{"id":2170,"date":"2005-11-01T00:00:00","date_gmt":"2005-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/allo-papa-bobo2170\/"},"modified":"2005-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-31T23:00:00","slug":"allo-papa-bobo2170","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2170","title":{"rendered":"Allo, papa, bobo&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>La nouvelle chanson fran\u00e7aise a transform\u00e9 les papas poules de la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en valeurs s\u00fbres. Sur un air triste, voil\u00e0 ressuscit\u00e9 le mythe du \u00ab c&#8217;\u00e9tait mieux avant \u00bb.<\/p>\n<p>La chanson fran\u00e7aise est de retour. Une nouvelle chanson fran\u00e7aise, forc\u00e9ment. Port\u00e9e au d\u00e9part sur les fonts baptismaux par le label T\u00f4t ou Tard (que l&#8217;on ne remerciera jamais assez pour le retour de Dick Annegarn), avec des musiciens tels que Vincent Delerm (la nouvelle star) ou les quasi-v\u00e9t\u00e9rans Thomas Fersen ou Mathieu Boogaerts. Une chanson fran\u00e7aise d\u00e9sormais en odeur de saintet\u00e9 aupr\u00e8s de la g\u00e9n\u00e9ration rock, celle qui voit d\u00e9bouler en 2005 les nouveaux albums des Rolling Stones et d&#8217;un ex-Beatles (Paul McCartney), tous la soixantaine bien tass\u00e9e, cherchant pour leur part \u00e0 imiter leurs petits-enfants des White Stripes ou de Colplay. En fait, il ne s&#8217;agit peut-\u00eatre que d&#8217;une histoire de rides&#8230; Les Inrocks, le T\u00e9l\u00e9rama des trentenaires, multiplient ainsi les couvertures \u00e0 la gloire de la renaissance de l&#8217;exception fran\u00e7aise, faute peut-\u00eatre aussi de trouver de quoi s&#8217;enthousiasmer dans le cr\u00e9neau rock hexagonal. Il s&#8217;av\u00e8re certes plus facile de d\u00e9fendre Benabar que Kyo ou Luke. En septembre dernier, l&#8217;hebdo culturel se prosternait donc devant le nouveau Souchon. Pas dupe de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique, Martin Cazenave rassurait, en p\u00e9dago sympa, les lecteurs potentiellement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s : \u00ab Alain Souchon dans les Inrocks ? Et pourquoi pas Jean-Jacques, Michel, Pascal ou Calogero tant qu&#8217;on y est ? [&#8230;] Et si la chanson fran\u00e7aise actuelle devait beaucoup plus qu&#8217;on ne le pensait \u00e0 ce grand petit bonhomme ? \u00bb La r\u00e9ponse est \u00e9videmment affirmative et Vincent Delerm d&#8217;encha\u00eener une longue interview avec son mod\u00e8le. Peu apr\u00e8s, c&#8217;\u00e9tait au tour de Lib\u00e9ration d&#8217;analyser \u00ab le patrimoine Souchon \u00bb, \u00ab le plus grand parolier fran\u00e7ais depuis Serge Gainsbourg \u00bb pour Beigbeider, tandis que S\u00e9gol\u00e8ne Royal se p\u00e2mait devant l&#8217;\u00ab \u00e9l\u00e9gance d&#8217;une posture et d&#8217;une \u0153uvre \u00bb&#8230; Pr\u00e9parez le Panth\u00e9on, il arrive&#8230; <strong> La sagesse d\u00e9sabus\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Quel retournement de situation ! Et quelle belle le\u00e7on de choses. Comme au cin\u00e9ma, pour devenir cr\u00e9dible en musique, il faut apprendre \u00e0 tirer la tronche. La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la vari\u00e9t\u00e9 ou la rage du rock ne vieillissent pas bien. Dans les ann\u00e9es 1970, la plupart des artistes qui s&#8217;affublent maintenant de lunettes noires et portaient dans leurs cheveux blancs toute la sagesse d\u00e9sabus\u00e9e de l&#8217;\u00e2ge m\u00fbr, pratiquaient une chanson l\u00e9g\u00e8re et destin\u00e9e aux grandes \u00e9missions du samedi soir. Souchon avait \u00ab dix ans \u00bb et Bashung, dans son inimitable tenue de cuir fluo, chantait Gaby et les vertiges de l&#8217;amour, bien avant le Cantique des cantiques. Une \u00e9poque incroyable o\u00f9 personne n&#8217;aurait choisi une pochette en noir et blanc s&#8217;il avait les moyens de se payer la quadri.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, Lavilliers se produit sur sc\u00e8ne avec un orchestre symphonique et les seconds couteaux opportunistes publient des CD o\u00f9 500 choristes reprennent les standards vari\u00e9toche comme une apoth\u00e9ose d&#8217;op\u00e9ra (ici encore les ravages du syndrome Star Ac). Le ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e9tant, c&#8217;est que les premiers sympt\u00f4mes du mal s&#8217;annoncent pr\u00e9cocement. Les jeunes pousses perdent le go\u00fbt du bonheur de plus en plus t\u00f4t, comme s&#8217;ils avaient pris le petit dej avec la r\u00e9daction du Monde Diplo et vol\u00e9 la garde-robe d&#8217;un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Snesup. Surtout, l&#8217;adoration qu&#8217;ils vouent \u00e0 leurs idoles quinquas, en forme de qu\u00eate \u00e9perdue de paternit\u00e9 dynastique, renvoie le processus de cr\u00e9ation artistique \u00e0 une verticalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9alogique \u00e0 faire p\u00e2lir d&#8217;envie les clones de Houellebecq.<\/p>\n<p>Quand Kent raconte qu&#8217;il a bien mis dix ans pour s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 Brel et qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque de Starshooter, il ne jurait que par les Stooges, on se souvient aussi que, finalement, Claude Fran\u00e7ois ne r\u00eavait pour sa part que des g\u00e9nies contemporains de la Motown. Comment imaginer au milieu des ann\u00e9es 1980, en pleine vague B\u00e9rurier noir (eux aussi reviennent), que la vari\u00e9t\u00e9, cette cat\u00e9gorie honnie, que tout le monde d\u00e9testait, celle de la France de Giscard et des cha\u00eenes uniques de service public, puisse changer le ringard en culte ? Cette qu\u00eate de l&#8217;autorit\u00e9 artistique fleure bon l&#8217;image d&#8217;Epinal de l&#8217;instituteur s\u00e9v\u00e8re mais juste, une m\u00e9lodie pour une nostalgie rance de la France d&#8217;avant, quelque part entre le pensionnat de Chassagne et l&#8217;immortalit\u00e9 t\u00e9l\u00e9visuelle de Michel Drucker.<\/p>\n<p>Le tri est vite fait. Le rap trop vulgaire, trop cit\u00e9. Le R&#8217;n&#8217;b, pour les midinettes. La house, trop branchouille, trop gay, trop commercial. Le rock, il revient, il repartira. Alors que les papas poules de la chanson ont d\u00e9couvert le cr\u00e9neau inusable. Ils sont d\u00e9j\u00e0 le pass\u00e9. Ils ne seront plus rattrap\u00e9s ni d\u00e9pass\u00e9s. Ils ont deux tours de retard, donc le spectateur peut supposer qu&#8217;ils courent en t\u00eate. En commen\u00e7ant \u00e0 leur ressembler d\u00e8s aujourd&#8217;hui, leurs \u00e9pigones post-kh\u00e2gneux ne risquent rien. C&#8217;est bien l\u00e0 le probl\u00e8me&#8230;<\/p>\n<p>\/1. L&#8217;amendement Pelchat de janvier 1992 habilitait le CSA \u00e0 pr\u00e9voir dans ses conventions \u00ab la proportion d&#8217;\u0153uvres musicales cr\u00e9\u00e9es ou interpr\u00e9t\u00e9es par des auteurs et artistes fran\u00e7ais ou francophones, en particulier contemporains, que les services de radiodiffusion sonore sont tenus de diffuser dans leurs programmes. \u00bb www.ddm.gouv.fr\/\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nouvelle chanson fran\u00e7aise a transform\u00e9 les papas poules de la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en valeurs s\u00fbres. 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