{"id":2140,"date":"2005-10-01T00:00:00","date_gmt":"2005-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jean-baptiste-eyraud-toute2140\/"},"modified":"2023-06-23T23:05:35","modified_gmt":"2023-06-23T21:05:35","slug":"jean-baptiste-eyraud-toute2140","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2140","title":{"rendered":"Jean-Baptiste Eyraud \u00ab Toute r\u00e9quisition est temporaire. Nous pr\u00e9f\u00e9rons le droit de pr\u00e9emption \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Apr\u00e8s les incendies tragiques de cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris, qui n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 que la face spectaculaire d&#8217;un mal qui ronge des familles enti\u00e8res en France, les questions fusent : pourquoi pas une s\u00e9curit\u00e9 sociale du logement, o\u00f9 en est la couverture logement universelle propos\u00e9e par la gauche, comment couvrir le besoin urgent de logement social sans cr\u00e9er des zones de s\u00e9gr\u00e9gation riches-pauvres ? Les associations caritatives et humanitaires peuvent-elles, \u00e0 elles seules, r\u00e9pondre aux carences de la collectivit\u00e9 publique ? Les lecteurs de Regards posent la question \u00e0 Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l&#8217;association Droit au logement (DAL).<\/p>\n<p><strong> Danielle Depoilly. <\/strong> Aujourd&#8217;hui, le manque de logements concerne non seulement les personnes les plus d\u00e9munies, mais aussi celles, un peu plus ais\u00e9es, qui ont un emploi. Le montant des loyers est fonction des demandes. Que pensez-vous de la situation actuelle ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> On compte 320 000 demandeurs de logement social en Ile-de-France, et 1,3 million sur toute la France. On peut \u00e9valuer \u00e0 plus de 3 millions le nombre de personnes mal log\u00e9es en France. Parmi celles-ci, les sans-abris sont difficiles \u00e0 quantifier. L&#8217;Insee en recense 120 000, mais ils sont beaucoup plus nombreux si on ajoute tous ceux qui sont h\u00e9berg\u00e9s de fa\u00e7on contrainte chez un tiers ou en situation d&#8217;errance urbaine. Depuis deux cents ans, les conditions de logement se sont am\u00e9lior\u00e9es. En 1914, la loi d&#8217;airain sur le droit de propri\u00e9t\u00e9 et le march\u00e9 lib\u00e9ral du logement a \u00e9t\u00e9 rompue, si bien que les salari\u00e9s ont gagn\u00e9 le droit de se maintenir dans leur logement et de payer un loyer modeste jusqu&#8217;en 1948 (1).  A la fin des ann\u00e9es 1940, on a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9difier massivement des logements sociaux. Cette initiative a contribu\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer les conditions d&#8217;habitat. Mais les loyers bon march\u00e9 ont progressivement disparu dans le priv\u00e9, sous le coup de la d\u00e9r\u00e9glementation du march\u00e9 locatif entam\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Les diff\u00e9rentes lois prises par les gouvernements successifs ont conduit \u00e0 la situation que nous connaissons : l&#8217;immobilier atteint des sommets in\u00e9gal\u00e9s. Parall\u00e8lement, on constate que le nombre de personnes qui ne sont pas satisfaites de leurs conditions de logement augmente depuis quelques ann\u00e9es. C&#8217;est la premi\u00e8re fois en France que la situation r\u00e9gresse. Elle p\u00e8se tr\u00e8s lourdement sur les m\u00e9nages les plus modestes et les plus discrimin\u00e9s, sur les familles nombreuses, les immigr\u00e9s, les m\u00e9nages monoparentaux. Le syst\u00e8me capitaliste, n\u00e9olib\u00e9ral, les ponctionne doublement : non seulement les loyers sont de plus en plus chers, mais la pauvret\u00e9\u00a0salariale progresse.<\/p>\n<p><strong> Danielle Depoilly. <\/strong> Le probl\u00e8me des squats ne se poserait pas si nous avions des logements sociaux partout et pour tous. Comment agir pour \u00e9viter les drames que nous venons de vivre ? Pourquoi ne pas cr\u00e9er, par exemple, une s\u00e9curit\u00e9 sociale du logement qui permettrait qu&#8217;un organisme d&#8217;Etat prenne en charge le loyer des personnes en difficult\u00e9 ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Nous sommes d&#8217;accord, \u00e9videmment. Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9s par ces incendies qui ont tu\u00e9 des adh\u00e9rents de l&#8217;association. La r\u00e9ponse n&#8217;est pas \u00e0 la hauteur des besoins, m\u00eame si nous avons un peu avanc\u00e9. En 1986, quatre incendies criminels : on avait retrouv\u00e9 des hydrocarbures dans les escaliers : avaient fait 18 morts dans le 20e arrondissement : il avait fallu six mois de mobilisation pour que les familles sinistr\u00e9es soient relog\u00e9es. Les enfants \u00e9taient pris en charge dans les \u00e9coles du quartier tandis que les parents dormaient dans la rue, dans le m\u00e9tro, etc. A la suite de l&#8217;incendie d&#8217;Op\u00e9ra, il a fallu interpeller le pr\u00e9fet et le maire de Paris, mais les pouvoirs publics se sont d\u00e9brouill\u00e9s pour reloger les familles. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 dessiner des r\u00e9ponses avec la Conf\u00e9d\u00e9ration nationale du logement pour combattre les effets de cette crise. Nous exigeons l&#8217;arr\u00eat des expulsions et la r\u00e9quisition dans des situations d&#8217;urgence. Pourquoi le maire ne pourrait-il pas lui aussi r\u00e9quisitionner (2) ? Nous demandons le gel des loyers et des charges et nous voulons mettre un frein \u00e0 la sp\u00e9culation immobili\u00e8re qui \u00e9trangle ceux qui acc\u00e8dent \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Les gens se saignent pour payer leur loyer ou acheter un petit bout de baraque. Les gagnants sont ceux qui d\u00e9tiennent le foncier, ceux qui sp\u00e9culent. La situation est paradoxale : comme on ne peut plus se loger dans le parc locatif priv\u00e9, tout le monde se tourne vers le logement social. La situation est gripp\u00e9e, c&#8217;est l&#8217;entonnoir.<\/p>\n<p><strong> No\u00e9mie Rolland. <\/strong> Qu&#8217;est-ce que la Couverture de logement universelle (CLU) et comment la mettre en place ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Nous sommes un peu r\u00e9serv\u00e9s sur la CLU parce que c&#8217;est une id\u00e9e attrape-tout. Chacun y met ce qu&#8217;il veut. Quand on regarde ce qu&#8217;il en reste en termes de propositions concr\u00e8tes, la fa\u00e7on dont elle a \u00e9t\u00e9 remplie y compris par la gauche \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de Marie-No\u00eblle Linemann, on voit bien qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9e de son contenu. \u00ab Couverture logement universelle \u00bb, \u00e7a veut dire loger tout le monde. C&#8217;est une autre fa\u00e7on de parler de droit au logement pour tous, de droit au logement opposable, de service public du logement. Or, la CLU va se transformer en vague garantie pour les bailleurs contre les impay\u00e9s de loyer.<\/p>\n<p><strong> Lo\u00efc Damiani-Aboulkheir. <\/strong> Beaucoup de salari\u00e9s en HLM ne peuvent pas acheter, ce qui lib\u00e8rerait pourtant des logements sociaux. L&#8217;id\u00e9e d&#8217;une loi destin\u00e9e \u00e0 stopper la flamb\u00e9e des prix a-t-elle un peu avanc\u00e9 ou est-ce juste un slogan ? Jean-Baptiste Eyraud Il faut encore affiner la r\u00e9flexion et les revendications. Il faut arr\u00eater de donner de l&#8217;argent aux bailleurs priv\u00e9s. On pourrait renforcer le syst\u00e8me de taxation pour d\u00e9courager la sp\u00e9culation immobili\u00e8re et faire en sorte que le logement priv\u00e9 soit accessible beaucoup plus largement, que les locataires ne soient pas \u00e9trangl\u00e9s, et que ceux qui veulent acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 puissent acheter un logement comme on le faisait dans les ann\u00e9es 1970 et 1980. Il faut aussi briser le tabou de la loi de 1989 sur les rapports entre le locataire et le bailleur pour r\u00e9\u00e9quilibrer l&#8217;\u00e9change en faveur du premier. Le cong\u00e9 vente devrait \u00eatre interdit : lorsqu&#8217;il d\u00e9cide de vendre son appartement, le propri\u00e9taire ne devrait pas avoir le droit de demander \u00e0 son locataire de partir pour ne pas perdre d&#8217;argent. Le droit de propri\u00e9t\u00e9 est juste pour celui qui est propri\u00e9taire du logement qu&#8217;il occupe. Les bailleurs ont une responsabilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la collectivit\u00e9 publique.<\/p>\n<p><strong> Jacqueline Matrat. <\/strong> Un gouvernement de droite ne mettra jamais en place ce type de mesures. L&#8217;alternative est forc\u00e9ment \u00e0 gauche&#8230; <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> C&#8217;est vraisemblable. Mais toutes sortes de gouvernements ont pr\u00e9sid\u00e9 aux p\u00e9riodes de contr\u00f4le des loyers et de r\u00e9gulation du march\u00e9. Il faut que la gauche s&#8217;empare de cette question, donc qu&#8217;elle entende les associations, ce qui n&#8217;est pas le cas aujourd&#8217;hui. Les tragiques incendies que nous venons de vivre vont peut-\u00eatre permettre d&#8217;\u00e9tablir des convergences entre les associations, les mouvements de salari\u00e9s et la gauche.<\/p>\n<p><strong> Aur\u00e9lia Kalisky. <\/strong> Dans le quartier de la Goutte d&#8217;or, \u00e0 Paris, les expulsions continuent d&#8217;avoir lieu. Parall\u00e8lement, des logements sociaux et des ateliers d&#8217;artiste se construisent. Comment vous situez-vous par rapport aux questions de mixit\u00e9 sociale ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Nous sommes un peu r\u00e9serv\u00e9s parce que cette notion est souvent utilis\u00e9e contre les m\u00e9nages les plus discrimin\u00e9s. L&#8217;id\u00e9e de mixit\u00e9 sociale sert \u00e0 l\u00e9gitimer la d\u00e9molition de logements sociaux. Il arrive que ce soit n\u00e9cessaire mais on a plein d&#8217;exemples de cit\u00e9s d\u00e9truites, ou en voie de l&#8217;\u00eatre, pour installer des supermarch\u00e9s et proposer des accessions \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Ces secteurs, qui ne valaient rien tant qu&#8217;ils \u00e9taient hors march\u00e9, prennent de la valeur et la population est d\u00e9plac\u00e9e. Le DAL travaille avec une coordination antid\u00e9molition des quartiers HLM compos\u00e9e d&#8217;habitants qui veulent que leur quartier reste debout. Le processus d&#8217;\u00e9puration sociale des centres-villes, qui touche l&#8217;ensemble de la France, se poursuit \u00e9galement. Dans la capitale, le Marais est tomb\u00e9. Maintenant, c&#8217;est au tour de l&#8217;Est parisien de s&#8217;embourgeoiser.<\/p>\n<p><strong> No\u00e9mie Rolland.<\/strong> Croyez-vous qu&#8217;il existe une vraie volont\u00e9 politique de r\u00e9gler la question du logement ? <\/p>\n<p><strong>Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> La vraie volont\u00e9 politique, c&#8217;est de faire de l&#8217;argent avec le logement social. On veut d\u00e9molir les HLM pour faire rentrer le quartier dans le march\u00e9, d\u00e9r\u00e9glementer les loyers et vendre les appartements.<\/p>\n<p><strong> Marcel Bakuli. <\/strong> Une pression populaire n&#8217;est-elle pas n\u00e9cessaire pour montrer aux politiques que le peuple n&#8217;accepte plus toutes ces brimades ? <\/p>\n<p><strong>Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Il faut d&#8217;abord clarifier les enjeux de la p\u00e9riode, favoriser la mobilisation et le d\u00e9bat.<\/p>\n<p><strong> Fran\u00e7oise Vessereau. <\/strong> Quelle est la port\u00e9e d&#8217;actions coups de poing ?<\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Les mouvements du logement n&#8217;ont jamais beaucoup pes\u00e9, sauf \u00e0 certaines p\u00e9riodes de l&#8217;histoire. Aujourd&#8217;hui, on travaille plus \u00e0 se rencontrer. Il faut construire un front le plus large possible qui rassemble les associations humanitaires et caritatives, les associations de locataires et de mal-log\u00e9s, les syndicats et les organisations politiques.<\/p>\n<p><strong> Jacqueline Matrat. <\/strong> Quelles sont les divergences entre l&#8217;association Droit au logement et la Conf\u00e9d\u00e9ration nationale du logement ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Nous avons une petite divergence sur la question de l&#8217;acc\u00e8s au logement social. Pour nous, les mal-log\u00e9s sont prioritaires. Certains affirment que le m\u00e9lange est essentiel pour \u00e9viter les ghettos. Cette position se discute. Mais nous sommes d&#8217;accord sur l&#8217;essentiel. Nous voulons que tout le monde puisse se loger convenablement. Nous sommes favorables \u00e0 des mesures contre les expulsions et \u00e0 la r\u00e9quisition de logements vacants. Il faut bloquer la sp\u00e9culation immobili\u00e8re et geler les loyers, freiner la marchandisation du logement social qui est menac\u00e9 par les d\u00e9molitions qui visent \u00e0 \u00e9loigner les populations ind\u00e9sirables, emp\u00eacher la d\u00e9r\u00e9glementation des loyers. Nous sommes fermement oppos\u00e9s au projet de loi, d\u00e9fendu \u00e0 gauche, qui vise \u00e0 permettre aux bailleurs sociaux de fixer eux-m\u00eames les loyers \u00e0 la place de l&#8217;Etat, de les monter quand les terrains sont bien situ\u00e9s et de les baisser quand ils sont mal situ\u00e9s. Cette loi contribue \u00e0 sortir une partie du patrimoine de sa vocation sociale en privatisant le statut des bailleurs des offices HLM. N&#8217;oublions pas les attaques contre le livret A et l&#8217;\u00e9pargne populaire que les capitalistes voudraient bien r\u00e9orienter vers la sp\u00e9culation internationale, les fonds de pension, la liquidation des modes de financement du logement social, etc. Aujourd&#8217;hui, on compte 20 % de logements sociaux en France et la moiti\u00e9 de ce patrimoine est menac\u00e9 dans les vingt ans. Il faut donc produire massivement mais aussi prot\u00e9ger ce qui existe d\u00e9j\u00e0. Pour l&#8217;instant, la gauche n&#8217;est pas au point sur cette analyse. Certains disent qu&#8217;on ne peut pas lutter contre le rouleau compresseur du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Nous pensons le contraire.<\/p>\n<p><strong> Marcel Bakuli. <\/strong> Est-il possible de cr\u00e9er un front r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la construction de logements sociaux ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> C&#8217;est un long travail. Nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de reconna\u00eetre les limites de notre action. Un collectif s&#8217;est constitu\u00e9 mais il faut \u00e9viter que des groupes se constituent autour de propositions tr\u00e8s minimalistes.<\/p>\n<p><strong> Danielle Depoilly. <\/strong> Pourquoi l&#8217;Etat ne d\u00e9ciderait-il pas d&#8217;imposer aux villes qui ne construisent pas un seul logement social de construire \u00e0 leur place ? Certaines villes pr\u00e9f\u00e8rent payer une amende&#8230; <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Produire 20 000 logements par an pendant vingt ans, pour atteindre l&#8217;objectif de 20 % de logements sociaux dans toutes les villes en France, ne suffira pas \u00e0 r\u00e9gler le probl\u00e8me.<\/p>\n<p><strong> Danielle Depoilly. <\/strong> Les seuls \u00e0 pouvoir choisir leur lieu de domicile sont les personnes qui ont de l&#8217;argent. Si on n&#8217;y prend pas garde, il y aura bient\u00f4t des quartiers r\u00e9serv\u00e9s aux pauvres et d&#8217;autres aux riches. Pourquoi vous ou moi n&#8217;irions-nous pas habiter \u00e0 Neuilly-sur-Seine ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> S&#8217;il faut aller manifester \u00e0 Neuilly, nous irons. Nous sommes favorables \u00e0 la r\u00e9quisition des terrains. Mais toute r\u00e9quisition est temporaire. Nous lui pr\u00e9f\u00e9rons le droit de pr\u00e9emption. Les collectivit\u00e9s publiques devraient \u00eatre en mesure d&#8217;agir pour l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, y compris contre l&#8217;avis du maire, dans les municipalit\u00e9s qui manquent de logements sociaux. L&#8217;id\u00e9e d&#8217;un service public du logement n&#8217;est pas une mauvaise chose mais elle ne peut fonctionner que s&#8217;il existe un parc social suffisamment grand pour accueillir tous les mal-log\u00e9s. Nous souhaitons donc la production massive de logements sociaux. Mais n&#8217;attendons pas d&#8217;en avoir assez pour donner les moyens \u00e0 ceux qui en souffrent de se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p><strong> Jacqueline Matrat. <\/strong> Au fond, la question centrale n&#8217;est-elle pas celle des revenus et de l&#8217;emploi ? <\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Le march\u00e9 est insatiable. Si les gens ont plus d&#8217;argent, les loyers augmenteront. C&#8217;est le taux d&#8217;effort, la part que les m\u00e9nages consacrent \u00e0 leur logement, qui est calcul\u00e9. Au lendemain de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, ils y consacraient en moyenne 4 %, aujourd&#8217;hui ils ont largement d\u00e9pass\u00e9 les 20 %.<\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> On ne peut pas pleurer sur ceux qui n&#8217;ont pas de logement et exiger que 80 % des m\u00e9nages puissent acc\u00e9der \u00e0 un logement social. Vous comprenez la contradiction.\/<\/p>\n<p><strong> Aur\u00e9lia Kalisky. <\/strong> Les incendies dramatiques de Paris montrent bien la situation d&#8217;urgence dans laquelle nous nous trouvons. Comment se fait-il qu&#8217;un immeuble tenu par Emma\u00fcs ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9labr\u00e9 au point de prendre feu ?\/<\/p>\n<p><strong> Jean-Baptiste Eyraud. <\/strong> Cela prouve une chose : ce n&#8217;est d\u00e9cid\u00e9ment pas aux associations humanitaires ou caritatives de r\u00e9pondre aux carences de la collectivit\u00e9 publique. Elles ont accept\u00e9 de le faire et on voit bien les limites de cette action. Ce n&#8217;est pas la charit\u00e9 publique qui va r\u00e9gler la crise du logement. Ce n&#8217;est pas la sous-traitance institutionnelle de la pauvret\u00e9 qui va permettre de lutter contre la pauvret\u00e9.\/<\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p>1. En 1914, des d\u00e9lais moratoires sont accord\u00e9s aux locataires et le blocage des loyers est d\u00e9cid\u00e9. En 1948, est vot\u00e9e une loi de \u00ab respiration \u00bb qui permet aux prix de cessions et aux loyers de cro\u00eetre tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n<p>2. Seul le pr\u00e9fet est autoris\u00e9 \u00e0 r\u00e9quisitionner.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 22, octobre 2005<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-2140 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jbh-097.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jbh-097-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"jbh.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jbhb-302.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/jbhb-302-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Jean-Baptiste Eyraud \u00ab Toute r\u00e9quisition est temporaire. 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Nous pr\u00e9f\u00e9rons le droit de pr\u00e9emption \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-14264\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14264'>\n\t\t\t\tJean-Baptiste Eyraud \u00ab Toute r\u00e9quisition est temporaire. Nous pr\u00e9f\u00e9rons le droit de pr\u00e9emption \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s les incendies tragiques de cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris, qui n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 que la face spectaculaire d&#8217;un mal qui ronge des familles enti\u00e8res en France, les questions fusent : pourquoi pas une s\u00e9curit\u00e9 sociale du logement, o\u00f9 en est la couverture logement universelle propos\u00e9e par la gauche, comment couvrir le besoin urgent de logement social sans cr\u00e9er des zones de s\u00e9gr\u00e9gation riches-pauvres ? Les associations caritatives et humanitaires peuvent-elles, \u00e0 elles seules, r\u00e9pondre aux carences de la collectivit\u00e9 publique ? Les lecteurs de Regards posent la question \u00e0 Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l&#8217;association Droit au logement (DAL).<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":14262,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2140","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2140\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14262"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}