{"id":2096,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/patriotisme-economique-pour-la2096\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"patriotisme-economique-pour-la2096","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2096","title":{"rendered":"Patriotisme \u00e9conomique pour la France d&#8217;en bas"},"content":{"rendered":"<p>La revendication d&#8217;une revalorisation des salaires est revenue au c\u0153ur des mobilisations. Question d&#8217;urgence sociale aliment\u00e9e par le refus des injustices. Analyse critique des donn\u00e9es en mati\u00e8re de revenus.<\/p>\n<p>Au nom du \u00ab patriotisme \u00e9conomique \u00bb, Dominique de Villepin a annonc\u00e9, fin juillet, une s\u00e9rie de mesures visant \u00e0 prot\u00e9ger \u00ab les int\u00e9r\u00eats de nos entreprises \u00bb. Parmi celles-ci, certaines, telles la r\u00e9forme de l&#8217;ISF ou la diminution du taux de taxation des plus-values sur la revente d&#8217;actions, sont de nature \u00e0 accro\u00eetre les in\u00e9galit\u00e9s de revenus entre les m\u00e9nages. Ces r\u00e9formes all\u00e9geront les taxes qui p\u00e8sent sur le patrimoine, alors qu&#8217;il est la plus grande source d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 de revenus entre les m\u00e9nages. Dans le m\u00eame temps, une baisse de la r\u00e9mun\u00e9ration du livret A (de 2,25 % \u00e0 2 %) est intervenue au 1er ao\u00fbt 2005, r\u00e9duisant le rendement du type d&#8217;\u00e9pargne(1) le plus r\u00e9pandu \u00e0 peau de chagrin. C\u00f4t\u00e9 r\u00e9mun\u00e9ration du travail, alors que les salaires de certains grands dirigeants fran\u00e7ais ont scandaleusement explos\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le Smic n&#8217;a pas eu de coup de pouce depuis 2001 (2). Enfin, les r\u00e9ductions successives de l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu entra\u00eenent m\u00e9caniquement un accroissement des in\u00e9galit\u00e9s (3). Difficile, au bout du compte, de savoir si les in\u00e9galit\u00e9s de revenu augmentent ou pas, tant la production statistique fran\u00e7aise est partielle et partiale (voir encadr\u00e9) ; il est cependant patent qu&#8217;aucune des mesures prises sous le second mandat de Jacques Chirac n&#8217;est de nature \u00e0 les r\u00e9duire. Les r\u00e9centes \u00e9volutions semblent confirmer les tendances \u00e0 l&#8217;\u0153uvre depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 : le pouvoir d&#8217;achat des salaires stagne, tandis que les r\u00e9mun\u00e9rations du patrimoine explosent.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9rive du pouvoir d&#8217;achat <\/strong><\/p>\n<p>Aini, alors que le niveau de vie moyen a augment\u00e9 de 1,1 % par an entre 1982 et 2003, le niveau de vie des m\u00e9nages de salari\u00e9s ou de ch\u00f4meurs n&#8217;a cr\u00fb que de 0,6 % par an en moyenne. En r\u00e9alit\u00e9, le niveau de vie des m\u00e9nages salari\u00e9s ou ch\u00f4meurs a stagn\u00e9 sur la p\u00e9riode 1990-1998, et a m\u00eame r\u00e9gress\u00e9 de 0,4 % entre 2002 et 2003. Cet indicateur, contrairement au niveau de vie moyen, ne prend pas en compte les revenus du patrimoine, les pensions de retraite et de pr\u00e9retraite et les revenus du travail ind\u00e9pendant : il est donc significatif de la condition salariale, celle des m\u00e9nages qui ne d\u00e9pendent que de leur revenu d&#8217;activit\u00e9 salari\u00e9e (ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des allocations ch\u00f4mage).  Pierre Concialdi, \u00e9conomiste et membre du CERC association, commente : \u00ab Pour la majorit\u00e9 des salari\u00e9s, qui ne peuvent compter que sur les revenus de leur travail, le niveau de vie relatif a consid\u00e9rablement chut\u00e9 depuis vingt ans. Aujourd&#8217;hui, la condition salariale est comparable \u00e0 ce qu&#8217;elle \u00e9tait il y a un demi-si\u00e8cle \u00bb (4). On observe en effet une quasi-stagnation du pouvoir d&#8217;achat du salaire net moyen depuis 1978, d&#8217;autant plus remarquable que le niveau moyen de qualification n&#8217;a cess\u00e9 d&#8217;augmenter tout au long de la p\u00e9riode. Si l&#8217;on neutralise cet effet, le salaire net moyen a en fait connu une perte de pouvoir d&#8217;achat comprise entre : 4 % et : 8 % depuis 1978.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s l&#8217;Insee, cette mod\u00e9ration salariale \u00ab a pour origine principale la mont\u00e9e du ch\u00f4mage mais aussi la d\u00e9sindexation des salaires (1982) et les moindres revalorisations du Smic \u00bb (5). Par cons\u00e9quent, la \u00ab rigueur salariale \u00bb ne concerne pas tous les salari\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on. Si les salaires les plus bas de l&#8217;\u00e9chelle ont stagn\u00e9, voire r\u00e9gress\u00e9, les salaires des grands dirigeants au contraire ont explos\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Lindsay Owen-Jones, patron de l&#8217;Or\u00e9al, a ainsi touch\u00e9 6,6 millions d&#8217;euros en 2004 : 4,77 si\u00e8cles de Smic (6) ! Les femmes sont par ailleurs davantage victimes de la mod\u00e9ration salariale du fait de leur plus forte exposition aux emplois atypiques : \u00ab En France, l&#8217;\u00e9cart moyen de revenus entre hommes et femmes approche les 40 %. Pour un temps plein, l&#8217;\u00e9cart du taux horaire est bien de 20 % : le reste de la diff\u00e9rence s&#8217;explique par un moins grand nombre d&#8217;heures effectu\u00e9es par les femmes, qui travaillent plus souvent en temps partiel \u00bb rel\u00e8ve l&#8217;Observatoire des in\u00e9galit\u00e9s. M\u00eame lorsqu&#8217;elles occupent les fonctions les plus \u00e9lev\u00e9es, elles restent moins bien pay\u00e9es : le salaire mensuel moyen d&#8217;un homme chef d&#8217;entreprise est de 2 993 euros, il n&#8217;est que de 1 782 euros pour une femme. L&#8217;\u00e9cart est de 68 %, alors qu&#8217;il est de 37 % pour l&#8217;ensemble des postes (7). Enfin, la quasi-stagnation des salaires depuis vingt ans accro\u00eet les in\u00e9galit\u00e9s entre g\u00e9n\u00e9rations : en 1975, les salari\u00e9s de 50 ans gagnaient en moyenne 15 % de plus que les salari\u00e9s de 30 ans, les classes d&#8217;\u00e2ge adultes vivaient alors sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00e9cart est de 40 %.<\/p>\n<p>\u00ab La stagnation des salaires nets refl\u00e8te en partie la mont\u00e9e des pr\u00e9l\u00e8vements sociaux (cotisations sociales et CSG) sur les salaires \u00bb, note Pierre Concialdi. Ces pr\u00e9l\u00e8vements finan\u00e7ant des prestations, leur augmentation a en partie \u00e9t\u00e9 compens\u00e9e par un accroissement des prestations\u00a0jusqu&#8217;en 1988, notamment les pensions de retraite et de pr\u00e9-retraite. Mais depuis cette date, la part des prestations sociales dans le revenu disponible des m\u00e9nages a stagn\u00e9, alors que la part des revenus d&#8217;activit\u00e9, et en particulier des salaires, n&#8217;a cess\u00e9 de diminuer. Ce sont alors les revenus du patrimoine qui ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement dynamiques : leur pouvoir d&#8217;achat a augment\u00e9 de 202 % entre 1988 et 2002, alors que celui de la masse totale des revenus n&#8217;a cr\u00fb que de 35 %. <strong> changements structurels <\/strong><\/p>\n<p>Or, les revenus du patrimoine sont ceux qui sont les plus in\u00e9galement r\u00e9partis entre les m\u00e9nages (cf. encadr\u00e9). La plus forte progression des revenus du patrimoine profite donc aux m\u00e9nages les plus ais\u00e9s.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces \u00e9volutions, les enqu\u00eates de l&#8217;Insee dressent le constat d&#8217;une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s : selon l&#8217;institut, le rapport entre le niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres est pass\u00e9 de 4,3 en 1979 \u00e0 3,3 en 1999. Mais apr\u00e8s une p\u00e9riode faste dans les ann\u00e9es 1970, depuis le milieu des ann\u00e9es 1980 les in\u00e9galit\u00e9s de niveau de vie ont cess\u00e9 de se r\u00e9duire.<\/p>\n<p>Cependant, ce calcul repose sur les enqu\u00eates \u00ab revenus fiscaux \u00bb qui ne prennent pas en compte 80 % des revenus du patrimoine et ne concernent pas les v\u00e9ritables sommets de la hi\u00e9rarchie des niveaux de vie (1 \u00e0 2 % des m\u00e9nages les plus ais\u00e9s), ce qui minimise consid\u00e9rablement l&#8217;indice de l&#8217;\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s en France. Dans les ann\u00e9es r\u00e9centes, compte tenu de l&#8217;\u00e9volution des revenus financiers et des prix de l&#8217;immobilier, il y a en fait de grandes chances que les in\u00e9galit\u00e9s aient augment\u00e9. En 2003 et 2004, les dividendes vers\u00e9s aux actionnaires ont fortement cr\u00fb, et ils augmenteront encore en 2005, au profit de 70 % des m\u00e9nages dont le patrimoine est sup\u00e9rieur \u00e0 450 000 euros, qui poss\u00e8dent des valeurs mobili\u00e8res, alors que seuls 1,7 % de ceux dont le patrimoine est inf\u00e9rieur \u00e0 3000 euros en poss\u00e8dent. L&#8217;explosion des revenus des valeurs mobili\u00e8res entra\u00eene m\u00e9caniquement un accroissement des in\u00e9galit\u00e9s de revenus. Tout en bas de l&#8217;\u00e9chelle des niveaux de vie, les ch\u00f4meurs et les allocataires de minima sociaux restent les grands oubli\u00e9s de la croissance : en 1988, le niveau de vie moyen des m\u00e9nages repr\u00e9sentait 3,8 fois celui des allocataires de minima sociaux, cet \u00e9cart est pass\u00e9 en 2003 \u00e0 4,2. Selon Pierre Concialdi, \u00ab les r\u00e9centes revendications salariales ne sont donc pas le fruit d&#8217;une illusion d&#8217;optique li\u00e9e \u00e0 l&#8217;annonce de profits boursiers records. La d\u00e9gradation de la situation des salari\u00e9s traduit un changement structurel dans le partage des revenus \u00bb.<\/p>\n<p>\/1. 83,2 % des m\u00e9nages poss\u00e8dent un livret d&#8217;\u00e9pargne.\/<\/p>\n<p>\/2. Le \u00ab coup de pouce \u00bb du Smic en 2001 s&#8217;\u00e9levait \u00e0 0,29 %. Depuis la loi d&#8217;harmonisation des salaires minimum de 2003, le Smic et les 4 GMR les plus faibles (salaires minimums correspondant aux diff\u00e9rentes dates de passage aux 35 heures)  rattrapent le niveau de la GMR la plus \u00e9lev\u00e9e. Hormis l&#8217;augmentation \u00e9quivalente \u00e0 celle de l&#8217;indice des prix \u00e0 la consommation, aucune autre augmentation n&#8217;a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e. Le pouvoir d&#8217;achat de la GMR la plus \u00e9lev\u00e9e stagne depuis 2003.\/<\/p>\n<p>\/3. L&#8217;imp\u00f4t sur le revenu est le seul imp\u00f4t progressif en France. Son pr\u00e9l\u00e8vement permet une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s absolues et relatives (proportion que les revenus les plus faibles repr\u00e9sentent par rapport aux revenus les plus \u00e9lev\u00e9s) entre revenus.\/<\/p>\n<p>\/4. Pierre Concialdi, la lettre du CERC association, n\u00b011,2005.\/<\/p>\n<p>\/5. \u00abLa Mod\u00e9ration salariale en France depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980\u00bb, INSEE, Economie et statistique, n\u00b0367, 2003.\/<\/p>\n<p>\/6. Donn\u00e9es des rapports annuels 2004 des soci\u00e9t\u00e9s, part fixe + variable du salaire.\/<\/p>\n<p>\/Source : L&#8217;Express, 2 mai 2005.\/<\/p>\n<p>\/7. Calculs Alternatives \u00e9conomiques septembre 2004, d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;Insee. Donn\u00e9es 2001 hors fonction publique\/<\/p>\n<p>\/8. Selon l&#8217;enqu\u00eate revenus fiscaux 2000, Insee-DGI, m\u00e9nages dont la personne de r\u00e9f\u00e9rence n&#8217;est ni \u00e9tudiant, ni militaire. La pr\u00e9sentation statistique de la r\u00e9partition des revenus se fait sous forme de d\u00e9ciles cumulables, c&#8217;est-\u00e0-dire par tranches de 10 % de la population, allant des plus pauvres aux plus riches. Le 6e d\u00e9cile correspond donc aux 60 % des m\u00e9nages les moins riches.\/<\/p>\n<p>\/Le dernier d\u00e9cile correspond aux 10 % les plus riches. La m\u00e9diane se situe \u00e0 50 % : le revenu m\u00e9dian est tel que 50 % des m\u00e9nages ont un revenu inf\u00e9rieur, et 50 % des m\u00e9nages ont un revenu sup\u00e9rieur.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La revendication d&#8217;une revalorisation des salaires est revenue au c\u0153ur des mobilisations. Question d&#8217;urgence sociale aliment\u00e9e par le refus des injustices. 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