{"id":1979,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-longue-mobilisation-des1979\/"},"modified":"2000-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-05-31T22:00:00","slug":"la-longue-mobilisation-des1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1979","title":{"rendered":"La longue mobilisation des enseignants"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La lutte des enseignants, partie de ce mouvement social irr\u00e9gulier et fragmentaire depuis 1995, a fait tomber leur ministre de tutelle, pendant que le ministre de l&#8217;Economie et des Finances a connu le m\u00eame sort. La pr\u00e9sence dans les deux projets d&#8217;un m\u00eame objectif de bouleversement du maillage territorial n&#8217;est pas anodine. Les enseignants ont aussi ouvert une br\u00e8che, avec le personnel hospitalier, dans le dogme lib\u00e9ral du gel de l&#8217;emploi public. Retour analytique. <\/p>\n<p>Les luttes sociales ayant provoqu\u00e9 la chute d&#8217;un ministre ne sont pas foison dans l&#8217;histoire politique des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es : la d\u00e9mission d&#8217;Alain Savary et l&#8217;abandon du SPULEN entra\u00een\u00e8rent le changement de gouvernement en juillet 1984 ; celle d&#8217;Alain Devaquet le 6 d\u00e9cembre 1986 entrava quelque peu l&#8217;esprit conqu\u00e9rant de la droite revenue aux affaires. Le remaniement gouvernemental effectu\u00e9 par Lionel Jospin le 27 mars 2000 scelle principalement l&#8217;\u00e9chec du ministre de l&#8217;Education nationale et par effet d&#8217;entra\u00eenement, celui du ministre de l&#8217;Economie et des Finances. Qu&#8217;un tel \u00e9v\u00e9nement apparaisse, de fa\u00e7on r\u00e9trospective, comme une \u00e9tape marquante dans l&#8217;histoire du gouvernement de la gauche plurielle semble probable : il ne fait pas de doute qu&#8217;il rev\u00eat d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 une dimension significative pour ce &#8220;mouvement social&#8221; dont le d\u00e9veloppement s&#8217;av\u00e8re irr\u00e9gulier et fragmentaire depuis l&#8217;automne 1995.<\/p>\n<p><strong> Coh\u00e9rence revendicative <\/strong><\/p>\n<p>Alors m\u00eame que la d\u00e9cision de dissoudre l&#8217;Assembl\u00e9e nationale au printemps 1997 renvoyait pour une part \u00e0 l&#8217;impact des grandes gr\u00e8ves de novembre-d\u00e9cembre 1995, la question de l&#8217;unit\u00e9 possible des diff\u00e9rentes formes de contestation sociale, celle de leur coh\u00e9rence revendicative et de leur capacit\u00e9 \u00e0 avancer des propositions alternatives n&#8217;ont cess\u00e9 de se poser depuis lors. Surtout, ce difficile travail sur elles-m\u00eames des luttes sociales, travail d&#8217;\u00e9lucidation et d&#8217;\u00e9laboration, s&#8217;est accompagn\u00e9 d&#8217;une rh\u00e9torique de la substantialisation : la gauche politique pouvant s&#8217;affirmer r\u00e9ceptive, \u00e0 l&#8217;\u00e9coute ou en phase avec un mouvement social pos\u00e9 comme homog\u00e8ne et ext\u00e9rieur \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l&#8217;affrontement direct entre les personnels de l&#8217;Education nationale et leur ministre : ouvert d\u00e8s juillet 1997 avec les propos de Claude All\u00e8gre sur la n\u00e9cessit\u00e9 de &#8220;d\u00e9graisser le mammouth&#8221; : a constitu\u00e9 \u00e0 la fois un d\u00e9menti flagrant de cette pr\u00e9tendue proximit\u00e9 et une \u00e9preuve de premier ordre pour les organisations syndicales de ce secteur professionnel. Il para\u00eet ainsi essentiel de revenir sur les racines et le d\u00e9roulement de cette mobilisation qui a rev\u00eatu plusieurs formes et suivi plusieurs rythmes de 1997 \u00e0 mars 2000.<\/p>\n<p><strong> Territorialisation <\/strong><\/p>\n<p>Le premier acte de cet affrontement s&#8217;amorce d\u00e8s l&#8217;\u00e9t\u00e9 1997. Le nouveau titulaire du portefeuille de l&#8217;Education nationale entreprend de d\u00e9concentrer le mouvement national des personnels, en un mot, de le d\u00e9centraliser. La mesure vise directement le SNES-FSU, syndicat largement majoritaire dans l&#8217;enseignement secondaire qui participe de ce fait pleinement \u00e0 la gestion technique des proc\u00e9dures de mutations g\u00e9ographiques. Sous un angle plus politique que tactique, la mesure r\u00e9v\u00e8le aussi ce que recouvrent les ambitions de Claude All\u00e8gre pour l&#8217;ensemble du secteur \u00e9ducatif : la territorialisation des politiques publiques et de la fonction publique ouvre une voie privil\u00e9gi\u00e9e pour substituer des r\u00e8gles de gestion calqu\u00e9es sur le secteur priv\u00e9 au mode de fonctionnement d&#8217;un secteur public, national et unifi\u00e9. Il n&#8217;est pas anodin, en ce sens, qu&#8217;un m\u00eame objectif de bouleversement du maillage territorial se soit retrouv\u00e9 dans la r\u00e9forme du minist\u00e8re de l&#8217;Economie et de Finances promue par Christian Sautter. R\u00e9forme de l&#8217;Etat et gel de l&#8217;emploi public : le maintien en parall\u00e8le de ces deux objectifs constitue bien la toile de fond sur laquelle s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9 ce que l&#8217;arrogance et le m\u00e9pris de Claude All\u00e8gre ont transform\u00e9 en v\u00e9ritable m\u00e9lodrame.<\/p>\n<p>Du 2 mars au 5 mai 1998, le mouvement des enseignants, des \u00e9l\u00e8ves et des parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves de la Seine-Saint-Denis vient r\u00e9futer l&#8217;id\u00e9e, reprise publiquement par le ministre, &#8220;qu&#8217;on ne peut enseigner la m\u00eame chose dans le septi\u00e8me arrondissement et \u00e0 Bobigny&#8221;. Le renvoi aux situations locales, une \u00e9cole pour chaque territoire, porte en germe les projets de transformation de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire en partenaire des entreprises et des collectivit\u00e9s locales. Le mouvement du 93 pose clairement, au contraire, la question des moyens n\u00e9cessaires pour une d\u00e9mocratisation r\u00e9ussie de l&#8217;enseignement et interroge directement un Etat suppos\u00e9 garant de la coh\u00e9sion territoriale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cinq semaines de gr\u00e8ves et neuf manifestations unitaires, le mouvement de la Seine-Saint-Denis remporte un succ\u00e8s ind\u00e9niable, avec l&#8217;annonce de la cr\u00e9ation de 3000 postes sur trois ans pour le d\u00e9partement. S&#8217;apparentant presque \u00e0 une lutte de pays, le mouvement n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9passer ses particularit\u00e9s pour s&#8217;\u00e9tendre aux d\u00e9partements voisins. Pour autant, le mouvement du 93 laisse des traces, y compris au niveau national : en mars 2000, les enseignants mobilis\u00e9s dans le Gard demanderont un plan de rattrapage, &#8220;comme la Seine-Saint-Denis&#8221;.<\/p>\n<p>La pr\u00e9paration de la Charte pour les lyc\u00e9es, celle pour l&#8217;\u00e9cole primaire, divise le mouvement syndical. La notion de r\u00e9forme est au coeur de la controverse et menace d&#8217;auto-enfermement ceux qui refuseraient de se tourner vers cette apparente modernit\u00e9. Les louvoiements tactiques du Snes-FSU \u00e0 la recherche d&#8217;une pacification de ses relations avec le minist\u00e8re d\u00e9bouchent sur l&#8217;annulation de la gr\u00e8ve du 10 septembre 1998. En r\u00e9action, la grogne des enseignants n&#8217;en finit pas de monter, des lyc\u00e9es \u00e9litistes du centre parisien aux lyc\u00e9es d\u00e9favoris\u00e9s de la banlieue Nord, dans un magma confus de rejet du ministre, de d\u00e9nonciation de la logique lib\u00e9rale, de revendications d&#8217;une \u00e9galit\u00e9 en acte.<\/p>\n<p><strong> Une br\u00e8che est ouverte <\/strong><\/p>\n<p>Au printemps 1999, le mouvement anti-All\u00e8gre prend forme par le biais de collectifs dont l&#8217;animation revient le plus souvent \u00e0 des enseignants membres du SNES, et parfois m\u00eame du courant Unit\u00e9 et Action. Le syndicat majoritaire de l&#8217;enseignement secondaire se sent alors d\u00e9bord\u00e9 par sa base, au point de ratifier un manifeste port\u00e9 par le lyc\u00e9e Henri IV, dont le caract\u00e8re \u00e9litiste sera quelque peu critiqu\u00e9, au point \u00e9galement de convoquer une manifestation le 20 mars 1999 avec le SNALC, connu pour son ancrage \u00e0 droite. Tenant plus de la r\u00e9action \u00e9pidermique que de la contre-offensive raisonn\u00e9e, le mouvement anti-All\u00e8gre s&#8217;essouffle sans avoir r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un rapport de force \u00e0 la hauteur des enjeux.<\/p>\n<p>Un an plus tard, le secteur de l&#8217;Education nationale conna\u00eet cependant ses plus grandes gr\u00e8ves et manifestations depuis l&#8217;automne 1989. Comment expliquer cette reprise, cette fois d\u00e9cisive, qui ne s&#8217;est pas d\u00e9roul\u00e9e en marge de l&#8217;action syndicale mais en osmose avec celle-ci ? Trois facteurs, en amont, peuvent \u00eatre \u00e9nonc\u00e9s, deux autres relevant de la morphologie du mouvement en tant que tel. En premier lieu, la r\u00e9forme des lyc\u00e9es commence \u00e0 \u00eatre appliqu\u00e9e en seconde lors de la rentr\u00e9e 1999, le paradoxe de changements des horaires et des m\u00e9thodes de travail \u00e0 moyens constants devenant une r\u00e9alit\u00e9 tangible.<\/p>\n<p>En second lieu, l&#8217;annonce de la carte scolaire pour la rentr\u00e9e 2000, sans cr\u00e9ation de postes ni en maternelle ni dans le primaire, trahit une nouvelle fois les limites de la politique gouvernementale malgr\u00e9 l&#8217;existence d&#8217;une cagnotte budg\u00e9taire. Dans le Gard comme dans l&#8217;H\u00e9rault, la mobilisation des professeurs des \u00e9coles emporte l&#8217;assentiment des parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, annulant par l\u00e0-m\u00eame toute d\u00e9nonciation par Claude All\u00e8gre des &#8220;r\u00e9volutionnaires du statu quo&#8221;. Enfin, les \u00e9lections professionnelles du 7 d\u00e9cembre 1999 constituent un revers pour Claude All\u00e8gre, puisque la FSU et son syndicat de l&#8217;enseignement primaire le SNUIPP en sortent renforc\u00e9s, tandis que SUD-Education et Force Ouvri\u00e8re tirent profit de la l\u00e9g\u00e8re \u00e9rosion du SNES, et non les organisations favorables \u00e0 la r\u00e9forme. La col\u00e8re des professeurs de lyc\u00e9es professionnels face \u00e0 la remise en cause de leur statut favorise une dynamique intersyndicale, malgr\u00e9 le d\u00e9sistement de la plus forte organisation du secteur, le SNETAA.<\/p>\n<p>Le mouvement gagne alors en expansion et trouve un d\u00e9bouch\u00e9 pertinent dans la journ\u00e9e d&#8217;action du 16 mars pour la d\u00e9fense de l&#8217;emploi public, pr\u00e9vue \u00e0 l&#8217;initiative du SGEN-CFDT et du SE-FEN. L&#8217;ampleur des manifestations sur l&#8217;ensemble du territoire le 16 et le 24 mars 2000, l&#8217;intensit\u00e9 des gr\u00e8ves lors de ces deux journ\u00e9es d&#8217;action et tout au long de la p\u00e9riode t\u00e9moignent non seulement de la popularit\u00e9 du mouvement mais aussi de sa maturit\u00e9. Reflet d&#8217;une r\u00e9sistance collective face au style arrogant et non d\u00e9mocratique d&#8217;un ministre, la longue mobilisation des enseignants a \u00e9galement ouvert une br\u00e8che, \u00e0 la suite de la gr\u00e8ve du personnel hospitalier, dans le dogme lib\u00e9ral du gel de l&#8217;emploi public. Autant d&#8217;aspirations, comme la d\u00e9fense d&#8217;une vision progressiste de la r\u00e9forme, qu&#8217;il reste encore \u00e0 concr\u00e9tiser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La lutte des enseignants, partie de ce mouvement social irr\u00e9gulier et fragmentaire depuis 1995, a fait tomber leur ministre de tutelle, pendant que le ministre de l&#8217;Economie et des Finances a connu le m\u00eame sort. La pr\u00e9sence dans les deux projets d&#8217;un m\u00eame objectif de bouleversement du maillage territorial n&#8217;est pas anodine. Les enseignants ont aussi ouvert une br\u00e8che, avec le personnel hospitalier, dans le dogme lib\u00e9ral du gel de l&#8217;emploi public. 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