{"id":2259,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jeune-mise-en-scene2259\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"jeune-mise-en-scene2259","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2259","title":{"rendered":"Jeune mise en sc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans des conditions qui se durcissent quotidiennement, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de metteurs en sc\u00e8ne tente de faire, bon an mal an, son travail. <\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 20 000 intermittents ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exclus du syst\u00e8me d&#8217;indemnisation ch\u00f4mage, par la vertu du nouveau protocole de juin 2003 (1), sign\u00e9 par trois organisations patronales, dont le Medef, et trois conf\u00e9d\u00e9rations syndicales minoritaires. Dans un tel contexte, bien na\u00eff qui croirait encore \u00e0 la d\u00e9fense du droit des artistes par la haute industrie, quand elle promeut, en leur nom, la lutte contre le t\u00e9l\u00e9chargement gratuit. La pression des normes industrielles est de plus en plus forte. Pour preuve, certaines pratiques dans le th\u00e9\u00e2tre public.<\/p>\n<p><strong> 1. un travers en d\u00e9veloppement ? <\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie de la vie des compagnies, c&#8217;est-\u00e0-dire les premi\u00e8res ann\u00e9es du metteur en sc\u00e8ne : sans limitation dans le temps : sont d\u00e9volues \u00e0 la recherche d&#8217;argent. Tout hame\u00e7on \u00e0 coproduction est donc bienvenu : un grand auteur, un grand texte, un grand com\u00e9dien, bref quelque chose qui fasse pi\u00e9destal pour le jeune metteur en sc\u00e8ne et le rende visible dans la mer immense de la jeune compagnie. On peut \u00eatre tent\u00e9 de lire \u00e0 la lumi\u00e8re de cette n\u00e9cessit\u00e9 p\u00e9cuniaire et publicitaire le d\u00e9veloppement d&#8217;un certain type de spectacle, qui consiste \u00e0 accrocher \u00e0 la locomotive d&#8217;un nom d&#8217;acteur les wagons brinquebalants du metteur en sc\u00e8ne en herbe et de ses projets \u00e0 venir. On aura donc l&#8217;\u00e9quation suivante : acteur-star + jeune metteur en sc\u00e8ne = monologue, le monologue ayant l&#8217;insigne avantage de pouvoir permettre d&#8217;esp\u00e9rer un co\u00fbt plateau moins \u00e9lev\u00e9, en termes de salaires.<\/p>\n<p>Le r\u00eave d&#8217;un homme ridicule, de Dosto\u00efevski, premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne de Siegrid Alnoy, monologue de Carlo Brandt, pourrait \u00eatre per\u00e7u de cette fa\u00e7on. Et l&#8217;on pourrait citer, entre autres et \u00e0 titre d&#8217;exemples, dans la m\u00eame famille : Le Tigre bleu de l&#8217;Euphrate (Carlo Brandt, Mohamed Rouabhi, Laurent Gaud\u00e9, Le Colombier), M\u00e9d\u00e9e Kali (Myriam Boyer, Philippe Calvario, Laurent Gaud\u00e9, Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point), jusqu&#8217;\u00e0 La bancale se balance (Marianne Basler, Antonio Arena, Louise Doutreligne, Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point).<\/p>\n<p>On pourrait opposer \u00e0 cette lecture deux arguments. Tout d&#8217;abord, la nature du texte : ce seraient l\u00e0 des \u00ab textes \u00e0 acteurs \u00bb peut-\u00eatre plus qu&#8217;\u00e0 metteurs en sc\u00e8ne. Pour autant, sont-ce l\u00e0 vraiment des cat\u00e9gories qui r\u00e9sistent \u00e0 l&#8217;analyse ? Et si Oh les beaux jours \u00e9tait autant un texte d&#8217;actrice que de metteur en sc\u00e8ne ? Ses r\u00e9centes repr\u00e9sentations, du moins : \u00e0 l&#8217;Od\u00e9on, avec Maril\u00f9 Marini, et au Vieux-Colombier, avec Catherine Samie :, ont montr\u00e9 que la pr\u00e9sence d&#8217;actrices de haut vol ne suffisait pas \u00e0 donner \u00e0 ce texte, \u00e0 ce dispositif th\u00e9\u00e2tral, toute la mesure de sa puissance (2).<\/p>\n<p>On r\u00e9torquera alors dans un second temps que Philippe Calvario, qui a mont\u00e9 un tr\u00e8s co\u00fbteux et insignifiant Richard III cette ann\u00e9e, a suffisamment d&#8217;appuis pour n&#8217;avoir pas besoin de se faire la main sur des petites formes. On ajoutera que Rouabhi et Arena sont des metteurs en sc\u00e8ne qui n&#8217;en sont pas \u00e0 leurs premi\u00e8res exp\u00e9riences. C&#8217;est alors encore pire : l&#8217;association \u00ab monologue-acteur phare \u00bb, cens\u00e9e offrir un minimum de surface de travail aux metteurs en sc\u00e8ne, n&#8217;est pas ou n&#8217;est plus seulement un tremplin pour les d\u00e9buts de carri\u00e8re, mais une issue possible et croissante face aux probl\u00e8mes de production, une carte \u00e0 jouer pour tous dans une atmosph\u00e8re de frilosit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, et une tendance forte de l&#8217;\u00e9criture dramatique actuelle. Un travers structurel en somme, certainement loin d&#8217;en \u00eatre \u00e0 ses derniers d\u00e9g\u00e2ts. (One-man-show de th\u00e9\u00e2tre public ? On n&#8217;en est pas toujours tr\u00e8s loin.) Car cela pourrait ne pas \u00eatre probl\u00e9matique, sauf que les mobiles du choix de production ne sont pas sans incidence sur la nature du travail qui s&#8217;ensuivra. Engager un com\u00e9dien sur l&#8217;effet marchand qu&#8217;il promet d&#8217;avoir induit n\u00e9cessairement qu&#8217;il sera conduit moins \u00e0 explorer de nouvelles formes qu&#8217;invit\u00e9 tacitement \u00e0 reproduire ce pour quoi il est attendu, de la part des producteurs comme du public. Les objets pensent, voil\u00e0 la morale de l&#8217;affaire, et la fa\u00e7on dont on les con\u00e7oit est pr\u00e9gnante. Aussi ne faut-il pas s&#8217;\u00e9tonner que des acteurs, exp\u00e9riment\u00e9s et si singuliers comme Carlo Brandt ou Myriam Boyer, soient dans des performances aussi maigres que celles o\u00f9 on les voit alors. Et comme la nature du spectacle tient par d\u00e9finition \u00e0 leur seule pr\u00e9sence, on est face \u00e0 des projets qui ont une maturit\u00e9 artistique tr\u00e8s fragile. (Passons sur ce qu&#8217;impliquent de telles sommes de texte \u00e0 apprendre pour un seul acteur, les proc\u00e9d\u00e9s techniques palliatifs employ\u00e9s dans certains cas sont autant de plafonds de verre qui gr\u00e8vent le jeu.) Que des th\u00e9\u00e2tres comme le Rond-Point, qui, au sein de l&#8217;\u00e9ventail des structures parisiennes, se tient au plus pr\u00e8s du fonctionnement du th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9, se laissent prendre \u00e0 ce type de strat\u00e9gies, n&#8217;\u00e9tonne pas ; que le Th\u00e9\u00e2tre de la Colline passe \u00e0 l&#8217;acte \u00e0 son tour rend perplexe. Comment une premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne, \u00e9tay\u00e9e d&#8217;arguments aussi faibles, peut se trouver coproduite par l&#8217;une des sc\u00e8nes fran\u00e7aises les plus prestigieuses ? Question publique.<\/p>\n<p><strong> 2. bonnes heures &#038; mauvais temps <\/strong><\/p>\n<p>Mauvais temps est le nom du dernier spectacle de Fr\u00e9d\u00e9ric Ferrer, nom programmatique en r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9cents rapports sur l&#8217;\u00e9volution du climat, nom de longue m\u00e9moire et clin d&#8217;\u0153il personnel pour l&#8217;ancien g\u00e9ographe qu&#8217;il fut, nom enfin g\u00e9n\u00e9rique pour les mauvaises passes de la vie. Trois dimensions qui se retrouvent dans ce beau travail : politique, intime et auto-r\u00e9f\u00e9rentiel, ou comment un conf\u00e9rencier-metteur en sc\u00e8ne se trouve aux prises avec les affres de sa propre vie.<\/p>\n<p>Autant l&#8217;on pouvait avoir quelques r\u00e9serves sur le spectacle pr\u00e9c\u00e9dent, Apoplexification \u00e0 l&#8217;aide de la r\u00e2pe \u00e0 noix de muscade (3), pour sa tendance un peu trop ais\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9ment galvaud\u00e9e aujourd&#8217;hui \u00e0 la parodie et au recyclage d&#8217;un mat\u00e9riau pourtant int\u00e9ressant \u00e0 fins attendues (le d\u00e9lire parano\u00efaque en conf\u00e9rence foireuse), autant ce Mauvais temps prend des risques de th\u00e9\u00e2tre de fa\u00e7on tr\u00e8s honn\u00eate, explore ses propres proc\u00e9d\u00e9s sans triche et construit un objet dont toutes les focales se retrouvent singuli\u00e8rement ajust\u00e9es. On appr\u00e9ciera aussi, une fois n&#8217;est pas coutume, qu&#8217;un spectacle aborde la question politique sous un angle et une forme originaux, sans fustiger une \u00e9ni\u00e8me fois les m\u0153urs \u00e9triqu\u00e9es de la classe moyenne ou la mis\u00e8re du Sud, mais en d\u00e9taillant scientifiquement la catastrophe \u00e9cologique annonc\u00e9e du capitalisme tardif. Le dispositif concentrique se resserre, des d\u00e9boires de la conf\u00e9rence aux peines de c\u0153ur du g\u00e9ographe, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;ultime noyau de la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale elle-m\u00eame : la figure omnipotente et d\u00e9risoire du metteur en sc\u00e8ne, figure du d\u00e9calage, de l&#8217;inad\u00e9quation, \u00e0 la fois relationnelle et temporelle. Comme la bonne conf\u00e9rence est toujours remise \u00e0 demain, le vrai spectacle est toujours le prochain : on n&#8217;en attendra donc la suite qu&#8217;avec plus de curiosit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> 3. \u00e0 l&#8217;horizon <\/strong><\/p>\n<p>Pour conclure et mettre en perspective les tribulations des premiers temps, f\u00eatons l&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;\u0153uvre de Val\u00e8re Novarina au r\u00e9pertoire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, avec sa nouvelle mise en sc\u00e8ne de L&#8217;Espace furieux, cr\u00e9\u00e9 en 1991 \u00e0 partir du roman Je suis. Citons-le, par d\u00e9f\u00e9rence, faute de lui consacrer une place \u00e0 la mesure de son importance : \u00ab L&#8217;Espace furieux raconte, entre autres, plusieurs pendaisons qui ratent. Et notre tendance, sur les planches, \u00e0 toujours chuter. De tout drame, par le langage l&#8217;acteur se rel\u00e8ve vivant. M\u00eame les objets en fin de compte se rel\u00e8vent. Car au th\u00e9\u00e2tre, la mati\u00e8re \u00e0 la fin elle aussi est sauv\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\/1. Le Monde, 21 janvier 2006.\/<\/p>\n<p>\/2. Mises en sc\u00e8nes respectives de Arthur Nauziciel, en novembre 2003, et de Frederick Wiseman, \u00e0 l&#8217;hiver 2005-2006.\/<\/p>\n<p>\/3. H\u00f4pital psychiatrique de Ville-Evrard et Maison des M\u00e9tallos, 2004.\/<\/p>\n<p>\/On a vu :\/<\/p>\n<p>\/Le R\u00eave d&#8217;un homme ridicule, Fedor Dosto\u00efevski\/Siegrid Alnoy\/Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, Paris, jusqu&#8217;au 3 f\u00e9vrier 2006,\/<\/p>\n<p>\/Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais, Gen\u00e8ve, 8-19 f\u00e9vrier,\/<\/p>\n<p>\/(00 41) 22 908 20 00\/<\/p>\n<p>\/Mauvais temps, Fr\u00e9d\u00e9ric Ferrer, Confluences, Paris,\/<\/p>\n<p>\/janvier 2006\/<\/p>\n<p>\/L&#8217;Espace furieux, Val\u00e8re Novarina, Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, Paris,\/<\/p>\n<p>\/21 janvier-8 mai\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans des conditions qui se durcissent quotidiennement, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de metteurs en sc\u00e8ne tente de faire, bon an mal an, son travail. <\/p>\n","protected":false},"author":532,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[318],"class_list":["post-2259","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-creations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/532"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2259"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2259\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}