{"id":1952,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-jacques1952\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"entretien-avec-jacques1952","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1952","title":{"rendered":"Entretien avec Jacques Delcuvellerie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec <\/p>\n<p><strong> Peut-on parler d&#8217;une filiation brechtienne dans votre travail ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jacques Delcuvellerie : <\/strong> D&#8217;une certaine mani\u00e8re, oui. Depuis plusieurs ann\u00e9es nous travaillons sur les diff\u00e9rentes mani\u00e8res d&#8217;approcher le r\u00e9el au th\u00e9\u00e2tre. On peut dire que ce spectacle est une qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si au bout du compte la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9chappe toujours. La pi\u00e8ce ne donne ni de conclusions, ni de recette. Elle pose cette question : &#8220;D&#8217;o\u00f9 vient le d\u00e9sastre ?&#8221; Et l&#8217;on s&#8217;aper\u00e7oit qu&#8217;il provient \u00e0 90 % de la bonne foi, celle des P\u00e8res blancs, des ethnologues, d&#8217;hommes comme V\u00e9drine qui, en voyant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, en 1993, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la Ligue des droits de l&#8217;Homme, Jean Carbonare, t\u00e9moigner de l&#8217;imminence du g\u00e9nocide (document vid\u00e9o utilis\u00e9 dans le spectacle), \u00e9clate de rage et fait appel aux n\u00e9cessit\u00e9s de la g\u00e9opolitique et des zones d&#8217;influence.<\/p>\n<p><strong> Pourquoi avez-vous choisi le Rwanda comme mati\u00e8re de votre spectacle ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.D. : <\/strong> Nous nous sommes sentis &#8220;assign\u00e9s \u00e0 faire quelque chose&#8221; face \u00e0 cette situation. D&#8217;abord il y a eu le choc de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement en tant que tel, mais aussi, consubstantiellement, l&#8217;intuition que ce que l&#8217;on nous en racontait n&#8217;\u00e9tait pas vrai, l&#8217;intuition que les informations dont nous disposions provenaient d&#8217;un discours faux. Cela s&#8217;est confirm\u00e9 et plus nous travaillions, plus il nous apparaissait comme une \u00e9vidence que le g\u00e9nocide constituait le point paroxystique d&#8217;une situation plus g\u00e9n\u00e9rale. Le Mal dont le g\u00e9nocide est la manifestation extr\u00eame, proc\u00e8de des m\u00eames m\u00e9canismes qui r\u00e9gissent le monde : il ne nous para\u00eet pas exister de diff\u00e9rences entre les causes qui conduisent au g\u00e9nocide et celles qui font que 40 000 enfants sont broy\u00e9s chaque jour dans le monde. Et m\u00eame parfois avec de bons sentiments et de beaux discours. La d\u00e9cision d&#8217;une enqu\u00eate tr\u00e8s pr\u00e9cise sur ce qui s&#8217;est pass\u00e9 au Rwanda fournit selon nous le point extr\u00eame \u00e0 partir duquel on peut regarder le reste du monde.<\/p>\n<p><strong> Le spectacle est enti\u00e8rement plac\u00e9 sous l&#8217;autorit\u00e9 des morts&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.D. : <\/strong> Au fur et \u00e0 mesure du travail j&#8217;ai compris une sorte de sens : une r\u00e9paration symbolique envers les morts, dans le souci et \u00e0 l&#8217;usage des vivants. Un spectacle ne peut pas \u00eatre plus que du symbolique. Quand on a recherch\u00e9 des images du g\u00e9nocide, on a constat\u00e9 qu&#8217;il y en avait tr\u00e8s peu de vraies. C&#8217;\u00e9tait une sorte de non-\u00e9v\u00e9nement. Les morts ont \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9s. Nous leur devons cette r\u00e9paration. Mais ce n&#8217;est pas un spectacle de la d\u00e9ploration, du deuil ou du constant. C&#8217;est \u00e0 l&#8217;usage des vivants. Il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire de poser la question du pourquoi.<\/p>\n<p><strong> Vous travaillez avec plusieurs acteurs et un musicien rwandais. <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.D. : <\/strong> D\u00e8s l&#8217;origine du processus de travail, nous nous sommes mis sous la tutelle des morts, avec des rescap\u00e9s. Dorcy et Yolande, pr\u00e9sents sur le plateau, ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort de mani\u00e8re miraculeuse et gr\u00e2ce \u00e0 leur courage. Toute une partie d&#8217;eux-m\u00eames, de leur \u00eatre et de leur vie est morte. Et en m\u00eame temps, ils connaissent une nouvelle naissance. Toutes les histoires racont\u00e9es par bribes par le choeur des morts dans le spectacle sont vraies. Pendant une demi-heure, Yolande Mukagasana t\u00e9moigne de son histoire. Subitement tous les &#8220;Africains&#8221;, si lointains dans nos m\u00e9dias, deviennent une personne. 800 000 fois des singularit\u00e9s. Introduire un t\u00e9moignage vrai constitue une forme limite, mais nous sommes bien dans l&#8217;ordre de la repr\u00e9sentation parce que Yolande est dans une sorte de r\u00f4le d&#8217;elle-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p><strong> Le spectacle sera-t-il montr\u00e9 au Rwanda ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.D. : <\/strong> Nous l&#8217;esp\u00e9rons de tout notre coeur, notamment pour nos amis rwandais avec qui nous travaillons. Mais c&#8217;est d&#8217;abord une pi\u00e8ce d&#8217;Europ\u00e9ens qui s&#8217;interrogent sur ce que nous avons \u00e0 faire avec \u00e7a. Le reste, ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans les profondeurs psychiques des actes g\u00e9nocidaires, ce sont les Rwandais qui pourront le dire. Mais nous sommes intimement li\u00e9s \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements. n<\/p>\n<p>* Metteur en sc\u00e8ne de Rwanda 1994.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1952","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1952"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1952\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}