{"id":225,"date":"1996-11-01T00:00:00","date_gmt":"1996-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/a-la-recherche-de-l-europe-sociale225\/"},"modified":"1996-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-10-31T23:00:00","slug":"a-la-recherche-de-l-europe-sociale225","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=225","title":{"rendered":"&#8221; A la recherche de l&#8217;Europe sociale &#8220;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La logique du trait\u00e9 de Maastricht, celle du march\u00e9 unique et de la monnaie unique, ne changera pas si l&#8217;on se contente de rajouter une touche de social. <\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience des populations, en France et en Europe, est que le pire n&#8217;est jamais atteint. Les sentiments altern\u00e9s de fatalit\u00e9, de m\u00e9contentement, de col\u00e8re s&#8217;expriment de telle mani\u00e8re que les gouvernements et pouvoirs europ\u00e9ens composent, pour \u00e9viter qu&#8217;une convergence des luttes compromette leurs objectifs d&#8217;int\u00e9gration \u00e0 l&#8217;Union europ\u00e9enne, via le calendrier de mise en place de la monnaie unique.<\/p>\n<p>Ils choisissent d&#8217;amplifier leur discours social en cherchant \u00e0 cacher leur volont\u00e9 politique derri\u00e8re des pr\u00e9textes \u00e9conomiques. Le poids des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui p\u00e8se lourdement sur la vie de chacun depuis de nombreuses ann\u00e9es d\u00e9sint\u00e8gre aujourd&#8217;hui l&#8217;illusion d&#8217;une &#8221; Europe sociale &#8220;. La conscience des citoyens grandit de l&#8217;incompatibilit\u00e9 entre l&#8217;application du trait\u00e9 de Maastricht et l&#8217;instauration de l&#8217;euro et les &#8221; r\u00e9ponses sociales &#8221; des politiques au pouvoir.<\/p>\n<p>Au printemps 1995, le commissaire europ\u00e9en Flynn posait fort justement le probl\u00e8me, en pr\u00e9sentant le programme d&#8217;Action sociale 1995-97 de la commission europ\u00e9enne: &#8221; 55 millions de personnes et 18 millions de foyers vivant au-dessous du niveau de pauvret\u00e9 constituent le d\u00e9fi qu&#8217;il faut relever &#8220;. Mais son programme est loin de r\u00e9pondre au d\u00e9fi. Comme le titrait la Lettre europ\u00e9enne, &#8221; le programme social est victime du tabou lib\u00e9ral &#8220;.<\/p>\n<p>A chaque \u00e9tape de la mise en place du march\u00e9 unique, l&#8217;objectif de l&#8217;emploi, du social est mis en avant par les pouvoirs politiques pour tenter d&#8217;obtenir l&#8217;adh\u00e9sion des peuples. Or, les in\u00e9galit\u00e9s ne cessent de se creuser. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement, quand les crit\u00e8res de Maastricht pour la monnaie unique imposent des budgets de rigueur et d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 ? La libre concurrence ouverte, dans le cadre d&#8217;une \u00e9conomie de march\u00e9, qui constitue le principe fondamental du trait\u00e9 de Maastricht et la ligne de force du march\u00e9 unique, entra\u00eene la mise en rivalit\u00e9 des \u00e9conomies et des peuples. La monnaie unique couronne ce processus ultra-lib\u00e9ral qui conduit \u00e0 la r\u00e9alisation de l&#8217;union \u00e9conomique et mon\u00e9taire. Pour y parvenir, il faut se conformer aux crit\u00e8res de convergence, d&#8217;o\u00f9 les pressions croissantes sur le pouvoir d&#8217;achat, la protection sociale, les \u00e9quipements collectifs par le biais des politiques budg\u00e9taires. Comme le confirme l&#8217;Observatoire social europ\u00e9en: &#8221; (&#8230;) le mod\u00e8le choisi est intrins\u00e8quement porteur de d\u00e9r\u00e9gulations sociales &#8220;. Avec la monnaie unique, le seul moyen d&#8217;ajustement dont disposeraient les Etats ce sera les salaires et les prix. Les peuples paieront le co\u00fbt de la guerre \u00e9conomique que se livrent les march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p> <strong> Des difficult\u00e9s dans la marche forc\u00e9e vers le march\u00e9 unique  <\/strong><\/p>\n<p>Le ch\u00f4mage atteint pr\u00e8s de 20 millions d&#8217;Europ\u00e9ens; 55 millions de pauvres peuplent les pays de l&#8217;Union. En France, le rapport de l&#8217;INSEE du 24 septembre 1996 (1) indique qu&#8217;apr\u00e8s avoir stagn\u00e9 en 1984 et 1989, la proportion des m\u00e9nages pauvres a augment\u00e9 brutalement d\u00e8s 1994. Et, de l&#8217;aveu m\u00eame des enqu\u00eateurs de l&#8217;Institut, les chiffres publi\u00e9s laissent de c\u00f4t\u00e9 les personnes sans domicile fixe, en nombre croissant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ainsi que les personnes h\u00e9berg\u00e9es dans des foyers et des structures d&#8217;accueil d&#8217;urgence. Le rapport laisse appara\u00eetre que les &#8221; revenus de remplacement &#8221; (indemnit\u00e9 ch\u00f4mage, RMI, APL, etc.) n&#8217;ont pas permis d&#8217;endiguer la progression des in\u00e9galit\u00e9s. La situation de la jeunesse est alarmante.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les r\u00e9sistances et les reculs partiels impos\u00e9s par le mouvement social de novembre et d\u00e9cembre 1995, le gouvernement Jupp\u00e9 n&#8217;a pas renonc\u00e9 \u00e0 ses projets de d\u00e9mant\u00e8lement. C&#8217;est l&#8217;existence m\u00eame des syst\u00e8mes sociaux et publics qui est en cause. Le projet de budget 1997 illustre bien cette politique avec des pr\u00e9l\u00e8vements aggrav\u00e9s sur les familles, les ch\u00f4meurs, les pr\u00e9caires et de nouveaux cadeaux pour le capital.<\/p>\n<p>Pourtant, des difficult\u00e9s se font jour dans cette marche forc\u00e9e des Etats vers la monnaie unique. Elles sont dues, pour une part, aux contradictions entre Etats membres, au poids des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, mais surtout au r\u00f4le du mouvement social. Les populations prennent davantage conscience des cons\u00e9quences de la monnaie unique sur l&#8217;emploi, le pouvoir d&#8217;achat, la protection sociale, la souverainet\u00e9 nationale. La d\u00e9claration de K. H\u00e4nsch, pr\u00e9sident du Parlement europ\u00e9en, lors du d\u00e9bat, le 18 septembre, sur l&#8217;\u00e9tat de l&#8217;Union illustre bien ces difficult\u00e9s: &#8221; Les gens ne sont pas contre l&#8217;int\u00e9gration europ\u00e9enne, mais ils ne savent plus pourquoi ils doivent \u00eatre pour l&#8217;Europe (&#8230;). Le nombre de ceux pour qui l&#8217;Union europ\u00e9enne est synonyme de mise en cause des acquis et des suppressions d&#8217;emploi va croissant.&#8221;<\/p>\n<p> <strong> Partage du travail et cr\u00e9ation d&#8217;emploi dans la logique lib\u00e9rale <\/strong><\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas l&#8217;adoption par le Parlement europ\u00e9en, \u00e0 la session de septembre, du rapport de Michel Rocard sur la r\u00e9duction du temps de travail qui va rassurer. S&#8217;appuyant sur une forte exigence des salari\u00e9s, il pr\u00e9conise une &#8221; meilleure r\u00e9partition du travail disponible &#8220;, sous diverses formes. A aucun moment, il n&#8217;envisage la possibilit\u00e9 de r\u00e9duire le temps de travail sans baisse de salaire. Le groupe de la gauche unitaire europ\u00e9enne (GUE-NGL) est d&#8217;avis qu&#8217;une r\u00e9duction g\u00e9n\u00e9rale de la dur\u00e9e hebdomadaire du temps de travail, sans baisse de revenu, et dans un bref d\u00e9lai, constituerait un \u00e9l\u00e9ment essentiel pour contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation de nouveaux emplois et au soutien de la consommation pendant cette p\u00e9riode de fort ralentissement de la croissance \u00e9conomique. Le rapport Rocard propose, conform\u00e9ment \u00e0 la logique lib\u00e9rale, d&#8217;utiliser partiellement les d\u00e9penses des Etats consacr\u00e9es au soutien des ch\u00f4meurs (\u00e9valu\u00e9es \u00e0 350 milliards d&#8217;Ecus, soit 2 260 milliards de francs) pour &#8221; compenser les pertes salariales &#8220;. Cette proposition aboutit plus \u00e0 un partage du travail existant qu&#8217;\u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;emplois. Les nombreuses exp\u00e9riences, en France, de r\u00e9duction du temps de travail avec perte de salaire, se sont conclues finalement par des licenciements purs et simples, voire des disparitions d&#8217;activit\u00e9s et d&#8217;entreprises.<\/p>\n<p>Il y a antagonisme entre une finalit\u00e9 sociale favorable \u00e0 l&#8217;emploi efficace, au d\u00e9veloppement et \u00e0 la coop\u00e9ration des services et secteurs publics, et la perspective de la monnaie unique qui, elle, vise la croissance financi\u00e8re. Il ne suffit donc pas d&#8217;ajouter une &#8221; touche &#8221; de social pour changer la logique du trait\u00e9. C&#8217;est une autre logique que celle du march\u00e9 unique, du trait\u00e9 de Maastricht qui doit \u00eatre d\u00e9battue pour une autre construction europ\u00e9enne.<\/p>\n<p> <strong> Faire reculer tout ce qui plie les soci\u00e9t\u00e9s aux exigences de la guerre \u00e9conomique <\/strong><\/p>\n<p>En s&#8217;appuyant sur les aspirations populaires, sur la mont\u00e9e des luttes contre cette logique ultra-lib\u00e9rale, il est possible de faire reculer tout ce qui plie les soci\u00e9t\u00e9s aux exigences de la guerre \u00e9conomique. La France, l&#8217;Europe ont besoin d&#8217;une autre politique qui mette le progr\u00e8s social au centre du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, au service de l&#8217;homme. Lorsque les communistes affirment la n\u00e9cessit\u00e9 de s&#8217;\u00e9manciper de la domination de l&#8217;argent pour l&#8217;argent, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une question seulement \u00e9conomique. Des affaires comme celle de la &#8221; vache folle &#8221; et m\u00eame des choix comme le projet de budget pour la France en 1997 r\u00e9v\u00e8lent que le choix de l&#8217;argent, comme but premier, conduit \u00e0 des d\u00e9cisions meurtri\u00e8res pour celles-l\u00e0, d&#8217;appauvrissement et d&#8217;avilissement pour celui-ci. Les communistes soumettent \u00e0 la discussion des axes de propositions qui contiennent les exigences qui s&#8217;accroissent en France: taxation des mouvements sp\u00e9culatifs pour d\u00e9gager des moyens pour l&#8217;emploi et des productions utiles; transparence dans l&#8217;utilisation de l&#8217;argent et, pour cela, droits d&#8217;intervention pour les salari\u00e9s; diminution du temps de travail sans r\u00e9duction de salaire pour favoriser l&#8217;emploi et am\u00e9liorer les conditions de travail; arr\u00eat du processus de lib\u00e9ralisation et d\u00e9fense et promotion des services publics.<\/p>\n<p>Ces propositions participent d&#8217;une autre orientation de la politique fran\u00e7aise en Europe. Quelle politique europ\u00e9enne ? Les communistes la mettent en d\u00e9bat dans la pr\u00e9paration de leur XXIXe Congr\u00e8s. Leur ambition est d&#8217;obtenir une r\u00e9vision en profondeur du trait\u00e9 de Maastricht. Cette exigence doit \u00eatre port\u00e9e par un nombre de plus en plus grand de citoyens. Pour ce faire, la consultation populaire sur le passage \u00e0 la monnaie unique et le d\u00e9bat le plus large pour une autre construction europ\u00e9enne sont n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>* D\u00e9put\u00e9e europ\u00e9enne.Vice-pr\u00e9sidente de la commission des Affaires sociales et de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>1. &#8221; Revenus et patrimoine des m\u00e9nages &#8220;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La logique du trait\u00e9 de Maastricht, celle du march\u00e9 unique et de la monnaie unique, ne changera pas si l&#8217;on se contente de rajouter une touche de social. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-225","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/225","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=225"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/225\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=225"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=225"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=225"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}