{"id":2236,"date":"2006-01-01T00:00:00","date_gmt":"2005-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-interview-des-lecteurs-mano2236\/"},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-31T23:00:00","slug":"l-interview-des-lecteurs-mano2236","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2236","title":{"rendered":"L&#8217;interview des lecteurs : Mano Negra"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> 1990, un air de libert\u00e9 soufflait encore sur l&#8217;univers musical, les ind\u00e9pendants avaient encore le vent en poupe, les textes des chansons n&#8217;\u00e9taient pas analys\u00e9s en Assembl\u00e9e nationale&#8230; La Mano Negra est le groupe mythique de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Punk rock, reggae, un peu de flamenco, une salsa transmut\u00e9e, du rap, de la musique arabe. Ils m\u00e9langeaient tout, mais pas n&#8217;importe comment, pour cr\u00e9er ce rock d\u00e9cal\u00e9, porteur d&#8217;un altermondialisme avant la lettre. Ils n&#8217;ont rien perdu de leur punch. <\/p>\n<p><strong> David Thiery. <\/strong> L&#8217;id\u00e9e du DVD vient-elle du groupe ou de la maison de disques ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> Elle vient du groupe. Onze ans apr\u00e8s notre s\u00e9paration, on a m\u00fbri et pris du recul. C&#8217;\u00e9tait le bon moment pour raconter notre histoire. Le DVD comprend deux films qui sont sortis \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, des clips avec des bonus, mais aussi deux documentaires dans lesquels on raconte notre parcours. Il valait mieux que nous prenions nous-m\u00eames le film en charge, comme nous avions pris en charge le livre auparavant. On ne voulait pas tout laisser entre les mains de la maison de disques qui nous aurait taill\u00e9 un costard bien lisse. On a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9s par le reste du groupe, Manu Chao et les autres, qui nous ont fait confiance pour mener \u00e0 bien ce projet. On n&#8217;avait pas envie de surfer sur la vague nostalgique, sur l&#8217;air du bon vieux temps.<\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> On a voulu raconter notre parcours comme un film d&#8217;aventures. L&#8217;histoire a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e sur la musique. Mais la bande originale comporte quand m\u00eame plein d&#8217;in\u00e9dits dont certains avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> Le DVD a \u00e9t\u00e9 le support parfait pour prolonger une vieille habitude de la Mano : se d\u00e9brouiller avec ce qu&#8217;on a sous la main pour r\u00e9aliser un bel objet. On n&#8217;avait pas envie d&#8217;une compile de clips, d&#8217;un best of, comme c&#8217;est souvent le cas.<\/p>\n<p><strong> Sylvain Pattieu. <\/strong> La Mano Negra est un groupe mythique. Comment rebondir apr\u00e8s ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> Nous n&#8217;avons pas la pr\u00e9tention d&#8217;avoir form\u00e9 un groupe mythique. Ce n&#8217;est que maintenant que nous r\u00e9alisons l&#8217;ampleur de ce qui s&#8217;est pass\u00e9. Avant, nous n&#8217;avions pas le recul n\u00e9cessaire. Apr\u00e8s la Mano, j&#8217;ai pu m&#8217;investir dans des projets moins connus, avec moins de sous, auxquels je croyais.<\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Toute l&#8217;histoire de la Mano Negra est port\u00e9e par une esp\u00e8ce de souffle \u00e9pique. Apr\u00e8s avoir visionn\u00e9 le film, quelqu&#8217;un m&#8217;a demand\u00e9 si, \u00e0 la fin de cette aventure, nous avions b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un suivi psychologique pour nous remettre. La question m&#8217;a d&#8217;abord surpris mais c&#8217;est vrai que nous avons \u00e9t\u00e9 remu\u00e9s. En ce qui me concerne, quand le groupe s&#8217;est dissous, je suis parti en voyage au Mexique pour faire des tatouages. Chacun a envisag\u00e9 l&#8217;apr\u00e8s-Mano \u00e0 sa mani\u00e8re mais tout le monde a disparu pendant un moment.<\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> On n&#8217;a pas vraiment disparu&#8230; On a continu\u00e9 la musique. Du jour au lendemain, on s&#8217;est retrouv\u00e9 \u00e0 donner des concerts dans des bars. L&#8217;important, c&#8217;\u00e9tait de ne pas arr\u00eater de jouer ! Si le succ\u00e8s arrive, tant mieux, sinon on est quand m\u00eame gagnant puisqu&#8217;on fait ce qui nous pla\u00eet.<\/p>\n<p><strong> Ch\u00e9rif Ghemmour. <\/strong> Votre fin brutale a aussi contribu\u00e9 \u00e0 alimenter le mythe. Avez-vous d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;arr\u00eater du jour au lendemain ? <\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> On ne s&#8217;est pas r\u00e9uni pour fixer une date. Mais l&#8217;arr\u00eat a eu quelque chose d&#8217;assez m\u00e9t\u00e9orique. A peine revenus de la tourn\u00e9e Cargo 92 que d\u00e9j\u00e0, dans l&#8217;avion, on parlait de repartir l&#8217;ann\u00e9e suivante. Nous \u00e9tions plusieurs membres du groupe \u00e0 vouloir nous reposer pendant un an, poser nos bagages. Manu \u00e9tait le seul \u00e0 souhaiter encha\u00eener. La fin a cr\u00e9\u00e9 un manque qui est toujours un peu l\u00e0.<\/p>\n<p><strong> David Thiery. <\/strong> Le c\u00f4t\u00e9 mythique tient aussi \u00e0 l&#8217;aventure singuli\u00e8re que vous avez v\u00e9cue, autour de la tourn\u00e9e Cargo, qui faisait m\u00eame r\u00eaver les autres groupes de l&#8217;\u00e9poque&#8230; <\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> Le Cargo, ce fut l&#8217;apoth\u00e9ose. En 1992, nous avons circul\u00e9 de port en port en Am\u00e9rique latine, \u00e0 bord d&#8217;un cargo que nous partagions avec la compagnie Royal Deluxe. Mais cette aventure n&#8217;a dur\u00e9 que quatre mois, soit tr\u00e8s peu de temps dans la vie de la Mano Negra.<\/p>\n<p><strong> H\u00e9l\u00e8ne Bidard. <\/strong> Pour moi, le mythe vient de l&#8217;id\u00e9ologie que vous avez amen\u00e9e. Vous rendez-vous compte que c&#8217;est la Mano Negra qui a pleinement lanc\u00e9 le message altermondialiste et que le groupe a eu un impact \u00e9norme sur les g\u00e9n\u00e9rations suivantes ? Thomas Darnal. Notre d\u00e9marche artistique \u00e9tait charg\u00e9e de politique. C&#8217;\u00e9tait une esp\u00e8ce de mondialisme avant l&#8217;heure, musical et g\u00e9n\u00e9reux. Le rock ne devait pas \u00eatre le vecteur d&#8217;une seule langue et d&#8217;une seule culture mais de toutes les cultures du monde. On emmenait toujours des cartes du monde lors de nos voyages. On les affichait chaque fois qu&#8217;on jouait. Nous avons amen\u00e9 l&#8217;id\u00e9e de rock m\u00e9tiss\u00e9. Mais le message politique datait d&#8217;avant nous. Les mouvements Pour des jours meilleurs et Touche pas \u00e0 mon pote, les chanteurs Johnny Clegg et Bob Marley, tout cela participait d&#8217;une esp\u00e8ce d&#8217;ouverture annon\u00e7ant la world music.<\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> Avant la Mano, les groupes de rock n&#8217;avaient pas de percussionnistes. Nous avons ext\u00e9rioris\u00e9 notre c\u00f4t\u00e9 oriental et espagnol latino. C&#8217;est ce qui nous a permis de f\u00e9d\u00e9rer. On s&#8217;est r\u00e9ellement engag\u00e9 au travers de concerts de soutien. Nous nous sommes investis dans des actions en Am\u00e9rique latine mais aussi en France, en soutenant la Caravane des quartiers : une organisation \u00e0 l&#8217;initiative de spectacles, de d\u00e9fil\u00e9s et de f\u00eates dans les cit\u00e9s de France et d&#8217;Europe. On invitait les mammas du coin, on organisait une soir\u00e9e couscous ou une soir\u00e9e d\u00e9fil\u00e9 de mode avec les filles du quartier qui faisaient du stylisme, on essayait de cr\u00e9er un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p><strong> H\u00e9l\u00e8ne Bidard. <\/strong> Avez-vous subi une censure dans les pays d&#8217;Am\u00e9rique latine et ailleurs ?<\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Pendant la guerre du Golfe, le gouvernement fran\u00e7ais avait fait passer une circulaire de radio en radio pour inciter celles-ci \u00e0 ne pas diffuser certains morceaux, parmi lesquels \u00ab La Bombe humaine \u00bb de T\u00e9l\u00e9phone et \u00ab Le Feu \u00bb de Niagara. Mais nous n&#8217;avons pas connu de vraie censure comme elle existe dans les pays totalitaires. A Lima, au P\u00e9rou, l&#8217;\u00e9toile rouge et la main qui \u00e9taient dessin\u00e9es sur nos affiches rappelaient trop le Sentier lumineux. Par souci de pr\u00e9caution, on nous a donc demand\u00e9 de pr\u00e9ciser qu&#8217;il s&#8217;agissait de musique. A Cuba, nous avons jou\u00e9 dans la salle Karl-Marx qui \u00e9tait remplie de jeunes qui n&#8217;avaient jamais pu voir de concert de rock. Ils avaient toujours droit aux groupes officiels. Quand nous avons commenc\u00e9, ils se sont tous l\u00e2ch\u00e9s, ils ont envahi la sc\u00e8ne, tout s&#8217;est d\u00e9branch\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan.** Les types du Parti \u00e9taient d\u00e9bord\u00e9s. Ils n&#8217;avaient jamais vu \u00e7a ! Le lendemain, silence complet dans les journaux. L&#8217;\u00e9v\u00e9nement avait \u00e9t\u00e9 censur\u00e9. Il faut dire que ce n&#8217;est pas tr\u00e8s difficile d&#8217;\u00eatre censur\u00e9 \u00e0 Cuba ! **H\u00e9l\u00e8ne Bidard. <\/strong> Que pensez-vous des rappeurs dont les textes, list\u00e9s par des d\u00e9put\u00e9s, se font actuellement censurer ? <\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> J&#8217;ai vraiment l&#8217;impression qu&#8217;on fonce tout droit dans le mur. A l&#8217;\u00e9poque du punk, les Sex Pistols chantaient \u00ab Anarchy in the UK \u00bb. La provoc&#8217;ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui ! <\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Je ne crois pas qu&#8217;il serve \u00e0 grand chose de censurer des textes. Si elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9e d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 finit toujours par ressortir d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> Je f\u00e9licite Joey Starr (1), ex-chanteur du groupe NTM, de vouloir inciter les jeunes \u00e0 aller voter. J&#8217;esp\u00e8re que les \u00e9v\u00e9nements vont conduire au retour de la gauche.<\/p>\n<p><strong> David Thiery. <\/strong> Parmi les jeunes groupes de rock alternatif, lesquels portent l&#8217;esprit Mano, militant, humaniste et international ? <\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> L&#8217;\u00e9poque a chang\u00e9. Les T\u00eates raides et Louise Attaque ont une vraie ind\u00e9pendance artistique. Ils s&#8217;engagent. R\u00e9cemment, ils ont donn\u00e9 un concert pour des associations qui permettent \u00e0 des groupes qui ne sont pas sign\u00e9s par une major et qui sont peu connus de jouer dans les bars devant un public. Ils prennent la rel\u00e8ve de l&#8217;op\u00e9ration Paris Bar Rock n\u00e9e, au milieu des ann\u00e9es 1980, de la difficult\u00e9 \u00e0 trouver des lieux pour jouer.<\/p>\n<p><strong> Ch\u00e9rif Ghemmour. <\/strong> Vous aviez tourn\u00e9 dans les bars de Pigalle, dans le 18e arrondissement de Paris. Savez-vous que la plupart des salles n&#8217;existent plus depuis les mesures anti-bruit ? <\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Il reste les Folies Pigalle. Le New Moon Narcisse et l&#8217;Erotika ont ferm\u00e9. Un autre lieu s&#8217;est transform\u00e9 en McDonald&#8217;s. Aujourd&#8217;hui, on installe dans les salles de concert des limiteurs de d\u00e9cibels, ce qui n&#8217;existait pas encore \u00e0 notre \u00e9poque. Deux percussionnistes suffisent largement pour atteindre le plafond. Pourtant, une pression acoustique est parfois n\u00e9cessaire pour vraiment sentir la puissance de la musique.<\/p>\n<p><strong> David Thiery. <\/strong> N&#8217;avez-vous pas l&#8217;impression que les f\u00eates alternatives comme les<em> free parties <\/em> ont pris le relais ? <\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> C&#8217;est exact. Aujourd&#8217;hui, on n&#8217;a pas le droit de faire la f\u00eate, pas le droit de boire des coups, pas le droit de sortir tard&#8230; On a le sentiment de vivre dans un pays o\u00f9 tout le monde est puni. Mais puni de quoi ? D&#8217;\u00eatre au ch\u00f4mage, de ne pas avoir d&#8217;argent, d&#8217;\u00eatre pauvre ? La province n&#8217;\u00e9chappe pas \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. M\u00eame un groupe de jazz peut entrer dans le cadre de la loi anti-bruit. Pourtant, il ne risque pas de f\u00e9d\u00e9rer tous les malfrats du coin ! <\/p>\n<p><strong> H\u00e9l\u00e8ne Bidard. <\/strong> Le prix des places et des consommations a augment\u00e9. Cette hausse a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par le manque \u00e0 gagner sur les CD \u00e0 cause du piratage. Que pensez-vous de cet argument ? <\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> D&#8217;une part, il s&#8217;agit de deux \u00e9conomies diff\u00e9rentes, d&#8217;autre part, les majors sont plut\u00f4t bien loties contrairement \u00e0 ce qu&#8217;on entend dire. Le Parisien annon\u00e7ait r\u00e9cemment que l&#8217;industrie audiovisuelle aurait 5 milliards de manque. Pourquoi les majors ne publient-elles pas les b\u00e9n\u00e9fices nets au lieu de faire des calculs hypoth\u00e9tiques ? <\/p>\n<p><strong> Sylvain Pattieu. <\/strong> Apr\u00e8s Hugo Chavez au V\u00e9n\u00e9zuela, Evo Morales vient d&#8217;\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident en Bolivie. Quel regard portez-vous sur l&#8217;Am\u00e9rique du Sud d&#8217;aujourd&#8217;hui ? <\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Des pays comme le Mexique, le Chili et l&#8217;Argentine ont beaucoup chang\u00e9. Le Mexique s&#8217;est n\u00e9o-lib\u00e9ralis\u00e9. La proximit\u00e9 des Etats-Unis se fait sentir. Le sous-commandant Marcos ne peut plus se faire entendre. Il y a de l&#8217;espoir au Br\u00e9sil et au P\u00e9rou. Mais parfois, l&#8217;espoir est d\u00e9\u00e7u en politique. Sommes-nous moins touch\u00e9s par ce qui se passe l\u00e0-bas ? Plus le temps passe, moins je suis p\u00e9remptoire sur le devenir de l&#8217;Am\u00e9rique latine. Je m&#8217;attache plus aux amiti\u00e9s et aux relations personnelles qu&#8217;aux grandes questions politiques.<\/p>\n<p><strong> David Thiery. <\/strong> Tous les concerts \u00e9taient-ils gratuits en Am\u00e9rique latine ?<\/p>\n<p><strong> Joseph Dahan. <\/strong> Pas tous. Les concerts qui se d\u00e9roulaient dans les clubs \u00e9taient payants. Les autres \u00e9taient gratuits pour le public parce qu&#8217;ils \u00e9taient financ\u00e9s par l&#8217;Etat fran\u00e7ais et sponsoris\u00e9s par des soci\u00e9t\u00e9s. Le Cargo, avec ses douze containers, la location des places dans les ports, l&#8217;assurance du bateau, l&#8217;\u00e9quipage, n&#8217;aurait pas pu exister de fa\u00e7on autonome.<\/p>\n<p><strong> H\u00e9l\u00e8ne Bidard. <\/strong> A quelle couche sociale appartenait le public latino-am\u00e9ricain ?<\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Il \u00e9tait issu de milieux tr\u00e8s populaires. Les concerts se d\u00e9roulaient en g\u00e9n\u00e9ral sur la plus grande place de la ville : la place Bolivar \u00e0 Caracas, la place centrale \u00e0 Carthag\u00e8ne, la salle Karl-Marx \u00e0 la Havane. Tout le monde venait. Le Cargo accueillait des soir\u00e9es pour les ambassades et les sponsors, mais aussi un public de dockers et de prostitu\u00e9es du port.<\/p>\n<p><strong> Ch\u00e9rif Ghemmour. <\/strong> Vous avez un souvenir mitig\u00e9 de votre tourn\u00e9e aux Etats-Unis. Pourquoi ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> On arrivait de France o\u00f9 on avait jou\u00e9 avec les Stray Cats et Joe Strummer, nos idoles. La tourn\u00e9e avec Iggy Pop a mal commenc\u00e9. Lorsqu&#8217;on s&#8217;est lanc\u00e9 dans une improvisation, le<em> road manager <\/em> nous a rembarr\u00e9s. Nous \u00e9tions le groupe fran\u00e7ais de premi\u00e8re partie, il fallait fermer notre gueule et faire ce qu&#8217;on nous disait. Mais donner des concerts dans l&#8217;Am\u00e9rique profonde m&#8217;a permis de comprendre que l&#8217;Am\u00e9rique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 George Bush.<\/p>\n<p><strong> Thomas Darnal. <\/strong> Vers les ann\u00e9es 2000, des groupes latinos se r\u00e9clamant de la Mano se sont mis \u00e0 jouer un rock latin aux Etats-Unis. Notre influence s&#8217;est fait sentir apr\u00e8s coup.<\/p>\n<p><strong> Ch\u00e9rif Ghemmour. <\/strong> Vous arrive-t-il de rejouer ensemble ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Teboul. <\/strong> Nous avons un r\u00e9pertoire de reprises punk et un groupe qui s&#8217;appelle Les Patrons. La derni\u00e8re fois que nous avons jou\u00e9 ensemble, c&#8217;\u00e9tait pour un concert de soutien pour l&#8217;association Cap au large. Cela a servi \u00e0 r\u00e9colter des fonds pour affr\u00e9ter des voiliers adapt\u00e9s aux personnes handicap\u00e9es. Les bateaux sont partis du Sud de la France pour aller jusqu&#8217;en Alg\u00e9rie, transportant des m\u00e9dicaments, des bouquins, des crayons, du mat\u00e9riel de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Recueilli par <strong> Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p>1. Joey Starr fait partie des prochains invit\u00e9s des lecteurs. Il viendra parler du collectif \u00ab Devoirs de m\u00e9moires \u00bb.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 25, janvier 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> 1990, un air de libert\u00e9 soufflait encore sur l&#8217;univers musical, les ind\u00e9pendants avaient encore le vent en poupe, les textes des chansons n&#8217;\u00e9taient pas analys\u00e9s en Assembl\u00e9e nationale&#8230; La Mano Negra est le groupe mythique de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Punk rock, reggae, un peu de flamenco, une salsa transmut\u00e9e, du rap, de la musique arabe. Ils m\u00e9langeaient tout, mais pas n&#8217;importe comment, pour cr\u00e9er ce rock d\u00e9cal\u00e9, porteur d&#8217;un altermondialisme avant la lettre. 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