{"id":1946,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-cinema-comme-marche-ou-comme1946\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"le-cinema-comme-marche-ou-comme1946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1946","title":{"rendered":"Le cin\u00e9ma comme march\u00e9 ou comme art"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s un trimestre catastrophique, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais pavoise, requinqu\u00e9 par le faramineux succ\u00e8s public de Taxi 2. Simultan\u00e9ment, la participation hexagonale \u00e0 Cannes s&#8217;annonce de belle tenue et nourrit l&#8217;espoir de figurer cette ann\u00e9e aux premi\u00e8res places du palmar\u00e8s. <\/p>\n<p>Est-ce pour \u00e9viter une nouvelle surprise que la pr\u00e9sidence du jury a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e au &#8220;Taxi Boy&#8221;, Luc Besson, suppos\u00e9 plus au fait des souhaits des puissances du march\u00e9 que David Cronenberg, pr\u00e9sident en 1999, pourtant connu lui aussi pour avoir &#8220;crash\u00e9&#8221; de multiples voitures ? Quoi qu&#8217;il en soit, au moment o\u00f9 le cin\u00e9ma fran\u00e7ais reconquiert brillamment une part de march\u00e9 cons\u00e9quente et inesp\u00e9r\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 un film \u00e9labor\u00e9 sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain mais aussi \u00e0 une oeuvre typiquement nationale (le Go\u00fbt des autres), voici que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait de &#8220;l&#8217;exception fran\u00e7aise&#8221; une affaire d&#8217;Etat en plaidant pour une plus large diffusion de nos films (actuellement moins de 2 % du total) aux Etats-Unis. La d\u00e9saffection du public fran\u00e7ais, en particulier des jeunes, \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la production nationale, p\u00e8se lourdement sur le march\u00e9 int\u00e9rieur et nos films susceptibles d&#8217;attirer le &#8220;grand public&#8221; sont \u00e9videmment trop peu nombreux pour inverser durablement la tendance.<\/p>\n<p>Naturellement, le spectateur est libre de ses choix et c&#8217;est avant tout sa recherche de divertissement qui conditionne le succ\u00e8s. Mais ce choix est-il totalement libre ? Entre un film qui sort avec 520 copies (la Plage) ou m\u00eame 690 (Toy Story) et le tout venant des produits fran\u00e7ais qui doivent se contenter du dixi\u00e8me de ces chiffres, les chances ne sont pas \u00e9gales. Un r\u00e9cent rapport du CNC \u00e9tablit que le cin\u00e9ma am\u00e9ricain est deux fois et demie plus visible que le n\u00f4tre sur les \u00e9crans et les 831 copies de Taxi 2 sont l&#8217;exception qui confirme la r\u00e8gle. L&#8217;\u00e9volution de l&#8217;offre, d\u00e9termin\u00e9e par la prolif\u00e9ration des multiplexes, a accru la capacit\u00e9 d&#8217;emprise mentale des productions US sur notre public. La r\u00e9alisatrice Claire Simon a pu \u00e9crire que &#8220;nous ne choisissons pas les films que nous voyons, ce sont eux qui nous choisissent&#8221;. Et quand elle ajoute que &#8220;nous sommes tous de gentils colonis\u00e9s par Hollywood qui d\u00e9vore l&#8217;imaginaire de tous&#8221;, sa provocation m\u00e9rite une s\u00e9rieuse r\u00e9flexion sur le danger de cette monoculture.<\/p>\n<p>La s\u00e9duction exerc\u00e9e par les films am\u00e9ricains ne laisse pas de susciter quelque perplexit\u00e9, m\u00eame quand on s&#8217;y fait prendre (on pourrait dire bluff\u00e9), \u00e0 la fois \u00e9pat\u00e9 et pi\u00e9g\u00e9 : malgr\u00e9 les pr\u00e9ventions que la simple raison sugg\u00e8re. Le c\u00f4t\u00e9 infantilisant de beaucoup de superproductions nourrit l&#8217;imaginaire du spectateur en qu\u00eate de contes de f\u00e9es, tout en le s\u00e9curisant par le happy end automatique. Quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, il semble d\u00e9sormais que le cin\u00e9ma, contamin\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision, met en oeuvre la platitude des sitcom.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste Paul Schrader a dit un jour que &#8220;Hollywood, c&#8217;est du vieux vin offert dans des bouteilles neuves&#8221;. Pas tellement neuves si l&#8217;on en juge par l&#8217;esth\u00e9tique vieillotte de bon nombre de productions r\u00e9centes ; cet acad\u00e9misme visuel ignore ce que Claire Denis appelle &#8220;la narration plastique&#8221; : l&#8217;auteur du remarquable Beau Travail n&#8217;a pas oubli\u00e9 la le\u00e7on des grands ma\u00eetres, de Wells \u00e0 Besson, de Naruse \u00e0 Antonioni. Et l&#8217;on voit resurgir la sotte accusation d&#8217;\u00e9litisme \u00e0 propos du cin\u00e9ma d&#8217;auteur, suppos\u00e9 intello. On sent parfois tant de hargne dans ces attaques, le plus souvent \u00e0 l&#8217;encontre du meilleur cin\u00e9ma fran\u00e7ais, qu&#8217;il est n\u00e9cessaire de d\u00e9noncer le m\u00e9pris qu&#8217;elles impliquent \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du spectateur. Il est vital de r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;insidieux lavage de cerveau que met en oeuvre la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique par le gavage t\u00e9l\u00e9visuel et l&#8217;insipide cin\u00e9ma de supermarch\u00e9 : est-il d\u00e9j\u00e0 trop tard pour stigmatiser la mal-bouffe audiovisuelle ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s un trimestre catastrophique, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais pavoise, requinqu\u00e9 par le faramineux succ\u00e8s public de Taxi 2. 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