{"id":2088,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-andre-wilms2088\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"entretien-avec-andre-wilms2088","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2088","title":{"rendered":"Entretien avec Andr\u00e9 Wilms, com\u00e9dien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> \u00ab La nostalgie est dangereuse \u00bb <\/p>\n<p><strong> Le ch\u0153ur, du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la rue, sous le regard ironique d&#8217;un homme du spectacle. <\/strong><\/p>\n<p><strong> La France poss\u00e8de une faible tradition chorale. Pourquoi ? <\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms. Dans la musique classique, le ch\u0153ur n&#8217;a jamais eu la m\u00eame importance en France qu&#8217;en Italie et en Allemagne. Berlioz s&#8217;y est un peu essay\u00e9 en montant les Troyennes m\u00eame s&#8217;il a puis\u00e9 pour cela dans le pass\u00e9. Debussy n&#8217;en a jamais r\u00e9alis\u00e9 un seul. En France, on ne chante pas. Il y a bien eu des chorales dans le Nord, mais elles sont li\u00e9es \u00e0 l&#8217;apport des Polonais et d&#8217;autres ouvriers qui travaillaient dans les mines. Le fran\u00e7ais est une langue extr\u00eamement difficile \u00e0 chanter. Il ne se scande pas tr\u00e8s bien. Cela nous a peut-\u00eatre \u00e9vit\u00e9 une sorte de fascisme de masse ! On l&#8217;a connu avec Vichy, mais c&#8217;\u00e9tait un fascisme rampant. La langue fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite centralis\u00e9e. En interdisant les dialectes, en Alsace o\u00f9 je suis n\u00e9, par exemple, le centralisme r\u00e9volutionnaire lui a fait perdre tous ses accents. Il l&#8217;a aplatie. Par ailleurs, le fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps la langue de la diplomatie internationale. Du coup, on parlait pour ne rien dire, on parlait sans faire de vagues.<\/p>\n<p><strong> Dans quels univers chante-t-on en ch\u0153ur ? <\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms. Chez les militaires ! Tout ce qui se d\u00e9place en groupe est le plus souvent soutenu par des chants. Cela soude. Les GI chantent sans arr\u00eat pendant les entra\u00eenements. C&#8217;est la raison pour laquelle je me m\u00e9fie du ch\u0153ur. En ce moment, on voit surgir une nostalgie d&#8217;un Eden perdu o\u00f9 tout le monde vivait ensemble. C&#8217;est vrai que la soci\u00e9t\u00e9 actuelle est individualis\u00e9e, que tout le monde est seul et cr\u00e8ve, mais la nostalgie est dangereuse. On ne peut pas dire \u00ab Ah ! C&#8217;\u00e9tait vachement bien le temps o\u00f9 on chantait en ch\u0153ur \u00bb. C&#8217;est idiot. Je viens de relire un texte dans lequel Aristote affirme que les jeunes, en Gr\u00e8ce, ne sont plus comme avant. Dans Les Choristes, tout y est : les blouses comme quand j&#8217;\u00e9tais petit, \u00e0 l&#8217;internat, le bon professeur qui doit avoir une vision du monde au demeurant assez stupide.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la pratique populaire de la chorale, au th\u00e9\u00e2tre le ch\u0153ur ne travaille pas l&#8217;\u00e9motion&#8230; Andr\u00e9 Wilms. Le r\u00e8gne de la biographie donne l&#8217;impression \u00e0 chacun que ses sentiments sont exceptionnels. C&#8217;est absurde. La soci\u00e9t\u00e9 est victimis\u00e9e, elle se psychologise \u00e0 outrance. On veut envoyer les enfants voir des psys d\u00e8s qu&#8217;ils sont un peu turbulents, on cr\u00e9e des cellules psychologiques quand survient un accident d&#8217;avion. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 du charity business, on fait l&#8217;aum\u00f4ne. Citons cette phrase de Brecht : \u00ab Quand je vois un pauvre qui tend la main, j&#8217;allume mon plus beau cigare et je lui crache \u00e0 la gueule. \u00bb Aujourd&#8217;hui, les sentiments se r\u00e9pandent partout. Le ch\u0153ur oppose \u00e0 cela une esp\u00e8ce d&#8217;irr\u00e9ductibilit\u00e9 de la parole collective. Il ne v\u00e9hicule pas d&#8217;\u00e9motions. Il a une fonction de catalyseur qui se traduit par une forme de dignit\u00e9. C&#8217;est une discipline p\u00e9nible, pas tr\u00e8s valorisante. Il faut \u00e9couter l&#8217;autre. Les acteurs du ch\u0153ur sont oblig\u00e9s de parler ensemble, donc ils ne peuvent pas y amener leurs sentiments individuels.<\/p>\n<p><strong> Les aspects techniques du ch\u0153ur rappellent la distanciation brechtienne&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms. Ah, le mot distanciation&#8230; Il est mal traduit. Il faudrait peut-\u00eatre le remplacer par \u00ab effet d&#8217;\u00e9tranget\u00e9 \u00bb. Mais les deux ont \u00e0 voir, bien s\u00fbr. Pour donner au spectateur un regard critique, il ne fallait pas qu&#8217;il soit happ\u00e9 par les \u00e9motions. Brecht voulait emp\u00eacher l&#8217;identification. Or il cassait souvent l&#8217;\u00e9motion par des chansons, r\u00e9sumant une sc\u00e8ne \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;un chant.<\/p>\n<p><strong> Comment est-on pass\u00e9 du ch\u0153ur \u00e0 l&#8217;acteur ? <\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms : Le ch\u0153ur a c\u00e9d\u00e9 sa place au h\u00e9ros individuel. Le drame corn\u00e9lien, par exemple, consistait \u00e0 choisir entre la politique et l&#8217;amour. Ce n&#8217;\u00e9tait plus le ch\u0153ur qui \u00e9tait en jeu mais le h\u00e9ros. Puis on a vu r\u00e9appara\u00eetre le ch\u0153ur avec le th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique, avant qu&#8217;il disparaisse \u00e0 nouveau, en m\u00eame temps que les grandes utopies collectives, avec la lib\u00e9ralisation de la soci\u00e9t\u00e9. Maintenant, plus personne n&#8217;\u00e9crit pour le ch\u0153ur. Cela tient aussi \u00e0 des raisons \u00e9conomiques : les auteurs contemporains savent que s&#8217;ils \u00e9crivent une pi\u00e8ce pour plus de quatre ou cinq com\u00e9diens, elle co\u00fbtera trop cher pour pouvoir \u00eatre mont\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> La port\u00e9e politique du chant choral a-t-elle enti\u00e8rement disparu ? <\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms. Je me m\u00e9fie car j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s politis\u00e9. J&#8217;ai beaucoup cru \u00e0 l&#8217;aventure collective et, comme tout le monde, j&#8217;en ai pris plein la gueule. Nous avons subi une d\u00e9faite historique dans notre tentative de continuer le mouvement dans les ann\u00e9es 1970. Je ne renie rien mais je suis dubitatif concernant toute possibilit\u00e9 de transformation de la soci\u00e9t\u00e9 par l&#8217;art ou la culture. Je ne crois pas \u00e0 la port\u00e9e r\u00e9volutionnaire des \u0153uvres. Les communistes : Eisler et Brecht notamment : sont les derniers \u00e0 avoir travaill\u00e9 le chant choral dans les \u0153uvres. Il fallait glorifier les masses plut\u00f4t que l&#8217;individu. Le th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique s&#8217;est beaucoup inspir\u00e9 des Grecs. Le compositeur Heiner Goebbels avait cr\u00e9\u00e9 un ch\u0153ur dans les usines automobiles de Stuttgart, une fanfare d&#8217;extr\u00eame gauche, qui accompagnait toutes les manifs en Allemagne. La musique, m\u00eame \u00e9litaire, \u00e9tait dans la rue et non plus seulement dans les salles de concert. Antoine Vitez\u00a0parlait d&#8217;\u00ab un th\u00e9\u00e2tre \u00e9litaire pour tous \u00bb. C&#8217;est magnifique mais le r\u00e9el s&#8217;est charg\u00e9 de remettre les choses en place. On s&#8217;est plant\u00e9. Du coup, je suis devenu modeste. Notre \u00e9poque a \u00e9t\u00e9 id\u00e9alis\u00e9e. Ceux qui veulent changer la soci\u00e9t\u00e9 aujourd&#8217;hui sont tout aussi minoritaires que nous l&#8217;\u00e9tions. Ce qui me semble int\u00e9ressant, c&#8217;est de continuer \u00e0 jouer le r\u00f4le de poil \u00e0 gratter. Au fond, le succ\u00e8s des Choristes ne rel\u00e8ve pas seulement d&#8217;un sentiment r\u00e9actionnaire. Il traduit un regret profond de cet \u00eatre-ensemble o\u00f9 on se cimentait \u00e0 travers une activit\u00e9 commune qui gommait les diff\u00e9rences, parfois m\u00eame de classes. On a fini par croire que c&#8217;\u00e9tait d\u00e9finitif, d&#8217;o\u00f9 ce regret. Si l&#8217;histoire de ce film s&#8217;inscrit dans le pass\u00e9, c&#8217;est aussi li\u00e9 au sentiment qu&#8217;elle ne peut pas s&#8217;ancrer dans notre \u00e9poque. C&#8217;\u00e9tait forc\u00e9ment il y a longtemps.<\/p>\n<p>\/* Il a mis en sc\u00e8ne Les Bacchantes d&#8217;Euripide \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. La pi\u00e8ce sera reprise en d\u00e9cembre 2005.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u00ab La nostalgie est dangereuse \u00bb <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-2088","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2088","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2088"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2088\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}