{"id":2109,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/rentree-litteraire2109\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"rentree-litteraire2109","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2109","title":{"rendered":"Rentr\u00e9e litt\u00e9raire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le cercle du pouvoir tabou pour les au teurs <\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, faire d&#8217;une personnalit\u00e9 politique contemporaine un sujet de fiction est depuis longtemps dans les m\u0153urs. En France, des \u00e9crivains s&#8217;y essayent cette ann\u00e9e. Ils font figure de pionniers. uelques romans se distinguent en cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire, comme toujours surabondante. Leurs auteurs sont pourtant assez peu connus et leur puissance litt\u00e9raire n&#8217;est pas non plus exceptionnelle. Ce qui les sort du lot commun, c&#8217;est leur sujet : des romans situ\u00e9s au c\u0153ur du monde politique fran\u00e7ais. Surprenante absence dans un pays r\u00e9put\u00e9 politique. \u00ab La politique-fiction ne marche pas en France \u00bb, assure Jean-Charles G\u00e9rard, directeur des \u00e9ditions Max Milo. Cette fois, cela ne l&#8217;a pourtant pas emp\u00each\u00e9 d&#8217;accepter le manuscrit de Jean-Baptiste Desaize,  Shoot\u00e9 au pouvoir (1). Mais mettre en sc\u00e8ne des hommes politiques contemporains reste rare en France. Et cela ne concerne pas la seule litt\u00e9rature. Les r\u00e9alisateurs de films ne paraissent pas davantage tent\u00e9s par le sujet.<\/p>\n<p><strong> Politique romanesque <\/strong><\/p>\n<p>Ces romans signent-ils le d\u00e9but d&#8217;une entr\u00e9e des politiques dans l&#8217;espace de la fiction ? En tout cas, plusieurs romans de politique-fiction sont cette ann\u00e9e sur les \u00e9tals des libraires. A c\u00f4t\u00e9 du livre de Jean-Baptiste Desaize, para\u00eet \u00e9galement Mafia chic (2), de Sophie Coignard et Alexandre Wickham. La journaliste d&#8217;investigation du Point, auteure de l&#8217;Omerta fran\u00e7aise, est elle aussi pass\u00e9e au roman (voir entretien). Corruption, drogues, soif de pouvoir, le livre d\u00e9voile l&#8217;univers d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et peu flatteur de la sc\u00e8ne politique. Et c&#8217;est bien ce qui lui est reproch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a ne se fait pas de d\u00e9nigrer les affaires de l&#8217;Etat ! \u00bb s&#8217;est vu r\u00e9pondre St\u00e9phanie Mesnier en proposant son manuscrit. La journaliste du Canard encha\u00een\u00e9 brosse, dans L&#8217;Espionne et le diplomate (3), satire politique qui prend place au Quai d&#8217;Orsay, le portrait d&#8217;un ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res confront\u00e9 \u00e0 une fuite de dossiers.<\/p>\n<p>Eric Zemmour, lui aussi journaliste politique au Figaro,  consid\u00e8re que l&#8217;on trouve finalement \u00ab plus de r\u00e9alit\u00e9 dans le roman que dans le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00bb. L&#8217;essayiste-journaliste passe \u00e9galement \u00e0 la fiction, lui qui consid\u00e8re que la vie de Chirac est \u00ab romanesque \u00bb.  Mais L&#8217;Autre (4) conna\u00eetra un accueil \u00ab glacial\u00bb.<\/p>\n<p>Shoot\u00e9 au pouvoir, Mafia Chic, L&#8217;Espionne et le diplomate, L&#8217;Autre : quatre romans qui ne font pas le printemps, mais qui d\u00e9j\u00e0 donnent un signe. Surtout que ces quatre-l\u00e0 ont r\u00e9ussi \u00e0 franchir le premier filtre de la publication. En France, c&#8217;est un fait, les \u00e9diteurs h\u00e9sitent \u00e0 faire para\u00eetre des ouvrages trop d\u00e9capants pour le pouvoir en place. Peur du proc\u00e8s ? Sans doute. Collusion avec le pouvoir ? Peut-\u00eatre.<\/p>\n<p><strong> La t\u00e9l\u00e9 aime le d\u00e9cal\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Mais selon Sophie Coignard, \u00ab les \u00e9diteurs sont tout de m\u00eame moins frileux que les producteurs t\u00e9l\u00e9 \u00bb. Nicolas Traube, pr\u00e9sident de Pampa productions et ancien directeur de la fiction \u00e0 France 2, l&#8217;a v\u00e9rifi\u00e9 : ses deux projets de t\u00e9l\u00e9films politiques ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s. L&#8217;une des fictions prenait pour cadre la campagne pr\u00e9sidentielle. Il fut jug\u00e9 que ce n&#8217;\u00e9tait pas le moment de discr\u00e9diter les candidats : \u00ab A l&#8217;\u00e9poque, Le Pen commen\u00e7ait s\u00e9rieusement \u00e0 monter \u00bb, commente le producteur.<\/p>\n<p>L&#8217;audiovisuel, comme l&#8217;\u00e9dition, se tient donc \u00e0 distance des histoires inspir\u00e9es de la vie politique contemporaine. De temps en temps, les cha\u00eenes programment des s\u00e9ries sur de grands leaders fran\u00e7ais  mais ceux-ci appartiennent plus \u00e0 l&#8217;Histoire : la grande : qu&#8217;\u00e0 l&#8217;actualit\u00e9 : France 2 ne fait-elle pas  sa rentr\u00e9e avec de Gaulle? A quand un t\u00e9l\u00e9film sur les affaires financi\u00e8res de l&#8217;Elys\u00e9e ou sur les relations Chirac-Sarkozy ? La t\u00e9l\u00e9vision britannique, elle, n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 diffuser une fiction sur la concurrence entre Blair et son ministre des Finances Gordon Brown : The Deal, de Stephen Frears.<\/p>\n<p><strong> Dans la Maison Blanche <\/strong><\/p>\n<p>Aux Etat-Unis aussi, la t\u00e9l\u00e9vision prospecte les all\u00e9es du pouvoir pour trouver ses th\u00e8mes de fiction : la s\u00e9rie West Wing (\u00ab Aile Ouest \u00bb) relate depuis plus de six ans, semaine apr\u00e8s semaine, le quotidien d&#8217;un pr\u00e9sident am\u00e9ricain. La cam\u00e9ra d&#8217;Aaron Sorkin plonge dans les couloirs de la Maison Blanche, notamment dans son aile ouest o\u00f9 se trouve le bureau ovale. Les dossiers consult\u00e9s par le chef de l&#8217;Etat et ses conseillers sont abord\u00e9s sans complaisance. Lobbying, relations avec le Congr\u00e8s, ventes d&#8217;armes, peine de mort, 11-Septembre, les sc\u00e9naristes ne laissent rien de c\u00f4t\u00e9. West Wing est un succ\u00e8s colossal et le concept n&#8217;\u00e9tonne personne outre-Atlantique. De m\u00eame, les films d&#8217;Oliver Stone sur Kennedy ou Nixon furent des succ\u00e8s publics et les prises de position du r\u00e9alisateur ont suscit\u00e9 le d\u00e9bat  sans pour autant \u00eatre des crimes de l\u00e8se-majest\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Farces et critiques <\/strong><\/p>\n<p>Roman, cin\u00e9 ou t\u00e9l\u00e9 : la France appara\u00eet bien frileuse.  Jean-Michel Frodon, r\u00e9dacteur en chef des Cahiers du cin\u00e9ma, en convient : \u00ab En France, il y a\u00a0un blocage pour parler du pouvoir. \u00bb Parmi les rares exceptions, il cite Le Promeneur du champ de Mars de Robert Gu\u00e9diguian sur les derniers jours de Fran\u00e7ois Mitterrand. Jean- Michel Frodon \u00e9voque aussi Le Pr\u00e9sident d&#8217;Henri Verneuil, jou\u00e9 par Jean Gabin. Mais, note-t-il, ce film de 1960 est davantage la repr\u00e9sentation d&#8217;un acteur \u00ab devenu une figure paternaliste du pouvoir \u00bb.<\/p>\n<p>La France \u00ab marque une distance entre le milieu artistique et le pouvoir, alors qu&#8217;aux Etats-Unis, ajoute Jean-Michel Frodon, repr\u00e9senter le pr\u00e9sident n&#8217;est pas forc\u00e9ment fait pour le d\u00e9nigrer \u00bb. En France, quand les cr\u00e9ateurs parlent du politique : rarement : c&#8217;est pour en faire une critique. \u00ab Cela r\u00e9duit la richesse des histoires. Quand les hommes politiques apparaissent sur grand \u00e9cran, ils sont le plus souvent dans le costume du ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur qui gueule contre un commissaire. Nous sommes plus proches de la farce que de l&#8217;analyse politique fouill\u00e9e \u00bb conclut l&#8217;auteur de La Projection nationale (5).<\/p>\n<p>Nicolas Traube abonde et propose une explication : \u00ab Nous ne sommes pas tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise avec notre d\u00e9mocratie o\u00f9 s&#8217;en prendre \u00e0 un membre d&#8217;une institution, c&#8217;est finalement la remettre en cause. \u00bb On ne peut s&#8217;emp\u00eacher de constater que les romans qui sont propos\u00e9s cette ann\u00e9e ont tous un regard particuli\u00e8rement noir sur le monde politique. Les romanciers ne s&#8217;\u00e9cartent gu\u00e8re du sentiment commun. Ce qui ne signifie pas toujours qu&#8217;ils se d\u00e9tournent de sujets politiques. M\u00eame si pour Jean-Hubert Gaillot, des \u00e9ditions Tristram, les \u00e9crivains fran\u00e7ais sont davantage \u00ab dans l&#8217;autobiographie intime et dans une orf\u00e8vrerie litt\u00e9raire qui laisse peu de place au r\u00e9el \u00bb. Jean-Marie Rouart, de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (6),  estime aussi que les auteurs, plus port\u00e9s sur l&#8217;autofiction, \u00ab se sont repli\u00e9s sur eux-m\u00eames \u00bb. Sans compter les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9criture elle-m\u00eame : \u00ab Il est plus simple de cr\u00e9er un personnage de roman s&#8217;il a sa logique propre \u00bb affirme l&#8217;acad\u00e9micien. En somme, cr\u00e9er un personnage de toutes pi\u00e8ces serait plus facile que de l&#8217;extraire du r\u00e9el.<\/p>\n<p><strong> Aux origines, \u00e9tait le sh\u00e9rif <\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi, aux Etats-Unis, la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma trouvent-ils davantage leur inspiration dans le milieu politique ? Jean-Hubert Gaillot a son explication : \u00ab En France les auteurs n&#8217;ont pas la conception parano\u00efaque de la litt\u00e9rature des Am\u00e9ricains, ce formidable moteur pour \u00e9crire des histoires. \u00bb Pour Jean-Michel Frodon, \u00ab l&#8217;imaginaire national am\u00e9ricain est construit autour de la question : qui commande et quelle est la nature du pacte qui relie la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 ceux qui la dirigent ? Le cin\u00e9ma en particulier se pose des questions de pouvoir depuis son origine, \u00e0 commencer par les westerns, qui cherchent \u00e0 savoir o\u00f9 se trouve la loi \u00bb. R\u00e9flexion qui passe par la repr\u00e9sentation de figures incarnant le pouvoir, le sh\u00e9rif puis le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Le fonctionnement de la justice et des m\u00e9dias am\u00e9ricains explique sans doute cette libert\u00e9 de ton. \u00ab Dans un pays o\u00f9 des journalistes ont fait tomber le pr\u00e9sident, on ne peut qu&#8217;autoriser un mec \u00e0 \u00e9crire des romans \u00bb rappelle Jean-Baptiste Desaize \u00e0 propos du scandale du Watergate. Pourtant, absence de tabous envers les hommes politiques n&#8217;est pas absence de sanction. Exemple avec President Kissinger (7). Ce livre, \u00e9crit en 1974, vaut \u00e0 Maurice Girodias d&#8217;\u00eatre expuls\u00e9 des Etats-Unis. Portrait au vitriol du secr\u00e9taire d&#8217;Etat de Nixon, l&#8217;ouvrage n&#8217;est jamais sorti aux Etats-Unis. Paradoxe : consid\u00e9r\u00e9  comme le premier \u00e9crit de politique-fiction, c&#8217;est en France qu&#8217;il para\u00eet  en 1997 pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p><strong> 1. Shoot\u00e9 au pouvoir, de Jean-Baptiste Desaize, \u00e9ditions Max Milo, 320 p., 19 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 2. Mafia chic, de Sophie Coignard et Alexandre Wickham. \u00e9ditions Fayard, 440 p. 20 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 3. L&#8217;Espionne et le diplomate, de St\u00e9phanie Mesnier, \u00e9ditions Ramsay, 330 p., 21 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 4. L&#8217;Autre, d&#8217;Eric Zemmour, \u00e9ditions Deno\u00ebl, <\/strong><\/p>\n<p><strong> 336 p., 18 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 5. La Projection nationale, cin\u00e9ma et nation, de Jean- Michel Frodon, Odile Jacob, <\/strong><\/p>\n<p><strong> 248 p., 1998, 20 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 6. Dernier livre publi\u00e9 : Mes Fauves, Grasset 2005, 17,90 e <\/strong><\/p>\n<p><strong> 7. President Kissinger, de Maurice Girodias, \u00e9ditions Tristram, 13,57 e <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le cercle du pouvoir tabou pour les au teurs <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2109","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2109","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2109"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2109\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2109"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2109"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2109"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}