{"id":1942,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/etonnants-voyageurs-de-l-utopie1942\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"etonnants-voyageurs-de-l-utopie1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1942","title":{"rendered":"Etonnants voyageurs de l&#8217;utopie comme horizon d\u00e9passable"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;est sous le titre &#8220;Utopies, Science-Fiction et Fantasy&#8221; que la 11e \u00e9dition du Festival de Saint-Malo est plac\u00e9e. Odyss\u00e9es imaginaires, qui loin d&#8217;\u00eatre des jeux litt\u00e9raires innocents, parlent de notre monde au pr\u00e9sent. &#8220;Des innocents ignoraient que la chose \u00e9tait impossible, alors ils l&#8217;ont faite&#8221; : quelle phrase, mieux que celle de Mark Twain, r\u00e9sumerait l&#8217;id\u00e9e de litt\u00e9rature voyageuse, lorsque le p\u00e9riple consiste \u00e0 se transporter vers des mondes imaginaires, id\u00e9aux, alors que depuis des ann\u00e9es, on annonce la &#8220;fin des id\u00e9ologies&#8221; et la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9enchanter le monde ? L&#8217;essayiste Alberto Manguel, qui vient de publier Dans la for\u00eat du miroir.<\/p>\n<p>Essai sur les mots et le Monde (1) nous confiait r\u00e9cemment : &#8220;Nous sommes revenus \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;utopie de Thomas More, \u00e0 savoir le \u00abnon-lieu\u00bb, la chose qui n&#8217;est pas possible, alors que pour Montesquieu et Campanella, voire Fourier, l&#8217;utopie \u00e9tait envisageable. (&#8230;) N&#8217;oublions pas que les utopies ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es pour \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es.&#8221; La contre-utopie a pr\u00e9domin\u00e9 dans la litt\u00e9rature de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, notamment en science-fiction, et surtout dans le polar. &#8220;Litt\u00e9rature du r\u00e9el&#8221;, qui se veut &#8220;t\u00e9moin de son \u00e9poque et de son si\u00e8cle&#8221;, la litt\u00e9rature polici\u00e8re entend, en chroniquant les mis\u00e8res du monde, en fixant les maux et la fin des esp\u00e9rances, accrocher de fait le lecteur, et plus largement les citoyens, sur les dangers qui menacent.<\/p>\n<p>Le romancier Jack O&#8217;Connell (pr\u00e9sent \u00e0 St-Malo), auteur de Porno Palace et de Et le Verbe s&#8217;est fait chair&#8230; (2), en cr\u00e9ant la ville de Quinsigamond, donne \u00e0 voir une m\u00e9tropole am\u00e9ricaine marqu\u00e9e par la corruption et le vice, un avant-go\u00fbt sal\u00e9 de ce que peut \u00eatre l&#8217;avenir : r\u00e8gne des gangs et des armes, menaces sur la culture et sur l&#8217;universalit\u00e9 \u00e0 laquelle elle pr\u00e9tend (l\u00e9gitimement)&#8230; Le monde visible y est d\u00e9crit comme un cauchemar brumeux et pourtant bien r\u00e9el, fait de violences et d&#8217;injustices, de d\u00e9lires puritains, tandis que c&#8217;est dans les souterrains de Quinsigamond que l&#8217;on peut subodorer l&#8217;existence d&#8217;un monde merveilleux, \u00e0 travers l&#8217;image d&#8217;une madonne \u00e0 l&#8217;enfant prise par un myst\u00e9rieux photographe (cf Porno Palace). Car, souvent, si elle a \u00e9t\u00e9 ray\u00e9e de la &#8220;surface&#8221;, l&#8217;utopie est ailleurs, elle est dans les mondes parall\u00e8les, souterrains, underground, voire dans des plan\u00e8tes lointaines : les auteurs de SF, comme ceux de polar, parlent au pr\u00e9sent, d\u00e9non\u00e7ant des soci\u00e9t\u00e9s desquelles le r\u00eave a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9. Leurs romans sont \u00e9minemment politiques, et touchent aux questions centrales : que va-t-on faire de ce monde ? N&#8217;est-il pas transformable ? A travers leurs \u00e9crits, ils d\u00e9noncent une pens\u00e9e unique, une uniformit\u00e9 des comportements, et l&#8217;absence de r\u00e9flexions et de projets &#8220;alternatifs&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Science-Fiction, le r\u00e9el port\u00e9 \u00e0 l&#8217;incandescence <\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, Michel Le Bris, directeur du festival \u00c9tonnants-Voyageurs \u00e9crit, en pr\u00e9face de l&#8217;ouvrage collectif le Futur a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 (Ed. Librio) : &#8220;Comme si, en plein coeur de la modernit\u00e9, surgissaient d&#8217;un coup, dans une sorte de darwinisme hallucin\u00e9, horreurs et merveilles des l\u00e9gendes et des mythes, nos fantasmes les plus archa\u00efques m\u00eal\u00e9s aux sp\u00e9culations les plus futuristes: les archipels engloutis de nos imaginaires.&#8221; Selon Le Bris, on ne peut &#8220;lire le si\u00e8cle&#8221; en ignorant cette magnifique et d\u00e9vastatrice entreprise de contre-culture que repr\u00e9senta la Science-Fiction, &#8220;qui porta le r\u00e9el \u00e0 l&#8217;incandescence, embarqu\u00e9e sur des vaisseaux comme M\u00e9tal Hurlant ou Mad, de Philip K. Dick \u00e0 Norman Spinrad, sans oublier de citer l&#8217;\u00e9ternel oubli\u00e9 de la BD &#8220;noire-SF&#8221;, sans doute l&#8217;un des plus brillants, Frank Miller, chroniqueur de la t\u00e9n\u00e9breuse et imaginaire Sin City&#8221; (lire J&#8217;ai tu\u00e9 pour elle, Ed. Rackham\/Vertige graphique)&#8230;<\/p>\n<p><strong> Cette subversion n\u00e9cessaire pour lire le si\u00e8cle&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Parlant de la SF, Marion Mazauric, directrice litt\u00e9raire chez J&#8217;ai Lu, \u00e9crit : &#8220;Contester le pr\u00e9sent au nom de l&#8217;avenir qu&#8217;il porte en germe est donc subversif. (&#8230;) Retrouver les mythologies, oser \u00e0 nouveau l&#8217;id\u00e9e d&#8217;utopie, poser la question du divin, oser la m\u00e9taphysique, l&#8217;aventure, celle de notre enfance, et la figure du h\u00e9ros, r\u00eaver l&#8217;impossible, les \u00e9toiles et l&#8217;espace : tout cela est subversif dans un moment o\u00f9 le jugement sur la litt\u00e9rature appartient \u00e0 une \u00e9lite. (&#8230;)&#8221; Aux &#8220;Etonnants-voyageurs&#8221; de continuer de nous \u00e9tonner, en nous rappelant au passage que le simple fait de faire de la fiction pour parler du monde : d&#8217;\u00eatre \u00e9crivain, tout simplement : est d\u00e9j\u00e0 l&#8217;une des plus belles utopies. n C.F.<\/p>\n<p><strong> Etonnants Voyageurs, Festival international du livre, <\/strong><\/p>\n<p>Saint-Malo, du 4 au 8 mai 2000. Infos. : Association Megaliths, tel. : 02 23 21 06 21. Site internet : <\/p>\n<p>1. Alberto Manguel, Dans la for\u00eat du miroir. Essais sur les mots et sur le monde, traduit de l&#8217;anglais par Christine Le Boeuf, Actes-Sud\/Lem\u00e9ac, 2000, 318 p., 139 F.<\/p>\n<p>2. Jack O&#8217;Connell, Et le verbe s&#8217;est fait chair&#8230;, \u00e9ditions Rivages-Thriller, 2000, 315 p., 135 F. et chez le m\u00eame \u00e9diteur, Porno palace, 1998, 458 p., 149 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est sous le titre &#8220;Utopies, Science-Fiction et Fantasy&#8221; que la 11e \u00e9dition du Festival de Saint-Malo est plac\u00e9e. 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