{"id":2087,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entre-nous2087\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"entre-nous2087","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2087","title":{"rendered":"Entre nous"},"content":{"rendered":"<p>Ce mois-ci, plusieurs films fran\u00e7ais nous parlent des secrets de l&#8217;intimit\u00e9, conjugale, amoureuse, dangereuse&#8230; Intrus, voyeurs ? De la pr\u00e9cision du documentaire \u00e0 la fiction, le couple au quotidien.<\/p>\n<p>Pendant la pr\u00e9sentation du Filmeur dans la s\u00e9lection \u00ab Un Certain Regard \u00bb lors du dernier festival de Cannes, Alain Cavalier, tr\u00e8s \u00e9mu, a confess\u00e9 appr\u00e9hender que les conditions de projection ne monumentalisent \u00ab l&#8217;intimit\u00e9 \u00bb de son film. D&#8217;intimit\u00e9, il en \u00e9tait en effet plus que jamais question, Le Filmeur prolongeant la veine autobiographique amorc\u00e9e avec Ce r\u00e9pondeur ne prend pas de messages en 1978 et La Rencontre en 1996. Au fil de ce journal de bord poignant dont les premiers plans furent tourn\u00e9s en 1994, dix ann\u00e9es du quotidien du r\u00e9alisateur du Plein de super (1975) et de Th\u00e9r\u00e8se (1986) d\u00e9filent. Epaisseur d&#8217;une vie, soubresauts de la vie : le temps passe ; le vieillissement se fait sentir ; les fruits pourrissent ; la maladie : cancer de la peau : revient ; la mort r\u00f4de : le p\u00e8re du cin\u00e9aste dispara\u00eet en une magistrale ellipse :, mais le geste documentaire consistant \u00e0 filmer (soi-m\u00eame, son entourage, les objets environnants, son habitat, etc.) demeure tel qu&#8217;en lui-m\u00eame, c&#8217;est-\u00e0-dire un pur acte de pr\u00e9sentification.<\/p>\n<p><strong> Transgressions <\/strong><\/p>\n<p>Prolongeant le corps du filmeur, la cam\u00e9ra num\u00e9rique d&#8217;Alain Cavalier, mieux que tout autre, fait advenir des pr\u00e9sences. Poindre des moments de l&#8217;existence. Fran\u00e7oise, la femme aim\u00e9e, se peint les ongles. Elle se coupe le doigt en faisant la cuisine. Elle nourrit des oiseaux. Dans les toilettes d&#8217;un caf\u00e9, Cavalier improvise une oraison fun\u00e8bre pour Claude Sautet. Chante \u00ab une petite aube aux doigts de rose \u00bb. Une poule sort du champ. Intrus dans le champ, un immeuble en construction d\u00e9robe le bleu du ciel au filmeur. Servis par un montage extr\u00eamement pr\u00e9cis, tous ces instants, loin d&#8217;\u00eatre isol\u00e9s, tricotent une vraie totalit\u00e9 cin\u00e9matographique. Cavalier change le temps en espace et c&#8217;est cette transformation, justement, qui s&#8217;av\u00e8re fondamentale d\u00e8s lors qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;intimit\u00e9 du quotidien, de la quotidiennet\u00e9 de l&#8217;intime. Michel de Certeau a bien montr\u00e9 en quoi le quotidien n&#8217;\u00e9tait pas une sc\u00e8ne, un spectacle, mais un champ d&#8217;action, celui-l\u00e0 m\u00eame qu&#8217;a choisi d&#8217;investir le filmeur. Traqu\u00e9e jusque dans son sommeil, accompagn\u00e9e dans les moindres \u00e9volutions de son r\u00e9gime, Fran\u00e7oise Widhoff, la compagne du r\u00e9alisateur, est la premi\u00e8re \u00e0 vivre ponctuellement cette action comme une transgression. Elle qui, \u00e0 peine sortie d&#8217;une s\u00e9ance de radiographie de l&#8217;ut\u00e9rus, sait que Cavalier r\u00eaverait de placer sa cam\u00e9ra \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame de son corps&#8230; Dans cette optique, le film ne cesse de d\u00e9stabiliser l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 de la place de spectateur, happ\u00e9 ici au c\u0153ur de l&#8217;intime, essouffl\u00e9, haletant, actif, toujours dedans, jamais dehors. Le film s&#8217;ach\u00e8ve en un fondu au noir \u00ab pour dire au revoir \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Le d\u00e9sir \u00e0 quatre <\/strong><\/p>\n<p>Autre \u00ab noir \u00bb, secret et profond, autre fa\u00e7on de donner \u00e0 voir les arcanes de l&#8217;intimit\u00e9 et des passages \u00e0 l&#8217;acte qu&#8217;elle induit : Peindre ou faire l&#8217;amour, d&#8217;Arnaud et Jean-Marie Larrieu, qui, entre ses deux verbes, s&#8217;\u00e9toile autour du personnage d&#8217;Adam, un aveugle interpr\u00e9t\u00e9 par Sergi Lopez, mari\u00e9 \u00e0 Eva, sa \u00ab femme invisible \u00bb (Amira Casar) rencontr\u00e9e dans une grotte pr\u00e9historique. Le quotidien amoureux de William (Daniel Auteuil) et Madeleine (Sabine Az\u00e9ma), un couple bourgeois mari\u00e9 depuis longtemps, se voit boulevers\u00e9 le jour o\u00f9 Madeleine, en train de peindre, croise par hasard Adam en pleine nature, au pied du Vercors. Adam n&#8217;attend pas pour lui faire visiter une maison \u00e0 vendre et c&#8217;est autour de cet habitat priv\u00e9 que l&#8217;intrigue se construit, se d\u00e9construit, bondit et rebondit. Une amiti\u00e9 na\u00eet entre les deux couples voisins qui commencent \u00e0 prendre du plaisir \u00e0 d\u00eener ensemble, \u00e0 faire connaissance. Le plaisir devient d\u00e9sir lorsque Eva demande \u00e0 Madeleine de faire son portrait. La jeune femme se d\u00e9nude : \u00ab Il y a tr\u00e8s longtemps que personne ne m&#8217;a vue. \u00bb Le d\u00e9sir se m\u00e9tamorphose en acte quand le quatuor se retrouve \u00e0 vivre sous le m\u00eame toit. Peindre ou faire l&#8217;amour est l&#8217;un des premiers films \u00e0 aborder la question de l&#8217;\u00e9changisme en tant que n\u00e9gation de l&#8217;adult\u00e8re : le d\u00e9sir pour l&#8217;autre s&#8217;\u00e9prouve ici \u00e0 deux, sans culpabilit\u00e9, dans une subtile r\u00e9ciprocit\u00e9 bien illustr\u00e9e par la sc\u00e8ne chorale de l&#8217;\u00e9change des bouquets de fleurs entre Madeleine et William : \u00ab Pour vous et nos amis \u00bb, \u00ab Pour vos amis et vous. \u00bb Les plus beaux moments de ce film, qui d\u00e9laisse un peu trop vite \u00e0 nos yeux le personnage central d&#8217;Adam et se r\u00e9sout sur un mode assez convenu, r\u00e9sident dans une oscillation entre le visible et le cach\u00e9 (les tableaux peints par Madeleine restent tout au long du film invisibles), l&#8217;aveuglement et la lucidit\u00e9 (\u00ab Ce sont des \u00e9changistes et ils sont tr\u00e8s dangereux \u00bb vs \u00ab Ce sont des gens formidables \u00bb). C&#8217;est lors du long noir de cin\u00e9ma (l&#8217;aveugle guidant le couple dans la for\u00eat en pleine nuit), \u00e9cho invers\u00e9 \u00e0 la blancheur de la toile du d\u00e9but, cachette secr\u00e8te du film, que se dissimule toute la profondeur de l&#8217;intimit\u00e9 en jeu.<\/p>\n<p><strong> Liaison dangereuse <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre tout de suite dans l&#8217;intime. Le reste, je m&#8217;en fous \u00bb : c&#8217;est par ces mots que Laurent Kessler (Beno\u00eet Poelvoorde dans un contre-emploi tr\u00e8s r\u00e9ussi) parvient \u00e0 s\u00e9duire Claire Gauthier (Isabelle Carr\u00e9) dans Entre ses mains, thriller intime d&#8217;Anne Fontaine servi par la tr\u00e8s belle lumi\u00e8re (hivernale) du chef-op\u00e9rateur Denis Lenoir. Mari\u00e9e \u00e0 Fabrice (Jonathan Zacca\u00ef), m\u00e8re d&#8217;une petite fille, la jeune femme travaille au service des sinistres d&#8217;une compagnie d&#8217;assurance lilloise. \u00ab Personnalit\u00e9 contrast\u00e9e \u00bb, personnage aussi dr\u00f4le que sombre : convaincu, par exemple, qu&#8217;il serait devenu pyromane s&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 pompier :, Laurent Kessler est v\u00e9t\u00e9rinaire. Liaison (tr\u00e8s) dangereuse faite d&#8217;attirance et d&#8217;effroi, impossible car d&#8217;embl\u00e9e sinistr\u00e9e, leur rencontre est plac\u00e9e sous le signe d&#8217;un d\u00e9g\u00e2t des eaux, objet d&#8217;une discussion en voix off qui rythme le g\u00e9n\u00e9rique d&#8217;ouverture. L&#8217;originalit\u00e9 d&#8217;Entre ses mains est d&#8217;exporter en partie la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre amoureux sur un terrain professionnel, les deux personnages surgissant souvent inopin\u00e9ment sur leur lieu de travail respectif, s&#8217;observant en situation. Voil\u00e0 longtemps qu&#8217;un film fran\u00e7ais n&#8217;avait pas accord\u00e9 une telle attention \u00e0 l&#8217;exercice d&#8217;un m\u00e9tier, \u00e0 la saisie des gestes du quotidien professionnel. Filmant avec gr\u00e2ce la ville de Lille durant la p\u00e9riode de No\u00ebl et les p\u00e9r\u00e9grinations nocturnes de ses deux amoureux, qui s&#8217;aimantent et se repoussent \u00e0 la fois, Anne Fontaine r\u00e9alise l\u00e0 son meilleur film depuis Nettoyage \u00e0 sec (1997).<\/p>\n<p>La peur comme \u00e9trange moteur de l&#8217;intimit\u00e9 sentimentale est aussi le sillon que creuse \u00e0 sa fa\u00e7on Une aventure de Xavier Giannoli, r\u00e9alisateur des Corps impatients, trop poseur ici. Alors qu&#8217;il vit avec C\u00e9cile (Florence Loiret-Caille), narratrice de l&#8217;histoire, Julien (Nicolas Duvauchelle) se laisse hypnotiser par Gabrielle (Ludivine Sagnier), en devenant le spectateur de ses crises de somnambulisme. Jeune m\u00e8re entretenue par un riche amant, Louis (Bruno Todeschini), Gabrielle vit tout pr\u00e8s de chez Julien. La nuit, hors d&#8217;elle, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, violente, elle bat le pav\u00e9, pieds nus, en larmes, devenant une menace pour elle-m\u00eame. Julien est cens\u00e9 voir ce que Gabrielle ignore d&#8217;elle-m\u00eame et c&#8217;est ce pacte, cette envie irr\u00e9sistible qu&#8217;il a d&#8217;\u00eatre le t\u00e9moin de sa violence int\u00e9rieure, des gouffres de son pass\u00e9, qui les liera secr\u00e8tement.<\/p>\n<p>\/Le Filmeur, d&#8217;Alain Cavalier, en salles le 21 septembre\/<\/p>\n<p>\/Peindre ou faire l&#8217;amour, d&#8217;Arnaud et Jean-Marie Larrieu, en salles le 24 ao\u00fbt\/<\/p>\n<p>\/Entre ses mains, d&#8217;Anne Fontaine, en salles le 21 septembre\/<\/p>\n<p>\/Une aventure, de Xavier Giannoli, en salles le 31 ao\u00fbt\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mois-ci, plusieurs films fran\u00e7ais nous parlent des secrets de l&#8217;intimit\u00e9, conjugale, amoureuse, dangereuse&#8230; Intrus, voyeurs ? De la pr\u00e9cision du documentaire \u00e0 la fiction, le couple au quotidien. 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