{"id":2164,"date":"2005-11-01T00:00:00","date_gmt":"2005-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/critique-sentimentale-du2164\/"},"modified":"2005-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-31T23:00:00","slug":"critique-sentimentale-du2164","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2164","title":{"rendered":"Critique sentimentale du communisme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Bernard Chambaz* <\/p>\n<p>Le roman Kinopanorama est le premier volet de la trilogie annonc\u00e9e de Bernard Chambaz. Anim\u00e9 par la volont\u00e9 d&#8217;explorer son rapport au communisme, l&#8217;\u00e9crivain entrem\u00eale la petite et la grande histoire dans ce roman des origines.<\/p>\n<p>Pouvez-vous revenir sur la volont\u00e9 d&#8217;\u00e9lucidation, \u00e0 travers une approche subjective, de votre rapport au communisme et au Parti ? Bernard Chambaz. Le prisme choisi, c&#8217;est moi et le communisme. Ou mieux : moi, mon p\u00e8re et le communisme. L&#8217;id\u00e9e communiste, son histoire, tiennent une place essentielle dans ce roman, comme ils ont tenu une place essentielle : mais pas toujours centrale : dans ma vie et au cours du XXe si\u00e8cle. Dans les chapitres impairs, le narrateur raconte ses propres aventures. Les chapitres pairs, quant \u00e0 eux, se passent dans un temps qu&#8217;il n&#8217;a pas v\u00e9cu : en 1924, la mort de L\u00e9nine, en 1938, celle de Nicola\u00ef Boukharine, en 1949 : date de la naissance du narrateur : le proc\u00e8s Kravchenko (1). C&#8217;est dire la part imaginante de la m\u00e9moire : l&#8217;histoire peut donner la m\u00e9moire d&#8217;une \u00e9poque que l&#8217;on n&#8217;a pas connue. J&#8217;ai essay\u00e9 d&#8217;explorer par l&#8217;imagination les \u00e9toiles sous lesquelles je suis n\u00e9. Indubitablement, j&#8217;ai une volont\u00e9 d&#8217;\u00e9lucidation. Or cette tentative passe moins par l&#8217;histoire que par la litt\u00e9rature. Elle trouve son chemin \u00e0 travers une certaine errance du sentiment, de la pens\u00e9e, de la phrase. J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce livre en 2001. Je me suis arr\u00eat\u00e9 en 2003 pour faire le tour de France \u00e0 v\u00e9lo et \u00e9crire un livre sur l&#8217;Humanit\u00e9. Au cours de ce travail, une question s&#8217;est pos\u00e9e : comment comprendre que des hommes aussi int\u00e8gres que Marcel Cachin ou Edouard Vaillant aient pu avoir le sentiment de rester fid\u00e8les \u00e0 leur id\u00e9al en entrant dans l&#8217;Union sacr\u00e9e en 1914 ? Remis devant la part d&#8217;impr\u00e9visibilit\u00e9 de tout \u00e9v\u00e9nement historique, on est amen\u00e9 \u00e0 \u00e9lucider telle ou telle attitude. Quand j&#8217;ai repris le manuscrit et termin\u00e9 mon roman en 2004, cette exp\u00e9rience m&#8217;a aid\u00e9 \u00e0 avancer dans la for\u00eat obscure. Aujourd&#8217;hui, il y a sans doute un peu moins d&#8217;ombre personnelle qu&#8217;avant. Les phrases de Kinopanorama tendent \u00e0 confirmer mon intuition premi\u00e8re qui \u00e9tait celle d&#8217;une grande sentimentalit\u00e9 et d&#8217;un attachement sovi\u00e9tique tr\u00e8s fort. Cet attachement est aussi un penchant pour l&#8217;ailleurs, pour les merveilleux nuages de Baudelaire. Le roman emprunte son titre \u00e0 un cin\u00e9ma de mon enfance, ce qui renvoie encore au voyage, aux images, aux ic\u00f4nes.<\/p>\n<p>L&#8217;enfant, qui questionne les v\u00e9rit\u00e9s \u00ab irr\u00e9vocables \u00bb d\u00e9livr\u00e9es par son p\u00e8re, a quand m\u00eame un vrai regard critique&#8230; Bernard Chambaz.Ce qui est un peu \u00e9trange, c&#8217;est que je d\u00e9finirais volontiers mon roman comme sentimental. Cela peut para\u00eetre contradictoire. Disons que ma critique est sentimentale, et non acerbe.<\/p>\n<p>Vous parlez de votre attachement sovi\u00e9tique. Quel r\u00f4le joue l&#8217;attachement au p\u00e8re, omnipr\u00e9sent ? Bernard Chambaz. La figure paternelle est, en effet, tr\u00e8s forte. On peut comprendre que le rapport au communisme d&#8217;un enfant ait \u00e9t\u00e9 pour une bonne part nourri, infl\u00e9chi, par la personnalit\u00e9 de son p\u00e8re qui \u00e9tait un dirigeant du Parti. Et puis, le destin est intervenu. Je ne saurai jamais \u00e0 quoi aurait ressembl\u00e9 le livre si mon p\u00e8re n&#8217;\u00e9tait pas tomb\u00e9 malade avant que je n&#8217;entame la deuxi\u00e8me partie de ce premier volet. Sa maladie et sa mort ont donn\u00e9 au roman un horizon, une perspective suppl\u00e9mentaire. Le dernier chapitre donne \u00e0 lire les lettres posthumes que je lui ai \u00e9crites mentalement. Elles repr\u00e9sentent une esp\u00e8ce de r\u00e9cit de voyage en terre qui fut communiste. Kinopanorama est un livre sur les \u00e9clipses. Il raconte la disparition de mon p\u00e8re, mais aussi : m\u00eame si l&#8217;id\u00e9al perdure : celle d&#8217;une certaine forme de communisme port\u00e9e par l&#8217;URSS et que le PCF a appel\u00e9, pendant plusieurs ann\u00e9es, le \u00ab communisme r\u00e9el \u00bb. Je m&#8217;arr\u00eate souvent sur la mort. Celle des grands-p\u00e8res joue un r\u00f4le tr\u00e8s important. Ce sont des figures tut\u00e9laires qui viennent compl\u00e9ter celle du p\u00e8re. Le premier roman que j&#8217;ai \u00e9crit, L&#8217;Arbre de vie, d\u00e9butait sur le d\u00e9c\u00e8s de Georges Couthon. Et cela continue puisque dans le deuxi\u00e8me volet de la trilogie, John Reed poss\u00e9dera une place \u00e9quivalente \u00e0 celle de L\u00e9nine. J&#8217;ai une sorte de fascination pour les disparus.<\/p>\n<p><strong> Vous abordez la mort de L\u00e9nine du point de vue de la maladie, donc de l&#8217;intime. Pourquoi ? <\/strong><\/p>\n<p>Bernard Chambaz. J&#8217;aime \u00e9norm\u00e9ment les biographies tr\u00e8s condens\u00e9es qui sont des tranches de vie, comme Fran\u00e7ois d&#8217;Assise et Jeanne d&#8217;Arc de Joseph Delteil, Van Gogh ou le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Antonin Artaud, ou encore H\u00f6lderlin de Peter H\u00e4rtling. C&#8217;est dans cette veine po\u00e9tique que je voudrais m&#8217;inscrire quand je raconte la mort de certains personnages. Et puis, j&#8217;ai souhait\u00e9 plus ou moins consciemment explorer la conscience de L\u00e9nine dans ses derniers instants. A quoi pouvait-il bien penser ? Cette approche s&#8217;est impos\u00e9e au hasard des chronologies : ma m\u00e8re na\u00eet la semaine o\u00f9 meurt L\u00e9nine. La conjonction des dates m&#8217;a sans doute interpell\u00e9.<\/p>\n<p>Vous revenez aussi sur le proc\u00e8s Kravchenko mais, cette fois, de fa\u00e7on tr\u00e8s lin\u00e9aire. Cette distance est-elle intentionnelle ? Bernard Chambaz.Oui, j&#8217;en parle de fa\u00e7on moins sentimentale que de la mort de L\u00e9nine ou de Boukharine. De fait, j&#8217;ai beaucoup plus d&#8217;affection pour ces deux personnalit\u00e9s que pour Kravchenko. En m\u00eame temps, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frapp\u00e9 par cet \u00e9v\u00e9nement. J&#8217;ai donc essay\u00e9 de dire les faits avec nettet\u00e9, sous forme de proc\u00e8s-verbal : des t\u00e9moins de bonne foi ont dit, d\u00e8s 1949, que le goulag existait en URSS. Margarete Buber-Neumann est venue t\u00e9moigner \u00e0 la barre sur ces horreurs et nous n&#8217;en avons pas tenu compte. J&#8217;avais seulement un mois mais, par ce \u00ab nous \u00bb, je m&#8217;implique. Par ailleurs, j&#8217;ai voulu que certains passages restent dr\u00f4les comme ce t\u00e9moin \u00e0 charge contre Kravchenko venu louer les trains sovi\u00e9tiques qui, parce qu&#8217;ils sont lents, offrent tout le loisir de contempler les tr\u00e8s beaux paysages de l&#8217;URSS ! Votre g\u00e9n\u00e9ration, travaill\u00e9e par une longue histoire, doit-elle r\u00e9inventer son rapport au communisme ? Bernard Chambaz.Je n&#8217;invente rien. Ma relation au communisme s&#8217;\u00e9tablit dans une continuit\u00e9 travers\u00e9e par des ruptures objectives consid\u00e9rables, comme la disparition de l&#8217;URSS et, peu de temps auparavant, la conscience que l&#8217;Union sovi\u00e9tique n&#8217;\u00e9tait pas ce qu&#8217;on croyait. Elle est faite d&#8217;attachement et de distance, deux \u00e9l\u00e9ments qui sont intrins\u00e8quement li\u00e9s.<\/p>\n<p>Bernard Chambaz est historien, romancier et po\u00e8te. il a notamment publi\u00e9<em> L&#8217;Arbre de vies <\/em> (1992),<em> Martin cet \u00e9t\u00e9 <\/em> (1994),<em> L&#8217;Orgue de barbarie <\/em> (1995),<em> Le Pardon aux oiseaux <\/em>. Il est enseignant dans un lyc\u00e9e parisien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Bernard Chambaz* <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[295],"class_list":["post-2164","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2164"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2164\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2164"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}