{"id":2046,"date":"2000-07-01T00:00:00","date_gmt":"2000-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-sens-des-commemorations2046\/"},"modified":"2000-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-06-30T22:00:00","slug":"le-sens-des-commemorations2046","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2046","title":{"rendered":"Le sens des comm\u00e9morations"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Une qu\u00eate de rep\u00e8res temporels indiscutables dans un monde social instable. <\/p>\n<p>Composantes ordinaires de la vie quotidienne : sans que l&#8217;on en ait forc\u00e9ment conscience : les comm\u00e9morations scandent l&#8217;organisation du temps, m\u00eame quand leur origine s&#8217;est effac\u00e9e de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>La comm\u00e9moration se confond avec l&#8217;anniversaire, dont le rapport au temps est primordial, puisqu&#8217;il entretient le souvenir d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 chaque retour annuel du jour o\u00f9 il s&#8217;est produit. Au niveau le plus proche des individus : l&#8217;histoire familiale : l&#8217;anniversaire des enfants, des parents, des grands-parents, contribue \u00e0 la conscience du &#8220;temps qui passe&#8221; par la c\u00e9l\u00e9bration de la naissance, \u00e9v\u00e9nement fondateur par excellence qui repr\u00e9sente la continuit\u00e9 m\u00eame de la vie. On peut penser que l&#8217;ampleur souvent prise aujourd&#8217;hui par les anniversaires d&#8217;enfants, avec le rituel qui tend \u00e0 les accompagner, a quelque chose \u00e0 voir avec la qu\u00eate de rep\u00e8res temporels indiscutables dans un monde social instable.<\/p>\n<p>Les mots &#8220;anniversaire&#8221; (qualifiant la messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e au jour annuel du d\u00e9c\u00e8s) et &#8220;comm\u00e9moration&#8221; (c\u00e9r\u00e9monie en souvenir d&#8217;un saint ou d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement religieux) sont apparus aux XIIe et XIIIe si\u00e8cles dans le vocabulaire de l&#8217;Eglise catholique. Aussi bien le temps annuel est-il tr\u00e8s largement rythm\u00e9 par le temps comm\u00e9moratif chr\u00e9tien. A commencer par notre num\u00e9ration du temps, de nature comm\u00e9morative puisqu&#8217;elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la date suppos\u00e9e de la naissance du Christ. L&#8217;an 2000 ne l&#8217;est que dans l'&#8221;\u00e8re chr\u00e9tienne&#8221;. Il n&#8217;est pas inutile de le rappeler, tant on lui a attribu\u00e9 une valeur r\u00e9elle et symbolique absolue. F\u00e9ri\u00e9e, la Toussaint, \u00e0 tort tr\u00e8s souvent confondue avec le Jour des morts, c\u00e9l\u00e8bre initialement les saints martyrs de l&#8217;Eglise. No\u00ebl, P\u00e2ques, Ascension, Pentec\u00f4te, Assomption, \u00e9tapes du temps annuel d&#8217;autant plus marquantes qu&#8217;elles sont f\u00e9ri\u00e9es, comm\u00e9morent les anniversaires mythiques des vies du Christ et de la Vierge, telles que l&#8217;enseigne le catholicisme romain. Dans une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s largement d\u00e9christianis\u00e9e, leur sens est aujourd&#8217;hui en grande partie opaque pour un grand nombre de personnes.<\/p>\n<p>Le temps annuel est \u00e9galement scand\u00e9 par des comm\u00e9morations civiles li\u00e9es \u00e0 l&#8217;histoire. Exprimant au d\u00e9part des besoins collectifs de nature diff\u00e9rente, quatre anniversaires s&#8217;inscrivent ainsi dans le d\u00e9roulement officiel du temps r\u00e9publicain. Le 14- Juillet c\u00e9l\u00e8bre la prise de la Bastille comme \u00e9v\u00e9nement fondateur symbolique d&#8217;une France vou\u00e9e \u00e0 la R\u00e9publique. Hommage initial aux luttes des travailleurs am\u00e9ricains, le 1er mai exprime la force et la solidarit\u00e9 ouvri\u00e8res. Son officialisation en &#8220;F\u00eate du Travail&#8221; (et non des &#8220;travailleurs&#8221;) tend \u00e0 l&#8217;inscrire dans un consensus social de c\u00e9l\u00e9bration des vertus dudit travail. Les deux autres anniversaires, 11 novembre et 8 mai, c\u00e9l\u00e8brent la fin des guerres mondiales, signifiant ainsi le poids consid\u00e9rable des deux grands \u00e9v\u00e9nements traumatiques du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Cependant, comme les comm\u00e9morations religieuses, les civiles sont en perte de sens, pour des raisons diverses. Au fil des ans, elles se sont ritualis\u00e9es, du fait des structures de tous ordres qui les organisent (le d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet, le d\u00e9fil\u00e9 du 1er mai, le d\u00e9p\u00f4t de gerbe au monument aux morts). Initialement signe fort de leur fonction civique, leur inscription dans le calendrier des &#8220;f\u00eates l\u00e9gales&#8221; les a banalis\u00e9es. Elles sont affect\u00e9es par les pertes de rep\u00e8res civiques qui touchent l&#8217;ensemble du corps social. Elles subissent la redoutable \u00e9preuve du temps et ne sont plus que des traces de faits irr\u00e9m\u00e9diablement pass\u00e9s, noy\u00e9s dans cette &#8220;nuit des temps&#8221; qui rend finalement le 8 mai 1945 aussi lointain que le 11 novembre 1918, le 14 juillet 1789, la mort de Jeanne d&#8217;Arc en 1431 ou la naissance du Christ voici 2000 ans. Pour que les comm\u00e9morations conservent un sens, il faut qu&#8217;elles soient \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 la construction de motivations fortes, religieuses ou civiques, faute de quoi elles ne constituent plus qu&#8217;un simple d\u00e9coupage du temps annuel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Une qu\u00eate de rep\u00e8res temporels indiscutables dans un monde social instable. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2046","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2046"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2046\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}