{"id":1893,"date":"2000-04-01T00:00:00","date_gmt":"2000-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/corps-cinematographiques-de-france1893\/"},"modified":"2000-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-03-31T22:00:00","slug":"corps-cinematographiques-de-france1893","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1893","title":{"rendered":"Corps cin\u00e9matographiques, de France et d&#8217;ailleurs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Los Angeles au Festival de Paris<strong> Une trentaine de films fran\u00e7ais entre le 1er mars et la mi-avril. En voici quelques-uns. Avril \u00e0 Paris, rendez-vous avec les cin\u00e9mas du monde Noir. On en parle. Enfin, 60 films programm\u00e9s au Festival de Paris. <\/strong><\/p>\n<p>Mars-avril 2000, un nombre impressionnant de films fran\u00e7ais sortent sur les \u00e9crans. Faut-il s&#8217;en r\u00e9jouir en se disant que &#8220;Oui, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais existe dans sa diversit\u00e9&#8221;? que &#8220;Oui, chaque film rencontrera son ou ses publics&#8221; ? ou, au contraire, s&#8217;inqui\u00e9ter de la pr\u00e9visible existence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de certains de ces films dans les salles et des conditions de leur montage financier ? Quelques chiffres donn\u00e9s par Jean-Pierre Hoss, directeur du Centre de la cin\u00e9matographie, en guise de bilan provisoire pour l&#8217;ann\u00e9e 1999, montrent que la production fran\u00e7aise continue sur sa lanc\u00e9e, en totalisant 181 films pour l&#8217;ann\u00e9e, dont de nombreux premiers films. Ces nouveaux cin\u00e9astes dont un certain nombre se sont fait un nom dans le court-m\u00e9trage : c&#8217;est le cas de Laurent Cantet (Ressources humaines) : r\u00e9ussiront-ils jamais \u00e0 tourner un second film ? Cette question ne se pose pas pour Laurent Cantet, d\u00e9j\u00e0 au travail sur un autre projet, mais pour ses jeunes confr\u00e8res. Laissons peut-\u00eatre ces questions en suspens, jusqu&#8217;au prochain festival international du film de Cannes, qui sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, les 9 et 10 mai, par un colloque auquel participeront des artistes, des repr\u00e9sentants des professions, venus du monde entier pour tenter d&#8217;anticiper sur ce que sera le cin\u00e9ma de demain sous la pression des nouvelles technologies et lois du march\u00e9. On peut, d\u00e8s maintenant, en lisant le num\u00e9ro 544 de mars 2000 des Cahiers du cin\u00e9ma (O\u00f9 va le cin\u00e9ma fran\u00e7ais ? Enqu\u00eate : la vid\u00e9o num\u00e9rique) avoir d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e des questions qui taraudent nos cin\u00e9astes.<\/p>\n<p><strong> Dans l&#8217;embouteillage des sorties r\u00e9centes <\/strong><\/p>\n<p>Tentons donc de mettre de c\u00f4t\u00e9 ces interrogations, le temps de retrouver, dans l&#8217;embouteillage des sorties r\u00e9centes, les plaisirs, fugitifs ou durables, des films porteurs de la simple magie de nous charmer, d&#8217;exciter notre imaginaire de spectateur quelquefois mis \u00e0 mal.<\/p>\n<p>Le premier film de Jean-Louis Milesi \u00e9tait attendu, \u00e0 cause de ses courts-m\u00e9trages et de sa longue collaboration comme sc\u00e9nariste au travail de Robert Gu\u00e9diguian : Nag la bombe (personnage jou\u00e9 par Ariane Ascaride) n&#8217;est pas, \u00e0 proprement parler, un film s\u00e9duisant, il suscite des r\u00e9sistances, des refus de la violence, non d\u00e9nu\u00e9e de tendresse, de l&#8217;amour qu&#8217;il donne \u00e0 voir \u00e0 travers l&#8217;histoire d&#8217;une prostitu\u00e9e d\u00e9guis\u00e9e en geisha, mais il est ind\u00e9niable que Jean-Louis Mil\u00e9si a le cin\u00e9ma chevill\u00e9 au corps et qu&#8217;il r\u00e9alisera d&#8217;autres films auxquels on pourra peut-\u00eatre plus facilement se laisser aller. On retrouve son nom comme cosc\u00e9nariste au g\u00e9n\u00e9rique du nouveau conte de l&#8217;Estaque r\u00e9alis\u00e9 par Robert Gu\u00e9diguian, A l&#8217;attaque, (sortie le 12 avril) une bien jolie com\u00e9die qui m\u00eale les affres de deux sc\u00e9naristes en butte \u00e0 la pugnacit\u00e9 de leurs personnages mobilis\u00e9s pour la survie de leur garage, avec le soutien de tout le quartier. Une musique cin\u00e9matographique \u00e0 laquelle Gu\u00e9diguian et sa troupe ont su nous rendre sensibles et que l&#8217;on continue \u00e0 go\u00fbter et \u00e0 partager, tout en attendant avec quelque anxi\u00e9t\u00e9 un film plus grave, la Ville est tranquille, que l&#8217;on verra \u00e0 la rentr\u00e9e (ou \u00e0 Cannes peut-\u00eatre ?) et \u00e0 propos duquel Ariane Ascaride, dans un r\u00e9cent entretien paru dans Regards (janvier 2000), nous avait dit quelques mots : &#8220;&#8230; un film sur la fin du si\u00e8cle, \u00e0 travers des destins crois\u00e9s&#8221;. Elle avait ajout\u00e9 : &#8221; un film qui m&#8217;a beaucoup \u00e9branl\u00e9e.&#8221;<\/p>\n<p>De Dominique Cabrera, on connaissait le travail documentaire (Chronique d&#8217;une banlieue ordinaire, Rester l\u00e0-bas et Un poste \u00e0 la Courneuve), de fiction (l&#8217;Autre C\u00f4t\u00e9 de la mer, avec Claude Brasseur), et un journal intime cin\u00e9matographique film\u00e9 avec une petite cam\u00e9ra num\u00e9rique mise \u00e0 sa disposition par l&#8217;INA, Demain, et encore demain). Avec Nadia et les hippopotames, film fortement inspir\u00e9 par la gr\u00e8ve des cheminots de 1995, elle arrive \u00e0 nous surprendre en jouant et de la fiction et du documentaire, et en nous faisant voir, \u00e0 travers l&#8217;\u00e9trange errance d&#8217;une femme (Ariane Ascaride, encore&#8230;) et de son b\u00e9b\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 nocturne d&#8217;une gr\u00e8ve qui est sur le point de r\u00e9ussir. Elle travaille, avec un vrai plaisir de cin\u00e9ma, la mise en rapport des personnages entre eux (professionnels et non-professionnels) et de ces personnages avec les lieux qu&#8217;ils investissent, et leur ancrage, ou leur non-ancrage, dans les luttes.<\/p>\n<p><strong> La chor\u00e9graphie bien temp\u00e9r\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Avec les Savates du Bon Dieu, Jean-Claude Brisseau, qui n&#8217;avait pas tourn\u00e9 depuis 1994 (l&#8217;Ange noir, avec Sylvie Vartan, Michel Piccoli et Tch\u00e9ky Karyo), a, lui aussi, \u00e9tonn\u00e9 plus d&#8217;un spectateur, provoquant jubilation ou grincements de dents, tant le r\u00e9cit m\u00eale, sans explication et sans fronti\u00e8re, tel un conte, ce qui peut \u00eatre un fantasme des personnages ou ce qu&#8217;ils vivent r\u00e9ellement. On est loin, avec ces deux films, qui n&#8217;ont pas de point commun, des petites musiques du plaisir cin\u00e9matographique o\u00f9 l&#8217;on trouve ses rep\u00e8res : un enchantement dont on ne se lasse pas.<\/p>\n<p>En parlant de la Ville est tranquille de Robert Gu\u00e9diguian, que nous n&#8217;avons pas encore vue, Ariane Ascaride disait combien ce film l&#8217;avait &#8220;\u00e9branl\u00e9e&#8221;. Quel mot trouver pour tenter de d\u00e9finir l&#8217;\u00e9tat d&#8217;intense sid\u00e9ration dans lequel on peut difficilement ne pas \u00eatre plong\u00e9 en voyant Beau travail de Claire Denis et les Solitaires de Jean-Paul Civeyrac (sortie le 12 avril), deux films que rien ne lie, ni les conditions de production et de tournage, ni le sujet, si ce n&#8217;est la force et la ma\u00eetrise du jeu des corps film\u00e9s telle une chor\u00e9graphie cin\u00e9matographique, pour rendre palpable la douleur du n\u00e9ant ou du trop plein du v\u00e9cu et des pertes.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 Djibouti que Claire Denis a situ\u00e9 son film, dans un paysage dont elle semble aimer la terre dure et quasi d\u00e9sert\u00e9e, la mer aussi bleue qu&#8217;est blanc le sel qu&#8217;elle laisse sur le rivage, les quelques habitants aux habits color\u00e9s et aux yeux \u00e0 la fois curieux et discrets qui traversent, de temps en temps, le paysage. Un groupe de l\u00e9gionnaires est cantonn\u00e9 l\u00e0, vivant au rythme des corv\u00e9es, des entra\u00eenements physiques, dans un silence o\u00f9 s&#8217;entend d&#8217;autant mieux le bruit de leurs gestes et de leur respiration. Co-\u00e9crit avec Jean-Pol Fargier, Beau travail est construit en flash-back, \u00e0 partir du r\u00e9cit que s&#8217;en fait Galloup, (Denis Lavant) sous-officier &#8220;pas bon pour la vie, pas bon pour le civil&#8221; chass\u00e9 de la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re pour faute de commandement. Comme dans J&#8217;ai pas sommeil, ou dans N\u00e9nette et Boni, Claire Denis, en \u00e9troite collaboration avec la chef-op\u00e9rateur Agn\u00e8s Godard, trouve, l\u00e0 encore, le rythme et la proximit\u00e9 n\u00e9cessaires \u00e0 la dramaturgie de ce qui para\u00eet \u00eatre une non-histoire en \u00e0-pic sur des secrets enfouis.<\/p>\n<p>Une respiration forte nous introduit d\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique, dans les Solitaires de Jean-Paul Civeyrac. Quelqu&#8217;un qui fait l&#8217;amour ? Non, c&#8217;est Pierre, un homme qui lutte contre un cauchemar, se r\u00e9veille, pleure, se fait consoler par Madeleine, sa femme morte depuis un an. La douceur du dialogue qui s&#8217;\u00e9bauche entre eux n&#8217;\u00e9claire pas le myst\u00e8re. La cam\u00e9ra est l\u00e0, cadrant l&#8217;espace d&#8217;une chambre, d&#8217;un lit, \u00e0 mi-corps des acteurs, t\u00eate contre t\u00eate ou mains rapproch\u00e9es. Lorsque le fr\u00e8re Baptiste frappe et s&#8217;encadre dans la porte, c&#8217;est l&#8217;enfance qui fait effraction dans ce lieu ferm\u00e9, ses jeux ambigus o\u00f9 les corps \u00e0 corps fraternels sont amour et haine, d\u00e9sir de caresses et r\u00eave de la mort de l&#8217;autre. Quand celle-ci survient, le jeu-ballet de l&#8217;enfance ne peut que ressusciter. Film profond\u00e9ment musical dans son rythme, qu&#8217;il soit donn\u00e9 par Jean-S\u00e9bastien Bach ou Fran\u00e7ois Couperin, ou par la foi immense de Jean-Paul Civeyrac en ce que peut exprimer le cin\u00e9ma quand on prend autant de plaisir \u00e0 \u00e9crire avec les bons outils, ici un regard, celui du cin\u00e9aste \u00e0 l&#8217;oeilleton d&#8217;une petite cam\u00e9ra vid\u00e9o num\u00e9rique qui saisit et rend tactile le c\u00f4t\u00e9 nocturne des personnages. Beaucoup de cin\u00e9astes r\u00eavent de s&#8217;essayer \u00e0 cette petite camera vid\u00e9o pour faire de la fiction, il n&#8217;est pas \u00e9vident que tous sauront en faire une belle oeuvre de cin\u00e9ma, aussi structur\u00e9e, sensible, musicale, profonde que les Solitaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-1893","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1893","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1893"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1893\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1893"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1893"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1893"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}