{"id":1995,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/blues-cameleon-blues-phenix-blues1995\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"blues-cameleon-blues-phenix-blues1995","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1995","title":{"rendered":"Blues cam\u00e9l\u00e9on, blues ph\u00e9nix, blues passion"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Quel r\u00f4le joue encore le blues \u00e0 l&#8217;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle? Plus que centenaire, cette musique g\u00e9nitrice \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre, \u00e9touff\u00e9e par ces ambiances synth\u00e9tiques de sons techno\u00efdes. Mais elle survit. <\/p>\n<p>Le blues n&#8217;a pas vraiment d&#8217;inventeur comme le fil \u00e0 couper le beurre ou la lampe \u00e0 p\u00e9trole. On sait juste qu&#8217;il est n\u00e9 dans la campagne sudiste au XIXe si\u00e8cle, enfant\u00e9 par les Noirs esclaves. P\u00e8re des musiques actuelles (jazz, rock&#8230;), il compte douze mesures avec un balancement parfois incantatoire qui peut varier les rythmes mais toujours dans un cadre strict. Il a aussi invent\u00e9 la forme traditionnelle du rock contemporain (basse, batterie, guitare&#8230;). En 1860, il existe sous la forme de folklore, de chansons qui se transmettent sur les plantations de bouche \u00e0 oreille, circulent dans l&#8217;air. Il faudra attendre la sagacit\u00e9 d&#8217;un jeune \u00e9tudiant en musicologie, William Christopher Handy, pour que sorte, en 1912, le premier blues \u00e9crit (Memphis Blues). Bient\u00f4t, dans les ann\u00e9es 20, l&#8217;explosion de l&#8217;industrie phonographique puis radiophonique (les patrons des stations blanches savent combien le public noir est important) propageront partout dans le monde l&#8217;expression &#8220;du pauvre&#8221;. Depuis, elle n&#8217;a jamais quitt\u00e9 les premi\u00e8res loges malgr\u00e9 la rude concurrence de ses d\u00e9riv\u00e9s artistiques (jazz, rock, et aujourd&#8217;hui, rap, techno), oscillant entre disgr\u00e2ce totale et inesp\u00e9r\u00e9 retour en gr\u00e2ce.<\/p>\n<p><strong> Quand des artistes r\u00e9chauffent la marmite mississippienne <\/strong><\/p>\n<p>En ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle, le blues, plus que centenaire, semble reparti. Il y eut d&#8217;abord Jimi Hendrix, toujours extr\u00eamement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 trente ans apr\u00e8s sa mort (1970). L&#8217;homme dynamita le blues pour longtemps, le transformant en une messe psych\u00e9d\u00e9lique satur\u00e9e de couleurs. Il ne se contentait pas de briller au firmament mais brandissait aussi les noms glorieux du vieux Sud (on se rappelle son attachement par exemple au guitariste \u00e9lectrique de Chicago, Elmore James, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1963 et auquel il rendit hommage dans son morceau Red House). Cela n&#8217;a malheureusement pas suffi. La mal\u00e9diction persistait. La note bleue mena\u00e7ait de dispara\u00eetre et, pendant les mortif\u00e8res ann\u00e9es 70, elle se trouva de nouveau an\u00e9mi\u00e9e, en d\u00e9clin. Par chance, un fan de Jimi Hendrix et amoureux de BB King, resurgit, le guitariste-\u00e9clair Stevie Ray Vaughan. Sa dext\u00e9rit\u00e9 s\u00e9duisit le public au point qu&#8217;il fut nomin\u00e9 en 1983 aux Grammies pour son album Texas Flood : meilleur enregistrement traditionnel de blues et meilleur instrumental rock (Rude Mood). Du jamais vu, d&#8217;autant que Stevie Ray m\u00ealait habilement le rock toujours aussi populaire \u00e0 sa passion bleue. Il relan\u00e7a brillamment la machine avant de dispara\u00eetre dans un accident d&#8217;h\u00e9licopt\u00e8re. Ce fut au tour des publicitaires de prendre le relais.<\/p>\n<p>En 1990, la ressortie, chez Columbia, du coffret Robert Johnson, musicien d&#8217;avant-guerre, est un coup g\u00e9nial. Ce double album n&#8217;avait pas une chance de rencontrer son public : un vieux son \u00e9touff\u00e9 qui gratte, lointain, une guitare et un chanteur incantatoire. Du suicide. Et pourtant, le succ\u00e8s (500 000 exemplaires vendus aux Etats-Unis) relan\u00e7a le blues. Il faut dire que les talents du marketing avaient pris soin d&#8217;alerter la population sur le mythe Robert Johnson, guitariste peu dou\u00e9 qui rencontra soi-disant, en pleine nuit, dans ce Mississippi mystique, le Diable. Il lui vendit son \u00e2me en \u00e9change du talent et devint le grand artiste que l&#8217;on sait, produisant le plus beau r\u00e9pertoire blues d&#8217;avant-guerre (dont le fameux Sweet Home Chicago). Malheureusement, en 1938, au cours d&#8217;un concert, tout juste \u00e2g\u00e9 de 26 ans, il mourut empoisonn\u00e9. On lui avait tendu un verre plein de strychnine. Sans doute un rival jaloux ou la vengeance du Diable.<\/p>\n<p>Depuis, ce roman fascine les foules et on c\u00e9l\u00e8bre partout le P\u00each\u00e9 originel de Robert Johnson.Le blues doit donc sa survivance \u00e0 quelques coups bien pr\u00e9par\u00e9s et individus passionn\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral des artistes blancs qui se rappellent leur bonheur d&#8217;enfance et rep\u00eachent la vieille musique. Citons Janis Joplin (cette Texane r\u00eavait d&#8217;entrer dans le blues l\u00e0 o\u00f9 la chanteuse noire Bessie Smith r\u00eavait d&#8217;en sortir), Canned Heat, Paul Butterfield&#8230; Aujourd&#8217;hui, leurs &#8220;enfants&#8221; ne cessent de reprendre les classiques de B.B.King ou T. Bone Walker, de r\u00e9chauffer \u00e0 plaisir la marmite mississippienne, s&#8217;acharnent \u00e0 d\u00e9terrer les fossiles oubli\u00e9s. Une tradition depuis l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 le producteur John Hammond (ann\u00e9es 30) retrouva le grand pianiste de boogie Meade Lux Lewis, alors laveur de voitures dans un garage. Le virtuose avait pourtant connu un grand succ\u00e8s dix ans auparavant.<\/p>\n<p><strong> Virtuoses, chaleur de la terre, bois de la guitare et doigt\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Et que dire de Leadbelly, le folk-blues songer, enferm\u00e9 dans une sinistre prison de Louisiane, condamn\u00e9 en 1925 \u00e0 trente ans pour meurtre. Un musicologue blanc, John Lomax, vint l&#8217;\u00e9couter, l&#8217;enregistrer et parvint \u00e0 l&#8217;extraire de sa ge\u00f4le. Le musicien assassin s\u00e9duisit le public blanc jusqu&#8217;\u00e0 sa mort, en 1948. Plus pr\u00e8s de nous, le guitariste albinos Johnny Winter (ann\u00e9es 70), devenu producteur, d\u00e9poussi\u00e9ra le prestigieux Muddy Waters (Hoochie Coochie man, Rollin&#8217;Stone&#8230;) et donna \u00e0 sa musique un c\u00f4t\u00e9 m\u00e9tallique, moderne qui porte encore ses fruits.<\/p>\n<p>Le guitariste mexicain Carlos Santana, habitu\u00e9 \u00e0 m\u00e9langer tous les sons world de la terre, d\u00e9cida, lui, de produire son idole John Lee Hooker, bluesman l\u00e9gendaire depuis les ann\u00e9es 50, cr\u00e9ateur d&#8217;un style lancinant, primaire, inimitable (Shake it baby, Boom Boom&#8230;). Une fois de plus, John Lee avait sombr\u00e9 dans l&#8217;anonymat (souvent vir\u00e9 des studios). Et une fois de plus il en ressortit. On conna\u00eet la suite. La r\u00e9ussite de l&#8217;album The Healer (1989), o\u00f9 joue Santana, et un disque d&#8217;Or.<\/p>\n<p>Et surtout, au fil de ces renaissances, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s&#8217;aper\u00e7oit qu&#8217;il existe des pionniers illustres sans lesquels la musique moderne aurait un visage bien diff\u00e9rent. Peut-\u00eatre aussi se fatigue-t-elle des sons techno\u00efdes inhumains, des ambiances synth\u00e9tiques. Avec le blues, on sent la chaleur de la terre, le bois de la guitare, le doigt\u00e9 et, derri\u00e8re, tout cet imaginaire un peu clich\u00e9 qui hante l&#8217;esprit collectif. La flamme continue de br\u00fbler, confuse mais r\u00e9elle.<\/p>\n<p><strong> Tant que le tortionnaire oeuvrera, le blues sera l\u00e0 <\/strong><\/p>\n<p>Et la red\u00e9couverte du blues se poursuit. La plus int\u00e9ressante exp\u00e9rience est peut-\u00eatre celle tent\u00e9e et r\u00e9ussie par le label punk Fat Possum. A priori, le punk et le blues ne sont pas franchement compagnons. Et pourtant, l&#8217;id\u00e9e de ces retrouvailles est classique : d\u00e9nicher les vieilles gloires mississippiennes et les ramener devant un micro.<\/p>\n<p>Mais cette fois, Fat leur propose de jouer un blues chaotique, gorg\u00e9 d&#8217;\u00e9lectronique, au son d\u00e9braill\u00e9. C&#8217;est du delta blues primaire total, pouss\u00e9 \u00e0 l&#8217;extr\u00eame. On ne chante plus, on grogne, on s&#8217;injurie, on surfe sur une \u00e9lectricit\u00e9 satur\u00e9e. Rl Burnside (70 ans) ressuscite avec un son lourd, aid\u00e9 par le musicien blanc punkoide Jon Spencer. A 80 ans, une autre l\u00e9gende, T. Model Ford, devant un batteur, psalmodie son blues surr\u00e9aliste. Cela se passe en 1997, 1998 et les deux vieux bonshommes, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, remplissent les salles.<\/p>\n<p>Pourtant, il faut bien le reconna\u00eetre, le blues traditionnel, celui que servent encore les Burnside et autres, malgr\u00e9 le d\u00e9corum punk, est mort ou du moins, il est en pleine mutation, une autre mani\u00e8re de le faire survivre. Ben Harper, assimil\u00e9 au blues, n&#8217;est pas un bluesman, plut\u00f4t un rocker \u00e9lectrique ou compositeur de ballades folk.<\/p>\n<p>Mais son \u00e9ducation, sa mani\u00e8re d&#8217;\u00eatre (quand il prend sa guitare et joue sur les routes, son attachement \u00e0 Jimi Hendrix et \u00e0 John Lee Hooker avec lequel il a jou\u00e9) l&#8217;associent \u00e0 la tradition. Le jeune blondinet Jonny Lang reprend des standards blues mais appr\u00e9cie aussi les ballades un peu rock. On le classe cependant dans le blues et on aime la touche un peu sexy, glamour qu&#8217;il apporte \u00e0 cette musique. Quant \u00e0 l&#8217;harmoniciste Charlie Musselwhite, il a choisi de diviser son dernier album, Continental Drifter, en deux : une partie tr\u00e8s mississippienne, l&#8217;autre d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 la musique latine, salsa en compagnie des musiciens d&#8217;Eliades Ochoa. Il y reprend, avec sa voix et son harmonica du Sud, le classique de Compay Segundo, Chan Chan.<\/p>\n<p>Son message nous parvient, clair, g\u00e9n\u00e9reux : le blues d\u00e9passe les fronti\u00e8res, se coule dans toutes les musiques folkloriques du monde, du Mississippi \u00e0 la Havane. Une mani\u00e8re de dire : le blues-cam\u00e9l\u00e9on se transformera peut-\u00eatre mais son \u00e2me ne mourra jamais. Comment douter de cette v\u00e9rit\u00e9 quand, en plus, on voit au d\u00e9but des ann\u00e9es 90 r\u00e9appara\u00eetre les maudites cha\u00eenes aux pieds des prisonniers en Alabama. Personne n&#8217;oublie que les pamphlets d&#8217;avant-guerre fustigeaient cette barbarie (Chain Gangs Blues). Tant que le tortionnaire oeuvrera, le blues sera l\u00e0, belle r\u00e9ponse primaire \u00e0 l&#8217;homme primitif.<\/p>\n<p><strong> A lire : <\/strong><\/p>\n<p>Stephane Koechlin, le Blues, Librio, 10 F.<\/p>\n<p><strong> A \u00e9couter : <\/strong><\/p>\n<p>Ben Harper, Burn To Shine, Virgin ; John Lee Hooker, Boom Boom, Virgin ; T-Model Ford, You Better Keep Still, Epitaph\/Fat Possum ; Jonny Lang, Lie To Me, A &#038; M records<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Quel r\u00f4le joue encore le blues \u00e0 l&#8217;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle? Plus que centenaire, cette musique g\u00e9nitrice \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre, \u00e9touff\u00e9e par ces ambiances synth\u00e9tiques de sons techno\u00efdes. 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