{"id":2092,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/bush-blair-benoit-xvi-ahmadinejad2092\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"bush-blair-benoit-xvi-ahmadinejad2092","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2092","title":{"rendered":"Bush, Blair, Beno\u00eet XVI, Ahmadinejad,  Sarkozy. L&#8217;internationale autoritaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Affirmation lib\u00e9rale, obsession de l&#8217;ordre et tentation autoritaire: cette combinaison originale s\u00e9duit, un peu partout, une large part des \u00e9lites au pouvoir. Elle n&#8217;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne passager.  <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9lection de George W. Bush a relanc\u00e9 la<em> \u00abr\u00e9volution conservatrice\u00bb <\/em> amorc\u00e9e aux Etats-Unis \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Critique r\u00e9publicaine de l&#8217;Etat, exaltation de la puissance am\u00e9ricaine et bellicisme ext\u00e9rieur: les attentats du 11 Septembre y ont ajout\u00e9 l&#8217;exacerbation patriotique et la spirale s\u00e9curitaire. La lutte contre le terrorisme est pass\u00e9e de l&#8217;ordre international \u00e0 l&#8217;ordre int\u00e9rieur. Le Patriot Act (1), vot\u00e9 par le Congr\u00e8s le 26 octobre 2001, renfor\u00e7ait massivement les pouvoirs des diff\u00e9rentes agences gouvernementales (FBI, CIA, NSA) pour une dur\u00e9e de quatre ans. Or, le 21 juillet dernier, la Chambre des repr\u00e9sentants a d\u00e9cid\u00e9 de prolonger les mesures prises et, pour seize d&#8217;entre elles, de les rendre permanentes. Le 29 juillet, sans d\u00e9bat ni d\u00e9p\u00f4t d&#8217;amendement, le S\u00e9nat ent\u00e9rinait ce choix. La r\u00e9duction des droits de la d\u00e9fense, la violation de la vie priv\u00e9e et la possibilit\u00e9 de d\u00e9tenir, sans limite et sans inculpation, toute personne tenue pour un<em> \u00abcombattant ennemi\u00bb <\/em> ou un<em> \u00abcombattant ill\u00e9gal\u00bb <\/em> sont ainsi devenues des normes juridiques \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p><strong> RUPTURE ANGLO-SAXONNE <\/strong><\/p>\n<p>Les attentats de l&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Londres ont eu le m\u00eame effet au Royaume-Uni.<em> \u00abPersonne ne doit douter que les r\u00e8gles du jeu ont chang\u00e9\u00bb <\/em>, a affirm\u00e9 Tony Blair, en annon\u00e7ant qu&#8217;il pr\u00e9senterait \u00e0 l&#8217;automne une s\u00e9rie de mesures l\u00e9gislatives modifiant sensiblement la loi sur les droits de l&#8217;homme. Outre une restriction drastique des modes d&#8217;accession \u00e0 la nationalit\u00e9 britannique, le leader travailliste pr\u00e9voit de durcir la l\u00e9gislation antiterroriste, de faciliter les expulsions, d&#8217;\u00e9largir les possibilit\u00e9s de garde \u00e0 vue voire d&#8217;instituer une proc\u00e9dure de<em> \u00abpr\u00e9-proc\u00e8s\u00bb <\/em>, plus exp\u00e9ditive que celle que pr\u00e9voit une tradition judiciaire vieille de plus de 250 ann\u00e9es. Dans la foul\u00e9e, Lord Falconer, ministre des Affaires constitutionnelles et troisi\u00e8me personnage de l&#8217;Etat, a \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 son tour la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er des tribunaux d&#8217;exception permettant d&#8217;\u00e9tendre \u00e0 au moins trois mois, sinon ind\u00e9finiment, la garde \u00e0 vue de suspects dans des affaires de terrorisme. Reprenant une pratique exp\u00e9riment\u00e9e en Irlande du Nord dans les ann\u00e9es 1970, le gouvernement Blair conforte un \u00e9tat d&#8217;esprit et l\u00e9gitime des pratiques jusqu&#8217;alors \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la tradition anglaise.<\/p>\n<p><strong> PATHOS POPULISTE <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;obsession s\u00e9curitaire n&#8217;est qu&#8217;un versant du nouveau discours dominant. La th\u00e9matique nationaliste en constitue un autre. En m\u00eame temps qu&#8217;il annon\u00e7ait l&#8217;inflexion s\u00e9rieuse de la l\u00e9gislation britannique, Tony Blair a insist\u00e9 sur le besoin d&#8217;une int\u00e9gration accrue des immigrants aux valeurs suppos\u00e9es constitutives de l&#8217;identit\u00e9 britannique.<em> \u00abVenir en Grande-Bretagne n&#8217;est pas un droit (&#8230;) et demeurer ici implique un devoir. Ce devoir est de partager et soutenir les valeurs du British way of life.\u00bb <\/em>L&#8217;apologie de la<em> \u00abbritannit\u00e9\u00bb <\/em> se fait quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s que  le plus proche compagnon de Tony Blair, le ministre des Finances Gordon Brown, a d\u00e9clar\u00e9 spectaculairement en Afrique de l&#8217;Est que<em> \u00abl&#8217;\u00e9poque est r\u00e9volue o\u00f9 la Grande-Bretagne devait pr\u00e9senter des excuses pour son histoire coloniale\u00bb <\/em> (2) (cf encadr\u00e9).<\/p>\n<p>Le discours sur les plus d\u00e9munis est le dernier volet du nouveau credo. En Isra\u00ebl, l&#8217;ultra-r\u00e9actionnaire Benyamin Netanyahou justifie d\u00e9sormais son opposition au retrait isra\u00e9lien de Gaza par&#8230; l&#8217;exigence sociale.<em> \u00abLes 1,8 milliard d&#8217;euros d\u00e9pens\u00e9s pour le d\u00e9sengagement seraient mieux utilis\u00e9s s&#8217;ils \u00e9taient consacr\u00e9s aux vieux, aux handicap\u00e9s, aux malades, aux soins de sant\u00e9, aux m\u00e8res au foyer et \u00e0 la lutte contre la violence domestique\u00bb <\/em> (3). L&#8217;un des principaux responsables du d\u00e9mant\u00e8lement des dispositifs travaillistes de protection sociale et du creusement des in\u00e9galit\u00e9s se fait, par la vertu revendiqu\u00e9e du rassemblement national antipalestinien, le h\u00e9raut des pauvres et des d\u00e9laiss\u00e9s. A l&#8217;instar du gouverneur de la Banque d&#8217;Isra\u00ebl qui affirmait avec aplomb, peu de temps auparavant, que l&#8217;objectif de sa politique : la rigueur mon\u00e9taire : \u00e9tait la lutte contre la pauvret\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong> RECHERCHE NOUVEAU SOUFFLE <\/strong><\/p>\n<p>Nicolas Sarkozy s&#8217;inscrit ainsi dans une logique bien dessin\u00e9e. Quand le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur proclame \u00e0 La Courneuve que l&#8217;on<em> \u00abnettoiera la cit\u00e9 des 4000\u00bb <\/em>, il ne faut pas voir dans son propos la moindre bavure mais l&#8217;expression ramass\u00e9e d&#8217;un<em> \u00abpopulisme punitif\u00bb <\/em> (4). Il ne d\u00e9rape pas quand il s&#8217;exclame qu&#8217;il est l\u00e0<em> \u00abpour nettoyer la France des voyous\u00bb <\/em>. Quand il lance son<em> \u00abCessons de culpabiliser la France qui se l\u00e8ve t\u00f4t\u00bb <\/em>, il fait comprendre qu&#8217;il est du c\u00f4t\u00e9 de ce petit peuple, qui emprunte d\u00e8s l&#8217;aube le m\u00e9tro pour travailler. Et quand il explique avec fermet\u00e9 qu&#8217;il veut<em> \u00abun islam de France et pas seulement un islam en France\u00bb <\/em>, il ne plaide pas pour un islam d\u00e9mocratique et moderne, mais pour un op\u00e9rateur permettant de mettre chaque apport migratoire aux normes d&#8217;une culture nationale et d&#8217;un ordre social et moral auquel nul n&#8217;est cens\u00e9 pouvoir d\u00e9roger.<\/p>\n<p>Inutile, pour expliquer tout cela, d&#8217;allonger notre homme sur le divan du psychanalyste&#8230; Nicolas Sarkozy tente \u00e0 sa mani\u00e8re de d\u00e9finir les conditions d&#8217;un nouveau souffle pour la droite&#8230; et pour l&#8217;ordre social. La droite classique et conservatrice des notables cl\u00e9ricaux ou r\u00e9publicains s&#8217;\u00e9tait englu\u00e9e dans la tentation fasciste qui l&#8217;avait irr\u00e9m\u00e9diablement discr\u00e9dit\u00e9e. La synth\u00e8se gaulliste du capitalisme et de la technocratie administrative avait but\u00e9 sur la crise syst\u00e9mique des ann\u00e9es 1970. Le regain centriste de nouveaux notables giscardiens n&#8217;a pas r\u00e9ussi le mythique rassemblement des \u00abdeux Fran\u00e7ais sur trois\u00bb. Quant \u00e0 la remuante g\u00e9n\u00e9ration des quadras de la droite n\u00e9olib\u00e9rale des ann\u00e9es 1980, elle a mis \u00e0 bas l&#8217;\u00e9difice mitterrandien, mais sans imposer un mode de r\u00e9gulation politique suffisamment stable et attractif pour ancrer son propre pouvoir dans la dur\u00e9e. La \u00abm\u00e9thode Sarko\u00bb veut r\u00e9pondre \u00e0 des contraintes propres \u00e0 la droite fran\u00e7aise. Elle le fait dans un cadre qui n&#8217;a rien d&#8217;exclusivement fran\u00e7ais&#8230;<\/p>\n<p><strong> TENDANCES UNIVERSELLES <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;essor de la mondialisation capitaliste a provoqu\u00e9 partout l&#8217;entrelacement de plusieurs grandes \u00e9volutions. La destruction n\u00e9olib\u00e9rale du mod\u00e8le d&#8217;apr\u00e8s-guerre : le mixte du capitalisme et de la r\u00e9gulation \u00e9tatique : a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une croissance chaotique et une acc\u00e9l\u00e9ration des in\u00e9galit\u00e9s. L&#8217;\u00e9quilibre relatif de la guerre froide a laiss\u00e9 la place \u00e0 la recrudescence des conflits, \u00e0 la multiplication des poches de tension et \u00e0 l&#8217;extension d&#8217;un interventionnisme militaire occidental sous leadership am\u00e9ricain. Dans chaque soci\u00e9t\u00e9, sur la base du recul de \u00abl&#8217;Etat providence\u00bb, l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e a relanc\u00e9 la peur sociale. Enfin, la volont\u00e9 collective s&#8217;est partout effac\u00e9e devant la<em> \u00abmain invisible du march\u00e9\u00bb <\/em>. A ce jeu, la d\u00e9mocratie perd de son ressort et la politique tout enti\u00e8re de sa l\u00e9gitimit\u00e9. A quoi servent la d\u00e9lib\u00e9ration et la d\u00e9cision d\u00e9mocratiques, si elles ne peuvent plus peser sur les grands choix de notre vie quotidienne? Ces \u00e9volutions sont aujourd&#8217;hui universelles. Elles ont install\u00e9 une conjonction inqui\u00e9tante. Elle relie la crise de la \u00abgouvernabilit\u00e9\u00bb et la coupure entre \u00ab\u00e9lites\u00bb et \u00abpeuple\u00bb. Elle nourrit la mont\u00e9e d&#8217;un certain populisme.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1980, les \u00e9quipes au pouvoir dans les grandes d\u00e9mocraties occidentales ont int\u00e9gr\u00e9 les normes nouvelles du capitalisme financiaris\u00e9 et ont d\u00e9mantel\u00e9 partout les instruments de l&#8217;action publique. Quand l&#8217;instabilit\u00e9 sociale provoque une demande nouvelle d&#8217;intervention, l&#8217;Etat n&#8217;a plus les moyens d&#8217;y faire face, sauf \u00e0 contredire les dogmes que les conservateurs et les sociaux-d\u00e9mocrates ont les uns et les autres ent\u00e9rin\u00e9s. Par l\u00e0 s&#8217;\u00e9rode de fa\u00e7on durable la confiance dans l&#8217;action des gouvernants et s&#8217;installe l&#8217;instabilit\u00e9 politique qui rend fragile la construction de toute majorit\u00e9 et emp\u00eache la mise en place de logiques gouvernementales inscrites dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la d\u00e9ferlante in\u00e9galitaire tend \u00e0 installer dans les repr\u00e9sentations une coupure in\u00e9dite. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, un groupe composite juxtaposant \u00e0 la fois ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient r\u00e9ellement du syst\u00e8me : les dominants du monde de l&#8217;argent ou de la haute technocratie : et ceux qui, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, pensent qu&#8217;ils en tirent des ressources ou, \u00e0 tout le moins, une certaine protection. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, un ensemble disparate qui agr\u00e8ge en m\u00eame temps le p\u00f4le des \u00abnouveaux pauvres\u00bb, \u00e9cart\u00e9s du travail et de la redistribution sociale, et la galaxie informelle des statuts pr\u00e9caires et des salari\u00e9s menac\u00e9s par la flexibilit\u00e9 et les d\u00e9localisations. Les \u00ab\u00e9lites\u00bb et le \u00abpeuple\u00bb: tel est le clivage apparent que produit l&#8217;\u00e9volution contemporaine.<\/p>\n<p>Les conditions sont alors r\u00e9unies pour une inflexion politique dangereuse. Le discours de la pr\u00e9tendue modernit\u00e9 lib\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par une cohorte de responsables que leur sensibilit\u00e9 politique diff\u00e9renciait, mais qui se rapprochaient par leur fa\u00e7on d&#8217;\u00eatre, de vivre et de parler. Or, d\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 l&#8217;opposition entre la droite et la gauche se fait moins lisible et o\u00f9 les cat\u00e9gories dirigeantes donnent corps \u00e0 l&#8217;id\u00e9e du \u00abtous les m\u00eames\u00bb, voire du \u00abtous pourris\u00bb, la voie est ouverte pour le retour du discours populiste. Dans cette nouvelle grille de lecture sociale, le probl\u00e8me serait dans l&#8217;\u00e9cart entre les \u00abpetits\u00bb et les \u00abgros\u00bb, entre le \u00abbas\u00bb et le \u00abhaut\u00bb, entre \u00abeux\u00bb et \u00abnous\u00bb. Mais quand le \u00abpeuple\u00bb n&#8217;a plus de rep\u00e8res communs, quand il ne se sent plus repr\u00e9sent\u00e9 par les forces politiques existantes, quand la combativit\u00e9 de classe laisse la place au seul ressentiment social, la tentation est grande du recours \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;homme providentiel.<\/p>\n<p><strong> ORDRE ET HOMME PROVIDENTIEL <\/strong><\/p>\n<p>Le choix de l&#8217;autoritarisme devient le d\u00e9bouch\u00e9 politique du choix \u00e9conomique du lib\u00e9ralisme. Quand on renonce \u00e0 cette source de paix civile qu&#8217;est l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des conditions, y a-t-il d&#8217;autre recours que la contrainte pour faire r\u00e9gner, sinon la paix, du moins l&#8217;ordre public? La propension autoritaire s&#8217;affirme au c\u0153ur m\u00eame du monde lib\u00e9ral, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, traumatis\u00e9s par les effets en retour de leur statut de gendarmes du monde. Elle s&#8217;impose dans la Russie post-communiste oscillant, faute d&#8217;alternative, entre la fr\u00e9n\u00e9sie financi\u00e8re et la nostalgie de l&#8217;ordre sovi\u00e9tique. Elle s\u00e9duit de nombreux Etats du Sud, \u00e9cras\u00e9s par le poids de la dette, de la d\u00e9pendance et du mal-d\u00e9veloppement. Si la modernit\u00e9 d\u00e9mocratique s&#8217;identifie peu ou prou au choix du mod\u00e8le \u00e9conomique lib\u00e9ral-occidental, la voie conservatrice et autoritaire peut l&#8217;emporter. En Iran, l&#8217;aust\u00e8re et r\u00e9trograde Ahmadinejad \u00e0 fini par \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 au plus lib\u00e9ral Rafsandjani (cf. encadr\u00e9)&#8230;<\/p>\n<p>La plupart du temps, le choix de l&#8217;homme providentiel accompagne celui de l&#8217;autorit\u00e9. En effet, les partis politiques aspirant aux responsabilit\u00e9s gouvernementales apparaissent de plus en plus comme de simples machines permettant \u00e0 l&#8217;\u00e9lite de se disputer les postes de pouvoir. La fonction de repr\u00e9sentation des partis s&#8217;alt\u00e8re et, avec elle, se tarissent leur image et leur capacit\u00e9 de mobilisation sociale. Devant cette carence, le retour du lien personnel et direct semble une issue cr\u00e9dible. Tendance d&#8217;autant plus forte, dans le monde occidental, que la m\u00e9diatisation rend concr\u00e8tement possible le dialogue entre le peuple et son favori et que la d\u00e9rive institutionnelle nourrit la personnalisation du pouvoir : perversion bien connue du suffrage universel&#8230;<\/p>\n<p>L&#8217;extr\u00eame droite a \u00e9t\u00e9, par tradition, la premi\u00e8re \u00e0 s&#8217;emparer de ces \u00e9volutions pour d\u00e9ployer son style et ses mots d&#8217;ordre. Du parti n\u00e9ofasciste en Italie, au Front national et au Vlaams Blok en France et aux Pays-Bas, les classiques populismes de droite se sont \u00e9tendus, jusqu&#8217;\u00e0 occuper les lieux de pouvoir locaux (municipalit\u00e9s en France) ou nationaux (le parti de J\u00f6rg Haider en Autriche). Mais la violence de cette droite extr\u00eame est \u00e0 la fois une source d&#8217;attraction et de r\u00e9pulsion. La pente fascisante int\u00e9resse : n&#8217;est-elle pas cens\u00e9e dire \u00abtout haut\u00bb ce que chacun pense \u00abtout bas\u00bb? : et elle repousse. Elle peine en cela \u00e0 constituer l&#8217;axe r\u00e9aliste de majorit\u00e9s de pouvoir : cf. les d\u00e9boires du FP\u00d6 en Autriche. Peut-on donc b\u00e2tir une d\u00e9marche \u00e0 droite, capable d&#8217;int\u00e9grer les nouveaux param\u00e8tres, de tirer les le\u00e7ons des \u00e9checs ant\u00e9rieurs et d&#8217;unifier, jusque dans leurs variantes extr\u00eames, toutes les familles de la droite europ\u00e9enne? Tel est le dilemme central.<\/p>\n<p><strong> UN LIB\u00c9RAL-POPULISME <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;Italie a ouvert une voie. Les ann\u00e9es 1990 ont transform\u00e9 le vieux parti fasciste : le MSI de Gianfranco Fini : en parti de gouvernement et elles ont tiss\u00e9 la toile du \u00abberlusconisme\u00bb. A sa mani\u00e8re, Nicolas Sarkozy est l&#8217;expression fran\u00e7aise de cette recherche. De quoi s&#8217;agit-il? De constituer une dynamique institutionnelle et politique qui p\u00e9rennise, dans l&#8217;ordre politique, le choix ultralib\u00e9ral fait dans l&#8217;ordre \u00e9conomique et social. Pour cela \u00abSarko\u00bb veut construire l&#8217;image de l&#8217;homme politique en contact direct avec le peuple sociologique, sur le terrain ou par le truchement des m\u00e9dias. De ce peuple, il partage les angoisses et les attentes: il fustige l&#8217;Etat administratif : celui des bureaux et de l&#8217;imp\u00f4t :, vitup\u00e8re les d\u00e9class\u00e9s et les groupes r\u00e9put\u00e9s dangereux, pr\u00f4ne les vertus traditionnelles de l&#8217;autorit\u00e9 et du travail. Comme Blair en Angleterre, il se r\u00e9f\u00e8re volontiers au<\/p>\n<p>French Way of life, \u00e0 la communaut\u00e9 nationale qui donne sens \u00e0 la vie de chacun et fonde l&#8217;ordre social. Il n&#8217;ignore pas les corps interm\u00e9diaires : y compris les appareils religieux : d\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 ils concourent \u00e0 l&#8217;ordre et acceptent en bloc les normes l\u00e9gitimant l&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9. Nicolas Sarkozy est ce que l&#8217;Etat ne veut plus \u00eatre: le point de rep\u00e8re qui fait de la somme des cat\u00e9gories populaires un tout, qui fait un peuple de l&#8217;agr\u00e9gation des individus.<\/p>\n<p>\u00abPopulisme\u00bb dira-t-on? En un sens, oui. Est populiste celui ou celle qui pr\u00e9tend par lui-m\u00eame entendre \u00able\u00bb peuple, exprimer ses attentes et vouloir les r\u00e9aliser, \u00e0 sa place, \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un Etat plus r\u00e9galien que protecteur. Dans l&#8217;univers populiste, le peuple n&#8217;est pas \u00e0 proprement parler acteur mais demandeur, en attente de la figure qui saura porter \u00absa\u00bb parole et agir en son nom. Par l\u00e0, Berlusconi et Sarkozy sont des populistes, comme peuvent l&#8217;\u00eatre, de fa\u00e7on diff\u00e9rente, Haider, Fini ou Le Pen. Mais le recours au terme de \u00abpopulisme\u00bb est \u00e0 la fois une tentation et une impasse. Dans le langage courant, il permet de rejeter, dans la m\u00eame opprobre, la x\u00e9nophobie d&#8217;extr\u00eame droite, le combat d&#8217;Hugo Chavez contre l&#8217;oligarchie mondialis\u00e9e et le camp des \u00abnon\u00bb \u00e0 la Constitution europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>L&#8217;usage de \u00abpopulisme\u00bb vaut donc s&#8217;il est ma\u00eetris\u00e9, circonscrit, pr\u00e9cis\u00e9. Quelque chose relie sans aucun doute le ph\u00e9nom\u00e8ne Sarkozy \u00e0 la d\u00e9magogie de Netanyahou, \u00e0 la phras\u00e9ologie n\u00e9o-imp\u00e9riale de Blair, \u00e0 l&#8217;autoritarisme sans fard de Poutine et au conservatisme religieux de Bush et d&#8217;Ahmadinejad. Mais ce qui tend \u00e0 occuper l&#8217;espace politique occidental est plus qu&#8217;un populisme classique ; il est \u00e0 proprement parler un \u00ablib\u00e9ral-populisme\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire un dispositif coh\u00e9rent qui est \u00e0 la fois un mode de gouvernement, une id\u00e9ologie politique et une conception de la r\u00e9gulation sociale. Le lib\u00e9ral-populisme vise \u00e0 p\u00e9renniser l&#8217;ordre lib\u00e9ralo-financier, \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le recul du public dans l&#8217;espace \u00e9conomique et social et \u00e0 r\u00e9installer au contraire l&#8217;Etat comme garant de l&#8217;ordre s\u00e9curitaire. L&#8217;Etat r\u00e9pressif et in\u00e9galitaire \u00e0 la place de la r\u00e9gulation publique et \u00e9galitaire: telle pourrait \u00eatre, dans un syst\u00e8me politique de plus en plus pr\u00e9sidentialis\u00e9, la base d&#8217;un nouvel \u00e9quilibre social. <\/p>\n<p><strong> Roger Martelli <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b021, septembre 2005<\/p>\n<p>-1. Le USA Patriot Act signifie Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act, c&#8217;est-\u00e0-dire<em> \u00abloi pour unir et renforcer l&#8217;Am\u00e9rique en fournissant les outils appropri\u00e9s pour d\u00e9celer et contrer le terrorisme\u00bb <\/em>.<\/p>\n<p>-2.<em> Daily Mail <\/em>, 5 janvier 2005.<\/p>\n<p>-3.<em> Ha&#8217;aretz <\/em>, 29 juin 2005.<\/p>\n<p>-4. J\u00e9r\u00f4me Ferret, Christian Mouhanna,<em> Peurs dans les villes <\/em>, PUF, 2005.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Affirmation lib\u00e9rale, obsession de l&#8217;ordre et tentation autoritaire: cette combinaison originale s\u00e9duit, un peu partout, une large part des \u00e9lites au pouvoir. 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