{"id":2138,"date":"2005-10-01T00:00:00","date_gmt":"2005-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/houellebecq-les-possibilites-d-un2138\/"},"modified":"2005-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-09-30T22:00:00","slug":"houellebecq-les-possibilites-d-un2138","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2138","title":{"rendered":"Houellebecq, les possibilit\u00e9s d&#8217;un livre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Table ronde avec  : <\/p>\n<p><strong> \u00c9ric Fassin, sociologue \u00e0 l&#8217;\u00c9cole** **normale sup\u00e9rieure <\/strong><\/p>\n<p>\/Marion Mazauric, directrice de la maison d&#8217;\u00e9dition Au Diable Vauvert.\/<\/p>\n<p>\/Le monde que b\u00e2tit l&#8217;auteur de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele est une construction politique qui rencontre les peurs et les fantasmes de ses contemporains. Dissection du contenu d&#8217;une \u0153uvre qui ne peut laisser personne indiff\u00e9rent.\/<\/p>\n<p>\/Par-del\u00e0 les d\u00e9bordements m\u00e9diatiques, la \u00ab vision du monde \u00bb d\u00e9fendue par Michel Houellebecq attise la controverse. Quand la litt\u00e9rature pr\u00e9tend dire le r\u00e9el, penser la soci\u00e9t\u00e9, interroger le mod\u00e8le occidental, mettre \u00e0 nu les rouages du lib\u00e9ralisme, pointer la l\u00e2chet\u00e9 d&#8217;individus en proie \u00e0 leurs pulsions : le tout sur fond de fatalisme cynique et d\u00e9sabus\u00e9 :, elle s&#8217;expose n\u00e9cessairement \u00e0 des lectures critiques. Lucidit\u00e9 d&#8217;un \u00e9crivain visionnaire ou grande confusion id\u00e9ologique ? Les analyses divergent.  n\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. A propos de la pol\u00e9mique qui entoure la parution de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele, on ne peut pas faire l&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;analyse des raisons du ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9diatique. Dans cette affaire, on confond l&#8217;objet : Michel Houellebecq : et la cause, c&#8217;est-\u00e0-dire la concentration des m\u00e9dias sur quelques r\u00e9f\u00e9rences dont \u00ab tout le monde parle \u00bb parce que c&#8217;est conforme aux m\u00e9canismes du march\u00e9 du livre, dont les circuits de prescriptions sont soumis et int\u00e9gr\u00e9s aux exigences du march\u00e9 : quelques produits doivent et vont rapporter de l&#8217;argent, et toute la machine est tendue vers cela. C&#8217;est une des cons\u00e9quences de la concentration et de la pr\u00e9\u00e9minence des logiques de distribution sur les logiques de production et de cr\u00e9ation. Michel Houellebecq, \u00e9crivain, n&#8217;en joue pas plus que \u00e7a. L&#8217;homme, lui, n&#8217;a jamais vari\u00e9. Il est dot\u00e9 d&#8217;un humour ravageur, d&#8217;une conscience aigu\u00eb de cette fin de civilisation qu&#8217;incarne le mod\u00e8le occidental, et des dangers qu&#8217;encourt notre plan\u00e8te. La premi\u00e8re partie de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele parle de lui dans une mise en abyme r\u00e9jouissante de clairvoyance, en particulier sur la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle et la fabrication m\u00e9diatique. Le bouffon Daniel1, c&#8217;est un peu lui. Mais il ne faut pas oublier d&#8217;o\u00f9 il vient, il n&#8217;a rien d&#8217;un produit marketing. Son premier livre, Extension du domaine de la lutte, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par un remarquable \u00e9diteur ind\u00e9pendant, Maurice Nadeau, et son succ\u00e8s d&#8217;\u00e9crivain a avant tout \u00e9t\u00e9 le fait des lecteurs, d\u00e8s la sortie en poche de son premier roman. Il est continu et tr\u00e8s largement m\u00e9rit\u00e9. Houellebecq, lui, est rest\u00e9 le m\u00eame homme lucide et malheureux qu&#8217;il \u00e9tait lorsqu&#8217;il \u00e9tait inconnu.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Je suis d&#8217;accord pour dire qu&#8217;on ne peut pas ignorer la question des m\u00e9dias, mais j&#8217;en tire une tout autre conclusion. On ne peut pas d\u00e9plorer l&#8217;existence d&#8217;un \u00e9cran m\u00e9diatique emp\u00eachant d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 l&#8217;authenticit\u00e9 de l&#8217;\u00e9crivain, comme si le capitalisme venait parasiter une \u0153uvre qui lui serait \u00e9trang\u00e8re. Pour moi, la question n&#8217;est pas de savoir si Houellebecq instrumentalise les m\u00e9dias ou, \u00e0 l&#8217;inverse, s&#8217;il en est victime, mais plut\u00f4t de souligner que la r\u00e9ception fait partie de l&#8217;\u0153uvre : quand il \u00e9crit, l&#8217;auteur a en t\u00eate les destinataires potentiels de ses livres. C&#8217;est d&#8217;autant plus vrai pour un \u00e9crivain qui essaie de penser la soci\u00e9t\u00e9 et le capitalisme d&#8217;aujourd&#8217;hui.\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. Je ne crois pas que l&#8217;on puisse r\u00e9duire le succ\u00e8s de Michel Houellebecq au d\u00e9cha\u00eenement m\u00e9diatique. Dans La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele, il fait dire \u00e0 l&#8217;un de ses personnage que si un livre mal \u00e9crit parvient \u00e0 constituer un mythe durable, c&#8217;est que l&#8217;auteur a trouv\u00e9 quelque chose d&#8217;essentiel. Je crois que Michel Houellebecq est tomb\u00e9 sur des choses essentielles. La noirceur\u00a0du monde actuel est la premi\u00e8re. Un sondage r\u00e9cent demandait \u00e0 un panel d&#8217;individus quel mot caract\u00e9risait le mieux l&#8217;actualit\u00e9. En t\u00eate arrivait \u00ab pessimisme \u00bb&#8230; La deuxi\u00e8me est la tendance \u00e0 transformer la personne en clone social avant m\u00eame de parler de clones biologiques. L&#8217;auteur \u00e9voque non seulement les lolitas, mais surtout les femmes de quarante ans qui aspirent \u00e0 l&#8217;\u00e9ternelle jeunesse. La critique des m\u00e9dias, dans son livre, tend \u00e0 montrer la pression vers l&#8217;uniformisation, l&#8217;aseptisation : jeune, mince, sportif, non fumeur&#8230; les \u00ab kids d\u00e9finitifs \u00bb. La troisi\u00e8me est sa capacit\u00e9 d&#8217;int\u00e9gration et de prospection dans le futur des maux de notre soci\u00e9t\u00e9. Houellebecq est le premier \u00e0 non seulement lier le clonage humain, les d\u00e9sordres climatiques et la pollution nucl\u00e9aire, mais aussi \u00e0 imaginer la vie d&#8217;un clone sur une plan\u00e8te ravag\u00e9e par les cyclones et les accidents nucl\u00e9aires. Il met des mots sur ce que nous ressentons intuitivement.\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. J&#8217;ai constat\u00e9, pour avoir publi\u00e9 en poche Extension du domaine de la lutte, \u00e0 quel point ce constat d\u00e9prim\u00e9 de moraliste amer sur notre crise de civilisation, vue depuis la machine \u00e0 caf\u00e9 d&#8217;une entreprise rouennaise, parlait aux contemporains de Houellebecq. Seules des \u0153uvres qui rencontrent leur \u00e9poque permettent \u00e0 un si grand nombre de gens de s&#8217;y reconna\u00eetre. Tout d&#8217;un coup, une pol\u00e9mique surgit pour savoir si Houellebecq est raciste, r\u00e9actionnaire ou anti-islamiste. Mais on s&#8217;en fiche, ce sont ses livres qui importent !\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Pourquoi s&#8217;en ficherait-on ? Pourquoi ces questions seraient-elles ext\u00e9rieures \u00e0 ses livres, alors qu&#8217;il en parle ? On ne peut pas \u00e0 la fois pr\u00e9tendre tenir un discours politique, sur le racisme et le sexisme par exemple, dans des romans et des entretiens que publie la presse, et ensuite r\u00e9cuser toute lecture politique sous pr\u00e9texte qu&#8217;il s&#8217;agit de litt\u00e9rature.\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Houellebecq revendique d&#8217;\u00eatre un type aussi faible, individualiste et l\u00e2che que la plupart de ses contemporains. Il nous tend le miroir exact des bassesses humaines d&#8217;aujourd&#8217;hui. Ce n&#8217;est pas de la provocation mais la r\u00e9alit\u00e9. Et au fond, peu importe. Musset \u00e9tait tr\u00e8s probablement antipathique, Chateaubriand r\u00e9actionnaire et Balzac un homme p\u00e9tri de contradictions. Les artistes sont des citoyens comme les autres. Je ne crois pas que la pens\u00e9e politique de Houellebecq soit particuli\u00e8rement \u00e9labor\u00e9e, ni forc\u00e9ment int\u00e9ressante, mais sa vision d&#8217;\u00e9crivain sur l&#8217;Occident et sur la crise de civilisation qui est la n\u00f4tre est remarquablement pertinente et poignante. Ce qui compte, c&#8217;est ce qu&#8217;il construit dans son livre. Il est des regards sur le monde contradictoires, ambivalents, qui peuvent \u00eatre justes, pointus, visionnaires. C&#8217;est le cas de Houellebecq.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Vous \u00eates pr\u00e9cis\u00e9ment dans la logique que j&#8217;essaie de d\u00e9crire : aujourd&#8217;hui, il est des \u00e9crivains qui pr\u00e9tendent rendre compte du monde et qui en m\u00eame temps refusent de lui rendre des comptes. Ils veulent une litt\u00e9rature du r\u00e9el, mais se r\u00e9fugient dans l&#8217;irr\u00e9alit\u00e9 de la litt\u00e9rature. Quand Houellebecq, dans ses textes ou paratextes (entretiens, etc.), d\u00e9nonce l&#8217;islam avec virulence, comment ne pas s&#8217;interroger sur le lien entre son discours et des discours que nous entendons partout aujourd&#8217;hui dans la soci\u00e9t\u00e9 ?\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Les propos sur l&#8217;islam de Houllebecq sont mont\u00e9s en \u00e9pingle, hypertrophi\u00e9s et utilis\u00e9s parce que c&#8217;est un discours qui arrange dans une p\u00e9riode d&#8217;anti-islamisme tr\u00e8s r\u00e9el en France ! La France est en pleine r\u00e9gression anti-arabe. Voil\u00e0 pourquoi ils rencontrent un tel \u00e9cho. Mais en soi, ce qu&#8217;il dit sur l&#8217;islam n&#8217;est pas faux. Comme tous les monoth\u00e9ismes : et pour moi ils se valent, comme se valent tous les int\u00e9grismes : c&#8217;est une religion machiste qui est une impasse pour l&#8217;humanit\u00e9.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Donc, vous vous int\u00e9ressez bien : comme moi, et comme tous les lecteurs de Houellebecq, je crois : au contenu de ses romans, et \u00e0 leur rapport avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale.\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Bien s\u00fbr, mais ce proc\u00e8s mont\u00e9 en affaire pour des raisons id\u00e9ologiques ext\u00e9rieures au travail de l&#8217;\u00e9crivain me fatigue ! Car nous sommes en face d&#8217;une \u0153uvre litt\u00e9raire, pas d&#8217;un manifeste politique. La construction de ce roman, complexe, s&#8217;organise en mises en abyme successives au travers des clones. Le personnage de Daniel1 est le bouffon, l&#8217;artiste, l&#8217;\u00e9crivain, c&#8217;est-\u00e0-dire le voyant. La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele est un roman balzacien. Il s&#8217;inscrit dans la tradition classique d&#8217;une litt\u00e9rature qui dit le monde. Balzac a inspir\u00e9 la critique marxiste alors que, sur un plan personnel, il \u00e9tait plut\u00f4t royaliste. D\u00e9finir Houellebecq politiquement est sans doute compliqu\u00e9, mais ses textes ont, eux, une port\u00e9e politique r\u00e9elle, et pour moi positive ! Il y a urgence \u00e0 montrer et \u00e0 travailler sur cette impasse de civilisation que le monde lib\u00e9ral occidental est en train d&#8217;imposer \u00e0 la plan\u00e8te, urgence \u00e0 remettre en cause les religions monoth\u00e9istes, les\/<\/p>\n<p>\/cultures machistes, la destruction possible de notre monde. En tant qu&#8217;\u00e9ditrice, je m&#8217;int\u00e9resse aux romans du r\u00e9el. Houellebecq est le chef de file de ce renouveau. Dans les ann\u00e9es 1980-1990, des \u00e9crivains sont apparus dans une France qui devenait tr\u00e8s conservatrice sur le plan litt\u00e9raire. La litt\u00e9rature se s\u00e9parait du r\u00e9el aussi bien dans son langage que du point de vue de ses th\u00e8mes. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, un vrai basculement s&#8217;op\u00e8re avec l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;\u00e9crivains qui retrouvent le roman comme moyen de dire le r\u00e9el. Apr\u00e8s Echenoz, Ernaux, Belletto, etc., Djian est le premier \u00e0 rencontrer un immense succ\u00e8s. Mais il lui aura fallu plus de dix ans pour enfin acqu\u00e9rir une reconnaissance critique. Puis arrivent Holder, Ravalec, Houellebecq, Beigbeder, Gunzig, etc. Une des tr\u00e8s grands est sans doute Virginie Despentes, qui \u00ab litt\u00e9rarise \u00bb la langue orale et la violence sociale comme personne. On oublie souvent que ces auteurs sont issus des classes moyennes et des contre-cultures. Ils portent un regard d\u00e9cal\u00e9 sur notre pr\u00e9sent, un regard d&#8217;historiens, souvent ironique, souvent aussi noir que le spectacle du monde. La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele montre bien l&#8217;apport de la science-fiction : genre d\u00e9daign\u00e9 et pourtant capable d&#8217;appr\u00e9hender ensemble les sciences humaines et les sciences dures,\/<\/p>\n<p>\/les nouvelles technologies, l&#8217;\u00e9thique, les mythologies : \u00e0 la litt\u00e9rature moderne.\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. Parce que Houellebecq fait \u00e9cho \u00e0 des pr\u00e9occupations populaires et modernes, il d\u00e9range. C&#8217;est connu, les emp\u00eacheurs de tourner en rond m\u00e9ritent l&#8217;opprobre. Transformer La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele en une d\u00e9fense du clonage est une absurdit\u00e9. Au lieu de cela, les pouvoirs : tant m\u00e9diatiques que politiques : feraient bien de prendre la mesure des questions qu&#8217;il pose. Il y a moins de six mois, les premiers embryons humains clon\u00e9s ont vu le jour, ouvrant ainsi la voie au clonage reproductif. Non seulement la couverture m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 modeste, mais aucune formation politique n&#8217;a jug\u00e9 utile de se prononcer sur cet \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable. Combien de temps aura-t-il fallu au f\u00e9minisme, \u00e0 la lutte contre l&#8217;homophobie ou \u00e0 l&#8217;\u00e9cologie pour p\u00e9n\u00e9trer le champ politique ? Cette dissociation entre les pr\u00e9occupations populaires et le pouvoir est une des composantes de la crise du politique. Dans La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele, la dissection quasi chirurgicale de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle montre combien les processus de d\u00e9shumanisation sont \u00e0 la fois complexes et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s : du monde du travail \u00e0 la transmission culturelle dont l&#8217;absence conduit \u00e0 l&#8217;effondrement de la civilisation, en passant par l&#8217;amour et les caresses, le rire et les larmes. En couvrant tous les champs de l&#8217;humanit\u00e9, de l&#8217;art \u00e0 la science, il parvient \u00e0 toucher du doigt ce qui pose probl\u00e8me \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine et \u00e0 projeter cette situation dans le futur. Alors, plut\u00f4t que de chercher si Houellebecq est homophobe, raciste et machiste, profitons de la puissance de ses romans qui \u00ab assument la brutalit\u00e9 du monde \u00bb. C&#8217;est son parti pris. En revanche, ce qui me d\u00e9range, c&#8217;est son fatalisme.\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Penser qu&#8217;il n&#8217;existe plus de solution est un point de vue d\u00e9prim\u00e9, mais intellectuellement tr\u00e8s cr\u00e9dible. Je partage avec Michel Houellebecq le constat que la civilisation humaine \u00e0 son stade actuel, et en particulier le mod\u00e8le occidental, conduit l&#8217;humanit\u00e9 dans une impasse totale. Nous sommes la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration humaine qui sait ne pas m\u00eame pr\u00e9server le territoire de survie de ses g\u00e9n\u00e9rations futures. Face au lib\u00e9ralisme et \u00e0 son app\u00e9tit croissant, face \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration id\u00e9ologique des \u00e9lites qui nous gouvernent, en \u00e9pid\u00e9miologie, en sociologie ou en \u00e9conomie, nous pouvons avoir toutes les raisons de croire que l&#8217;humanit\u00e9 va dans le mur si elle continue. Les \u00e9crivains visionnaires ont cette conscience.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Donc, il faut prendre au s\u00e9rieux ce que dit Houellebecq : la litt\u00e9rature a des rapports avec la r\u00e9alit\u00e9, complexes, sans doute, mais r\u00e9els&#8230; Dans son dernier roman, il reprend la question du clonage, qui terminait d\u00e9j\u00e0 Les particules \u00e9l\u00e9mentaires. En 1998, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire de la rentr\u00e9e. Un an plus tard, sortait L&#8217;inceste, de Christine Angot. Quelqu&#8217;un qui, comme moi, s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la politisation des questions sexuelles, ne peut manquer de remarquer que ces ann\u00e9es sont aussi celles des d\u00e9bats sur la parit\u00e9 et le Pacs, marqu\u00e9es par une inqui\u00e9tude sur la \u00ab diff\u00e9rence des sexes \u00bb. Ce que dit Houellebecq sur les femmes et sur le clonage, ou ce que dit Angot sur l&#8217;homosexualit\u00e9 et l&#8217;inceste, ce sont aussi des mani\u00e8res litt\u00e9raires de lire l&#8217;actualit\u00e9 : et d&#8217;y intervenir, pour se faire l&#8217;\u00e9cho des peurs sur les transformations de l&#8217;ordre sexuel. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que si l&#8217;un et l&#8217;autre revendiquent de parler de la r\u00e9alit\u00e9 : sur un mode plus \u00ab sociologique \u00bb, chez Houellebecq, ou plus \u00ab psychologique \u00bb, chez Angot :, ils jouent tous les deux un double jeu. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, ils revendiquent qu&#8217;on prenne la litt\u00e9rature au s\u00e9rieux : ce n&#8217;est pas un jeu formel, elle nous parle du monde. Et en m\u00eame temps, d\u00e8s qu&#8217;on prend au s\u00e9rieux ce que disent leurs textes, ils protestent : \u00ab C&#8217;est de la litt\u00e9rature ! N&#8217;allez pas confondre la litt\u00e9rature avec la r\u00e9alit\u00e9 ! \u00bb Chez Houellebecq, l&#8217;ambition balzacienne s&#8217;accompagne donc d&#8217;un discours \u00e0 la Sollers : on confie une responsabilit\u00e9 consid\u00e9rable \u00e0 la litt\u00e9rature, et on plaide ensuite l&#8217;irresponsabilit\u00e9. Encore une fois, il s&#8217;agit de rendre compte du monde sans lui rendre de comptes. Quiconque se montre troubl\u00e9 par le contenu est suspect\u00e9 de ne pas en saisir l&#8217;ironie. Cela dit, il existe une diff\u00e9rence notable entre les pr\u00e9tentions \u00ab sociologiques \u00bb de Houellebecq et celles de Balzac : \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de ce dernier, la sociologie n&#8217;existait pas.\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. Comme vous, je pense qu&#8217;une \u0153uvre n&#8217;est pas qu&#8217;un reflet, elle a des effets. Lesquels ? Le dernier roman de Houellebecq surfe-t-il sur des croyances et des comportements archa\u00efques ou heurte-t-il tellement les gens qu&#8217;il les oblige \u00e0 r\u00e9agir ? Je ne comprends pas que l&#8217;on puisse affirmer que ses livres sont partisans du clonage. Quant au tourisme sexuel avec les petites Tha\u00eflandaises, il conduit dans Plateforme \u00e0 un d\u00e9go\u00fbt total. En d\u00e9butant le voyage dans le bordel d&#8217;un luxueux h\u00f4tel d&#8217;une cha\u00eene internationale, il plante le d\u00e9cor : le tourisme sexuel est un syst\u00e8me mondial. J&#8217;attends de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele qu&#8217;il d\u00e9clenche l&#8217;envie de dire non.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Non \u00e0 quoi ? Tous les \u00ab non \u00bb ne sont pas \u00e9quivalents&#8230;\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. C&#8217;est le probl\u00e8me. Non \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale qui porte en elle la fin de l&#8217;humanit\u00e9. Mais, si l&#8217;auteur de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele \u00e9voque un id\u00e9al de soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la solidarit\u00e9 au plus faible, nulle part il n&#8217;\u00e9nonce qu&#8217;un autre futur est possible. Cette litt\u00e9rature est fonci\u00e8rement pessimiste parce que fataliste. Une fatalit\u00e9 que Houellebecq fonde sur deux postulats. Premi\u00e8rement, \u00e0 l&#8217;origine, l&#8217;humanit\u00e9 fonctionnait sur la loi de la jungle, nous en sommes les descendants, par cons\u00e9quent les plus forts seront toujours les seuls \u00e0 s&#8217;en sortir. Je trouve cette posture paradoxale, avec l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;avance l&#8217;\u00e9crivain selon laquelle nous sommes des \u00eatres sociaux : m\u00eame dans la mort : Marie 23 garde cette \u00ab volont\u00e9 absurde ou sublime, de t\u00e9moigner, de laisser une trace \u00bb. Deuxi\u00e8mement, le mythe de l&#8217;\u00e9ternelle jeunesse conduirait aux pires d\u00e9rives et serait uniquement ma\u00eetris\u00e9 par la morale. Or, le lib\u00e9ralisme est un monde sans morale, puisque c&#8217;est la loi du plus fort. CQFD. Ainsi, l&#8217;humanit\u00e9 ne serait pas face \u00e0 un choix. Ce livre interpelle sur des questions fondamentales d\u00e9laiss\u00e9es du politique mais il met le lecteur face \u00e0 une fatalit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e, incommensurable, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Quiconque n&#8217;est pas outill\u00e9 se tire une balle \u00e0 la fin du roman. Au fond, je regrette simplement que Houellebecq ne soit pas en plus un marxiste !\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Il est ce qui lui permet d&#8217;\u00e9crire ce grand et beau livre, tr\u00e8s d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais qui fait profond\u00e9ment r\u00e9fl\u00e9chir sur notre pr\u00e9sent. Il engage le lecteur \u00e0 penser par lui-m\u00eame, lui aussi : je trouve cela plut\u00f4t bien ! Par ailleurs, l&#8217;effet de r\u00e9el tient \u00e0 ces deux postulats. Ce livre-l\u00e0 n&#8217;existe pas sans son auteur, qui a perdu l&#8217;espoir. C&#8217;est son nihilisme, sa cruaut\u00e9 et son implacabilit\u00e9 qui le rendent si percutant. Houellebecq conna\u00eet les th\u00e9ories marxistes, qui nourrissent sa lucidit\u00e9 sur le lib\u00e9ralisme. A la lecture de ses romans, on rit de questions graves. Son \u0153uvre est une soupape et une alarme. Je la lis comme une critique morale cinglante du monde contemporain et de ce qu&#8217;il fabrique. L&#8217;artiste met en sc\u00e8ne la violence parce qu&#8217;il la contemple tous les jours et qu&#8217;il en est travers\u00e9.\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. L&#8217;univers de Houellebecq est coh\u00e9rent. Nous vivons une trag\u00e9die, il est Cassandre. Il ne revendique pas d&#8217;\u00eatre porteur de solutions : il alerte, en effet, pour aujourd&#8217;hui et pour demain. Pourtant, je pense qu&#8217;il participe d&#8217;un mouvement plus global de d\u00e9nonciation et de rejet du lib\u00e9ralisme, aux contours flous, mouvants : altermondialistes, gays-lesbiennes, sans-papiers&#8230; : et aux formes vari\u00e9es : partis politiques, webmilitants, faucheurs anti-OGM&#8230; A l&#8217;\u00e9vidence, on ne peut faire le reproche \u00e0 Houellebecq de ne pas apporter de solutions. C&#8217;est le r\u00f4le de la politique. Par la force de ses propos, il contribue d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une prise de conscience. Mais l&#8217;auteur de La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele interpelle la communiste que je suis \u00e0 propos de l&#8217;utopie. Avec le XXe si\u00e8cle, j&#8217;ai tir\u00e9 un trait sur l&#8217;utopie qui justifie les moyens. Pourtant, le r\u00eave d&#8217;un monde id\u00e9al : du jardin d&#8217;Eden : continue \u00e0 \u00eatre le puissant moteur de mon engagement. Dans le m\u00eame temps, j&#8217;entends la frayeur qu&#8217;exprime Houellebecq, soixante-dix ans apr\u00e8s Aldous Huxley, \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un monde parfait, aseptis\u00e9 et par trop rationnel. Pour toutes ces raisons, mais aussi et surtout pour la beaut\u00e9 de son roman, je pense qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un tr\u00e8s grand livre.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Un auteur comme Houellebecq a une r\u00e9sonance \u00e0 gauche parce que sa critique du monde est antilib\u00e9rale. Mais il faut faire attention : l&#8217;antilib\u00e9ralisme n&#8217;est pas toujours de gauche, bien au contraire ! Observons ce que dit son \u0153uvre sur le th\u00e8me de l&#8217;\u00e9change sexuel : dans Extension du domaine de la lutte, l&#8217;auteur explique que la sexualit\u00e9 est un syst\u00e8me aussi in\u00e9quitable que le capitalisme : les uns ont tout, les autres rien ; certains ont toutes les filles, d&#8217;autres aucune. Les Particules \u00e9l\u00e9mentaires prolongent l&#8217;analyse : si l&#8217;\u00e9change h\u00e9t\u00e9rosexuel : Houellebecq ne parle quasiment pas d&#8217;homosexualit\u00e9 : marque une fausse lib\u00e9ration en Occident, c&#8217;est la faute au f\u00e9minisme, \u00e0 Mai 68, etc. Plateforme propose, en r\u00e9ponse \u00e0 ce dysfonctionnement, la mondialisation sexuelle. Vous \u00eates sexuellement pauvre sur le march\u00e9 national ? Vous devenez riche sur le march\u00e9 international. Les Fran\u00e7aises sont g\u00e2t\u00e9es par le f\u00e9minisme ? A vous les Tha\u00eflandaises, belles et complaisantes. Les terroristes islamistes qui viennent d\u00e9truire ce paradis \u00e9rotique sont donc les ennemis de la mondialisation sexuelle. Dr\u00f4le d&#8217;antilib\u00e9ralisme, dr\u00f4le de s\u00e9duction pour un lecteur de gauche !\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. Reproche-t-on \u00e0 Kafka son pessimisme noir ? De 1995 \u00e0 aujourd&#8217;hui, l&#8217;humanit\u00e9 repr\u00e9sente l&#8217;impasse d&#8217;elle-m\u00eame : notre temps porte en lui cet \u00e9chec, et la litt\u00e9rature le dit, sous des formes diverses. C&#8217;est un fait important, cette noirceur en litt\u00e9rature. Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, par exemple, raconte avec humour la faillite d&#8217;un syst\u00e8me incapable de donner des raisons de vivre m\u00eame \u00e0 ses h\u00e9ritiers. La conscience du d\u00e9sespoir est ici un pr\u00e9alable.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Je ne reproche rien\/<\/p>\n<p>\/\u00e0 Michel Houellebecq. Je cherche juste \u00e0 savoir si l&#8217;on peut lire historiquement ses \u0153uvres, dans un contexte qui est aussi politique. La litt\u00e9rature repr\u00e9sente le r\u00e9el non pas au sens o\u00f9 elle en est un reflet exact mais une construction, une vision, une mani\u00e8re de regarder la soci\u00e9t\u00e9. La litt\u00e9rature est performative : elle construit le monde. Elle appartient \u00e0 un ensemble de discours sur le r\u00e9el, tant\u00f4t concurrents, tant\u00f4t compl\u00e9mentaires, aux c\u00f4t\u00e9s de la sociologie, de la politique et de la science. D&#8217;o\u00f9 une responsabilit\u00e9 pour tous ces producteurs de discours. Apr\u00e8s la guerre, C\u00e9line \u00e9tait illisible car ill\u00e9gitime pour des raisons politiques. Dans les ann\u00e9es 1960, on a recommenc\u00e9 \u00e0 le lire en prenant conscience qu&#8217;un antis\u00e9mite peut \u00eatre, par ailleurs, un grand \u00e9crivain et que ce n&#8217;est pas avec de bons sentiments qu&#8217;on fait de la bonne litt\u00e9rature. Aujourd&#8217;hui, on n&#8217;ose plus critiquer un romancier qui \u00e9crit des choses abominables, par peur d&#8217;avoir l&#8217;air un peu na\u00eff, vieille gauche, f\u00e9ministe ringarde ou militant d\u00e9suet, inquiet de passer pour quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas compris que l&#8217;\u00e9poque du \u00ab r\u00e9alisme socialiste \u00bb, o\u00f9 l&#8217;on confondait litt\u00e9rature et politique, est d\u00e9pass\u00e9e.\/<\/p>\n<p>\/Marion Mazauric. La possibilit\u00e9 d&#8217;une \u00eele est un roman moraliste issu d&#8217;un courant pessimiste, nihiliste, je dirais post-punk. Dans une perspective \u00ab no future \u00bb, il d\u00e9crit l&#8217;agonie d&#8217;une civilisation. Houellebecq diagnostique, d&#8217;un point de vue moral, l&#8217;effondrement du mod\u00e8le occidental. Ses personnages sont de v\u00e9ritables anti-h\u00e9ros, des repoussoirs absolus. Il ne leur fait aucun cadeau. Et puis, enfin un romancier qui aborde le sujet du tourisme sexuel ! Aujourd&#8217;hui, le politique \u00e9vite soigneusement toutes ces questions, car elles pourraient donner aux individus le go\u00fbt de la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de l&#8217;esprit critique. Depuis dix ans, la litt\u00e9rature s&#8217;est empar\u00e9e du politique. Une r\u00e9ponse humaniste \u00e0 Houellebecq se trouvera dans la multiplicit\u00e9 des voix et des textes de grande qualit\u00e9 qui s&#8217;\u00e9crivent et se publient aujourd&#8217;hui.\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir au partage entre morale et politique. Au fond, choisir une lecture morale, plut\u00f4t que politique, est d\u00e9j\u00e0 un parti pris politique. Car il y a deux mani\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes de penser que le monde va mal : on peut attribuer les probl\u00e8mes soit \u00e0 une corruption morale soit \u00e0 des rapports de pouvoir. Il ne s&#8217;agit pas de r\u00e9duire le roman \u00e0 un instrument au service de la r\u00e9volution ou de la critique sociale, mais de voir en lui une repr\u00e9sentation politique du monde, au m\u00eame titre que l&#8217;ensemble des discours qui sont produits sur la soci\u00e9t\u00e9.\/<\/p>\n<p>\/Isabelle Lorand. Houellebecq fait-il du bien au monde ?\/<\/p>\n<p>\/Eric Fassin. En tout cas, cet \u00e9crivain participe d&#8217;une tr\u00e8s grande confusion id\u00e9ologique : chacun s&#8217;accorde \u00e0 dire que le monde va mal, mais ce consensus risque de faire oublier qu&#8217;il y a des lectures antagonistes de ce qui va mal et des raisons pour lesquelles \u00e7a va mal. Le f\u00e9minisme a-t-il trop de pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9 ou pas assez ? Y a-t-il trop d&#8217;Arabes ou trop de racisme ? L&#8217;enjeu est donc de comprendre ce qui va mal. Prendre au s\u00e9rieux la litt\u00e9rature, ce n&#8217;est pas s&#8217;interdire tout jugement politique. On peut trouver qu&#8217;un \u00e9crivain propose une vision du monde d\u00e9testable, m\u00eame si c&#8217;est un grand \u00e9crivain. On peut admirer C\u00e9line sans faire l&#8217;impasse sur son antis\u00e9mitisme. Mais \u00e0 l&#8217;inverse, il ne suffit pas d&#8217;avoir une vision du monde d\u00e9testable pour \u00eatre un grand \u00e9crivain. Bref, je peux porter une appr\u00e9ciation litt\u00e9raire sur une \u0153uvre, sans pour autant suspendre mon jugement politique.\/<\/p>\n<p>\/Propos recueillis par Marion Rousset\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Table ronde avec  : <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2138","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2138"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2138\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}