{"id":2001,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/elisabeth-de-fontenay-aux2001\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"elisabeth-de-fontenay-aux2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2001","title":{"rendered":"Elisabeth de Fontenay. Aux fronti\u00e8res de l&#8217;animalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Sous l&#8217;\u00e9gide du mensuel regards et de l&#8217;association espacesmarx, la philosophe Elisabeth de Fontenay est venue pr\u00e9senter, fin avril, rue Montmartre \u00e0 Paris, une \u00e9trange histoire de la philosophie. Vue sous l&#8217;angle par lequel chaque penseur, chaque th\u00e9ologien, chaque philosophe, depuis les pr\u00e9-socratiques jusqu&#8217;\u00e0 Jacques Derrida, a trait\u00e9 l&#8217;\u00e9nigme de l&#8217;animalit\u00e9 et, par contre-coup, critiqu\u00e9 le propre de l&#8217;homme : ce qui distingue l&#8217;esp\u00e8ce humaine des autres esp\u00e8ces vivantes. <\/p>\n<p>Difficile arch\u00e9ologie du silence des b\u00eates, d&#8217;une part, et passionnant travail de d\u00e9construction de l&#8217;id\u00e9e m\u00eame d&#8217;un &#8220;propre de l&#8217;homme&#8221; d&#8217;autre part. Elisabeth de Fontenay, auteur du Silence des b\u00eates (1), reconna\u00eet pr\u00e9f\u00e9rer le mot de &#8220;b\u00eate&#8221; \u00e0 celui d'&#8221;animal&#8221; qui est trop connot\u00e9 &#8220;du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e2me&#8221;. L&#8217;\u00e2me est, pour elle, ce qui donne \u00e0 chaque \u00eatre vivant son souffle sp\u00e9cifique. &#8220;Non, \u00e9crit-elle n\u00e9anmoins, aimer et respecter les animaux ne conduit pas in\u00e9luctablement \u00e0 la misanthropie, au racisme, et \u00e0 la barbarie. Oui, les pratiques d&#8217;\u00e9levage et de mises \u00e0 mort industrielles des b\u00eates peuvent rappeler les camps de concentration et m\u00eame d&#8217;extermination, mais \u00e0 une condition : que l&#8217;on ait pr\u00e9alablement reconnu un caract\u00e8re de singularit\u00e9 \u00e0 la destruction des juifs d&#8217;Europe, ce qui donne pour t\u00e2che de transformer l&#8217;expression fig\u00e9e comme des brebis \u00e0 l&#8217;abattoir.&#8221; Et il est vrai qu&#8217;Elisabeth de Fontenay, affirmant r\u00e9trospectivement que tout son travail est parti d&#8217;une phrase : &#8220;Ils ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s comme des brebis qu&#8217;on conduit \u00e0 l&#8217;abattoir&#8221;, porte un rude coup \u00e0 la bonne conscience m\u00e9taphorique d&#8217;un certain nombre de penseurs occidentaux vis-\u00e0-vis des animaux. Certains participants au d\u00e9bat le lui reprocheront d&#8217;ailleurs, \u00e0 l&#8217;issue de son expos\u00e9 liminaire.<\/p>\n<p><strong> La succession des approches anthropocentristes de l&#8217;essence humaine <\/strong><\/p>\n<p>Cette expression, en vogue dans les ann\u00e9es soixante\/soixante-dix, laisse surtout supposer qu&#8217;il n&#8217;y eut gu\u00e8re de r\u00e9sistance parmi les victimes de la Shoah. Mais c&#8217;est \u00e0 la m\u00e9taphore animale en g\u00e9n\u00e9ral que s&#8217;en prend Elisabeth de Fontenay. Ne compare-t-on pas, comme le fit remarquer Jean-Paul Jouary, la philosophie \u00e0 la chouette de Minerve, l&#8217;oiseau qui prend son vol \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, pour faire de son pr\u00e9tendu caract\u00e8re sp\u00e9culatif le trait essentiel de sa nature ? En posant la question de savoir si l&#8217;animal peut \u00eatre un objet de pens\u00e9e, c&#8217;est son usage trop souvent m\u00e9taphorique qui est r\u00e9cus\u00e9.Dans le m\u00eame mouvement, Elisabeth de Fontenay remet \u00e0 sa place ce qu&#8217;elle nomme elle-m\u00eame &#8220;le grand radotage sur le propre de l&#8217;homme&#8221;. De l&#8217;app\u00e9tit de durer que Platon nomme, dans le Banquet, &#8220;d\u00e9sir d&#8217;immortalit\u00e9&#8221; et qu&#8217;il met au principe de l&#8217;amour entre humains, \u00e0 Aristote pour qui l&#8217;homme est le &#8220;seul animal \u00e0 se tenir droit&#8221; dans les Parties des animaux et, par on ne sait quelle divine corr\u00e9lation, le &#8220;seul animal politique&#8221; dans la Politique, jusqu&#8217;\u00e0 Heidegger pour qui l&#8217;homme &#8220;\u00eatre pour la mort&#8221; est le seul &#8220;animal \u00e0 savoir qu&#8217;il va mourir&#8221;, et l&#8217;animal &#8220;pauvre en monde&#8221;, et Jacques Derrida pour qui le motif de l&#8217;animalit\u00e9 rassemble les traits caract\u00e9ristiques et obscurs de la &#8220;t\u00e9l\u00e9ologie humaniste&#8221;, la philosophe passe en revue la succession des approches anthropocentristes de l&#8217;essence humaine. Son propos est visiblement ailleurs. Il ne s&#8217;agit pas plus pour elle de prot\u00e9ger les animaux contre l&#8217;esp\u00e8ce humaine que d&#8217;aborder le th\u00e8me de l&#8217;animalit\u00e9 dans l&#8217;Homme, et encore moins d&#8217;\u00e9tendre les droits de l&#8217;Homme au chimpanz\u00e9&#8230; Il y a, dans ces diversions, affirme-t-elle, une sorte de grossi\u00e8ret\u00e9 vis-\u00e0-vis de l&#8217;esp\u00e8ce humaine, qui lui est totalement \u00e9trang\u00e8re. En cela, elle se diff\u00e9rencie \u00e9galement des \u00e9thologues pass\u00e9s et pr\u00e9sents qui ont pr\u00e9tendu qu&#8217;\u00e9tablir des analogies entre les b\u00eates et les hommes pouvait \u00eatre une hypoth\u00e8se stimulante.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9finir le propre de l&#8217;homme aboutit toujours \u00e0 exclure une partie de l&#8217;humanit\u00e9&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de travailler la question de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9, comme le firent l&#8217;h\u00e9g\u00e9lianisme, le marxisme, ou l&#8217;existentialisme, elle d\u00e9couvre, apr\u00e8s Husserl et Merleau-Ponty, qu&#8217;il y a peut-\u00eatre une conception ph\u00e9nom\u00e9nologique de la conscience des choses qui milite en faveur de l&#8217;origine animale de la culture et du symbolique. Parler de la conscience est une bonne mani\u00e8re de la dissocier de la subjectivit\u00e9, fait remarquer Elisabeth de Fontenay. Les animaux n&#8217;ont-ils pas \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes de la subjectivit\u00e9 et de son caract\u00e8re pr\u00e9dateur ? Toutefois, le propre de l&#8217;homme ne saurait \u00eatre la conscience. D\u00e9finir le propre de l&#8217;homme, souligne-t-elle avec force, aboutit toujours \u00e0 exclure une partie de l&#8217;humanit\u00e9. Comment ne pas \u00e9liminer de l&#8217;humanit\u00e9 les accident\u00e9s d&#8217;un propre de l&#8217;homme, quel qu&#8217;il soit ? Que faire de ceux qui ne peuvent pas parler ? Des sourds-muets ? Des fous ? Des handicap\u00e9s ? Elisabeth de Fontenay a choisi d&#8217;aller tr\u00e8s loin dans la d\u00e9construction. Ni les tombeaux, ni les outils, ni l&#8217;image, ne peuvent d\u00e9finir l&#8217;humanit\u00e9 sans la r\u00e9duire. Reprenant l&#8217;image du sommeil et de la veille dans la tradition philosophique, et citant Diderot pour qui les v\u00e9g\u00e9taux dorment, les animaux s&#8217;\u00e9veillent, et les hommes veillent, elle estime que cette fonction permet d&#8217;int\u00e9grer les b\u00e9b\u00e9s et les vieillards dans l&#8217;humanit\u00e9&#8230;La discussion a apport\u00e9 \u00e0 l&#8217;expos\u00e9 quelques vis\u00e9es suppl\u00e9mentaires. Peut-on envisager un droit gradualiste pour les animaux ? Le rire, plut\u00f4t que le langage, n&#8217;est-il pas le Rubicon que l&#8217;animal ne franchira jamais ? Le cynisme ne r\u00e9side-t-il pas dans la diff\u00e9rence de points de vue entre les enfants qui s&#8217;amusent \u00e0 jeter des pierres sur les grenouilles et les grenouilles qui en meurent ? Le stress et l&#8217;angoisse ne sont-ils pas ce que les hommes ont en commun avec les animaux ? Un d\u00e9bat qui ne pouvait avoir d&#8217;autre fin que celle invent\u00e9e par l&#8217;homme de &#8220;l&#8217;horaire pr\u00e9alablement fix\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p>1. Elisabeth de Fontenay, le Silence des b\u00eates. La philosophie \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve de l&#8217;animalit\u00e9, Fayard, 790 pages, 198 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Sous l&#8217;\u00e9gide du mensuel regards et de l&#8217;association espacesmarx, la philosophe Elisabeth de Fontenay est venue pr\u00e9senter, fin avril, rue Montmartre \u00e0 Paris, une \u00e9trange histoire de la philosophie. 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