{"id":1960,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/paul-chemetov-la-democratie1960\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"paul-chemetov-la-democratie1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1960","title":{"rendered":"Paul Chemetov \u00abLa d\u00e9mocratie contemporaine se joue dans la ville \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Paul Chemetov <\/p>\n<p><strong> La question urbaine aujourd&#8217;hui est de m\u00eame ampleur que la question sociale du XIXe si\u00e8cle. Simple comparaison historique ? Insertion de la ville, comme telle, dans le champ de la lutte des classes ? R\u00e9flexions d&#8217;un architecte qui ne veut pas du huis-clos des architectes et se dit homme public &#8220;parce que l&#8217;oeuvre d&#8217;un architecte est dans la rue&#8221;. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Ville et lutte des classes. <\/strong> La th\u00e9orisation de la lutte des classes suit chronologiquement le bouleversement que constitue la massification du travail productif au XIXe si\u00e8cle : concentration in\u00e9dite de travailleurs, naissance de la classe ouvri\u00e8re, utilisation de machines \u00e0 vapeur, n\u00e9cessit\u00e9 de cumuler un capital important&#8230; La croissance urbaine actuelle repr\u00e9sente une mutation comparable. La massification est celle de la ville. Non seulement l&#8217;humanit\u00e9 y r\u00e9side majoritairement, mais la ville d\u00e9termine les conditions de la production contemporaine. Universit\u00e9s, centres commerciaux, h\u00f4pitaux, services, usines et lieux de production : qui ne sont pas seulement des usines : vivent de la ville. Henri Lefebvre (1) \u00e9crivait que la lutte des classes \u00e0 la campagne s&#8217;ach\u00e8ve avec la propri\u00e9t\u00e9 individuelle des parcelles. Une formule, qu&#8217;il \u00e9clairait ainsi : la lutte des classes en ville n&#8217;a pas de fin car elle a pour moteur la place de chacun dans la ville. La lutte des classes en ville est la question m\u00eame de la d\u00e9mocratie. L&#8217;expression et la repr\u00e9sentation des d\u00e9sirs et des besoins de vivre avec tous les avantages de la ville sont au centre de la d\u00e9mocratie contemporaine.<\/p>\n<p><strong> Ville et politique. <\/strong> La traduction politique de ce ph\u00e9nom\u00e8ne est entrav\u00e9e. La France patauge depuis vingt ans dans la politique de la ville o\u00f9 elle a engouffr\u00e9 des sommes consid\u00e9rables, parce que l&#8217;Etat a pos\u00e9 la question urbaine exactement comme le faisaient les dames d&#8217;oeuvre du milieu du XIXe si\u00e8cle : il faut s&#8217;occuper des pauvres&#8230; Il a trait\u00e9 de mani\u00e8re philanthropique, charitable et d\u00e9corative ce qui est la question centrale du monde contemporain. La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9couvre (enfin!) que l&#8217;entier de la ville est concern\u00e9, qu&#8217;elle est dans l&#8217;obligation : \u00e0 moins d&#8217;exterminer les pauvres ? : de se penser comme une soci\u00e9t\u00e9 compl\u00e8te et antagoniste qui doit accepter de vivre ses diff\u00e9rences, de laisser vivre tout le monde ensemble. On arrive \u00e0 mesurer les effets du zonage qui cr\u00e9e des r\u00e9serves d&#8217;Indiens, \u00e0 penser que ni une politique de rel\u00e9gation, ni une charit\u00e9 d&#8217;ouvroir ne parviendront \u00e0 traiter les cons\u00e9quences des ann\u00e9es productivistes et de la construction massive de logements pr\u00e9vus pour durer une trentaine d&#8217;ann\u00e9es&#8230; D&#8217;ailleurs, o\u00f9 mettre les 12 millions de personnes (le cinqui\u00e8me de la population fran\u00e7aise) qui vivent dans ces &#8220;barres et ces tours&#8221;, comme on nomme par extension tout le logement social ? Si nous sommes dans une soci\u00e9t\u00e9 de contrat social, tous doivent b\u00e9n\u00e9ficier des services de la ville, surtout ceux qui en ont le plus besoin. Car aujourd&#8217;hui, en d\u00e9pit des zep, un \u00e9l\u00e8ve de Neuilly re\u00e7oit de la communaut\u00e9 nationale plus d&#8217;argent qu&#8217;un \u00e9l\u00e8ve de la Courneuve.<\/p>\n<p><strong> Ville et travail. <\/strong> La ville, par ses proximit\u00e9s, ses contacts, ses offres de service dispense de la formation et de l&#8217;information. La ville formation sociale assure globalement la polyculture qui \u00e9tait le fait de certains individus dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, et que l&#8217;industrialisation a tu\u00e9e, par la division du travail et la parcellisation des t\u00e2ches. L&#8217;articulation de la question du travail et de celle de la ville manque de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une pens\u00e9e compl\u00e8te et structur\u00e9e aussi vaste que le fut la somme des r\u00e9flexions sur la question sociale et la question du travail au XIXe si\u00e8cle. En toute hypoth\u00e8se, dans le bouleversement de la structure des emplois, ceux qui repr\u00e9sentaient il y a un si\u00e8cle moins de 15% de l&#8217;\u00e9conomie ont num\u00e9riquement explos\u00e9 dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. Ce sont tous les m\u00e9tiers de la formation, de l&#8217;\u00e9ducation, de la sant\u00e9, de la culture, de l&#8217;information, de la communication, du spectacle, qui ne vivent que de ville. Ces milieux existent en ville pour produire les connaissances et les liens n\u00e9cessaires \u00e0 la production contemporaine, qui suppose un niveau de formation et de culture proprement urbains. L&#8217;Allemagne va &#8220;importer&#8221; 20 000 informaticiens indiens. Sur les chantiers publics japonais, 95% des ouvriers poss\u00e8dent un niveau \u00e9quivalent au bac et travaillent en gants blancs. Pour comprendre ce qui se passe dans un b\u00e2timent contemporain, le niveau requis n&#8217;est plus celui d&#8217;un terrassier. Mais ni ces Japonais ni ces Indiens n&#8217;existeraient sans la ville.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, l&#8217;ali\u00e9nation, l&#8217;usage de l&#8217;autre sont les m\u00eames qu&#8217;au XIXe si\u00e8cle. Le capital contemporain sait les r\u00e9serves infinies d&#8217;invention et d&#8217;ing\u00e9niosit\u00e9 qu&#8217;il peut puiser, m\u00eame dans la contradiction des banlieues, les plus values qu&#8217;il peut capter dans la musique, la mode, le langage, la communication, le sport&#8230; Comme la soci\u00e9t\u00e9 ancienne exploitait les filateurs de la Croix-Rousse, la soci\u00e9t\u00e9 moderne exploite les servants de l&#8217;ordinateur et de l&#8217;Internet. Le r\u00e9seau offre la possibilit\u00e9 de se connecter sur le catalogue de la librairie du congr\u00e8s \u00e0 Washington, certes. Mais quel moyen id\u00e9al, sans investir de capital initial, pour rafler les b\u00e9n\u00e9fices et les plus-values qui d\u00e9coulent de la possession individuelle du nouveau m\u00e9tier \u00e0 tisser : la Toile&#8230; Esclaves du t\u00e9l\u00e9travail et de l&#8217;Internet, tisserands contemporains ? Il faudrait \u00eatre na\u00eff ou cynique pour ne pas voir \u00e0 quel point demeure le rapport d&#8217;exploitation. L&#8217;existence de la machinerie contemporaine rend possible la r\u00e9duction du temps de travail ; seul un contrat social acceptable permet son exercice.<\/p>\n<p><strong> Ville dense, ville \u00e9tal\u00e9e. <\/strong> La croyance que l&#8217;utilisation des machines permettrait d&#8217;\u00e9viter la ville est tout aussi fausse, puisque les hommes, qui servent les machines, ne trouvent la source de leur formation, de leur information et de leur cr\u00e9ativit\u00e9 que dans&#8230; la ville. Ce directeur du MIT (2) m&#8217;expliquait que les meilleurs ing\u00e9nieurs sont ceux dont le &#8220;cerveau d\u00e9cloisonn\u00e9&#8221; s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 d&#8217;autres choses que l&#8217;informatique. Or la condition de ces contacts, c&#8217;est bien la ville ! Seule, elle offre la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre dans le choix, la comparaison, la cueillette individuelle. Donc dans le commun, le collectif. Et ce collectif, ce n&#8217;est pas le vertical \u00e0 15 \u00e9tages, c&#8217;est ce qui est m\u00eal\u00e9, contigu et divers&#8230; C&#8217;est \u00e0 l&#8217;exact oppos\u00e9 que se situe l&#8217;individualisation massive caract\u00e9ristique de la vie pavillonnaire. Le syndrome de la &#8220;petite maison&#8221;, strat\u00e9gie de repr\u00e9sentation sociale pour son acqu\u00e9reur, est la poule aux oeufs d&#8217;or de la cha\u00eene de consommation du bien foncier qui fait vivre banques, notaires, marchands de biens, syst\u00e8mes de cr\u00e9dit, etc. Mais cette consommation effr\u00e9n\u00e9e g\u00e9n\u00e8re un \u00e9talement infini de la ville qui, \u00e0 son tour, provoque la transformation des rues en autoroutes. Les sages principes d&#8217;Alphand (3), qui ne conc\u00e9dait \u00e0 la chauss\u00e9e que la moiti\u00e9 au maximum des voies nouvelles, sont bien oubli\u00e9s ! Cet \u00e9talement urbain et son corollaire, l&#8217;automobilisation, repr\u00e9sentent une r\u00e9gression sociale : le gain de temps de travail amass\u00e9 en un si\u00e8cle est d\u00e9vor\u00e9 par le temps perdu en transports.<\/p>\n<p><strong> Itin\u00e9raire. <\/strong> Mon exp\u00e9rience d&#8217;architecte s&#8217;est forg\u00e9e dans des mondes diff\u00e9rents, depuis les maisons de la reconstruction, en 1948. Ch\u00e2tillon-sur-Seine, Maubeuge, la Moselle. Puis, j&#8217;ai eu une vie d&#8217;architecte autonome dans un groupe, aujourd&#8217;hui c\u00e9l\u00e8bre mais qui ne l&#8217;\u00e9tait pas, l&#8217;Atelier d&#8217;urbanisme et d&#8217;architecture. A l&#8217;\u00e9poque des grands ensembles : Dieu merci nous n&#8217;avons pas tremp\u00e9 l\u00e0-dedans ! : l&#8217;AUA avait choisi de ne travailler que pour la commande publique et si possible en banlieue. Cette politique de projets simples, avec peu de moyens, m&#8217;a donn\u00e9 une solidit\u00e9 constructive, un point de vue distanci\u00e9. &#8220;Tu n&#8217;es pas qu&#8217;un architecte&#8221; m&#8217;a-t-on dit un jour, ce que j&#8217;ai pris comme un grand compliment. Ma curiosit\u00e9 m&#8217;a conduit ailleurs. J&#8217;ai donn\u00e9 sa premi\u00e8re commande \u00e0 Jacques Simon, qui a cr\u00e9\u00e9 l&#8217;\u00e9cole de paysagistes contemporains fran\u00e7ais. J&#8217;ai fait venir Bofill en France, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, en tout cas avant sa p\u00e9riode &#8220;Versailles pour le peuple&#8221; (4)&#8230;<\/p>\n<p>Logements, piscines, centres sportifs, j&#8217;ai fait mes gammes en banlieue, avant de franchir le p\u00e9riph, dans les ann\u00e9es 70&#8230; Dans les ann\u00e9es productivistes, o\u00f9 on fabriquait des logements comme des petits pains, j&#8217;ai pu, heureusement, faire autre chose, par exemple les &#8220;briques rouges&#8221; \u00e0 Vigneux, avec des tuiles, des meuli\u00e8res, du parquet. Au m\u00eame moment et au m\u00eame prix que les 4000 de la Courneuve. La pression de la pr\u00e9fabrication \u00e9tait forte, mais il n&#8217;y avait pas de raison, m\u00eame en 1964 , de b\u00e2tir les 4000. Je pense que l&#8217;architecture ne peut se satisfaire d&#8217;une formulation trop h\u00e2tive et qu&#8217;avant de tourner une page, il faut avoir pris la peine de la lire. Vingt-cinq ans de logement social et l&#8217;exp\u00e9rience des travaux publics m&#8217;ont donn\u00e9 des armes plus aff\u00fbt\u00e9es dans le d\u00e9bat sur la politique de la ville. La r\u00e9flexion sur le devenir urbain ne peut se fonder sur la nostalgie ; mais l&#8217;invention n\u00e9cessaire de nouvelles formes ne peut faire l&#8217;impasse sur l&#8217;histoire, la durabilit\u00e9, la permanence. Ce souci dialectique a inspir\u00e9 l&#8217;intervention sur la Grande Galerie du Museum, le seul b\u00e2timent parisien ancien et restaur\u00e9 dont le pr\u00e9sent soit plus r\u00e9ussi que le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Travaux. <\/strong> Les Halles, le forum&#8230; La construction du m\u00e9tro \u00e9tait cens\u00e9e justifier la destruction des halles Baltard ; en r\u00e9alit\u00e9, on pensait supprimer un foyer contestataire apr\u00e8s 68. La destruction \u00e9tait gratuite et stupide, on pouvait reconvertir la surface et le sous-sol dans l&#8217;\u00e9quivalent de ce qui s&#8217;est fait. Le projet global \u00e9tait un horrible collage. La partie commune en sous-sol m&#8217;est \u00e9chue : la piscine, la Maison de la danse, la galerie qui m\u00e8ne au cin\u00e9ma, la Cour carr\u00e9e&#8230; Cette partie est trait\u00e9e sur le th\u00e8me d&#8217;une ville effondr\u00e9e, enfouie \u00e0 15 m\u00e8tres, o\u00f9 la dimension des choses remplace la lumi\u00e8re du jour. Le travail est dat\u00e9 des ann\u00e9es 79-85 mais reste solide, continue \u00e0 fonctionner.Dans les ann\u00e9es 82-84, Claude Quin, pr\u00e9sident de la RATP, passe commande d&#8217;un projet de transports publics. Le tramway (5) a vu le jour. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 travailler sur des choses simples, une ligne de sol, un \u00e9clairage&#8230; On ne le croirait pas, mais imposer \u00e0 4 communes diff\u00e9rentes les m\u00eames mat\u00e9riaux sur 9 kilom\u00e8tres, c&#8217;est un travail de titan ! Le tramway a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion d&#8217;une autre r\u00e9flexion sur la ville. Elle s&#8217;est prolong\u00e9e par la construction du minist\u00e8re des Finances. Ce b\u00e2timent \u00e9tait compris dans les grands travaux pr\u00e9sidentiels, mais sous forme d&#8217;une cit\u00e9 administrative destin\u00e9e \u00e0 loger les finances, qui devaient laisser la place au grand Louvre. C&#8217;\u00e9tait un projet de n\u00e9cessit\u00e9, qui ennuyait d&#8217;ailleurs Mitterrand. Quelle affaire ! Nous avons subi toutes les pressions. Pour les gens des finances, son implantation n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 Paris mais \u00e0 l&#8217;Est. Elle s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e b\u00e9n\u00e9fique : occupant l&#8217;espace sans d\u00e9truire le reste, comblant le vide entre la gare de Lyon et le p\u00e9riph, permettant \u00e0 la BNF de s&#8217;installer, elle a donn\u00e9 une entr\u00e9e \u00e0 l&#8217;Est de Paris. Qu&#8217;on le compare \u00e0 un p\u00e9age parce qu&#8217;il enjambe l&#8217;autoroute, ne veut dire qu&#8217;une chose, si on est de bonne foi : l&#8217;autoroute est de trop ! Maintenant, je suis certain que c&#8217;est une r\u00e9ussite. Une fois les comptes sold\u00e9s, le b\u00e2timent a co\u00fbt\u00e9 10 000 F le m\u00e8tre carr\u00e9, ce n&#8217;est pas chez nous que les pierres tombent et sa pr\u00e9tention \u00e0 ne pas \u00eatre \u00e0 la mode l&#8217;emp\u00eache de se d\u00e9moder. Mais surtout il a assum\u00e9 ce qu&#8217;il devait \u00eatre : un b\u00e2timent officiel, qui exprime pr\u00e9cis\u00e9ment la puissance de l&#8217;administration des Finances ; cela ne pla\u00eet pas \u00e0 certains, mais en France, ce qui touche aux imp\u00f4ts ne peut pas \u00eatre sympathique. La soci\u00e9t\u00e9 entretient avec sa fiscalit\u00e9 un rapport d&#8217;Ancien R\u00e9gime&#8230;<\/p>\n<p><strong> La grande Arche. <\/strong> Notre projet d&#8217;am\u00e9nagement des terrains entre l&#8217;Arche et la Seine \u00e9tait laur\u00e9at du concours international. Il s&#8217;agissait de terminer la perspective royale, qui a mis trois si\u00e8cles \u00e0 se construire. Par une malice historique, le Louvre et l&#8217;Arche sont d\u00e9bo\u00eet\u00e9s par rapport \u00e0 la perspective, disant, consciemment ou non, la fin de l&#8217;axe royal. Le g\u00e9nie de l&#8217;architecte de l&#8217;Arche, le Danois Spreckelsen, est d&#8217;avoir imagin\u00e9 deux faces, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 paris, de l&#8217;autre la r\u00e9gion parisienne avec la banlieue au premier plan. La jet\u00e9e finit une s\u00e9quence de l&#8217;axe historique, en prolongeant l&#8217;ancienne ligne droite sur 400 m\u00e8tres et s&#8217;ouvre sur l&#8217;horizon, vers la Seine. Le projet con\u00e7u avec le paysagiste Gilles Cl\u00e9ment \u00e9tait tr\u00e8s beau : la transformation d&#8217;un axe urbain, construit autour d&#8217;une voie de repr\u00e9sentation, en une vall\u00e9e urbaine, tr\u00e8s large, plant\u00e9e de saules, ponctu\u00e9e de grands bouquets de s\u00e9quoias, un espace finissant en jardins en bord de Seine, incluant l&#8217;\u00eele des impressionnistes. Dans le passage de la ville dense \u00e0 la r\u00e9gion \u00e9tendue, la nature devait reprendre sa place sous des formes nouvelles. Et la ville contemporaine manque tellement d&#8217;espaces verts. Ce projet, j&#8217;en reste convaincu, \u00e9tait juste et g\u00e9n\u00e9reux, mais il n&#8217;a malheureusement pas vu le jour.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9bat public. <\/strong> L&#8217;architecte produit des oeuvres qui s&#8217;installent dans la rue, durablement. De cette place, j&#8217;interviens dans le d\u00e9bat public, m\u00eame si cela ne me vaut pas seulement des amiti\u00e9s. L&#8217;opinion a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. Elle a subi (et voulu) le productivisme, puis son camouflage. Elle exige maintenant le sens, la dur\u00e9e, elle est plus lucide. Des projets comme l&#8217;extension de la mairie de Champigny ou la biblioth\u00e8que de Montpellier, ou la r\u00e9habilitation des 4000 y r\u00e9pondent, mais tout peut-il se r\u00e9concilier dans la ville contemporaine ? La ville vit d&#8217;interactions, ce qui est rajout\u00e9 peut transformer la stabilit\u00e9 du tout, comme dans un mobile de Calder.<\/p>\n<p><strong> Paris. <\/strong> Apr\u00e8s la purge des Trente glorieuses, o\u00f9 tout est pass\u00e9 par profits et pertes, cette urbanisation outranci\u00e8re que les ann\u00e9es paillettes ont tent\u00e9 de camoufler dans la d\u00e9co et dans l&#8217;enflure, Paris est \u00e0 un tournant. Quelques tentatives se remarquent. Rien n&#8217;\u00e9merge pourtant qui aurait la force de l&#8217;empreinte d&#8217;Haussmann. L&#8217;habitat est en cause en grande partie. Les immeubles haussmanniens mat\u00e9rialisaient la modernit\u00e9, le confort. Les immeubles bourgeois des ann\u00e9es 30 t\u00e9moignent d&#8217;une culture de l&#8217;habitat, \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e9rait souvent le d\u00e9but du mouvement HLM. Aujourd&#8217;hui, on pr\u00e9f\u00e8re investir dans les si\u00e8ges sociaux. Les logements sont trop petits : on a perdu quelques m\u00e8tres carr\u00e9s par logement dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Bien s\u00fbr, le prix de construction au m\u00e8tre carr\u00e9 est \u00e9lev\u00e9, en partie pour respecter des normes dont le bon sens est absent, mais on peut d\u00e9penser moins en fa\u00e7ades et puis investir dans le temps, se dire que tout ne se fait pas en un jour. L&#8217;habitat a besoin d&#8217;un \u00e9norme travail, c&#8217;est une priorit\u00e9 pour les architectes aujourd&#8217;hui&#8230;<\/p>\n<p>1. Notamment dans le Droit \u00e0 la ville, suivi de Espace et politique, Points-Seuil, 1974.<\/p>\n<p>2. Le Massachusetts Institut of Technology, la plus grande \u00e9cole d&#8217;ing\u00e9nieurs aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>3. Ing\u00e9nieur responsable du trac\u00e9 des nouvelles voies de Paris sous le second Empire.<\/p>\n<p>4. Voir Antigone \u00e0 Montpellier, un summum du genre (NDLR). <\/p>\n<p>5. En Seine-Saint-Denis, le premier &#8220;ressuscit\u00e9&#8221; en r\u00e9gion parisienne, adapt\u00e9 aux demandes actuelles d&#8217;un espace public partag\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Paul Chemetov <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[300],"class_list":["post-1960","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-territoires"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1960"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1960\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1960"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1960"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}