{"id":1982,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-mixite-un-serpent-de-mer1982\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"la-mixite-un-serpent-de-mer1982","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1982","title":{"rendered":"La mixit\u00e9, un serpent de mer&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Makan Rafatdjou et Louis Soria <\/p>\n<p><strong> La mixit\u00e9 est-ce le contraire de l&#8217;\u00e9clatement de la ville ? Une mani\u00e8re de vivre en commun ? Avec quel projet ? Essais de d\u00e9finition. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Louis Soria : <\/strong> La mixi-t\u00e9 est un serpent de mer, un de ces mots qu&#8217;on utilise charg\u00e9 de sens nouveau,qui pourrait \u00eatre &#8220;n&#8217;organisons pas les ghettos&#8221;. Pass\u00e9 dans le langage officiel, le terme se comprend confus\u00e9ment comme une sorte &#8220;d&#8217;antidote&#8221; au zonage monofonctionnel.<\/p>\n<p><strong> Makan Rafatdjou : <\/strong> Les mots \u00e0 la mode exigent des pr\u00e9cautions s\u00e9mantiques : \u00e0 premi\u00e8re vue, la mixit\u00e9 correspond \u00e0 une id\u00e9e un peu na\u00efve de m\u00e9lange. Mais \u00e0 quelle \u00e9chelle s&#8217;organise la mixit\u00e9 : la rue, le quartier, la commune, l&#8217;agglom\u00e9ration ? Et puis, la mixit\u00e9 n&#8217;est pas une r\u00e9partition harmonieuse pr\u00e9\u00e9tablie des populations et des fonctions urbaines. Mieux vaut ne pas confondre les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 combattre et les d\u00e9s\u00e9quilibres. Ces derniers sont constitutifs du territoire de la ville, qui est une dynamique en mouvements et pr\u00e9sente une pluralit\u00e9 fonctionnelle, sociologique, morphologique, structurelle, \u00e9conomique, culturelle.L.S. : Comment spatialiser cette pluralit\u00e9 ? Plut\u00f4t que d&#8217;imaginer installer la pluralit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il n&#8217;y en a pas, ce qui est inqui\u00e9tant \u00e0 mon avis, il s&#8217;agit de comprendre ce qui existe pour d\u00e9cider d&#8217;accompagner ou de contrecarrer des tendances, des ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s. Par exemple, pour l&#8217;urbaniste que je suis, la loi sur la solidarit\u00e9 et le renouvellement urbain, la loi Gayssot, ne cherche pas \u00e0 r\u00e9partir les pauvres dans toutes les villes comme l&#8217;ont dit quelques esprits qui se voulaient \u00e9clair\u00e9s, mais dit que des territoires aujourd&#8217;hui inaccessibles \u00e0 certaines populations doivent l&#8217;\u00eatre \u00e0 ceux qui le veulent.<\/p>\n<p><strong> M.R. : <\/strong> Un certain nombre de groupes et d&#8217;individus ont le sentiment que la ville est dans la s\u00e9gr\u00e9gation spatiale. Or, fondamentalement, la ville, la connurbation et m\u00eame le village n&#8217;existent pas sans mixit\u00e9. Les entit\u00e9s spatiales monofonctionnelles sont des exceptions dans l&#8217;histoire. La ville est l&#8217;expression de l&#8217;\u00e9change, de la rencontre, de l&#8217;activit\u00e9 intellectuelle, \u00e9conomique. Elle est le lieu par excellence de la coexistence et de la confrontation. Elle est de fait l&#8217;expression d&#8217;une forme de mixit\u00e9. Loin de l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, la mixit\u00e9 est la pr\u00e9sence dans un territoire donn\u00e9 de classes sociales et de groupes et d&#8217;individus qui \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une m\u00eame couche sociale peuvent avoir des modes de vie diff\u00e9rents et des int\u00e9r\u00eats divergents.<\/p>\n<p><strong> L.S. : <\/strong> Face au d\u00e9veloppement des communications et des \u00e9changes, l&#8217;existence de territoires de plus en plus vastes et complexes, on assiste \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de cloisonnement et d&#8217;enfermement des individus dans des univers de plus en plus r\u00e9tr\u00e9cis. C&#8217;est une opposition fondamentale qui traduit cette difficult\u00e9 qu&#8217;ont beaucoup de gens \u00e0 saisir et int\u00e9grer cette complexit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> M.R. : <\/strong> L&#8217;homme n&#8217;existe qu&#8217;\u00e0 travers les relations qu&#8217;il instaure avec son environnement, les rapports sociaux qu&#8217;il tisse et qui le constituent. C&#8217;est cela le fondement des villes, avec des modes d&#8217;occupation du territoire, d&#8217;espaces, qui orientent la nature de l&#8217;\u00e9change. L&#8217;\u00e9change s&#8217;organise en fonction des dimensions de territoires et d&#8217;activit\u00e9s dominantes \u00e0 un moment donn\u00e9. L&#8217;histoire des villes se d\u00e9cline ainsi. Aujourd&#8217;hui, il y a mutation de la nature de l&#8217;\u00e9change dans l&#8217;espace urbain. Et la revendication des urbains est celle de la qualit\u00e9 globale de l&#8217;espace de la ville. Le ghetto existe non pas du fait de la densit\u00e9, de la seule pr\u00e9sence massive de telle population \u00e0 tel endroit mais \u00e0 cause du confinement, de l&#8217;exclusion, de l&#8217;absence d&#8217;\u00e9changes. A partir de la r\u00e9volution industrielle, la ville est juxtapos\u00e9e et non imbriqu\u00e9e. Or elle ne peut se contenter de juxtapositions, donc il y a un travail de couture, de mise en relation, de lien \u00e0 faire, pour qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de mondes s\u00e9par\u00e9s. Le logement social n&#8217;en est qu&#8217;un \u00e9l\u00e9ment, en faire la panac\u00e9e est une illusion. Un certain nombre de territoires sont r\u00e9pulsifs, les gens n&#8217;y restent que parce qu&#8217;ils ne peuvent en partir. C&#8217;est une question d&#8217;espace public, d&#8217;en-commun. La ville est un espace partag\u00e9 il faudrait qu&#8217;elle devienne un espace du partage ; ce partage ne concerne pas seulement l&#8217;existant, mais un \u00e0-venir, et doit se faire \u00e0 partir d&#8217;un projet qui ne peut plus \u00eatre celui des seuls politiques, ou des seuls techniciens mais un projet commun aux citoyens, aux politiques, aux experts.<\/p>\n<p><strong> L.S. : <\/strong> D\u00e9finir la mixit\u00e9 comme l&#8217;inverse de la ville s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9e voudrait dire qu&#8217;il suffit de changer des dispositions techniques. Mais la mixit\u00e9 ne se d\u00e9cr\u00e8te pas dans le partage de l&#8217;espace. Elle se met en place dans l&#8217;organisation de relations humaines dans un espace, \u00e0 un moment : quel est l&#8217;espace affect\u00e9 \u00e0 tel groupe dominant dans telle partie de la ville ? La mixit\u00e9 n&#8217;est r\u00e9elle que si elle s&#8217;applique \u00e0 des \u00e9chelles de territoire pertinentes. Et il faut assembler ces territoires entre eux. C&#8217;est pourquoi la qualit\u00e9 de l&#8217;espace public, qui joue ce r\u00f4le d&#8217;interface, est au centre des pr\u00e9occupations actuelles.<\/p>\n<p><strong> M.R. : <\/strong> L&#8217;am\u00e9nagement spatial de la ville doit aller du m\u00eame pas que la gouvernance urbaine, le projet politique, les outils et les techniques en d\u00e9pendent et conditionnent l&#8217;appropriation sociale.<\/p>\n<p><strong> L.S. : <\/strong> Cette revendication de mixit\u00e9 ne manifeste-t-elle pas une anxi\u00e9t\u00e9 devant la difficult\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser les \u00e9volutions urbaines ? Faut-il vouloir ma\u00eetriser tout (par exemple la destination des petits commerces \u00e0 chaque changement de bail) ? Cette volont\u00e9 me para\u00eet relever du scientisme. Elle comporte une simplification risqu\u00e9e. La revendication de mixit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle communale est la prise de conscience de la division de l&#8217;espace dont la population ne se satisfait plus aujourd&#8217;hui car elle implique des moyens lourds de communications et de transports entre des parties de villes coup\u00e9es entre elles. La revendication de mixit\u00e9 dans le logement social r\u00e9v\u00e8le de la d\u00e9fiance entre groupes humains qui se m\u00e9connaissent. Identifions les contextes dans lesquels se situe le mot mixit\u00e9, car aujourd&#8217;hui chacun y met ce qui l&#8217;arrange.<\/p>\n<p><strong> M.R. : <\/strong> Pour ne pas imaginer la ville id\u00e9ale et vouloir ensuite faire entrer de force le r\u00e9el dans cet id\u00e9al, il faut am\u00e9nager et g\u00e9rer le territoire pour laisser la place au foisonnement urbain en n&#8217;oubliant pas que s&#8217;il est conflictuel, il est aussi cr\u00e9ateur. L&#8217;id\u00e9e implicite qu&#8217;en am\u00e9nageant bien, on \u00e9vite les conflits, qui conduit \u00e0 stigmatiser des lieux urbains comme pathog\u00e8nes, est fausse : l&#8217;am\u00e9nagement ne r\u00e9soudra pas un certain nombre de conflits r\u00e9els, en revanche, il peut d\u00e9gager des possibles qui r\u00e9pondent \u00e0 des besoins aujourd&#8217;hui et ouvrir des champs pour demain.<\/p>\n<p><strong> L.S. : <\/strong> La question est pos\u00e9e de modifier l&#8217;espace public permettant des syst\u00e8mes nouveaux de relations et d&#8217;\u00e9changes. Des am\u00e9nagements urbains r\u00e9cents en t\u00e9moignent : le Cours des 40 Otages \u00e0 Nantes en est un bon exemple. n<\/p>\n<p>* Architectes et urbanistes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Makan Rafatdjou et Louis Soria <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[300],"class_list":["post-1982","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-territoires"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1982"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}