{"id":224,"date":"1996-11-01T00:00:00","date_gmt":"1996-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/une-securite-emploi-formation-pour224\/"},"modified":"1996-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-10-31T23:00:00","slug":"une-securite-emploi-formation-pour224","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=224","title":{"rendered":"&#8221; Une S\u00e9curit\u00e9 emploi-formation pour tous &#8220;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Paul Boccara <\/p>\n<p><strong> Une construction sociale hardie pour rompre avec le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9 ouvrirait le droit pour chacun \u00e0 une activit\u00e9 bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e d&#8217;emploi ou de formation. Quelques propositions pour un projet. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> L&#8217; instauration d&#8217;un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 emploi-formation fait l&#8217;objet de beaucoup de d\u00e9bats. Vous avez publi\u00e9 une \u00e9tude sur cette question (1). Qu&#8217;en est-il exactement ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Paul Boccara : <\/strong> Face aux d\u00e9fis des nouvelles technologies de la r\u00e9volution informationnelle et de la mondialisation financi\u00e8re, les politiques qui pr\u00e9tendent r\u00e9soudre le probl\u00e8me du ch\u00f4mage massif durable, par la pr\u00e9carisation, la flexibilisation et les attaques contre les co\u00fbts salariaux, l&#8217;aggravent en r\u00e9alit\u00e9. Il convient de rompre, par des constructions sociales tr\u00e8s hardies, avec ces accompagnements des gestions qui nourrissent le ch\u00f4mage. C&#8217;est ce que nous voulons par la proposition d&#8217;assurer \u00e0 tous et \u00e0 toutes, avec de nouveaux financements et la conqu\u00eate de nouveaux pouvoirs, de nouveaux droits sociaux: le droit \u00e0 une activit\u00e9 bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, d&#8217;emploi ou de formation. Cela avec de bons passages entre les deux, ma\u00eetris\u00e9s par les int\u00e9ress\u00e9s. Toute la population demandeuse d&#8217;emploi est concern\u00e9e, depuis la fin des \u00e9tudes initiales jusqu&#8217;\u00e0 la retraite elle-m\u00eame \u00e9ventuellement progressive.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit, d&#8217;une part, de d\u00e9passer le march\u00e9 du travail capitaliste, avec sa pr\u00e9carit\u00e9, et le ch\u00f4mage comme facteur fondamental de r\u00e9gulation et de pression pour l&#8217;exploitation. Mais il s&#8217;agit aussi de transformer imm\u00e9diatement toutes les situations pr\u00e9caires actuelles (stages bidons ou parking, CDD, temps partiel impos\u00e9, contrats d&#8217;emploi &#8221; aid\u00e9s &#8220;, ch\u00f4mage&#8230;) et d&#8217;am\u00e9liorer la situation de chacun, avec la conqu\u00eate d&#8217;autres pouvoirs et d&#8217;autres utilisations de l&#8217;argent. Toutes les situations subissent la pression du ch\u00f4mage et de la pr\u00e9carit\u00e9, m\u00eame les emplois statutaires. Aussi pourrait-on dire: pr\u00e9caris\u00e9s et pr\u00e9carisables de tout le pays, unissez-vous !<\/p>\n<p> <strong> Proposer de substituer la formation au ch\u00f4mage pour assurer la flexibilit\u00e9 de l&#8217;appareil de production, aux al\u00e9as de la demande comme aux \u00e9volutions des nouvelles technologies, n&#8217;est-ce pas conserver une vision productiviste: adapter les hommes au syst\u00e8me de production ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> P. B.: <\/strong> Le ch\u00f4mage constitue un des maux fondamentaux du capitalisme mais en m\u00eame temps un principe fondamental de r\u00e9gulation et de souplesse, quoique aujourd&#8217;hui la crise syst\u00e9mique d\u00e9veloppe la rigidit\u00e9 du ch\u00f4mage massif durable. Il s&#8217;agit de supprimer le ch\u00f4mage, mais de garder la souplesse et la possibilit\u00e9, soit de passer d&#8217;un emploi \u00e0 un autre, soit de ne pas \u00eatre en emploi, mais d&#8217;avoir alors une activit\u00e9 bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e de formation au lieu du ch\u00f4mage. En fait de productivisme, c&#8217;est le ch\u00f4mage qui fait pression sur la vie des salari\u00e9s au nom des imp\u00e9ratifs de la production. Il s&#8217;agit, \u00e0 l&#8217;inverse du productivisme, de d\u00e9velopper la vie des salari\u00e9s, y compris l&#8217;importance des activit\u00e9s hors travail. La formation n&#8217;est pas productiviste. Elle augmente les capacit\u00e9s de ma\u00eetriser sa vie et de d\u00e9velopper sa culture, sa cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;emploi comme d\u00e9bouch\u00e9 de cette formation, il serait plus qualifi\u00e9, avec une participation \u00e0 la gestion, \u00e0 la recherche, \u00e0 la formation (comme form\u00e9 ou comme formateur), dans le cadre d&#8217;une r\u00e9duction consid\u00e9rable du temps de travail normal, de la semaine au cycle de vie.<\/p>\n<p> <strong> Ne s&#8217;agit-il pas de reconna\u00eetre que le plein emploi est derri\u00e8re nous et de mettre en fait au second plan les propositions pour une relance de la croissance et de l&#8217;emploi (r\u00e9duction du temps de travail, nouveau partage salaire-profit, d\u00e9veloppement des services publics, etc). <\/strong><\/p>\n<p> <strong> P. B.: <\/strong> C&#8217;est tout le contraire. Ce qui est derri\u00e8re nous, c&#8217;est l&#8217;ancien type de plein emploi. Pour un nouveau type de plein emploi, il faut aussi une pleine activit\u00e9, avec un temps de travail r\u00e9duit, un contenu plus \u00e9panouissant et surtout des activit\u00e9s de formation. Dans la politique traditionnelle de plein emploi, l&#8217;emploi \u00e9tait un effet second, on visait la demande d&#8217;investissement, la demande globale, mais il n&#8217;y avait pas comme premier objectif la cr\u00e9ation d&#8217;emplois. Aujourd&#8217;hui, au contraire, il s&#8217;agit de favoriser directement la cr\u00e9ation d&#8217;emplois par des financements incitatifs et par des p\u00e9nalisations des g\u00e2chis financiers. L&#8217;investissement se fait en effet habituellement en grande partie contre l&#8217;emploi. Il faut faire des investissements pour l&#8217;emploi, en s&#8217;appuyant notamment sur les services publics et en augmentant les d\u00e9penses pour la population au d\u00e9triment des g\u00e2chis des profits. Ensuite, le &#8221; plein &#8221; emploi, ce n&#8217;\u00e9tait pas exactement l&#8217;emploi &#8221; pour tous &#8220;. D&#8217;ailleurs, en 1996, on nous parle de plein emploi aux Etats-Unis avec 5% de ch\u00f4meurs. Il s&#8217;agit, au contraire, d&#8217;assurer une garantie soit d&#8217;emploi soit de formation pour tous, en prenant en compte les nouvelles technologies de la r\u00e9volution informationnelle qui suscitent une \u00e9norme \u00e9conomie de travail et un besoin de formation formidable.<\/p>\n<p>Du point de vue de la relance, nous n&#8217;avons pas l&#8217;illusion de croire, comme Jacques Delors, que la seule relance traditionnelle des infrastructures, des gros investissements va permettre une relance suffisante. D&#8217;abord, on le voit bien, les contraintes financi\u00e8res sont formidables. Il faut mettre en cause le type de financement, le type de l&#8217;utilisation de l&#8217;argent et ses objectifs de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re. En outre, d\u00e9sormais, la demande doit beaucoup plus progresser avec les d\u00e9penses pour les \u00eatres humains. Ce n&#8217;est pas seulement des marchandises, et m\u00eame pas seulement l&#8217;accroissement des salaires, c&#8217;est aussi des services d&#8217;\u00e9ducation, de sant\u00e9, de culture pour tous, afin de permettre une relance suffisante de la demande, d\u00e9bouchant d&#8217;ailleurs sur des progr\u00e8s d&#8217;une offre nouvelle. On pourrait aller au-del\u00e0 des surproductions capitalistes, mais aussi au-del\u00e0 des sous-productions des r\u00e9gimes \u00e9tatistes, en faisant jouer dans les deux sens le rapport formation\/emploi.<\/p>\n<p> <strong> Vous proposez d&#8217;assurer cette s\u00e9curit\u00e9 nouvelle par une mutualisation des d\u00e9penses de formation et de recherche entre entreprises relevant d&#8217;un m\u00eame bassin d&#8217;emplois. Cette coop\u00e9ration r\u00e9gionale n&#8217;entre-t-elle pas en contradiction avec la mondialisation de l&#8217;\u00e9conomie et des mouvements de capitaux ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> P. B.: <\/strong> La mutualisation propos\u00e9e part des bassins d&#8217;emplois mais consid\u00e8re naturellement aussi la r\u00e9gion, et une mutualisation au niveau national (comme la s\u00e9curit\u00e9 sociale) et m\u00eame le niveau europ\u00e9en, voire le niveau mondial. Cette mutualisation est tr\u00e8s importante. Elle ne concerne pas seulement les contenus des formations, des programmes \u00e9labor\u00e9s avec les travailleurs et les diff\u00e9rentes entreprises d&#8217;un bassin d&#8217;emplois, d&#8217;une branche, d&#8217;une r\u00e9gion, etc.<\/p>\n<p>Mais elle concerne \u00e9galement les financements. Il s&#8217;agit de p\u00e9naliser les accumulations financi\u00e8res mais aussi d&#8217;inciter \u00e0 la formation-emploi. Ainsi des avances de cr\u00e9dits incitatifs peuvent \u00eatre rembours\u00e9es par les pr\u00e9l\u00e8vements mutualis\u00e9s pour la formation, en liaison avec des coop\u00e9rations sur les recherches-d\u00e9veloppement. Il ne s&#8217;agit pas seulement de d\u00e9penses publiques, mais aussi du cr\u00e9dit et de pr\u00e9l\u00e8vements sur les entreprises. Il s&#8217;agit de s&#8217;en prendre \u00e0 toute la logique d&#8217;abaissement des charges salariales et, au contraire, par le cr\u00e9dit, de favoriser les d\u00e9penses pour la formation et pour la cr\u00e9ation d&#8217;emplois, avec charges financi\u00e8res abaiss\u00e9es (jusqu&#8217;\u00e0 des subventions) pour les investissements cr\u00e9ateurs d&#8217;emplois. La mutualisation des d\u00e9penses de formation peut s&#8217;articuler au partage des d\u00e9penses de recherche. Or, une des raisons fondamentales de la croissance financi\u00e8re mondialis\u00e9e, c&#8217;est la n\u00e9cessit\u00e9 de contr\u00f4ler par les achats de titres des ensembles d&#8217;entreprises pour partager les co\u00fbts de recherche, mais de fa\u00e7on monopoliste pour d\u00e9truire les autres. L&#8217;organisation de mutualisations pour la formation et l&#8217;emploi articul\u00e9e \u00e0 des coop\u00e9rations de partage des co\u00fbts de recherche pourrait se substituer \u00e0 ces immenses d\u00e9penses de contr\u00f4le financier.<\/p>\n<p>Partant des bassins d&#8217;emplois, cette mutualisation va jusqu&#8217;\u00e0 mettre en cause le type de mondialisation actuelle et la domination du march\u00e9 financier, en passant par le plan national ou le plan europ\u00e9en. Il faut en effet s&#8217;en prendre \u00e0 la racine du type de mondialisation actuelle pour le co-d\u00e9veloppement des populations, de leur formation, de leur culture, en liaison avec leur emploi. Une autre mondialisation passe par le niveau local, c&#8217;est-\u00e0-dire par la ma\u00eetrise de ce qui est tout pr\u00e8s de soi. Et inversement, ces buts sociaux locaux et nationaux peuvent \u00eatre stimul\u00e9s par des transformations aux autres niveaux, avec leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, et des concertations entre les niveaux.<\/p>\n<p> <strong> Comment s&#8217;ins\u00e8re cette proposition de S\u00e9curit\u00e9 emploi-formation dans le projet de soci\u00e9t\u00e9 et le projet politique que veut se donner le parti communiste ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> P. B.: <\/strong> Nous avons fait l&#8217;exp\u00e9rience du programme commun, et de la d\u00e9l\u00e9gation aux appareils au sommet, nous ne voulons plus cela. Il s&#8217;agit d\u00e8s aujourd&#8217;hui, pour tous et toutes, d&#8217;intervenir pour r\u00e9clamer et arracher une am\u00e9lioration de sa situation pour tous ceux qui sont en difficult\u00e9s ou pr\u00e9carisables, de faire des propositions de cr\u00e9ations d&#8217;emplois, de transformation de situations pr\u00e9caires en bonnes situations, de bonnes formations d\u00e9bouchant sur des emplois stables, etc. Et des propositions d&#8217;une autre utilisation de l&#8217;argent en imposant de nouveaux pouvoirs. Sans nier les diff\u00e9rences de qualification ou de pr\u00e9carisation, de g\u00e9n\u00e9rations, ou entre hommes et femmes, on peut participer \u00e0 la convergence de toutes les luttes, dans des luttes de classes, salariales et sociales nouvelles, dans une construction de rassemblement de transformation de la soci\u00e9t\u00e9 pour le d\u00e9passement du march\u00e9 du travail capitaliste.<\/p>\n<p>A gauche actuellement, on fait souvent des propositions mais sans mettre en cause l&#8217;utilisation de l&#8217;argent, d&#8217;autres types de financement, des pouvoirs d&#8217;interventions nouveaux, des droits sociaux pour une civilisation nouvelle avec une s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi-formation. Cela renvoie aussi \u00e0 des valeurs de partage des ressources, des pouvoirs, des formations, de la culture, pour ma\u00eetriser sa vie, pour l&#8217;intercr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>* Economiste.<\/p>\n<p>1. Bibliographie Issues no 47-48 &#8221; Pour l&#8217;insertion dans un autre plein emploi et une pleine activit\u00e9 &#8220;.Economie et Politique de juin-juillet 1996: &#8221; Pour une &#8221; S\u00e9curit\u00e9 emploi-formation &#8221; &#8221; Cahiers du communisme, ao\u00fbt 1996: &#8221; Pour une s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi et de formation &#8220;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Paul Boccara <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-224","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=224"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/224\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}