{"id":1998,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/djamal-amrani-une-passion1998\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"djamal-amrani-une-passion1998","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1998","title":{"rendered":"Djamal Amrani, une passion fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En mai 2000, Nous avions rencontr\u00e9 \u00e0 Alger durant quelques jours Djamal Amrani, po\u00eate alg\u00e9rien. Esquisse de portrait d&#8217;un homme qui devait mourir cinq ans plus tard, le 2 mars 2005.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Je suis n\u00e9 rue Juba, \u00e0 Sour al Ghozlane, ex-Aumale, dans la wilaya de Bou-Ira, un 29 ao\u00fbt 1935, dernier d&#8217;une famille de sept enfants, d&#8217;un p\u00e8re employ\u00e9 \u00e0 la Poste et d&#8217;une m\u00e8re qui n&#8217;a jamais fr\u00e9quent\u00e9 l&#8217;\u00e9cole&#8230;<\/em> \u00bb Ainsi d\u00e9marrera s\u00fbrement, avec emphase et rigueur, le premier tome des m\u00e9moires de Djamal Amrani, po\u00e8te, \u00e9crivain, journaliste, combattant de l&#8217;ALN (Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale alg\u00e9rienne), qui festoya avec le Che, connut bien Romain Gary et fut tortur\u00e9 par la France. Son histoire, dont il se pla\u00eet \u00e0 ne donner d&#8217;abord que la version &#8220;officielle&#8221; est riche d&#8217;une passion fran\u00e7aise que ce fervent nationaliste alg\u00e9rien assume sans ciller.<\/p>\n<p>Ce jeudi de mai, au cercle Frantz Fanon, Djamal donne un r\u00e9cital d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la prose de &#8220;l&#8217;incontournable Bachir Hadjali&#8221;, \u00e9crivain communiste alg\u00e9rien.Une paire de lunettes sur le nez, le visage sculpt\u00e9 en un bois bruni, un bouc grisonnant, il parle d&#8217;une voix ample et chaude. A la tribune, lui succ\u00e8de Abdelhamid Benzin, ancien combattant qui d\u00e9clame, lui, en arabe. A la sortie, Djamal lance malicieusement &#8220;<em>la po\u00e9sie en arabe, l\u00e0, \u00e7a avait l&#8217;air joli, mais j&#8217;ai rien compris<\/em>&#8220;&#8230; Lorsqu&#8217;il raconte son histoire, Djamal entrecoupe le r\u00e9cit de longs silences. Il ne s&#8217;attarde pas sur les douleurs de la chair (il a connu la villa Sesini des paras de Massu) ni sur celles de l&#8217;\u00e2me, (son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les Fran\u00e7ais qui l&#8217;avaient auparavant d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d&#8217;honneur pour avoir combattu en 14-18).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la parution en 1960 de son ouvrage phare le T\u00e9moin, Djamal a su &#8220;<em>continuer son oeuvre<\/em>&#8220;. Po\u00e8te reconnu en son pays, : l&#8217;un de ses pairs le tient pour le &#8220;<em>plus grand po\u00e8te alg\u00e9rien contemporain<\/em>&#8221; : il a \u00e9crit 18 ouvrages. Tous en fran\u00e7ais. Cette langue impos\u00e9e par le colon aura \u00e9t\u00e9 l&#8217;outil de travail de toute une vie. Depuis le Grand Lyc\u00e9e d&#8217;Alger, o\u00f9 il lisait Georges Sand et Musset, il a donn\u00e9 &#8220;plus de 320 r\u00e9citals&#8221;.<\/p>\n<p>Homme de lettre &#8220;<em>made in Djurdjura<\/em>&#8220;, il chante Aznavour quand la journ\u00e9e est belle mais parle &#8220;<em>d&#8217;amputation<\/em>&#8221; lorsqu&#8217;il \u00e9voque la langue qui aurait d\u00fb \u00eatre la sienne, l&#8217;arabe. Il tra\u00eene ce manque &#8220;<em>comme une infirmit\u00e9<\/em>&#8220;. Mais pr\u00e9cise : &#8220;<em>Je r\u00e9fl\u00e9chis et j&#8217;\u00e9cris en fran\u00e7ais mais je pense comme un Alg\u00e9rien, selon une ligne id\u00e9ologique et politique qui est alg\u00e9rienne. Je suis francophone mais pas francophile.<\/em>&#8221; Il durcit son regard : &#8220;<em>Je suis Alg\u00e9rien.<\/em>&#8221; Il l&#8217;est, pour s\u00fbr, cet homme-l\u00e0 qui se r\u00e9veille la nuit pour boire de l&#8217;huile d&#8217;olive au goulot&#8230;Djamal a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 de mort durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il n&#8217;a pas quitt\u00e9 l&#8217;Alg\u00e9rie mais il lui est souvent arriv\u00e9 de s&#8217;imaginer le temps qu&#8217;il lui faudrait pour mourir si le couteau de son bourreau venait \u00e0 \u00eatre mal aiguis\u00e9. Encore aujourd&#8217;hui, lorsqu&#8217;il se rend \u00e0 la plage, il se surprend \u00e0 esp\u00e9rer \u00e0 voix haute &#8220;<em>qu&#8217;ici, on ne viendra pas nous trancher le cou&#8221;<\/em>. <\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, il a enfin pu quitter son refuge chez les moines et r\u00e9int\u00e9grer sa maison. Il commence \u00e0 \u00e9crire ses m\u00e9moires. Et continue \u00e0 interrompre ses silences par de petites phrases lanc\u00e9es au bonheur des cieux. Celle-l\u00e0 est un ordre, donn\u00e9 en un beau fran\u00e7ais : &#8220;<em>Vous terminerez votre article en disant que vous avez surpris Djamal Amrani en flagrant d\u00e9lit d&#8217;esp\u00e9rance<\/em>.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En mai 2000, Nous avions rencontr\u00e9 \u00e0 Alger durant quelques jours Djamal Amrani, po\u00eate alg\u00e9rien. 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