{"id":2012,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/societe-civile-les-femmes-contre2012\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"societe-civile-les-femmes-contre2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2012","title":{"rendered":"Soci\u00e9t\u00e9 civile : les femmes contre les tabous"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En mars, le projet gouvernemental marocain de modernisation du statut des femmes provoquait deux marches \u00e0 l&#8217;appel des associations de femmes. L&#8217;une pour, \u00e0 Rabat, l&#8217;autre proche des fondamentalistes, \u00e0 Casablanca. Espoirs. <\/p>\n<p>Le Maroc n&#8217;a pas attendu le nouveau roi pour commencer \u00e0 se transformer en profondeur. Notamment sous l&#8217;influence d&#8217;une poign\u00e9e de femmes fondatrices d&#8217;associations nouvelles, la soci\u00e9t\u00e9 civile marocaine, h\u00e9riti\u00e8re des luttes d&#8217;extr\u00eame gauche que r\u00e9prima Hassan II dans les ann\u00e9es 70 et 80, a entrepris depuis quinze ans d\u00e9j\u00e0 d&#8217;affronter les grands tabous de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n<p>Elles sont des f\u00e9ministes historiques, anciennes militantes gauchistes, universitaires, ou encore des femmes simplement n\u00e9es \u00e0 la vie publique avec les associations. Les unes exercent une profession, les autres sont femmes au foyer. Ensemble, elles investissent la rue, conqui\u00e8rent l&#8217;espace public. Depuis une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es, elles ont mont\u00e9 des associations originales qui ont marqu\u00e9 de leur empreinte le d\u00e9bat public et les mentalit\u00e9s. Ainsi l&#8217;Association de lutte contre le sida (ALCS), cr\u00e9\u00e9e en 1988 par deux femmes m\u00e9decins, a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re association se consacrant \u00e0 cette maladie dans tout le monde arabo-musulman : avec une sp\u00e9cificit\u00e9 audacieuse qui demeure : c&#8217;est la seule qui r\u00e9unit des professionnels de la sant\u00e9, des s\u00e9ropositifs et des militants pour un travail de proximit\u00e9 syst\u00e9matique : d\u00e9pistage anonyme et gratuit, assistance aux malades, distribution de m\u00e9dicaments, campagnes d&#8217;information et de pr\u00e9vention dans des lieux scolaires et publics et parmi les prostitu\u00e9-e-s. L&#8217;association Bayti, fond\u00e9e en 1996 par une autre femme m\u00e9decin, se bat pour la r\u00e9insertion sociale des enfants des rues, dont l&#8217;existence d\u00e9monte cruellement le mythe de la famille musulmane stable et solidaire : l&#8217;histoire de ces gamins, abandonn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames entre squatts, prostitution et drogue, d\u00e9nonce en effet souvent la violence, l&#8217;exploitation et l&#8217;inceste au sein des familles.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;association Solidarit\u00e9 f\u00e9minine, la plus ancienne, fond\u00e9e en 1985 et compos\u00e9e exclusivement de femmes, elle a entrepris de donner assistance et formation professionnelle aux filles-m\u00e8res, un sujet sensible entre tous ! &#8220;Ces femmes accomplissent un travail de fond radicalement nouveau dans le champ associatif&#8221;, s&#8217;\u00e9meut Le\u00efla Shaouni, patronne des \u00e9ditions Le Fennec. &#8220;Les associations qu&#8217;elles cr\u00e9ent et animent ne pr\u00f4nent pas la charit\u00e9 mais l&#8217;insertion sociale et la prise en charge de l&#8217;individu par lui-m\u00eame. De plus, ces associations-l\u00e0 sont certainement les seuls endroits au Maroc o\u00f9 des gens de classes sociales diff\u00e9rentes collaborent sur des objectifs communs.&#8221;<\/p>\n<p>Les associations, qui existaient d\u00e9j\u00e0 au Maroc sous le protectorat fran\u00e7ais, en conformit\u00e9 avec la loi fran\u00e7aise de 1901, seraient aujourd&#8217;hui entre 17 000 et 30 000. Apr\u00e8s l&#8217;Ind\u00e9pendance, deux types d&#8217;associations se sont d&#8217;abord multipli\u00e9es au Maroc : des associations servant de relais aux partis, et des associations caritatives conservatrices. Puis, dans les ann\u00e9es 80, elles se sont diversifi\u00e9es, soit porteuses de revendications culturelles comme la d\u00e9fense de la langue berb\u00e8re, soit d\u00e9fendant les droits de l&#8217;Homme et servant de refuge aux anciens militants d&#8217;extr\u00eame gauche lamin\u00e9s par la r\u00e9pression. &#8220;La plupart de ces associations restent encore souvent domin\u00e9es par les hommes car elles touchent \u00e0 la politique&#8221; commente Kamal Lahbib, ancien militant d&#8217;extr\u00eame gauche qui a contribu\u00e9 \u00e0 commencer la mise en r\u00e9seau des associations marocaines.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;endroit o\u00f9 des gens de classes sociales diff\u00e9rentes collaborent <\/strong><\/p>\n<p>Les femmes des associations nouvelles ont d\u00e9cid\u00e9, elles, d&#8217;aider en urgence les populations les plus fragiles. Ce qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9mission, dans une certaine mesure, du f\u00e9minisme marocain face \u00e0 son r\u00f4le politique, est aussi la prise en compte d&#8217;un \u00e9tat d&#8217;urgence : l&#8217;\u00e9cart grandit entre riches et pauvres.<\/p>\n<p>Les associations fondamentalistes montent en silence leurs propres r\u00e9seaux d&#8217;influence dans les quartiers, tandis que la soci\u00e9t\u00e9 marocaine se crispe, dans la crise, sur des valeurs religieuses immuables, souvenir vivace et surfait des luttes anticoloniales, lorsque l&#8217;islam \u00e9tait synonyme de patriotisme. Dans ce contexte difficile, Solidarit\u00e9 f\u00e9minine, Bayti ou l&#8217;ALCS ont non seulement r\u00e9ussi \u00e0 susciter des associations soeurs \u00e0 travers tout le pays, mais ont su avant tout gagner le coeur des m\u00e9dias, et avec lui, celui d&#8217;une majeure partie de la population marocaine, dans ce pays o\u00f9 les antennes paraboliques, qui fleurissent m\u00eame au-dessus des bidonvilles, permettent de toucher en profondeur une soci\u00e9t\u00e9 majoritairement analphab\u00e8te. Pourtant, la m\u00e9diatisation est \u00e0 double tranchant : les associations incarnent aussi la bonne conscience nationale. Et si la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des dons priv\u00e9s t\u00e9moigne, au-del\u00e0 d&#8217;un sens de la charit\u00e9 propre au monde musulman, d&#8217;une sensibilit\u00e9 r\u00e9elle aux probl\u00e8mes soulev\u00e9s, les familles marocaines se montrent moins ouvertes quand elles sont directement concern\u00e9es&#8230; Quant aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es bien apr\u00e8s l&#8217;Ind\u00e9pendance : et les premi\u00e8res malmen\u00e9es, avec ou sans dipl\u00f4me, par le ch\u00f4mage, elles pr\u00e9f\u00e8rent souvent r\u00eaver \u00e0 un visa pour l&#8217;Occident plut\u00f4t que s&#8217;investir dans la lutte.<\/p>\n<p><strong> Violence conjugale : quand les juges sont des hommes <\/strong><\/p>\n<p>Dans le sillage de ces associations, les f\u00e9ministes marocaines, quant \u00e0 elles, historiquement divis\u00e9es par leurs appartenances politiques divergentes, ont amorc\u00e9 une nouvelle \u00e9tape dans leur combat : hors du champ proprement politique, elles se sont unies pour mettre sur pied en 1995 un Centre d&#8217;\u00e9coute pour les femmes victimes de violence, en d\u00e9pit de l&#8217;absolu secret qui p\u00e8se traditionnellement sur la vie familiale. L&#8217;avocate Fatima Fazazi raconte : &#8220;Je conseille les femmes et les aide \u00e9ventuellement \u00e0 entamer un proc\u00e8s. Mais en dehors de mon b\u00e9n\u00e9volat au centre, je refuse, dans le cadre professionnel de mon cabinet, les dossiers de violence conjugale. Les proc\u00e8s sont si difficiles \u00e0 gagner dans ce pays o\u00f9 les juges sont des hommes, : et o\u00f9 il faut par ailleurs apporter la preuve de violence en faisant compara\u00eetre douze t\u00e9moins hommes&#8230; ou alors le double de femmes ! Je n&#8217;en peux plus de porter la culpabilit\u00e9 de mes proc\u00e8s perdus.&#8221;Le long projet de loi transformant radicalement le statut de la femme et sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, projet qui tra\u00eene depuis deux ans en d\u00e9pit des promesses du Premier socialiste Abderrahmane Youssoufi, pourrait-il aboutir aujourd&#8217;hui gr\u00e2ce au nouveau roi ? C&#8217;est du moins l&#8217;espoir de toute une fraction du pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En mars, le projet gouvernemental marocain de modernisation du statut des femmes provoquait deux marches \u00e0 l&#8217;appel des associations de femmes. L&#8217;une pour, \u00e0 Rabat, l&#8217;autre proche des fondamentalistes, \u00e0 Casablanca. 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