{"id":2021,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/annees-702021\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"annees-702021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2021","title":{"rendered":"Ann\u00e9es 70"},"content":{"rendered":"<p>\u00e7a fait une dr\u00f4le d&#8217;impression, de refaire un tour du c\u00f4t\u00e9 des ann\u00e9es 70. Parce que, bizarrement, on a l&#8217;impression que, ces derniers temps, on les recycle, on les parodie, on les ressuscite,nostalgie et fatalit\u00e9 m\u00eal\u00e9es. M\u00eame en musique, \u00e7a se per\u00e7oit&#8230; Nous, \u00e0 l&#8217;aube de ce fameux XXIe si\u00e8cle qu&#8217;on n&#8217;a pas vraiment eu le temps d&#8217;imaginer, on est plut\u00f4t dans l&#8217;inqui\u00e9tude. Entre la mondialisation et la nouvelle \u00e9conomie, on se sent un peu flou, et on aspire \u00e0 retrouver comment penser collectivement un avenir habitable. Dans les ann\u00e9es 70, appara\u00eet le trouble, appara\u00eet le doute : sommes-nous vraiment les ma\u00eetres de notre histoire ? Naviguons-nous vraiment sur la mer du Progr\u00e8s ? Mais., Il y a de la vitalit\u00e9, de l&#8217;invention, de l&#8217;exc\u00e8s, il y a de l&#8217;espoir malgr\u00e9 tout dans le n\u00e9gatif et dans l&#8217;imagination qui se concr\u00e9tisent&#8230;<\/p>\n<p>Dans la rue, le jean fait concurrence \u00e0 la mini, les foulards indiens et la veste afghane sont fr\u00e9n\u00e9tiquement \u00e0 la mode, m\u00eame chez ceux qui n&#8217;ont pas l&#8217;\u00e2me baba. Les soixante-huitards, qu&#8217;on ne qualifie pas encore d&#8217;attard\u00e9s mais qui ont d\u00e9j\u00e0 leur suffixe p\u00e9joratif, se confondent quelque peu avec les hippies, gardarem lou Larzac, communaut\u00e9s diverses, amour libre, \u00e9ducation port\u00e9e sur le respect de d&#8217;enfant. Feu sur toutes les formes d&#8217;autorit\u00e9&#8230; L&#8217;ailleurs est une valeur en soi : on porte des ponchos, on batifole dans la spiritualit\u00e9 indienne ou zen. Manset chante ses pri\u00e8res tordues, Kenzo s&#8217;installe \u00e0 Paris, dans le m\u00eame \u00e9lan on s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la &#8220;culture urbaine&#8221;, celle des exclus, les graffitti du m\u00e9tro new-yorkais sont une oeuvre d&#8217;art, le rap arrive doucement, le &#8220;sportswear&#8221; aussi.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9faites, horreurs, avanc\u00e9es : l&#8217;histoire <\/strong><\/p>\n<p>Dans la rue, il y a aussi beaucoup d&#8217;automobiles. C&#8217;est devenu une n\u00e9cessit\u00e9, et une banalit\u00e9. Du coup, la moto r\u00e9appara\u00eet. Beaubourg surprend. D&#8217;ailleurs, tout surprend. Il y a des accidents tragiques : des avions se crashent : Ermenonville 345 morts :, des usines tuent : Three Miles Island, Seveso :, \u00e0 Glasgow, une tribune s&#8217;effondre lors d&#8217;un match de foot -70 morts, en Turquie la terre tremble, en Chine, un s\u00e9isme tue 500 000 personnes. Tout tremble, en fait : Franco meurt, fin d&#8217;une dictature. Au Portugal, l&#8217;admirable r\u00e9volution des oeillets s&#8217;\u00e9panouit. Le Shah doit enfin partir. Mais au Chili un coup d&#8217;Etat militaire suicide Salvador Allende, en Argentine aussi s&#8217;installe l&#8217;absolue r\u00e9pression. En Allemagne, en Italie, un terrorisme pr\u00e9tendu d&#8217;extr\u00eame gauche permet \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite d&#8217;affoler conjointement le monde, alors que se mettent en place des r\u00e9flexions et des actes, dans plusieurs pays, pour qu&#8217;une gauche unie puisse exercer l\u00e9galement le pouvoir. Sacr\u00e9e \u00e9poque. Toute en tensions et contradictions. C&#8217;est le d\u00e9but de la guerre civile au Liban et en Angola, c&#8217;est le d\u00e9but de Solidarnosc. A Soweto il y a des \u00e9meutes, Idi Amin Dada r\u00e8gne en Ouganda, Bokassa est empereur de Centrafrique, les Sandinistes gagnent au Nicaragua. D\u00e9faites, horreurs, avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Et pendant ce temps, l&#8217;Europe se fait. Le Programme commun s&#8217;affirme. Lip fait gr\u00e8ve et deviendra un symbole. Eddy Merckx est le roi de la petite reine. Le Prix Nobel Soljenitsyne est expuls\u00e9 d&#8217;URSS. Les revendications f\u00e9ministes avancent : l&#8217;avortement n&#8217;est plus ill\u00e9gal en France depuis 75, le divorce par consentement mutuel est enfin possible, l&#8217;Italie en 74 se prononce pour le droit au divorce. Pendant ce temps, l&#8217;Amoco Cadiz provoque une gigantesque mar\u00e9e noire. Brel, Gabin, la Callas sont morts. Le France est devenu le Norway, le Syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en entre en vigueur, et le ch\u00f4mage commence \u00e0 s&#8217;incruster. C&#8217;est dans cette d\u00e9cennie qu&#8217;on conna\u00eet les chocs p\u00e9troliers, la r\u00e9cession, les \u00e9conomies d&#8217;\u00e9nergie, la France qui n&#8217;a pas de p\u00e9trole mais qui a des id\u00e9es, et que surgissent les fanatismes divers, religieux ou politiques : et on commence tous \u00e0 se demander o\u00f9 on va comme \u00e7a et si \u00e7a vaut la peine d&#8217;y aller.<\/p>\n<p>Alors, comme souvent dans les temps contradictoires, comme souvent dans les moments de f\u00ealure, la musique populaire va transcrire \u00e0 sa fa\u00e7on ces vibrations, ces distorsions. C&#8217;est la grande \u00e9poque de Bowie le magnifique, du glam&#8217;rock, mais c&#8217;est \u00e9galement dans ces ann\u00e9es survolt\u00e9es que va resplendir, fugace et d\u00e9finitif, le mouvement punk, que va s&#8217;imposer la disco, que le reggae gagne le monde. Et dans cette simple \u00e9num\u00e9ration, se retrouvent les r\u00eaves, les chagrins, les aspirations, les rejets de cet \u00e2ge-l\u00e0, avec lequel on discute toujours.Ce que Bowie repr\u00e9sente, c&#8217;est, au fond, l&#8217;exil\u00e9, l&#8217;inclassable, le marginalis\u00e9 : l&#8217;androgynie jou\u00e9e, les paillettes, le maquillage, sur fond de guitares survolt\u00e9es et de rythmique implacable, ce n&#8217;est que le signe de cette position-l\u00e0, de ce d\u00e9calage-l\u00e0 : il y a un malaise, comment vit-on quand on r\u00eave d&#8217;un monde diff\u00e9rent ?<\/p>\n<p>Les punks, eux, vont aller encore plus loin. Bowie a fait scandale, avec ses robes, avec son ambigu\u00eft\u00e9 revendiqu\u00e9e, avec ses jeux de r\u00f4le. Les punks font carr\u00e9ment une \u00e9meute. Ils d\u00e9boulent comme des sauvages, refusent de se faire beaux, se d\u00e9chirent de partout, dedans, dehors et clament qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;avenir. Ce fut splendide. Les Sex Pistols scandent un God Save the Queen qui est illico interdit, mettent en pi\u00e8ces le rock, pour que n&#8217;y r\u00e9sonne plus que le d\u00e9sordre.<\/p>\n<p><strong> Glam&#8217;rock, punk, disco, reggae&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Du coup, le rock se reprend un coup de jeune, \u00e7a dissonne, \u00e7a d\u00e9tone, et toute une jeunesse s&#8217;y retrouve, qui ne reconna\u00eet comme sien que le sentiment d&#8217;exclusion d&#8217;un monde qui n&#8217;a pas de place autre que celle du consommateur. Les punks se veulent laids, infr\u00e9quentables, anti-hippies, o\u00f9 elle est, l&#8217;harmonie, o\u00f9 il est, l&#8217;amour, avec le Clash, la r\u00e9volte s&#8217;enracine politique, apr\u00e8s eux rien n&#8217;est plus pareil, le rock a retrouv\u00e9 sa violence, sa fragilit\u00e9. Peu importe qu&#8217;ils soient tr\u00e8s vite \u00e0 la mode, et que des l\u00e9gions de punks bien proprets se fassent h\u00e9risser les cheveux chez des coiffeurs sp\u00e9cialis\u00e9s, la temp\u00eate a eu lieu.<\/p>\n<p>Soit dit en passant cette radicalit\u00e9-l\u00e0 permettra d&#8217;entendre des voix inou\u00efes, des voix d&#8217;op\u00e9ra des nerfs, comme celle de John Lydon, ex Johnny Rotten, Sex Pistols, c&#8217;est fou ce qu&#8217;elle nous manque, aujourd&#8217;hui. Passons. A l&#8217;oppos\u00e9 du punk, et tr\u00e8s exactement en m\u00eame temps, va s&#8217;\u00e9pandre la disco. 77, c&#8217;est les Sex Pistols et c&#8217;est la fi\u00e8vre du samedi soir. Tr\u00e8s, tr\u00e8s caract\u00e9ristique du temps. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, la rage, quasi situationniste, ce monde nous arnaque, quoi qu&#8217;on fasse, il le vend, de l&#8217;autre, la danse en bo\u00eete, night clubbing et flirt, la nuit est sexy et la musique noire aussi, surtout quand on la blanchit&#8230; 25 millions d&#8217;albums vendus pour les Bee Gees, Vive le plaisir et qu&#8217;on s&#8217;\u00e9clate. Etonnant. Le rock se r\u00e9invente, dans une vaste d\u00e9molition, la soul se mondialise, bien ab\u00eatie et simplifi\u00e9e et techno-puls\u00e9e. Elle est o\u00f9, la r\u00e9volution ? On se la fait, disent les punks. La quoi ? dit la disco. Tais-toi et danse. Bien.<\/p>\n<p>Et comme rien n&#8217;est jamais simple, c&#8217;est bien s\u00fbr \u00e0 ce moment- l\u00e0 que le reggae fait conna\u00eetre le mouvement rasta \u00e0 des gens qui n&#8217;auraient pas vraiment su situer rapidement la Jama\u00efque ou l&#8217;Ethiopie. Formidable. Le reggae, \u00e7a danse, et \u00e7a invite \u00e0 l&#8217;insurrection. Pour la dignit\u00e9, pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Combat spirituel et combat de rue. Compliqu\u00e9, le reggae. C&#8217;est irr\u00e9sistible, on est oblig\u00e9 de bouger, c&#8217;est cool. La marijuana n&#8217;est pas l&#8217;h\u00e9ro\u00efne, mais c&#8217;est violent par en dessous, la pri\u00e8re est arm\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Lyrisme, subversion, insolence&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Evidemment, une p\u00e9riode aussi \u00e9tincelante, aussi excitante, aussi \u00e9nervante, c&#8217;est rare. D&#8217;autant qu&#8217;on peut y rajouter les h\u00e9ros qui continuent. Lennon, Lou Reed, les Stones, tous, et qu&#8217;on doit souligner que le hard rock s&#8217;y d\u00e9ploie, cuir et solo de guitares, satanisme et blagues potaches, c\u00e9r\u00e9monies et harc\u00e8lement sonore. &#8220;Ex fan des sixties, petite baby doll&#8221;, ne pleure pas, les seventies sont fabuleuses. Le lyrisme, la subversion, l&#8217;insolence des d\u00e9sirs des ann\u00e9es 60 sont l\u00e0, d\u00e9ploy\u00e9s, confront\u00e9s \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9cevante qui propose de faire la f\u00eate sous les spots pour oublier, qui impose aussi de chercher \u00e0 la changer si on veut rester vraiment vivant. C&#8217;est beau. C&#8217;est beau, le punk. Et Bowie. Et le reggae. Et \u00e7a va redonner une vitalit\u00e9 incroyable \u00e0 la musique populaire, des Talking Heads \u00e0 Isaac Hayes. Entre (tr\u00e8s) nombreux autres. Inoubliable : on se bat. Par la musique. On s&#8217;affirme, on s&#8217;affiche, on refuse, on d\u00e9sire. Margaret Thatcher est premier ministre. Les mines ferment. I will survive, chante Gloria Gaynor. Bon : on verra comment le mois prochain. De la disco \u00e0 la techno. Du programme commun \u00e0 Maastricht. Comme dira bient\u00f4t Bashung, c&#8217;est comment qu&#8217;on freine : toujours sur, la ligne blanche&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e7a fait une dr\u00f4le d&#8217;impression, de refaire un tour du c\u00f4t\u00e9 des ann\u00e9es 70. Parce que, bizarrement, on a l&#8217;impression que, ces derniers temps, on les recycle, on les parodie, on les ressuscite,nostalgie et fatalit\u00e9 m\u00eal\u00e9es. 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