{"id":2084,"date":"2005-09-01T00:00:00","date_gmt":"2005-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/flexibilite-zero-emploi2084\/"},"modified":"2005-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-31T22:00:00","slug":"flexibilite-zero-emploi2084","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2084","title":{"rendered":"Flexibilit\u00e9 = z\u00e9ro emploi"},"content":{"rendered":"<p>Toutes les politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales \u00ab de l&#8217;emploi \u00bb reposent sur un postulat unique : le ch\u00f4mage n&#8217;existe que parce que le travail n&#8217;est pas une v\u00e9ritable marchandise. Si c&#8217;\u00e9tait le cas, le salaire, consid\u00e9r\u00e9 simplement comme le prix du travail, devrait pouvoir baisser et ajuster l&#8217;offre \u00e0 la demande. Seulement voil\u00e0 : toute une s\u00e9rie de rigidit\u00e9s sur ce \u00ab march\u00e9 \u00bb particulier y font obstacle, qu&#8217;il s&#8217;agisse du salaire minimum, des \u00ab charges \u00bb sociales ou du droit du travail. Et les indemnit\u00e9s trop \u00ab g\u00e9n\u00e9reuses \u00bb allou\u00e9es aux ch\u00f4meurs les encouragent \u00e0 s&#8217;installer dans le \u00ab luxe \u00bb (pour reprendre l&#8217;expression de Michel Bon quand il \u00e9tait pr\u00e9sident de l&#8217;ANPE) de ces \u00ab trappes \u00e0 ch\u00f4mage \u00bb.<\/p>\n<p>Les recettes n\u00e9o-lib\u00e9rales se d\u00e9duisent de ce postulat. Ainsi, Pierre Cahuc et Francis Kramarz proposaient, dans un rapport r\u00e9cent pour Sarkozy et Borloo, de passer \u00ab de la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 la mobilit\u00e9 \u00bb, suivant en cela l&#8217;analyse du ch\u00f4mage d\u00e9velopp\u00e9e par Cahuc, avec Andr\u00e9 Zylberberg, dans leur livre Le Ch\u00f4mage, fatalit\u00e9 ou n\u00e9cessit\u00e9 ? (Flammarion, 2004). Le petit d\u00e9tail est que cette analyse ne r\u00e9ussit pas \u00e0 expliquer la cr\u00e9ation de deux millions d&#8217;emplois entre 1997 et 2001. Si la th\u00e8se des rigidit\u00e9s \u00e9tait juste, alors ces performances exceptionnelles : m\u00eame en tenant compte de la croissance plus soutenue : devraient provenir d&#8217;une plus grande fluidit\u00e9 du march\u00e9 du travail. Or il n&#8217;en a rien \u00e9t\u00e9 : certes, le taux de rotation (demi-somme des entr\u00e9es et sorties sur le march\u00e9 du travail) atteint un point haut comparable \u00e0 la reprise de la fin des ann\u00e9es 1980, mais pour des performances d&#8217;emploi bien meilleures. Et cette rotation plus rapide correspondait pour l&#8217;essentiel \u00e0 des d\u00e9missions de salari\u00e9s qui saisissaient l&#8217;occasion de trouver de meilleures conditions d&#8217;emploi, au d\u00e9sespoir du patronat se lamentant aussit\u00f4t sur les \u00ab p\u00e9nuries d&#8217;emploi \u00bb. En m\u00eame temps, on a pu observer d&#8217;importants recrutements en CDI et une pause dans le recours au temps partiel.<\/p>\n<p>Les choses fonctionnent donc \u00e0 l&#8217;inverse de ce que pensent les experts n\u00e9o-lib\u00e9raux : ce n&#8217;est pas la rotation plus rapide sur le march\u00e9 du travail qui cr\u00e9e des emplois, c&#8217;est au contraire la dynamique de l&#8217;emploi qui acc\u00e9l\u00e8re cette rotation, \u00e0 institutions donn\u00e9es. Le simple bon sens suffirait d&#8217;ailleurs pour mettre en doute ce th\u00e9or\u00e8me curieux selon lequel la libert\u00e9 de licencier et d&#8217;embaucher permettrait de cr\u00e9er des emplois. En r\u00e9alit\u00e9, la formule gagnante au cours de cette \u00ab embellie \u00bb a \u00e9t\u00e9 : stabilisation de la part des salaires, r\u00e9duction du temps de travail, euro faible et politique budg\u00e9taire moins restrictive. L&#8217;\u00e9preuve des faits montre que c&#8217;est en tournant le dos \u00e0 chacun des pr\u00e9ceptes n\u00e9olib\u00e9raux que l&#8217;on a pu am\u00e9liorer la situation de l&#8217;emploi, au moins temporairement.<\/p>\n<p>Au cours de cette m\u00eame p\u00e9riode, le nombre de ch\u00f4meurs a baiss\u00e9 de pr\u00e8s d&#8217;un million. Etait-ce en raison d&#8217;un durcissement des conditions d&#8217;indemnisation ? Evidemment non : des emplois \u00e9taient cr\u00e9\u00e9s et une partie de celles et ceux qui n&#8217;en avaient pas ont pu en trouver un. Et si deux millions d&#8217;emplois n&#8217;ont fait baisser le nombre de ch\u00f4meurs que d&#8217;un million, c&#8217;est parce qu&#8217;un autre million de personnes qui \u00e9taient jusque-l\u00e0 sorties de la population active sont revenues sur le march\u00e9 du travail. Elles n&#8217;\u00e9taient donc pas install\u00e9es dans le \u00ab luxe \u00bb du ch\u00f4mage, mais dans sa fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les lib\u00e9raux ne sont pas des imb\u00e9ciles. Les politiques qu&#8217;ils pr\u00e9conisent ne paraissent absurdes que si l&#8217;on pense que leur objectif est l&#8217;emploi. Comment croire en effet que la fusion du CDD et du CDI en un contrat de travail pr\u00e9caris\u00e9 pourrait en soi cr\u00e9er des emplois ? Aucune des mesures prises par Villepin, qui vont toutes dans ce sens, ne saurait obtenir un tel r\u00e9sultat. En revanche, elles vont d\u00e9grader la situation des salari\u00e9s et des ch\u00f4meurs. Car le ch\u00f4mage a son utilit\u00e9 : il exerce, avec la menace des d\u00e9localisations, une pression conjointe sur les uns et les autres. Les contraintes exerc\u00e9es sur celles et ceux qui n&#8217;ont pas d&#8217;emploi pour qu&#8217;ils acceptent n&#8217;importe quel salaire et n&#8217;importe quel statut conduit \u00e0 d\u00e9grader la condition salariale dans son ensemble. La politique de ce gouvernement n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;une entreprise de d\u00e9construction sociale.<\/p>\n<p>\/*Michel Husson est \u00e9conomiste, membre de la Fondation\/<\/p>\n<p>\/Copernic et du conseil scientifique d&#8217;Attac.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes les politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales \u00ab de l&#8217;emploi \u00bb reposent sur un postulat unique : le ch\u00f4mage n&#8217;existe que parce que le travail n&#8217;est pas une v\u00e9ritable marchandise. Si c&#8217;\u00e9tait le cas, le salaire, consid\u00e9r\u00e9 simplement comme le prix du travail, devrait pouvoir baisser et ajuster l&#8217;offre \u00e0 la demande. 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