{"id":1976,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/annees-601976\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"annees-601976","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1976","title":{"rendered":"Ann\u00e9es 60"},"content":{"rendered":"<p>S&#8217;\u00e9loignent les ann\u00e9es 50, American graffiti, James Dean et gomina, Presley et rock&#8217;n roll, on quitte le joli temps du One two three four ! et l&#8217;innocence de la r\u00e9volte adolescente pour entrer dans les Sixties, troublantes et troubl\u00e9es, o\u00f9 s&#8217;est jou\u00e9 une bonne part de ce qui aujourd&#8217;hui se rejoue, recycl\u00e9, souvent att\u00e9nu\u00e9, et dont rayonne toujours la nostalgie&#8230;<\/p>\n<p>En ce temps, on inaugure Brasilia, et le nouveau franc. Les &#8220;\u00e9trangers lucarnes&#8221; s&#8217;installent de plus en plus dans les salons.En 68, 60 % des Fran\u00e7ais ont la t\u00e9l\u00e9vision pour 90 % des foyers britanniques. Tous les &#8220;jeunes&#8221; aspirent \u00e0 poss\u00e9der un radio cassette, en sus de leur indispensable transistor, et de leur consubstantiel tourne-disques. La voiture se d\u00e9mocratise, les techniques permettent de croire avec \u00e9lan que l&#8217;humanit\u00e9 est sur la route du progr\u00e8s. On est fier du &#8220;France&#8221;, fiers de la premi\u00e8re greffe du coeur, fiers du premier pas de l&#8217;homme sur la lune. Oui, en ce temps-l\u00e0, on conna\u00eet l&#8217;\u00e9merveillement, on sait qu&#8217;on repousse les fronti\u00e8res de l&#8217;impossible, qu&#8217;on accomplit des r\u00eaves mill\u00e9naires. A l&#8217;aube de la d\u00e9cennie, Kennedy est \u00e9lu pr\u00e9sident, il est jeune, il est s\u00e9duisant, il est&#8230; &#8220;moderne&#8221;, il porte les espoirs de ceux qui veulent que la soci\u00e9t\u00e9 des hommes soit gouvern\u00e9e par la raison et la justice. La guerre est vraiment finie, le proc\u00e8s d&#8217;Eichmann semble bien symboliquement la clore, l&#8217;heure est venue d&#8217;inventer le bonheur.<\/p>\n<p>Comme le dira tr\u00e8s bient\u00f4t Dylan, &#8220;time are changing&#8221;, les temps changent.Oui : le S\u00e9n\u00e9gal, le Mali, la Somalie, Madagascar, le &#8220;Congo belge&#8221; prennent leur ind\u00e9pendance. En France, 75 % des \u00e9lecteurs se prononcent par r\u00e9f\u00e9rendum pour l&#8217;autod\u00e9termination en Alg\u00e9rie. Castro proclame Cuba R\u00e9publique d\u00e9mocratique socialiste. Le corps de Staline est retir\u00e9 du mausol\u00e9e de L\u00e9nine \u00e0 Moscou. Et Vatican II commence ses travaux.<\/p>\n<p><strong> Des th\u00e8mes tabous sont d\u00e9clin\u00e9s sans rougir&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Mais c&#8217;est aussi, tr\u00e8s vite, le putsch des g\u00e9n\u00e9raux, la construction du mur de Berlin, les Casques bleus au Congo-Kinshasa, les morts de Charonne, et le d\u00e9barquement des Marines au Sud Vietnam. Mais c&#8217;est aussi, tr\u00e8s vite, le coup d&#8217;Etat militaire en Gr\u00e8ce, le d\u00e9barquement rat\u00e9 de la Baie des Cochons, la grande gr\u00e8ve des mineurs de fond en Lorraine et dans le Nord, la guerre des Six Jours. Sacr\u00e9e \u00e9poque. Violente, ardente, brutalisante, toute en contradictions. Martin Luther King conduit la marche sur Washington pour les droits civiques en 63, en 65 Malcolm X est assassin\u00e9, de sanglantes \u00e9meutes raciales secouent les USA, en 68, c&#8217;est le pasteur King qui est assassin\u00e9. Une loi sur les droits civiques des Noirs a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e quatre ans plus t\u00f4t. Les accords d&#8217;Evian ont \u00e9t\u00e9 sign\u00e9s, l&#8217;OLP se cr\u00e9e, la France se retire de l&#8217;OTAN, Khrouchtchev est destitu\u00e9, le pape interdit la pilule, la loi Neuwirth l&#8217;autorise. Le Torrey Canyon fait naufrage, la Chine engage sa &#8220;grande r\u00e9volution culturelle prol\u00e9tarienne&#8221;, le Biafra meurt de faim, la r\u00e9pression anti-communiste en Indon\u00e9sie fait de trois \u00e0 cinq cent mille victimes, Anquetil rafle obstin\u00e9ment le maillot jaune, les Etats-Unis connaissent de grandes manifestations contre la guerre du Vietnam, en France Brassens, Brel et Ferr\u00e9 cultivent la subversion, taquine ou lyrique, avec bonheur. Oui, sacr\u00e9e \u00e9poque. Genet fait scandale \u00e0 l&#8217;Od\u00e9on en 66 avec les Paravents, le Petit soldat de Godard est interdit pendant trois ans, la Religieuse de Rivette, n&#8217;a pas le droit de sortir sur les \u00e9crans, Lelouch triomphe avec Un homme et une femme, le cin\u00e9ma italien est en pleine gloire, avec Fellini, Visconti, Antonioni, Pasolini, Rosi, Godard signe Pierrot le fou, et Andrei Roublev ou les Chevaux de feu viennent nous \u00e9blouir, le pop&#8217;art fait jaser, les premiers happenings m\u00e9dusent le public habitu\u00e9 aux r\u00e8gles du jeu traditionnelles. Il y a une effervescence artistique somptueuse, synchrone avec l&#8217;effervescence politique. Le rock&#8217;n roll devient la pop et entreprend lui aussi de donner son point de vue sur le monde.<\/p>\n<p>Evidemment, c&#8217;est la d\u00e9cennie des Beatles, qui sortent leur premier disque en 62 et se s\u00e9parent en 69. Et celle de Dylan le magnifique. Et celle des Stones. Et celle de Hendrix. Et des Doors. Et de Joplin. Et du Velvet Underground. Et de Motown. Et de&#8230; Il y a comme qui dirait foule en ce temps-l\u00e0. Et foule de talents, d&#8217;inventions, de directions, dont on n&#8217;est toujours, malgr\u00e9 les apparences, pas remis. On essaie de mettre de l&#8217;ordre, et on reprend. Donc, c&#8217;est la d\u00e9cennie o\u00f9 appara\u00eet la pop anglaise, et o\u00f9 resplendit un genre unique de folk blues \u00e9lectrisant. O\u00f9 na\u00eet une avant-garde, o\u00f9 des th\u00e8mes tabous sont d\u00e9clin\u00e9s sans rougir, de la drogue au sexe, o\u00f9 des sons nouveaux sont exp\u00e9riment\u00e9s. Bon. On essaie de remettre de l&#8217;ordre et on reprend.<\/p>\n<p>Ce qui se passe dans les ann\u00e9es 60, c&#8217;est, d&#8217;une part, que les groupes de pop music deviennent les porte-parole d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration, et que cette g\u00e9n\u00e9ration a des aspirations politiques, morales, quasi philosophiques ; d&#8217;autre part, que les Etats-Unis ne sont plus en situation de monopole ; qu&#8217;enfin, toutes sortes d&#8217;innovations viennent compliquer et enrichir cette musique &#8220;populaire&#8221;.<\/p>\n<p><strong> &#8230; et le pop donne son avis sur le monde <\/strong><\/p>\n<p>Cheveux longs, d&#8217;accord, id\u00e9es courtes, certainement pas, contrairement \u00e0 ce que chante Johnny. Cheveux longs pour les gar\u00e7ons, minijupe pour les filles, pattes d&#8217;eph&#8217; pour tous, on crie \u00e0 l&#8217;androgynie, \u00e0 la confusion des genres, les &#8220;jeunes&#8221;, eux, affirment peu \u00e0 peu la possibilit\u00e9 d&#8217;une contre-culture, d&#8217;une culture alternative, qui sera parfois &#8220;underground&#8221;, souterraine, qui, en tous cas, s&#8217;oppose vigoureusement \u00e0 la culture dominante. Ce sera celle des hippies, le flower power des beautiful people, qui s&#8217;ouvre \u00e0 l&#8217;orientalisme, en pleine guerre du &#8220;Nam&#8221;, et qui veut la paix, int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, et l&#8217;harmonie. Mais d&#8217;abord et avant tout, on change les rep\u00e8res : les Beatles ont l&#8217;accent de Liverpool, ce qui ne se faisait, oh my God, pas. Les Stones s&#8217;inspirent directement de la musique noire, comme Joplin, comme Hendrix, ce qui ne se faisait que de fa\u00e7on adoucie jusqu&#8217;alors ; le rock s&#8217;empare du folk, lui injecte du blues, et renoue avec le &#8220;message&#8221; : on est tr\u00e8s loin des surprises parties ! La Grande-Bretagne cocktailise son h\u00e9ritage, music-hall, chorales religieuses, skiffle, ritournelles populaires, pour s&#8217;inventer sa pop, voix fl\u00fbt\u00e9es, dissonances, refrains ent\u00eatants, harmonies \u00e9patantes et \u00e9chos de pianos m\u00e9caniques. La musique noire, celle des exclus, des bad boys, ressurgit chez les fils d&#8217;ouvriers blancs. Et on a les Kinks, et on a Clapton, Burdon, Cocker, Stewart&#8230; Tout va tr\u00e8s vite. Les radios pirates s&#8217;installent en mer du Nord, les festivals apparaissent, c&#8217;est le d\u00e9but de l&#8217;orgue \u00e9lectronique et de l&#8217;ordinateur \u00e0 sons, de la p\u00e9dale wah-wah, du fuzz-box et des claviers \u00e9lectroniques. On ne compose plus de chansons de 2&#8217;35 comme le susurrait Sylvie Vartan, on \u00e9labore des albums, on \u00e9crit des morceaux de quarante minutes, on colle des sons, on joue avec la mati\u00e8re sonore, et on cherche \u00e0 faire bouger le monde, dedans, dehors, la musique est une arme, l&#8217;apparence est une arme.<\/p>\n<p>Les r\u00eaves sont grands et flous, entre politique et spiritualit\u00e9, la jeunesse devient une valeur en soi contre la laideur adulte : hope I die before I get old, j&#8217;esp\u00e8re mourir avant de devenir vieux, dit Pete Townshend dans My generation, des Who : il y a des \u00e9meutes au Mexique, Rudi Dutscke, le leader allemand d&#8217;extr\u00eame gauche, est l&#8217;objet d&#8217;un attentat, en France, c&#8217;est l&#8217;\u00e9motion \u00e9tudiante et la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, au Viet-Nam, c&#8217;est l&#8217;offensive du T\u00eat. Les concerts se transforment en autant de manifestations de d\u00e9saccord, les drogues fleurissent, pour &#8220;ouvrir les portes de la perception&#8221;, LSD ou h\u00e9ro\u00efne, les musiques pratiquent la &#8220;fusion&#8221;, s&#8217;ouvrent au reste du monde, peace, brother, au Chili, au Br\u00e9sil, \u00e0 la Jama\u00efque, deviennent savantes, deviennent planantes, ou s&#8217;emparent du cabaret de Brecht et Weil. En France on c\u00e9l\u00e8bre les racines celtes avec Stivell, on se lance dans le progressive rock avec Magma, Manset commence ses incantations splendides, mais vient la mort des esp\u00e9rances, la mort tout court. Les Beatles se s\u00e9parent, les chars sovi\u00e9tiques sont entr\u00e9s \u00e0 Prague, Dylan se tait, Hendrix, Joplin, Jim Morrison sont morts&#8230; Mais comme le dit l&#8217;un des membres du Band, c&#8217;est dans l&#8217;admirable The Last Waltz, le film de Scorsese&#8230; c&#8217;est le d\u00e9but de la fin&#8230; ou plut\u00f4t le d\u00e9but de la fin du d\u00e9but.<\/p>\n<p>Car bient\u00f4t on va aimer Bowie, et Marvin Gaye, et le reggae, bient\u00f4t la bagarre pour redonner la vitalit\u00e9 au d\u00e9sir, de la sensualit\u00e9 \u00e0 la subversion, va recommencer, va se prolonger. Lennon va chanter, et Lou Reed, et Jimmy Cliff, et&#8230;Where have all the flowers gone&#8230; o\u00f9 sont parties les fleurs ? Il reste le parfum, et il reste les racines.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S&#8217;\u00e9loignent les ann\u00e9es 50, American graffiti, James Dean et gomina, Presley et rock&#8217;n roll, on quitte le joli temps du One two three four ! et l&#8217;innocence de la r\u00e9volte adolescente pour entrer dans les Sixties, troublantes et troubl\u00e9es, o\u00f9 s&#8217;est jou\u00e9 une bonne part de ce qui aujourd&#8217;hui se rejoue, recycl\u00e9, souvent att\u00e9nu\u00e9, et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-1976","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1976","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1976"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1976\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1976"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1976"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1976"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}