{"id":1940,"date":"2000-05-01T00:00:00","date_gmt":"2000-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ce-que-le-cerveau-dit-de-la-place1940\/"},"modified":"2000-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-04-30T22:00:00","slug":"ce-que-le-cerveau-dit-de-la-place1940","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1940","title":{"rendered":"Ce que le cerveau &#8220;dit&#8221; de la place de l&#8217;Homme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>regards accueille la Grande Galerie de l&#8217;Evolution \u00e0 la F\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9<strong> Dans la perspective de l&#8217;exposition &#8220;Pas si b\u00eates, mille cerveaux, mille mondes&#8221; (1), le cerveau humain, compar\u00e9 aux cerveaux animaux, est situ\u00e9 dans le droit fil du monde animal. A quoi tiennent les diff\u00e9rences entre l&#8217;homme et l&#8217;animal ? Quelles ruptures et quelles continuit\u00e9s ? Point de vue de l&#8217;un des concepteurs de l&#8217;exposition de la Grande Galerie de l&#8217;Evolution en attendant un prochain d\u00e9bat \u00e0 la F\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>Si personne ne r\u00e9fute l&#8217;existence d&#8217;une diff\u00e9rence entre l&#8217;esp\u00e8ce humaine et le reste des animaux, le d\u00e9bat reste tr\u00e8s vif concernant sa nature exacte. Pour les uns, il s&#8217;agit d&#8217;une rupture placant l&#8217;Homme en dehors du cadre biologique des animaux. Pour les autres, elle est du m\u00eame ordre que celle qui s\u00e9pare deux esp\u00e8ces animales et r\u00e9sulte des processus de s\u00e9lection naturelle impliqu\u00e9s dans l&#8217;\u00e9volution biologique des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Les arguments utilis\u00e9s en faveur d&#8217;une rupture Homme-Animal sont tr\u00e8s divers, allant d&#8217;une conception d\u00e9iste de l&#8217;Homme par d\u00e9p\u00f4t d&#8217;une \u00e2me divine dans un corps animal, jusqu&#8217;\u00e0 une conception \u00e9volutive qui extrait l&#8217;Homme de l&#8217;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9tique pour le placer dans un processus extra-animal d&#8217;\u00e9volution culturelle. La constante ici est de consid\u00e9rer que les capacit\u00e9s comportementales comme le langage, l&#8217;intelligence ou les traditions culturelles, n&#8217;existent pas en dehors de l&#8217;esp\u00e8ce humaine. Cette rupture est associ\u00e9e \u00e0 une vision hi\u00e9rarchis\u00e9e du monde dans laquelle l&#8217;Homme occupe le sommet d&#8217;une pyramide du vivant bas\u00e9e sur la complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les d\u00e9fenseurs de la continuit\u00e9, l&#8217;animal humain \u00e9tant le produit des m\u00eames ph\u00e9nom\u00e8nes de s\u00e9lection naturelle que les autres esp\u00e8ces animales, les caract\u00e9ristiques humaines trouvent leur origine dans celles des esp\u00e8ces les plus proches. D\u00e8s lors, les capacit\u00e9s langagi\u00e8res ou l&#8217;intelligence ou leurs pr\u00e9misses doivent exister chez les Primates au moins. Dans ce cas, les diff\u00e9rentes capacit\u00e9s et aptitudes ne sont pas consid\u00e9r\u00e9es dans un ordre hi\u00e9rarchique, mais comme une diversit\u00e9 de solutions adaptatives tout aussi viables les unes que les autres, au m\u00eame titre que des pattes, des ailes ou des nageoires sont diverses solutions efficaces pour qu&#8217;un animal se d\u00e9place dans son milieu. D\u00e8s lors, l&#8217;\u00e9volution n&#8217;est plus une histoire lin\u00e9aire qui conduit \u00e0 l&#8217;Homme, mais un foisonnement d&#8217;histoires dont chaque esp\u00e8ce constitue l&#8217;\u00e9tat actuel de sa trame narrative.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9nominateur commun <\/strong><\/p>\n<p>Partant de ce principe, nous pouvons chercher dans les r\u00e9sultats des recherches en neurosciences des arguments permettant de pr\u00e9ciser la nature de la diff\u00e9rence Homme\/Animal, puisque les crit\u00e8res utilis\u00e9s par chacun des acteurs du d\u00e9bat sont de l&#8217;ordre des comportements et du fonctionnement du syst\u00e8me nerveux. L&#8217;approche comparative nous permet d&#8217;identifier le plus petit d\u00e9nominateur commun qui d\u00e9finit un caract\u00e8re partag\u00e9 par plusieurs esp\u00e8ces mais h\u00e9rit\u00e9 d&#8217;un seul anc\u00e8tre commun.<\/p>\n<p>On trouve une tr\u00e8s grande unit\u00e9 des constituants nerveux et de leur organisation en r\u00e9seaux neuronaux chez les esp\u00e8ces animales dot\u00e9es d&#8217;un syst\u00e8me nerveux, ce qui sugg\u00e8re que tous ces animaux partagent un unique anc\u00eatre commun, d\u00e9j\u00e0 dot\u00e9 d&#8217;un syst\u00e8me nerveux ayant ces caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>Ainsi chez l&#8217;homme, on retrouve trois types d&#8217;organisations nerveuses embo\u00eet\u00e9s, de complexit\u00e9 croissante et qui rendent compte de ses origines communes avec certains animaux. Les syst\u00e8mes r\u00e9flexes g\u00e9n\u00e8rent des comportements r\u00e9actifs instantan\u00e9s et des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s. Les syst\u00e8mes comparateurs produisent des encha\u00eenements de comportements, avec apprentissage de proc\u00e9dures motrices (m\u00e9moire proc\u00e9durale) et m\u00e9morisation d&#8217;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 court terme (m\u00e9moire de travail). Les syst\u00e8mes cognitifs reconstruisent des repr\u00e9sentations subjectives qu&#8217;on appelle &#8220;images mentales&#8221; qu&#8217;ils manipulent et comparent aux repr\u00e9sentations d\u00e9j\u00e0 m\u00e9moris\u00e9es, ainsi qu&#8217;\u00e0 celles qui anticipent sur le but du comportement en cours.<\/p>\n<p><strong> Comportements <\/strong><\/p>\n<p>De fait, l&#8217;homme partage ses aptitudes comportementales avec les Mammif\u00e8res, les Oiseaux et les C\u00e9phalopodes (pieuvres&#8230;). Tous cr\u00e9ent et utilisent des cartes mentales de navigation, identifient des situations et des objets nouveaux, innovent, imitent&#8230; Bref, nous modifions et m\u00e9morisons des comportements efficaces en fonction des exp\u00e9riences v\u00e9cues et nous adaptons individuellement \u00e0 notre environnement, ce qui constitue une d\u00e9finition biologique de &#8220;l&#8217;intelligence&#8221; !<\/p>\n<p><strong> Diff\u00e9rence quantitative <\/strong><\/p>\n<p>Des chimpanz\u00e9s utilisent un marteau et une enclume pour casser les noix. Des dauphins capturent des poissons dans des &#8220;filets de bulles d&#8217;air&#8221;. Des corneilles fabriquent des baguettes pour pr\u00e9lever des larves&#8230; Ces comportements transmis au fil des g\u00e9n\u00e9rations constituent de v\u00e9ritables traditions techniques.Dans la nature, les singes verts utilisent quatre cris d&#8217;alarme diff\u00e9rents symbolisant le pr\u00e9dateur qui les menace (rapace, serpent, l\u00e9opard ou inconnu). En captivit\u00e9, les chimpanz\u00e9s Washoe et Kanzi \u00e9lev\u00e9s par les Gardner dans un contexte humain, manipulent des symboles abstraits du langage pour construire des phrases et des symboles nouveaux.<\/p>\n<p>A mon sens, nous partageons avec ces animaux nos aptitudes comportementales. La diff\u00e9rence est quantitative et se d\u00e9ploie \u00e0 trois \u00e9chelles temporelles qui se combinent entre elles. A l&#8217;\u00e9chelle du pr\u00e9sent subjectif, les humains manipulent un nombre plus important d&#8217;images mentales, de concepts et de symboles en m\u00eame temps. A l&#8217;\u00e9chelle du temps de l&#8217;individu, les capacit\u00e9s d&#8217;apprentissages caract\u00e9ristiques des jeunes individus pr\u00e9-pub\u00e8res perdurent chez l&#8217;adulte. A l&#8217;\u00e9chelle du temps de l&#8217;esp\u00e8ce, les traditions culturelles humaines sont le fruit d&#8217;un processus d&#8217;accumulation de type exponentiel vieux de 2,5 millions d&#8217;ann\u00e9es qui utilise des supports de m\u00e9moire ext\u00e9rieurs \u00e0 l&#8217;individu biologique. Pour les autres esp\u00e8ces, ces ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;accumulation culturelle sont plus lents parce que limit\u00e9s par les diff\u00e9rences quantitatives observ\u00e9es aux autres \u00e9chelles de temps. Et de fait, comparer un Homme du monde occidental actuel avec un chimpanz\u00e9 actuel, en cherchant \u00e0 conclure sur la nature de la diff\u00e9rence Homme-Animal, est une erreur majeure : c&#8217;est r\u00e9cuser les effets du temps et du contexte environnemental biologique et culturel.<\/p>\n<p>*Commissaire scientifique de l&#8217;exposition &#8220;Pas si b\u00eates ! Mille cerveaux, mille mondes&#8221; pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Grande Galerie de l&#8217;\u00c9volution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[294],"class_list":["post-1940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-recherche"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1940","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1940"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1940\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1940"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1940"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1940"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}