{"id":2014,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/social-democratie-des-resultats-en2014\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"social-democratie-des-resultats-en2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2014","title":{"rendered":"Social- d\u00e9mocratie des r\u00e9sultats en dents de scie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> C&#8217;est sous le double constat, issu de r\u00e9sultats \u00e9lectoraux nationaux mais aussi europ\u00e9ens, que se lit d\u00e9sormais l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 des partis se r\u00e9clamant du courant r\u00e9formiste. Objet d&#8217;une recomposition politique qui se cherche dans la douleur, celle d&#8217;un social-lib\u00e9ralisme europ\u00e9en aux ambitions encore non f\u00e9d\u00e9r\u00e9es. <\/p>\n<p>A situations \u00e9lectorales contrast\u00e9es, r\u00e9ponses nationales, certes. Mais c&#8217;est du point de vue id\u00e9ologique et politique qu&#8217;il faut sans doute revenir sur les raisons de ces r\u00e9sultats en &#8220;dents de scie&#8221;. Des r\u00e9sultats qui ne conduisent pas \u00e0 conclure, loin de l\u00e0, \u00e0 un quelconque d\u00e9clin de la social-d\u00e9mocratie mais invitent \u00e0 cerner les difficult\u00e9s qu&#8217;elle rencontre \u00e0 choisir les termes d&#8217;un r\u00e9formisme d&#8217;un genre nouveau. L&#8217;activit\u00e9 politique tous azimuts d&#8217;un Tony Blair est significative de ces louvoiements. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 il tente de poser, avec l&#8217;allemand Gerhard Schr\u00f6der, de la famille social-d\u00e9mocrate traditionnelle, les rails d&#8217;une &#8220;troisi\u00e8me voie&#8221;&#8230; Puis de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il affiche, au sommet de Lisbonne ses bonnes relations avec le conservateur Aznar, ou encore, avec Bill Clinton et Romano Prodi, s&#8217;essayant \u00e0 fonder une &#8220;internationale&#8221; centriste. Les \u00e9cueils du r\u00e9formisme contemporain sont visibles : les partis sociaux-d\u00e9mocrates au pouvoir dans les pays europ\u00e9ens doivent ajuster des projets de &#8220;r\u00e9forme&#8221;, certes, mais aux contenus modifi\u00e9s, en composant avec les imp\u00e9ratifs du march\u00e9, tout en tenant compte des modifications sociologiques importantes de leur \u00e9lectorat traditionnel.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9formisme, confluences et controverses <\/strong><\/p>\n<p>On est loin en effet, du temps : d\u00e9but du si\u00e8cle : o\u00f9 l&#8217;\u00e9mergence de ces partis, ancr\u00e9s dans une base populaire large, effrayaient les pouvoirs en place. Loin du temps \u00e9galement o\u00f9 les d\u00e9bats sur &#8220;plus ou moins de marxisme&#8221; les cantonnaient au r\u00f4le d&#8217;opposants. L&#8217;esprit de r\u00e9forme s&#8217;impose d\u00e9sormais aux partis socialistes-m\u00eames qui se r\u00e9clament tous du r\u00e9formisme, par un rapprochement pour lequel la concr\u00e9tisation de la construction europ\u00e9enne n&#8217;est pas \u00e9trang\u00e8re. Celle-ci a manifestement contribu\u00e9 \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer et diffuser le mouvement (1).Pour autant, les controverses internes sont loin d&#8217;\u00eatre closes. &#8220;Si le triomphe du r\u00e9formisme semble total, l&#8217;impression est fallacieuse pour deux raisons au moins : d&#8217;abord, parce qu&#8217;il suscite de vifs d\u00e9bats parmi les sociaux-d\u00e9mocrates. Ensuite, parce qu&#8217;au moment pr\u00e9cis o\u00f9 les acteurs politiques ne cessent de se r\u00e9f\u00e9rer au r\u00e9formisme, celui-ci est entr\u00e9 dans une crise profonde dont il faut mesurer la port\u00e9e&#8221; (2).<\/p>\n<p><strong> SPD en convalescence \u00e9lectorale et crise du syndicalisme <\/strong><\/p>\n<p>Sous l&#8217;apparente tranquillit\u00e9 dont b\u00e9n\u00e9ficie actuellement le SPD, Heinz Bierbaum ne voit qu&#8217;un r\u00e9pit (3) : &#8220;Il est certain que les mauvais r\u00e9sultats aux derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales ne laissent pas le SPD serein et il ne faudrait pas se penser sorti d&#8217;affaires apr\u00e8s les succ\u00e8s r\u00e9cents dans le Schleswig-Holstein et en Rh\u00e9nanie-Nord-Westphalie. Ceux-ci tiennent beaucoup \u00e0 la crise qui secoue la CDU&#8221;. Un SPD en &#8220;convalescence \u00e9lectorale&#8221;, qui vit en profondeur les changements de contenus des programmes de r\u00e9formes : &#8220;La politique dite de \u00abmodernisation\u00bb du chancelier semble non seulement superficielle \u00e0 ses \u00e9lecteurs habituels mais \u00e9galement bien \u00e9loign\u00e9e des valeurs fondamentales de la social-d\u00e9mocratie&#8221;. Une crise qui ne s&#8217;arr\u00eate pas au parti politique puisqu&#8217;elle touche \u00e9galement le traditionnel partenaire dans la cogestion, le syndicalisme, &#8220;dont la base s&#8217;effrite. Or, avec un processus \u00e0 la Blair-Schr\u00f6der, on s&#8217;\u00e9loigne de la base, on perd en capacit\u00e9 politique, sans gagner sur d&#8217;autres domaines d\u00e9cisifs. Schr\u00f6der l&#8217;a d&#8217;ailleurs imm\u00e9diatement pay\u00e9 cher (4)&#8221;. Comme le sugg\u00e8re la sagesse populaire, il faudrait bien se m\u00e9fier de l&#8217;eau qui dort. Et de conclure : &#8220;Il manque \u00e0 la social-d\u00e9mocratie un concept politique convainquant. C&#8217;est son principal probl\u00e8me.&#8221;<\/p>\n<p>En bref, en Allemagne comme dans les autres pays europ\u00e9ens, le paradoxe r\u00e9side dans ce que de bons r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, ou de bons potentiels, ne peuvent dissimuler la persistance d&#8217;une h\u00e9g\u00e9monie conservatrice et n\u00e9o-lib\u00e9rale en Europe. Aust\u00e9rit\u00e9, coupes dans les d\u00e9penses publiques, hausse de la pression fiscale, privatisations, en se droitisant, la gauche social-d\u00e9mocrate est entr\u00e9e dans&#8230; le rouge et le projet socialiste conna\u00eet effectivement quelques rat\u00e9s.Malgr\u00e9 le sommet de l&#8217;Europe rose, en janvier 1999, \u00e0 Milan, au cours duquel avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 un Manifeste commun, soulignant les convergences, le projet r\u00e9formiste europ\u00e9en commun n&#8217;a pas vu le jour. Bien au contraire. Quelques mois plus tard, deux p\u00f4les se constituaient, dont les diff\u00e9rences ne sont pas seulement visibles dans les gestions nationales. Toutes les rencontres europ\u00e9ennes en portent d\u00e9sormais la marque. Il y aurait d\u00e9sormais, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, un mod\u00e8le \u00e0 la fran\u00e7aise, et d&#8217;un autre, un autre, voire d&#8217;autres mod\u00e8les. Mais le(s) quel(s) ?<\/p>\n<p><strong> Lisbonne, marche-arri\u00e8re sous la houlette du couple Aznar-Blair <\/strong><\/p>\n<p>Sur le plan national, l&#8217;exp\u00e9rience fran\u00e7aise des 35 heures, aussi perfectible soit-elle, sera rest\u00e9e lettre morte pour nos voisins, ce qui incite \u00e0 parler du &#8220;cas fran\u00e7ais&#8221;. Sur le plan europ\u00e9en, apr\u00e8s P\u00f6rtschach, Luxembourg, o\u00f9 des objectifs chiffr\u00e9s de cr\u00e9ations d&#8217;emplois avec obligation de r\u00e9sultats avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis, \u00e0 l&#8217;initiative fran\u00e7aise, Lisbonne fait machine arri\u00e8re, sous la houlette du couple Aznar-Blair. Un rapprochement que n&#8217;a pas manqu\u00e9 de critiquer Jacques Delors quand il se r\u00e9duit \u00e0 un &#8220;slogan, \u00abLib\u00e9rons les activit\u00e9s et les individus pour qu&#8217;ils puissent cr\u00e9er\u00bb, mais c&#8217;est tout&#8221;. Une h\u00e9r\u00e9sie doctrinaire, selon lui, au moment o\u00f9 tout le monde parle de &#8220;trouver un nouveau compromis entre le march\u00e9 et les r\u00e9gulations par la loi et par les interventions des institutions publiques&#8221;. Nouvelle l\u00e9zarde dans l&#8217;\u00e9difice social-d\u00e9mocrate europ\u00e9en.<\/p>\n<p>La conversion au &#8220;r\u00e9alisme&#8221;, les tentatives de fondation d&#8217;un centre radical et r\u00e9formateur, la substitution du workfare au welfare state (5), toute cette philosophie g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;une &#8220;troisi\u00e8me voie&#8221; aurait-elle de beaux jours devant elle, en tant que &#8220;proposition la plus stimulante qui ait \u00e9t\u00e9 faite pour une synth\u00e8se entre responsabilit\u00e9 collective et responsabilit\u00e9 individuelle&#8221; (6). Pour l&#8217;instant, elle g\u00e9n\u00e8re quelques contradictions qui d\u00e9boussolent r\u00e9guli\u00e8rement l&#8217;\u00e9lectorat, national ou europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Car les partis sociaux-d\u00e9mocrates ne sont pas que des &#8220;machines&#8221; \u00e9lectorales. Ils ont aussi leur histoire, leur culture politique. M\u00eame si leur centre de gravit\u00e9 \u00e9lectorale s&#8217;est d\u00e9plac\u00e9, si leur \u00e9rosion parmi les jeunes et dans les classes populaires s&#8217;est confirm\u00e9e, ils demeurent redevables d&#8217;une certaine id\u00e9e de la politique. Or, il se trouve que, bas\u00e9 sur le compromis avec le syndicalisme, l&#8217;Etat-providence, une \u00e9conomie de r\u00e9gulation, le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate traverse avec difficult\u00e9 ce changement d&#8217;\u00e9poque, celle de la mondialisation capitaliste, \u00e0 haute plus-value financi\u00e8re et sp\u00e9culative : et de plus en plus d\u00e9savou\u00e9e. Les social-d\u00e9mocraties se heurtent chacune \u00e0 leur mani\u00e8re \u00e0 divers obstacles historiques tout en ayant devant elles le chantier d&#8217;un progressisme nouveau \u00e0 inventer.<\/p>\n<p><strong> Lisibilit\u00e9 politique brouill\u00e9e pour une partie de l&#8217;\u00e9lectorat <\/strong><\/p>\n<p>A quoi tiennent, d\u00e8s lors, les difficult\u00e9s de ces partis : dont l&#8217;abstention n&#8217;est pas la moindre : aux \u00e9lections nationales ou europ\u00e9ennes ? A des particularismes nationaux sans doute, mais surtout \u00e0 une crise identitaire du mod\u00e8le r\u00e9formiste contemporain dont la lisibilit\u00e9 politique demeure brouill\u00e9e pour une partie de l&#8217;\u00e9lectorat. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la tentation social-lib\u00e9rale de ces forces g\u00eane la construction d&#8217;une alternative progressiste claire \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon local, comme dans sa dimension europ\u00e9enne. Faut-il renoncer \u00e0 celle-ci ou consid\u00e9rer qu&#8217;elle rend d&#8217;autant plus urgentes, avant toute chose, des convergences de travail sur des points sensibles, comme la d\u00e9mocratisation des institutions europ\u00e9ennes et des avanc\u00e9es sociales, en mati\u00e8re de droits, qu&#8217;attendent les opinions publiques ?On le voit : les sociaux-d\u00e9mocrates multiplient les initiatives, changeant de champs \u00e0 l&#8217;occasion : la proposition r\u00e9cente d&#8217;Europe f\u00e9d\u00e9rale des Allemands Schr\u00f6der et Fischer entre dans cette cat\u00e9gorie. Qui a int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&#8217;y pr\u00e9cipiter ? Compte-tenu des contradictions \u00e9videntes de la situation, la voie n&#8217;est-elle pas plut\u00f4t ouverte \u00e0 des initiatives audacieuses de r\u00e9formes qui sortiraient l&#8217;Europe du dilemme : social-lib\u00e9ralisme ou lib\u00e9ralisme tout court ?<\/p>\n<p>1. Alain Bergougnioux, in Vingti\u00e8me si\u00e8cle, revue d&#8217;histoire, janvier-mars 2000.<\/p>\n<p>2. Marc Lazar, la Gauche en Europe, Seuil. <\/p>\n<p>3. Directeur de Info-Institut intervenant dans la rencontre europ\u00e9enne du s\u00e9nat, les 7 et 8 mai, organis\u00e9e par Espaces marx et le cercle Condorcet, bierbaum@info-htw.uni-sb.de<\/p>\n<p>4. Regards, Juillet 1999.<\/p>\n<p>5. Viviane Forrester, Une \u00e9trange dictature, Editions Fayard<\/p>\n<p>6. Jacques Delors, le Monde du 3 mai<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> C&#8217;est sous le double constat, issu de r\u00e9sultats \u00e9lectoraux nationaux mais aussi europ\u00e9ens, que se lit d\u00e9sormais l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 des partis se r\u00e9clamant du courant r\u00e9formiste. 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