{"id":2002,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/de-la-propriete-selon-jaures2002\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"de-la-propriete-selon-jaures2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2002","title":{"rendered":"De la propri\u00e9t\u00e9 selon Jaur\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> S&#8217;il est devenu une mani\u00e8re de monument national, Jaur\u00e8s, dont les statues dress\u00e9es en place publiques continuent assez r\u00e9guli\u00e8rement d&#8217;\u00eatre souill\u00e9es, ne fut jamais un &#8220;socialiste convenable&#8221;. <\/p>\n<p>Non, Jaur\u00e8s n&#8217;est pas Proudhon, d&#8217;ailleurs tr\u00e8s sup\u00e9rieur \u00e0 cette formule fameuse : &#8220;la propri\u00e9t\u00e9, c&#8217;est le vol !&#8221; Non, Jaur\u00e8s n&#8217;est pas Ravachol qui monte \u00e0 l&#8217;\u00e9chafaud le 11 juillet 1892 en chantant : &#8220;Si tu veux \u00eatre heureux, nom de Dieu, pends ton propri\u00e9taire.&#8221; Mais il n&#8217;est pas non plus un humaniste b\u00ealant, un qui souhaitait la paix : qui ne la souhaite pas ? : comme on dit aujourd&#8217;hui dans les salons o\u00f9 on regrette qu&#8217;\u00e0 la suite d&#8217;un malentendu entre deux patriotes, il ait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 31 juillet 1914. Et, s&#8217;il est devenu une mani\u00e8re de monument national, lui, dont les statues dress\u00e9es en place publiques continuent assez r\u00e9guli\u00e8rement d&#8217;\u00eatre souill\u00e9es, il ne fut jamais un &#8220;socialiste convenable&#8221;.Inconvenant au contraire, ce Jean Jaur\u00e8s. A l&#8217;\u00e9cart du temps, parfois. Et, savant en avance sur notre temps : voyez les batailles qu&#8217;il m\u00e8ne en faveur des retraites &#8220;ouvri\u00e8res et paysannes&#8221;, ou les arguments qu&#8217;il d\u00e9veloppe pour la diminution du temps de travail. En avance aussi quand il nous oblige \u00e0 confronter \u00e0 l&#8217;universalit\u00e9 des droits la diversit\u00e9 des cultures, au temps du colonialisme triomphant.<\/p>\n<p>Ces quelques lignes n&#8217;ont pas pour but de rappeler ces \u00e9vidences auxquelles la publication en dix-huit volumes de ses oeuvres, tr\u00e8s incompl\u00e8tes, apportera la charge documentaire indispensable. Je voudrais seulement \u00e9voquer, tr\u00e8s bri\u00e8vement, la place, centrale dans sa pens\u00e9e, de la question de la propri\u00e9t\u00e9 et les \u00e9tapes qui le conduisent au collectivisme. Un concept forg\u00e9 par le socialisme avant lui, mais dont il a fait l&#8217;horizon de sa vie.<\/p>\n<p>S&#8217;en r\u00e9clamer aujourd&#8217;hui, fi donc ! Pas de fa\u00e7on plus s\u00fbre d&#8217;\u00eatre catalogu\u00e9 ringard, ce qui ne fait jamais plaisir. Or, il s&#8217;agit, pour Jaur\u00e8s, de ce \u00e0 l&#8217;aune de quoi toute r\u00e9forme, la plus menue soit- elle, doit \u00eatre mesur\u00e9e : nous rapproche-t-elle au moins de la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production ?Un des objectifs des OEuvres, c&#8217;est justement de faire comprendre l&#8217;histoire de cette conviction. C&#8217;est aussi de nous int\u00e9resser aujourd&#8217;hui \u00e0 la fois au moment, contingent, que nous vivons et \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 du capitalisme, objet de nos analyses ; et c&#8217;est de r\u00e9pondre aux nouvelles variations que l&#8217;on nous joue aujourd&#8217;hui sur l&#8217;air : et l&#8217;\u00e8re, excusez ce jeu de mots : du capital : pardon d&#8217;\u00e9voquer sa p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Alors Jaur\u00e8s ? Un pr\u00e9alable <\/strong><\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas de ceux que tourmentent les conceptions dites &#8220;jus naturalistes&#8221;. Historien, d\u00e8s qu&#8217;il s&#8217;agit des hommes, plus proche de Rousseau que John Locke, il ne se r\u00e9f\u00e8re que rarement \u00e0 l&#8217;\u00e9num\u00e9ration des droits \u00e9nonc\u00e9s en 1789. A vrai dire un d&#8217;entre eux est, \u00e0 ses yeux, fondamental : la libert\u00e9 car elle induit l&#8217;\u00e9mancipation et l&#8217;exaltation possible de l&#8217;\u00eatre en chaque individu. S&#8217;agissant de la propri\u00e9t\u00e9, son rousseauisme \u00e9clate : elle d\u00e9coule du pacte social ; c&#8217;est \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que revient le droit de l&#8217;organiser ; \u00e0 la loi et donc aux citoyens qui la produisent, d&#8217;en fixer les limites changeantes. Bref, ce qui l&#8217;int\u00e9resse ce sont les &#8220;droits de l&#8217;Homme en soci\u00e9t\u00e9&#8221;, comme le disait aussi bien Robespierre que Vergniaud lors des d\u00e9bats qui pr\u00e9lud\u00e8rent \u00e0 la deuxi\u00e8me D\u00e9claration des droits : celle de 1793, celle de la R\u00e9publique.Le r\u00e8gne de la loi d\u00e9finit donc les limites du droit dit naturel : la propri\u00e9t\u00e9 n&#8217;est pas inalt\u00e9rable, l&#8217;imprescribilit\u00e9 est r\u00e9cus\u00e9e. En revanche, le maintien de l&#8217;adjectif &#8220;sacr\u00e9&#8221; souligne l&#8217;importance des propri\u00e9t\u00e9s pour &#8220;l&#8217;homme en tant que bourgeois&#8221; selon la formule de Marx dans la Question juive, non r\u00e9cus\u00e9e par Jaur\u00e8s. Mais qui prime sur les &#8220;int\u00e9r\u00eats de chacun&#8221; sans condition d&#8217;une &#8220;juste indemnit\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Un itin\u00e9raire collectiviste <\/strong><\/p>\n<p>Reste que, en 1879, lors du congr\u00e8s de Marseille, consid\u00e9r\u00e9 fondateur du socialisme fran\u00e7ais avec un vigoureux soutien anarchiste, Jaur\u00e8s ignore tout du collectivisme, leur doctrine commune. Il admire en politique Ferry et surtout Gambetta. Et c&#8217;est sur une liste r\u00e9publicaine qu&#8217;il est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du Tarn \u00e0 26 ans en 1885 : il vote alors, et jusqu&#8217;en 1889, il votera pour Ferry. Or ces primes ann\u00e9es sont celles justement o\u00f9 il se d\u00e9clare collectiviste, en discordance, apparente, avec ses choix politiques explicites. Il a relat\u00e9 bien des fois cet itin\u00e9raire. On retiendra la premi\u00e8re de ces confessions, exig\u00e9e par le s\u00e9nateur Bernard Lavergne avec qui il dialogue en 1893 dans la D\u00e9p\u00eache de Toulouse : &#8220;Oui, d\u00e8s les premiers mois de la Chambre de 1885, j&#8217;avais le sentiment profond et le d\u00e9go\u00fbt des iniquit\u00e9s sociales actuelles ; et le rem\u00e8de m&#8217;\u00e9tait apparu dans l&#8217;organisation collective. J&#8217;ai r\u00e9dig\u00e9 pour moi seul en 1886 des \u00e9tudes collectivistes que j&#8217;ai encore, o\u00f9 j&#8217;essayais de pr\u00e9ciser pour moi les difficult\u00e9s et le probl\u00e8me. Nous si\u00e9gions c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et d\u00e9j\u00e0 un ab\u00eeme nous s\u00e9parait. Mais <em>&#8230;<\/em> je ne me suis ralli\u00e9 tout haut au collectivisme explicite que lorsque j&#8217;ai eu la conviction absolue qu&#8217;il laissait \u00e0 la personne humaine toute son activit\u00e9 l\u00e9gitime et tous ses droits.&#8221;<\/p>\n<p>Le manuscrit n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Nous disposons en revanche pour l&#8217;ann\u00e9e 1891 de sa th\u00e8se (en latin) sur les Premiers Lin\u00e9aments du socialisme allemand ; il demande \u00e0 Fichte et \u00e0 Hegel, \u00e0 Lassalle et \u00e0 Marx de r\u00e9pondre \u00e0 la question : que signifie \u00e9tendre \u00e0 tous la propri\u00e9t\u00e9 ? Nous disposons : le texte encore in\u00e9dit sera publi\u00e9 dans le tome 2 des OEuvres : du d\u00e9bat, intime, qu&#8217;il engage avec Albert de Mun, pendant l&#8217;\u00e8re 1891, sur &#8220;la question sociale&#8221;. Nous disposons de sa pol\u00e9mique publique avec Bernard Lavergne dans les colonnes de la D\u00e9p\u00eache entre septembre 1893 et janvier 1894. A chaque instant, il pr\u00e9cise sa conviction : pas d&#8217;autre solution que la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production.<\/p>\n<p>L&#8217;encre de ces textes est \u00e0 peine s\u00e8che que Jaur\u00e8s passe \u00e0 l&#8217;expos\u00e9 positif : quatre grands articles dans la Revue socialiste entre mars 1895 et mai 1896. Un livre aurait d\u00fb en na\u00eetre, il avorte : le lock-out des verriers de Carmaux arr\u00eate net la r\u00e9daction : c&#8217;est une fois de plus, le passage du militantisme intellectuel au militantisme ouvrier, celui-l\u00e0 m\u00eame qui ne peut avoir qu&#8217;un horizon : le collectivisme. &#8220;Nous n&#8217;avons \u00e0 vivre qu&#8217;une vie d&#8217;homme, et c&#8217;est oeuvre d&#8217;homme que nous voulons faire.&#8221;<\/p>\n<p>Mais l&#8217;essentiel est acquis. Ni l&#8217;affaire Dreyfus : qu&#8217;on relise &#8220;Socialisme et libert\u00e9&#8221; paru dans la Revue de Paris en d\u00e9cembre 1898 :, ni l&#8217;immense Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1900-1904), ni l&#8217;\u00e9pisode millerandiste, ni l&#8217;alliance avec les radicaux \u00e0 l&#8217;heure du bloc des Gauches, n&#8217;y changeront rien : la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s se module, s&#8217;enrichit ; l&#8217;essentiel : ce qui donne sens, comme on dit aujourd&#8217;hui : ne bougera plus. Un seul horizon : la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production. Pouvons-nous faire semblant de l&#8217;ignorer ? Ou le passer aux pertes et profits des in\u00e9vitables sottises ?<\/p>\n<p><strong> Fort bien mais sur le fond ? <\/strong><\/p>\n<p>Car c&#8217;est du fond qu&#8217;il s&#8217;agit. Pourquoi tant d&#8217;efforts, pourquoi tant d&#8217;essais, au sens sportif du terme ? Pourquoi tant d&#8217;\u00e9crits, peu r\u00e9p\u00e9titifs au total, jusque dans leur stabilit\u00e9 ? O\u00f9 est en somme l&#8217;originalit\u00e9 de Jaur\u00e8s ? Dans l&#8217;apprentissage d&#8217;une d\u00e9marche, assur\u00e9ment. Dans l&#8217;articulation entre la pratique et la philosophie ? Cela s&#8217;appelle l&#8217;histoire. Dans la d\u00e9couverte de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et politique et de son d\u00e9saccord avec le discours, officiel, f\u00fbt-il r\u00e9publicain : eh oui ! dans le m\u00e9pris, d\u00e8s lors, de la R\u00e9publique : jamais, car elle d\u00e9tient les voies de son propre d\u00e9passement.<\/p>\n<p>Car Jaur\u00e8s ne passe pas sa vie \u00e0 d\u00e9crypter Fichte et Hegel, \u00e0 s\u00e9parer Lassalle et Marx, ces philosophes, des luttes de leurs temps : leur grandeur est d&#8217;avoir agi et d&#8217;avoir pens\u00e9. De m\u00eame que, Jaur\u00e8s dixit, &#8220;l&#8217;\u00e9conomie d\u00e9signe pour Marx tout le syst\u00e8me de la production du travail et de la propri\u00e9t\u00e9&#8221; : pas mal ! : de m\u00eame, c&#8217;est par un va-et-vient constant entre l&#8217;\u00e9tat social et politique et la lecture des philosophes allemands que lui, Jaur\u00e8s, a forg\u00e9 sa vision du collectivisme. D&#8217;une certaine fa\u00e7on, politique d&#8217;abord, le manuscrit in\u00e9dit de 1891 d\u00e9nonce une &#8220;violence cach\u00e9e&#8221;, fruit d&#8217;une &#8220;iniquit\u00e9 essentielle&#8221;, la propri\u00e9t\u00e9 : elle agit comme &#8220;une tyrannie&#8221;, sur les ouvriers, les paysans, les syndicats eux-m\u00eames qui &#8220;vivent du ressentiment&#8221;. Signe que &#8220;les choses sont ma\u00eetresses de l&#8217;homme&#8221;. Il le d\u00e9couvre \u00e0 chaque \u00e9tape, \u00e0 chaque instant de sa vie militante : ce sont, depuis 1885, les mineurs de Carmaux qui tentent d&#8217;obtenir que la loi les autorise \u00e0 \u00e9lire leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 sauvegarder leurs vies dont les ma\u00eetres de la mine se consid\u00e8rent propri\u00e9taires ; c&#8217;est, en 1892, la violente contradiction qui \u00e9clate entre le suffrage universel et le marquis de Salages (il refuse de laisser au maire socialiste, Calvignac, son salari\u00e9, le temps n\u00e9cessaire pour l&#8217;exercice de ses fonctions).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des paysans, pas de diff\u00e9rences : &#8220;leur \u00e2me m\u00eame&#8221; est devenue &#8220;un objet de propri\u00e9t\u00e9&#8221;. La tyrannie est partout politique et sociale m\u00eal\u00e9e. &#8220;La question de la propri\u00e9t\u00e9&#8221; est \u00e0 l&#8217;ordre du jour dans la rue, dans les fabriques, dans la presse, dans les livres, \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 et jusqu&#8217;au parlement, ce temple de la sagesse. Mais il ne suffit pas de condamner le syst\u00e8me et ses cons\u00e9quences. Il faut poser la question du pouvoir : qui g\u00e9rera le capital s&#8217;il devient propri\u00e9t\u00e9 collective ? Question difficile : elle suppose qu&#8217;on fasse bouillir quelque peu les &#8220;marmites du futur&#8221;, pour parler comme Marx ; elle suppose qu&#8217;au-del\u00e0 d&#8217;une gestion plus \u00e9galitaire, on s&#8217;int\u00e9resse aux initiatives, \u00e0 la libert\u00e9 des individus. Ici, les libertaires montent sur le pont. Et Jaur\u00e8s aussi. La Nation propri\u00e9taire ? D&#8217;accord. Mais qu&#8217;est-ce \u00e0 dire ? Il faudra bien que ce collectif d&#8217;individus d\u00e9signe des collectivit\u00e9s gestionnaires. L&#8217;administration ?<\/p>\n<p>D&#8217;accord. L&#8217;industrie g\u00e9r\u00e9e par l&#8217;Etat pourrait supprimer le ch\u00f4mage : angoissant pour Jaur\u00e8s, mais dont il ne per\u00e7ait pas toujours le caract\u00e8re structurel : et encourager, \u00e0 l&#8217;exemple des PTT, les initiatives. Mais l&#8217;Etat patron n&#8217;est pas plus sa tasse de th\u00e9 qu&#8217;il ne satisfait les avant-gardes sociales : gare \u00e0 l&#8217;autoritarisme, au militarisme, au fonctionnarisme !Que faire alors ?<\/p>\n<p>Les coop\u00e9ratives de production, la solution de 1848, ont, h\u00e9las, d\u00e9montr\u00e9 qu&#8217;en permanence elles reconstituaient du patronat, divisaient le monde du travail : pas de mine aux mineurs ; pas de verrerie aux verriers ! Jaur\u00e8s, en 1895, s&#8217;aventure, jalonnant, sur le chemin de la &#8220;propri\u00e9t\u00e9 corporative&#8221;. Qu&#8217;est-ce \u00e0 dire ? Les travailleurs group\u00e9s par industries recevront cette d\u00e9l\u00e9gation propri\u00e9taire. A eux d&#8217;int\u00e9grer &#8220;l&#8217;arm\u00e9e des sans-travail&#8221;, l&#8217;arm\u00e9e de r\u00e9serve du capital. Chaque groupe sera dirig\u00e9 par un conseil national \u00e9lu au suffrage universel.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9lection comme garantie ? D&#8217;accord. Mais la d\u00e9rive corporatiste menace. L&#8217;int\u00e9r\u00eat commun dont la propri\u00e9t\u00e9 nationale est porteuse, l&#8217;harmonie entre la m\u00e9tallurgie, les grands magasins et la poste : si j&#8217;ose une juxtaposition aussi hardie : seront confi\u00e9s \u00e0 un conseil national du travail, o\u00f9 si\u00e9geront non seulement les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e9lus des corporations mais des &#8220;repr\u00e9sentants directs de la Nation&#8221;. Une esquisse de la &#8220;R\u00e9publique industrielle&#8221; : un syst\u00e8me collectiviste qui reste soumis aux m\u00e9canismes fondamentaux du capitalisme, dont on aura extirp\u00e9 l&#8217;ivraie qui le pourrit : la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production.Utopie ? Certes non, car les temps sont venus o\u00f9 la conscience philosophique et la conscience ouvri\u00e8re, l&#8217;organisation syndicale et le militantisme socialiste font chorus. L&#8217;avenir est devenu non plus seulement concevable, mais possible. C&#8217;est le g\u00e9nie de Marx de l&#8217;avoir montr\u00e9 en rapprochant la pens\u00e9e socialiste et le mouvement ouvrier.<\/p>\n<p>Le d\u00e9tail importe peu. L&#8217;avenir ne s&#8217;arr\u00eate pas. Jaur\u00e8s pense ici en historien. Car l&#8217;histoire ne demande pas seulement au pass\u00e9 des exemples. Et ne se borne pas \u00e0 montrer que la R\u00e9volution fran\u00e7aise, gardienne du droit de propri\u00e9t\u00e9, lui a port\u00e9 les coups les plus rudes : biens du clerg\u00e9, biens des \u00e9migr\u00e9s, vous avez \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s ! L&#8217;histoire est aussi et surtout gardienne de l&#8217;avenir : quand la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production sera socialis\u00e9e, le temps ne se fixera pas, le pr\u00e9sent ne se figera pas, l&#8217;histoire des hommes libres progressera. Encore faut-il y parvenir : ici s&#8217;avance la lutte, toujours masqu\u00e9e, des opprim\u00e9s. Sociale, politique, universelle : face aux mensonges du capital mondialis\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> S&#8217;il est devenu une mani\u00e8re de monument national, Jaur\u00e8s, dont les statues dress\u00e9es en place publiques continuent assez r\u00e9guli\u00e8rement d&#8217;\u00eatre souill\u00e9es, ne fut jamais un &#8220;socialiste convenable&#8221;. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2002","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2002","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2002"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2002\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2002"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2002"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2002"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}