{"id":1989,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/antoine-vitez-l-irremplacable1989\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"antoine-vitez-l-irremplacable1989","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1989","title":{"rendered":"Antoine Vitez l&#8217;irrempla\u00e7able"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Eloi Recoing ET Georges Banu <\/p>\n<p>Voir aussi Evocations<strong> Alors administrateur g\u00e9n\u00e9ral de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, apr\u00e8s qu&#8217;il eut dirig\u00e9 Chaillot de 1981 \u00e0 1988 et fond\u00e9 le Th\u00e9\u00e2tre des Quartiers d&#8217;Ivry en 1972, Antoine Vitez meurt le 30 avril 1990. Comme m\u00e9moire, un colloque, un livre, une revue. Et des t\u00e9moignages. <\/strong><\/p>\n<p>A sa mort, Vitez venait d&#8217;achever la mise en sc\u00e8ne de la Vie de Galil\u00e9e de Brecht. Parlant de Galil\u00e9e, dans lequel il voyait une figure de l&#8217;intellectuel communiste et de ses contradictions, il nous disait peu de temps auparavant : &#8220;avec ce travail, je retourne \u00e0 la maison. Je continue la conversation&#8221;. Il avait quitt\u00e9 le PCF en janvier 1981, mais jamais la grande utopie communiste du XXe si\u00e8cle n&#8217;avait cess\u00e9 de le former, de le travailler, de le d\u00e9chirer. C&#8217;est dans le secret des r\u00e9p\u00e9titions avec les acteurs, : il comparait cette activit\u00e9 \u00e0 celle d&#8217;un &#8220;monast\u00e8re en oraison&#8221; : qu&#8217;il retrouvait la r\u00e9alit\u00e9 et la globalit\u00e9 du monde auquel il travaillait \u00e0 donner sens. A propos du th\u00e9\u00e2tre, mais aussi de tout art qui se veut politique, : dans son sens le plus \u00e9lev\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire ayant une influence sur les mentalit\u00e9s, non au moyen de l&#8217;id\u00e9ologie, mais au moyen de la philosophie :, il aimait \u00e0 rappeler le r\u00f4le de l&#8217;artiste dans la Cit\u00e9 : &#8220;L&#8217;artiste est subversif en donnant \u00e0 son art une forme nouvelle, qui n&#8217;est pas convenue. Qui n&#8217;est pas convenable, ne convient pas, d\u00e9range&#8221;. (1)<\/p>\n<p>DEUX QUESTIONS A&#8230;Eloi Recoing<\/p>\n<p><strong> Vous consid\u00e9rez-vous comme l&#8217;h\u00e9ritier d&#8217;Antoine Vitez ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Eloi Recoing : <\/strong> Pas davantage que d&#8217;autres. Il n&#8217;y a pas d&#8217;h\u00e9ritier l\u00e9gitime. En revanche, je me sens redevable et form\u00e9 par Antoine. Une de ses vertus est d&#8217;avoir fait confiance \u00e0 la jeunesse, et \u00e0 chacun il a donn\u00e9 une fa\u00e7on et une possibilit\u00e9 de grandir. Aujourd&#8217;hui, on constate un vide de la pens\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre et du rapport du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la Cit\u00e9. Antoine obligeait chacun \u00e0 se positionner. D&#8217;ailleurs, \u00e7a aga\u00e7ait beaucoup de monde. Aujourd&#8217;hui que ses \u00e9crits sur le th\u00e9\u00e2tre sont publi\u00e9s, on constate qu&#8217;une oeuvre majeure de la pens\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre s&#8217;est \u00e9labor\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Quelle est, pour vous, la singularit\u00e9 principale du travail de Vitez ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Eloi Recoing : <\/strong> Ce qui, me semble-t-il, distingue radicalement la pratique d&#8217;Antoine de celles que j&#8217;ai pu voir par ailleurs, c&#8217;est l&#8217;absence de travail \u00e0 la table. D\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9p\u00e9tition, les acteurs \u00e9taient en sc\u00e8ne, le texte \u00e0 la main. L&#8217;esquisse d&#8217;une mise en sc\u00e8ne se faisait en sept ou huit jours. Rien n&#8217;\u00e9tait pr\u00e9\u00e9tabli, tout partait de ce qu&#8217;envoyait l&#8217;acteur, mais en m\u00eame temps une grande id\u00e9e gouvernait le travail. La r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait un lieu d&#8217;invention et les acteurs, sources de cr\u00e9ation. Ainsi, il donnait aux acteurs le sentiment de leur responsabilit\u00e9 en m\u00eame temps que celui de leur libert\u00e9.<\/p>\n<p>DEUX QUESTIONS A&#8230;Georges Banu<\/p>\n<p><strong> Comment avez-vous rencontr\u00e9 Antoine Vitez ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Georges Banu : <\/strong> Ce fut en 1977, lors d&#8217;un voyage \u00e0 Venise pour la Biennale des Dissidents. Antoine y allait pour pr\u00e9ciser sa position ; moi, je venais de quitter la Roumanie et venais parler des probl\u00e8mes de l&#8217;art dans les pays de l&#8217;Est. Dans le train, il m&#8217;a longuement parl\u00e9 de son projet de mise en sc\u00e8ne des Moli\u00e8re qu&#8217;il montait. Cela reste en moi comme la mythologie de cette mise en sc\u00e8ne qu&#8217;il avait construite. Le lendemain, on faisait ensemble un entretien sur Brecht pour les Cahiers de l&#8217;Herne. J&#8217;entendais un discours comme je le souhaitais : ni soumission, ni table rase. &#8220;Je ne veux ni l&#8217;attaquer, ni le sauver, mais le traiter.&#8221; On ne s&#8217;est pas revu pendant quatre ans. En 1981, pendant l&#8217;\u00e9t\u00e9, il m&#8217;appelle en Corr\u00e8ze et me demande de prendre la direction du Journal du Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot. L\u00e0, pendant huit ans, j&#8217;ai appris comment fonctionnent une maison th\u00e9\u00e2trale et une maison d&#8217;\u00e9dition. Il me disait toujours &#8220;tu fais le m\u00eame travail que je faisais \u00e0 Bref&#8221;. Il \u00e9tait directeur du journal du TNP du temps de Vilar. Antoine aimait confier une t\u00e2che \u00e0 une personne qui n&#8217;\u00e9tait pas sp\u00e9cialiste. Il aimait proposer \u00e0 quelqu&#8217;un de son choix un d\u00e9fi, de mani\u00e8re qu&#8217;il d\u00e9ploie, d\u00e9veloppe ses ressources, au prix d&#8217;une r\u00e9ussite ou d&#8217;un \u00e9chec retentissant. Il faisait ainsi avec les acteurs.<\/p>\n<p><strong> Vous avez publi\u00e9 avec Danielle Sallenave le Th\u00e9\u00e2tre des id\u00e9es (2), un choix de textes \u00e9crits par Antoine Vitez. Pouvez-vous nous parler de ses relations avec l&#8217;\u00e9criture ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Georges Banu : <\/strong> Pour Antoine l&#8217;\u00e9crit comptait. Il tenait \u00e0 intervenir par l&#8217;\u00e9crit et j&#8217;ai une admiration sans aucune r\u00e9serve \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ses \u00e9crits. Pour chaque num\u00e9ro du Journal, je m&#8217;\u00e9tais impos\u00e9 de publier un texte d&#8217;Antoine. Ce n&#8217;\u00e9tait pas une servitude volontaire. J&#8217;aimais ses textes. C&#8217;\u00e9tait toujours un bonheur. Il me fallait le tanner entre deux r\u00e9p\u00e9titions, deux rendez-vous, deux r\u00e9unions de travail. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, je l&#8217;ai accouch\u00e9 de ces textes. Dans le livre le Th\u00e9\u00e2tre des id\u00e9es, nous avons voulu retrouver le spectre de toutes les postures diff\u00e9rentes de l&#8217;\u00e9criture. De l&#8217;article dans une feuille de banlieue \u00e0 une feuille du Monde, il \u00e9crivait avec la m\u00eame dignit\u00e9, le m\u00eame respect. Ce qui changeait, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;angle. On peut dire qu&#8217;il \u00e9tait \u00e9crivain autant que metteur en sc\u00e8ne. Antoine \u00e9tait le ma\u00eetre du point virgule. Il relisait tout, ne laissait rien passer. Il \u00e9crivait de nombreuses lettres. Yannis Kokkos, Aperghis, Marie Etienne, moi, nous recevions pendant l&#8217;\u00e9t\u00e9 de longues et importantes lettres qui \u00e9claircissaient le chemin pour la saison \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Colloque, Trois jours avec Antoine Vitez, les 23, 24, 25 juin 2000, Paris, Conservatoire national sup\u00e9rieur d&#8217;Art dramatique.<\/p>\n<p>1. Cit\u00e9 dans Marie Etienne, Antoine Vitez, le roman du Th\u00e9\u00e2tre. Voir encadr\u00e9.<\/p>\n<p>2. Antoine Vitez, le Th\u00e9\u00e2tre des id\u00e9es, anthologie sous la direction de Dani\u00e8le Sallenave et Geoges Banu, Editions Gallimard, 1991.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Eloi Recoing ET Georges Banu <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1989","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1989","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1989"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1989\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1989"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1989"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1989"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}