{"id":2258,"date":"2006-02-01T00:00:00","date_gmt":"2006-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-trahison-se-voir-dans-l-autre2258\/"},"modified":"2006-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-31T23:00:00","slug":"la-trahison-se-voir-dans-l-autre2258","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2258","title":{"rendered":"\u00ab La Trahison \u00bb. Se voir dans l&#8217;autre"},"content":{"rendered":"<p>La Trahison, de Philippe Faucon, int\u00e8gre une circulation de points de vue dans une fiction sur la situation des appel\u00e9s musulmans pendant la guerre coloniale en Alg\u00e9rie, dans un univers rural et paysan. Au moment o\u00f9 ce besoin de m\u00e9moire est tr\u00e8s fort, flash sur le film et \u00e9clairage avec l&#8217;historien Benjamin Stora.<\/p>\n<p>Champ-contrechamp. Un livre, un film.  D&#8217;une rive \u00e0 l&#8217;autre. Tourn\u00e9 en Alg\u00e9rie sous protection, La Trahison, de Philippe Faucon, dialogue avec le livre du m\u00eame nom de Claude Sales publi\u00e9 par les \u00e9ditions du Seuil en 1999. O\u00f9 un ancien sous-lieutenant, chef de poste sur les hauts-plateaux alg\u00e9riens (aujourd&#8217;hui devenu journaliste), doute de la possibilit\u00e9 de la \u00ab trahison \u00bb de l&#8217;un de \u00ab ses \u00bb hommes, Ta\u00efeb, un appel\u00e9 musulman pass\u00e9 c\u00f4t\u00e9 FLN et cens\u00e9 l&#8217;\u00e9gorger. Auteur notamment de L&#8217;Amour (1989), Samia (2000) pour le cin\u00e9ma et de Sabine (1992), Muriel fait le d\u00e9sespoir de ses parents (1994) pour la t\u00e9l\u00e9vision, Philippe Faucon s&#8217;est efforc\u00e9 de sortir du point de vue unique de cette histoire v\u00e9cue en op\u00e9rant une travers\u00e9e du miroir. Elargissant le cadre, d\u00e9pla\u00e7ant les regards, le r\u00e9alisateur n\u00e9 au Maroc en 1958 incorpore la position intenable, ambigu\u00eb de Ta\u00efeb et de trois autres \u00ab Fran\u00e7ais de souche nord-africaine \u00bb (FSNA), jeunes Alg\u00e9riens faisant leur service dans l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise qui furent amen\u00e9s \u00e0 changer de camp au fil du durcissement de la guerre.<\/p>\n<p><strong> Le territoire <\/strong><\/p>\n<p>Un camp, c&#8217;est-\u00e0-dire avant tout un espace, un rapport au territoire, au sein d&#8217;une guerre coloniale tiss\u00e9e dans le contact et la distance, la proximit\u00e9 et la s\u00e9gr\u00e9gation. Fig\u00e9e dans la torture et le racisme dont le film n&#8217;occulte rien. L\u00e0 r\u00e9side le visage si particulier de La Trahison : int\u00e9grer dans la fiction une circulation des points de vue, en mettant en images (en regards, en silences) \u00e0 travers une relation forte unissant deux hommes la r\u00e9ciprocit\u00e9 de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9. Comme l&#8217;analysait d\u00e9j\u00e0 l&#8217;historien Benjamin Stora  [voir entretien] dans Imaginaires de guerre : \u00ab Le sentiment d&#8217;oubli de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie s&#8217;explique moins par l&#8217;absence de m\u00e9moire que par l&#8217;existence de m\u00e9moires tronqu\u00e9es, partielles et partiales, l\u00e9gendes et st\u00e9r\u00e9otypes \u00e9labor\u00e9s dans la crainte d&#8217;une parole vraie. [&#8230;] N&#8217;oublions pas que la blessure alg\u00e9rienne est rest\u00e9e vive par manque d&#8217;ouverture aux raisons de l&#8217;Autre et \u00e0 ses propres d\u00e9chirements. Les blessures sont, malgr\u00e9 elles, en miroir l&#8217;une de l&#8217;autre, et c&#8217;est dans cette r\u00e9ticence \u00e0 se voir dans la souffrance de l&#8217;autre qu&#8217;existe une r\u00e9sistance forte \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;une m\u00e9moire authentique. Celle qui ne prend son sens qu&#8217;en une compr\u00e9hension des souffrances que d&#8217;autres groupes ont subies. \u00bb <strong> L&#8217;interpr\u00e8te <\/strong><\/p>\n<p>Mars 1960, un poste isol\u00e9 dans le Sud-Est alg\u00e9rien dont le quotidien oscille entre longues attentes et subites explosions de violence, liaisons militaires et encadrement des populations paysannes, d\u00e9plac\u00e9es puis install\u00e9es dans des villages de regroupement, soins m\u00e9dicaux et t\u00e2ches administratives. La surpr\u00e9sence des militaires, des femmes et des enfants tranche sur l&#8217;absence des paysans, officiellement partis chercher du travail, plus vraisemblablement partis rejoindre les combattants de l&#8217;ALN. Le caporal Ta\u00efeb (Ahmed Berrhama) sert d&#8217;interpr\u00e8te au lieutenant Roque (Vincent Martinez), double cin\u00e9matographique de Claude Sales. On le sait, on le sent : traduire ici, c&#8217;est trahir&#8230; A la justesse des dialogues, pr\u00e9cis et pes\u00e9s, r\u00e9pond la dense beaut\u00e9 des cadrages et la force de la lumi\u00e8re du chef-op\u00e9rateur Laurent Fenart. Ta\u00efeb fait le lien entre la population civile et l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise qui, elle, d\u00e9noue le lien, traque les contacts entre les civils et les fellaghas. \u00ab Ils sont ici comme des poissons dans l&#8217;eau. Il faut vider l&#8217;eau du bocal pour attraper les poissons \u00bb, explique un capitaine en invoquant la guerre d&#8217;Indochine. Point de bascule du film, pivot acc\u00e9l\u00e9rant le processus de la trahison, un plan saisissant donne \u00e0 voir le regard de Ta\u00efeb, harangu\u00e9 par la col\u00e8re d&#8217;une vieille paysanne, sur ces poissons morts jonchant le sol alors que tout le film dirige ses forces cin\u00e9matographiques vers cet ass\u00e8chement progressif, cette violente asphyxie, ce raidissement des positions, ce partage des eaux.<\/p>\n<p>\/La Trahison, de Philippe Faucon.\/<\/p>\n<p>\/En salles depuis le 25 janvier 2006\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Trahison, de Philippe Faucon, int\u00e8gre une circulation de points de vue dans une fiction sur la situation des appel\u00e9s musulmans pendant la guerre coloniale en Alg\u00e9rie, dans un univers rural et paysan. Au moment o\u00f9 ce besoin de m\u00e9moire est tr\u00e8s fort, flash sur le film et \u00e9clairage avec l&#8217;historien Benjamin Stora. Champ-contrechamp. Un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":572,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-2258","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/572"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2258"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2258\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}