;Etat \u00e9radicateur et moralisateur : tel est le mot d&#8217;ordre f\u00e9d\u00e9rateur. Dans cette galaxie, on trouvera des sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes, allant des h\u00e9ritiers de la \u00ab seconde gauche \u00bb des ann\u00e9es 1970 (Pascal Viveret) aux jeunes intellectuels de Vacarme, en passant par les tenants de la \u00ab multitude \u00bb (Yann Moulier-Boutang). Politiquement disparate, elle s&#8217;\u00e9tale entre le PS et l&#8217;extr\u00eame gauche.<\/p>\n<p><strong> DES MOTS, DES STYLES <\/strong><\/p>\n<p>Antilib\u00e9raux et post-r\u00e9publicains ne se confondent pas. Mais les deux groupes sont perm\u00e9ables l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre. Contrairement aux affirmations des \u00ab r\u00e9publicains \u00bb, les \u00ab post-r\u00e9publicains \u00bb ne sont pas tous des \u00ab lib\u00e9raux-libertaires \u00bb selon le mod\u00e8le Cohn-Bendit. Les protagonistes de \u00ab Devoirs de M\u00e9moires \u00bb, les initiateurs de \u00ab l&#8217;Appel des indig\u00e8nes \u00bb, les militants d&#8217;Act Up c\u00f4toient les antilib\u00e9raux de Rouge, du PCF ou de la Fondation Copernic, signent avec eux des appels&#8230; Le langage n&#8217;est pas si facilement commun, il est vrai. Les mots, les styles ne sont pas les m\u00eames. Mais plus d&#8217;un \u00ab post-r\u00e9publicain \u00bb a pris conscience de l&#8217;importance de la question sociale et de la pesanteur lib\u00e9rale. A l&#8217;inverse, plus d&#8217;un antilib\u00e9ral a pris conscience des limites culturelles et politiques de l&#8217;int\u00e9grisme r\u00e9publicain. Quand un paysage intellectuel est en recomposition, l&#8217;essentiel est de discerner les points de dissension et les dynamiques de rapprochement. Ce qui appara\u00eet comme le plus pr\u00e9occupant est le dynamisme des \u00ab n\u00e9oconservateurs \u00bb. Ils disposent aujourd&#8217;hui de la force propulsive qui fut nagu\u00e8re celle des \u00ab r\u00e9volutionnaires conservateurs \u00bb d&#8217;outre-Atlantique. Ce faisant, ils tendent \u00e0 organiser le champ intellectuel autour d&#8217;eux ou \u00e0 partir d&#8217;eux. Ils imposent leurs mots. Proc\u00e8s staliniens, idiots utiles, procureurs : tout ce petit monde se veut la victime de la \u00ab bien-pensance \u00bb. Et il se proclame \u00e0 l&#8217;\u00e9coute du peuple, contre tous les \u00ab bobos \u00bb de Paris et d&#8217;ailleurs. Ils sont le peuple&#8230; comme Nicolas Sarkozy.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce n\u00e9oconservatisme conqu\u00e9rant, le r\u00e9publicanisme ne fait pas le poids. Dans sa version \u00ab int\u00e9griste \u00bb, il penche ouvertement vers la droite. M\u00eame dans sa variante de gauche, il verse souvent dans la nostalgie et n&#8217;oppose pas aux n\u00e9oconservateurs toutes les barri\u00e8res possibles. En pratique, la \u00ab nation citoyenne \u00bb (Dominique Schnapper) peut produire autant de discrimination et d&#8217;exclusion que la nation imp\u00e9riale.<\/p>\n<p>Le post-r\u00e9publicanisme n&#8217;est pas non plus sans limite, parce qu&#8217;il lui arrive encore de tenir pour seconde ou comme d\u00e9riv\u00e9e la critique de l&#8217;orthodoxie lib\u00e9rale. Radical dans sa d\u00e9nonciation, inventif dans ses formes, politiquement impertinent, ce courant n&#8217;\u00e9chappe pas, parfois, \u00e0 la r\u00e9signation devant un ordre capitaliste si fort que l&#8217;on finit par se demander s&#8217;il ne faut pas se contenter d&#8217;en contester la logique \u00e0 la marge, \u00e9ventuellement dans des strat\u00e9gies de contre-pouvoirs.<\/p>\n<p>Enfin, on peut choisir de s&#8217;enraciner dans le p\u00f4le antilib\u00e9ral et convenir que son terreau est lui-m\u00eame appauvri si, partant de l&#8217;empire de la marchandise, il ne s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la condamnation de l&#8217;ordre social tout entier et des ali\u00e9nations qui le conditionnent. Disons-le autrement : la culture antilib\u00e9rale n&#8217;\u00e9chappe pas toujours \u00e0 la propension de tenir la lutte contre toutes les discriminations pour des \u00ab petites fleurs \u00bb qui ne doivent pas distraire des questions s\u00e9rieuses de la lutte sociale&#8230; <\/p>\n<p><strong> LE LIB\u00c9RAL-POPULISME <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9volution conservatrice \u00e0 la fran\u00e7aise n&#8217;est pas une menace dans le seul ciel des id\u00e9es. Elle est d&#8217;autant plus dangereuse qu&#8217;elle peut d\u00e8s aujourd&#8217;hui se raccorder \u00e0 la coh\u00e9rence politique du \u00ab lib\u00e9ral-populisme \u00bb que d\u00e9veloppe Sarkozy et dont le dynamisme embarque aujourd&#8217;hui tout son camp. Cette pens\u00e9e conservatrice, \u00ab n\u00e9o-r\u00e9ac \u00bb, inqui\u00e8te par ses dispositions \u00e0 diffuser, \u00e0 impr\u00e9gner au-del\u00e0 de ses rangs, \u00e0 fasciner une gauche d&#8217;ordre qui, partie de la R\u00e9publique, peut \u00e0 terme se retourner contre le mouvement d\u00e9mocratique lui-m\u00eame. Face \u00e0 ce danger, le discours r\u00e9publicain \u00ab pur \u00bb est une impasse, f\u00fbt-il ancr\u00e9 \u00e0 gauche. Reste le plus difficile, mais aussi, \u00e0 tout prendre, le plus r\u00e9aliste : esquisser le rapprochement, politique, culturel, th\u00e9orique, entre le p\u00f4le antilib\u00e9ral, une partie du p\u00f4le r\u00e9publicain et l&#8217;essentiel du p\u00f4le post-r\u00e9publicain. Ce travail de c\u00f4toiement, de rencontres, de luttes communes peut aboutir \u00e0 une recomposition profonde des pens\u00e9es d&#8217;origine. Il peut&#8230; disons en tout cas qu&#8217;il devrait tendre \u00e0 la faire. Encore faut-il vouloir ce travail de confrontation, o\u00f9 chacun garde son originalit\u00e9 sans se figer dans son immobilit\u00e9. A la charni\u00e8re des antilib\u00e9raux et des post-r\u00e9publicains, Regards a l&#8217;ambition d&#8217;\u00eatre de ces passeurs (1)&#8230;<\/p>\n<p>[[1. C&#8217;est aussi le sens du livre collectif que<em> Regards <\/em> co\u00e9dite avec la Dispute,<em> Banlieues, lendemains de r\u00e9volte <\/em>. Il s&#8217;agit dans cet ouvrage de croiser, de m\u00ealer ces regards pour renouveler la compr\u00e9hension de ph\u00e9nom\u00e8nes profonds qui travaillent la soci\u00e9t\u00e9.]]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si \u00ab n\u00e9or\u00e9acs \u00bb et une part du p\u00f4le \u00ab r\u00e9publicain \u00bb se rapprochent au nom du besoin d&#8217;ordre, le refus de cet ordre rapproche les deux autres p\u00f4les : l&#8217;antilib\u00e9ral se concentre sur la d\u00e9nonciation de l&#8217;ordre socio-\u00e9conomique ; le \u00ab post-r\u00e9publicain \u00bb concentre sa critique sur l&#8217;ordre politico-symbolique. ANTILIB\u00c9RAUX Les antilib\u00e9raux s&#8217;organisent autour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[302],"class_list":["post-2266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-alternatives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2266"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2266\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}