{"id":2231,"date":"2006-01-01T00:00:00","date_gmt":"2005-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-gros-sabots-liberaux2231\/"},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-31T23:00:00","slug":"les-gros-sabots-liberaux2231","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2231","title":{"rendered":"Les gros sabots lib\u00e9raux"},"content":{"rendered":"<p>Le gouvernement dramatise la charge \u00e9norme que repr\u00e9sentent les 1 100 milliards d&#8217;euros de la dette publique mais il s&#8217;obstine pourtant \u00e0 baisser les imp\u00f4ts. Et ce paradoxe ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui. Le 23 mai 2002, Raffarin expliquait sur France 2 : \u00ab C&#8217;est de la bonne gestion de p\u00e8re de famille, c&#8217;est cela qu&#8217;il faut faire. Moi, je suis tout \u00e0 fait favorable \u00e0 ce que nous puissions, tr\u00e8s rapidement, r\u00e9duire les d\u00e9ficits. \u00bb A l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 il parlait, la dette publique repr\u00e9sentait 57 % du PIB. Elle atteint aujourd&#8217;hui 66 %. Ces \u00ab r\u00e8gles de bon p\u00e8re de famille \u00bb, invoqu\u00e9es \u00e9galement par Sarkozy lors de la discussion du budget 2005, servent \u00e0 faire passer un message tr\u00e8s pr\u00e9cis : il s&#8217;agit d&#8217;assimiler la France \u00e0 un m\u00e9nage qui vivrait \u00ab au-dessus de ses moyens \u00bb. Mais ce parall\u00e8le ne tient pas : le d\u00e9ficit ne provient pas d&#8217;un exc\u00e8s de d\u00e9penses mais d&#8217;une politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de baisses de recettes. La part des d\u00e9penses de l&#8217;Etat dans le PIB est en effet rest\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s fixe : 22,8 % du PIB en 2003, contre 23 % en 1980. En revanche, celle des recettes a baiss\u00e9 de 22,3 % du PIB en 1980 \u00e0 18,8 % en 2003. Les gouvernements successifs ont donc fabriqu\u00e9 du d\u00e9ficit en baissant syst\u00e9matiquement les recettes. La gauche plurielle avait quant \u00e0 elle choisi de baisser plut\u00f4t les d\u00e9penses (2 points de PIB en moins entre 1997 et 2001).<\/p>\n<p>Quand le rapport P\u00e9bereau dit que \u00ab depuis 1980, les d\u00e9penses augmentent plus vite que les recettes \u00bb, il \u00e9nonce une \u00e9vidence, mais aucun des membres de sa commission n&#8217;a eu l&#8217;id\u00e9e de se demander si c&#8217;\u00e9taient les d\u00e9penses qui acc\u00e9l\u00e9raient ou les recettes qui freinaient. Cette ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e conduit \u00e0 un diagnostic partag\u00e9 dont peut se pr\u00e9valoir le gouvernement. Elle conduit \u00e9galement \u00e0 dissimuler le contenu social de la mont\u00e9e de la dette. C&#8217;est un \u00e9norme transfert, mais pas entre g\u00e9n\u00e9rations, comme le pr\u00e9tend une propagande qui cherche \u00e0 culpabiliser l&#8217;ensemble des citoyens, accus\u00e9s de r\u00e9percuter sur leurs enfants les cons\u00e9quences de leur comportement irresponsable. Qui paie en effet les 40 milliards d&#8217;int\u00e9r\u00eats de la dette publique, soit 1000 euros par adulte ? C&#8217;est, chaque ann\u00e9e, l&#8217;ensemble des citoyens \u00e0 travers leurs imp\u00f4ts. A qui paient-ils ? Aux couches sociales \u00e9troites qui poss\u00e8dent l&#8217;essentiel des obligations du Tr\u00e9sor \u00e9mises pour couvrir le d\u00e9ficit. Autrement dit, les riches gagnent sur les deux tableaux : ils voient leurs imp\u00f4ts baisser et l&#8217;Etat leur propose un placement s\u00fbr qui \u00e9quivaut \u00e0 une v\u00e9ritable rente. Voil\u00e0 pourquoi, soit dit en passant, les baisses d&#8217;imp\u00f4ts ne relancent pas la consommation puisqu&#8217;elles sont aussit\u00f4t \u00e9pargn\u00e9es.<\/p>\n<p>La tactique fonctionne donc en deux temps, et c&#8217;est le propre de toutes les politiques lib\u00e9rales en Europe, qui ne diff\u00e8rent que par le respect du calendrier. La phase pr\u00e9paratoire consiste \u00e0 asphyxier les d\u00e9penses publiques en baissant les imp\u00f4ts : on cr\u00e9e sciemment du d\u00e9ficit et la dette augmente. On laisse les choses s&#8217;aggraver suffisamment pour entrer dans la phase active. Quand on consid\u00e8re que l&#8217;opinion est m\u00fbre, il est alors possible d&#8217;avancer ses pions en proposant de r\u00e9duire les d\u00e9penses de l&#8217;Etat et de les ajuster sur des recettes en baisse constante, en excluant la solution qui consisterait \u00e0 refiscaliser les revenus du capital. La proposition essentielle du rapport P\u00e9bereau est logiquement de stabiliser les d\u00e9penses \u00ab en euros courants \u00bb pendant cinq ans. Cela veut dire que le volume des d\u00e9penses baisserait au rythme de l&#8217;inflation, soit un recul d&#8217;environ 10 % sur cinq ans.<\/p>\n<p>Comment y arriver ? Il s&#8217;agit d&#8217;abord de r\u00e9duire le nombre d&#8217;agents de l&#8217;Etat en utilisant \u00ab d\u00e8s aujourd&#8217;hui au maximum l&#8217;opportunit\u00e9 des d\u00e9parts \u00e0 la retraite pour supprimer les sureffectifs \u00bb. La moiti\u00e9 des fonctionnaires vont partir en retraite dans les dix ans \u00e0 venir. Si, comme le propose le rapport Camdessus, on n&#8217;en remplace qu&#8217;un sur deux, c&#8217;est donc un objectif de r\u00e9duction de 25 % des effectifs qui est ainsi annonc\u00e9. Il s&#8217;agit ensuite d&#8217;\u00e9quilibrer les retraites et la S\u00e9cu, autrement dit de bloquer aussi ces d\u00e9penses qui ont besoin d&#8217;augmenter.<\/p>\n<p>L&#8217;offensive qui se profile est donc de tr\u00e8s grande ampleur puisqu&#8217;elle vise \u00e0 r\u00e9duire drastiquement les moyens de fonctionnement des services publics et de la protection sociale. Mais elle va devoir heurter de front l&#8217;attachement majoritaire des citoyens \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments essentiels du mod\u00e8le social. Le rouleau compresseur lib\u00e9ral avance inexorablement. En acc\u00e9l\u00e9rant, il risque de franchir la ligne jaune.<\/p>\n<p>Pour une analyse plus d\u00e9velopp\u00e9e (et plus technique) voir \u00ab Dette publique, rente priv\u00e9e \u00bb :  http:\/\/hussonet.free.fr\/detpub5.pdf <\/p>\n<p>Michel husson \u00e9conomiste, membre de la fondation copernic et du conseil scientifique d&#8217;Attac.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gouvernement dramatise la charge \u00e9norme que repr\u00e9sentent les 1 100 milliards d&#8217;euros de la dette publique mais il s&#8217;obstine pourtant \u00e0 baisser les imp\u00f4ts. Et ce paradoxe ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui. 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