{"id":2176,"date":"2005-11-01T00:00:00","date_gmt":"2005-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/folies-privees2176\/"},"modified":"2005-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-31T23:00:00","slug":"folies-privees2176","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2176","title":{"rendered":"Folies priv\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s la SNCM, d&#8217;autres privatisations sont dans les tuyaux et, pour commencer, EDF et les autoroutes. Ce sont autant de non-sens \u00e9conomiques qui vont d&#8217;abord conduire \u00e0 une hausse des tarifs, conform\u00e9ment \u00e0 une r\u00e8gle bien \u00e9tablie. La Cour des comptes signalait dans un rapport de 2003 que le tarif moyen de la soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e Cofiroute \u00e9tait de 37 % plus \u00e9lev\u00e9 que celui des concessionnaires d&#8217;\u00e9conomie mixte. On ne peut invoquer une meilleure qualit\u00e9 de service : le manque d&#8217;entretien et d&#8217;information avait conduit fin 2003 \u00e0 un gigantesque embouteillage o\u00f9 60 000 automobilistes avaient \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s toute une nuit par la neige, sur l&#8217;A10, g\u00e9r\u00e9e par Cofiroute.<\/p>\n<p>Les entreprises priv\u00e9es n&#8217;investissent pas. Cofiroute n&#8217;\u00e9tait pas \u00e9pingl\u00e9e que pour ses tarifs \u00e9lev\u00e9s ; la Cour des comptes lui reprochait aussi de n&#8217;avoir mis en service que 60 % des kilom\u00e8tres d&#8217;autoroute qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9tait engag\u00e9e \u00e0 r\u00e9aliser par un contrat vieux de huit ans  avec l&#8217;Etat. Soit 1,5 milliard d&#8217;euros de travaux en retard ! Il en ira de m\u00eame avec les 7 840 kilom\u00e8tres d&#8217;autoroute que le gouvernement s&#8217;appr\u00eate \u00e0 privatiser. Certes, ces ventes vont rapporter 12 milliards d&#8217;un seul coup, au lieu de 35 \u00e0 40 milliards \u00e9tal\u00e9s d&#8217;ici \u00e0 la fin des concessions en 2032, et la dette publique va baisser&#8230; de 1000 \u00e0 990 milliards d&#8217;euros ! Mais ces recettes feront d\u00e9faut \u00e0 l&#8217;Agence de financement des infrastructures de transports de France (AFITF), soit autant d&#8217;investissements en moins.<\/p>\n<p>Les entreprises priv\u00e9es ne sont pas plus efficaces. Leur suppos\u00e9e sup\u00e9riorit\u00e9 repose sur une forme d&#8217;efficacit\u00e9 tr\u00e8s particuli\u00e8re qui consiste \u00e0 rentabiliser certains segments susceptibles de l&#8217;\u00eatre, et \u00e0 laisser les autres \u00e0 la charge de l&#8217;Etat, ou \u00e0 les abandonner purement et simplement. La tactique lib\u00e9rale est ici bien connue : elle consiste \u00e0 pr\u00e9parer le terrain en d\u00e9coupant ces diff\u00e9rents segments, puis \u00e0 r\u00e9duire les moyens de fonctionnement, de mani\u00e8re \u00e0 faire appara\u00eetre la privatisation comme la seule issue. Cette tactique est parfaitement illustr\u00e9e dans le cas des chemins de fer. En 1997, le R\u00e9seau ferr\u00e9 de France devient un \u00e9tablissement autonome de la SNCF, charg\u00e9 de l&#8217;entretien et du renouvellement des infrastructures. Mais il ne dispose pour cela que de \u00ab ressources nettement insuffisantes \u00bb comme le signale un audit r\u00e9cent (1). Les restrictions budg\u00e9taires font que \u00ab la France investit sensiblement moins dans la maintenance de son r\u00e9seau ferr\u00e9 que ne le font la Grande-Bretagne, l&#8217;Italie, l&#8217;Espagne et la Suisse \u00bb. R\u00e9sultat : \u00ab L&#8217;\u00e9tat moyen de l&#8217;infrastructure, sur une part importante du r\u00e9seau, se d\u00e9grade (&#8230;) et les pr\u00e9mices d&#8217;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence apparaissent (&#8230;), la fiabilit\u00e9 des composants du syst\u00e8me ferroviaire d\u00e9cro\u00eet lentement mais s\u00fbrement. La poursuite de cette situation ne peut qu&#8217;augmenter la fragilit\u00e9 du r\u00e9seau ferr\u00e9 et menacer la p\u00e9rennit\u00e9 du r\u00e9seau classique. \u00bb Cette d\u00e9gradation programm\u00e9e m\u00e8ne \u00e0 l&#8217;abandon des lignes secondaires puis \u00e0 \u00ab l&#8217;ouverture \u00bb du r\u00e9seau : qui veut noyer son chien l&#8217;accuse de la rage.<\/p>\n<p>La privatisation des trains britanniques a provoqu\u00e9 un v\u00e9ritable chaos, ainsi que plusieurs catastrophes ferroviaires ; celle de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 : \u00e9nergie non stockable : conduit, \u00e0 chaque pic de consommation, \u00e0 des hausses erratiques de prix ou m\u00eame \u00e0 des coupures, comme cela s&#8217;est produit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Italie. Tout cela est parfaitement document\u00e9 et, dans le cas d&#8217;EDF et GDF, on peut renvoyer aux travaux de Jean-Marcel Moulin, pseudonyme d&#8217;un groupe de cadres et techniciens (2).<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la privatisation des services publics fait monter les tarifs, supprime la p\u00e9r\u00e9quation et la couverture : territoriale et sociale : des besoins, d\u00e9grade la maintenance du r\u00e9seau et r\u00e9duit l&#8217;investissement. Plus grave encore, elle rend impossibles les politiques structurelles qui seraient n\u00e9cessaires pour faire face aux menaces sur l&#8217;environnement, et notamment dans les secteurs de l&#8217;\u00e9nergie et des transports. Il ne reste donc qu&#8217;une explication rationnelle \u00e0 cette furie des privatisations, certes d&#8217;un mat\u00e9rialisme tr\u00e8s vulgaire : c&#8217;est le pillage pur et simple du patrimoine public.<\/p>\n<p>\/Michel Husson est \u00e9conomiste, membre de la fondation\/<\/p>\n<p>\/Copernic et du conseil scientifique d&#8217;Attac.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s la SNCM, d&#8217;autres privatisations sont dans les tuyaux et, pour commencer, EDF et les autoroutes. Ce sont autant de non-sens \u00e9conomiques qui vont d&#8217;abord conduire \u00e0 une hausse des tarifs, conform\u00e9ment \u00e0 une r\u00e8gle bien \u00e9tablie. 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