{"id":1890,"date":"2000-04-01T00:00:00","date_gmt":"2000-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/musiques-denominateur-commun1890\/"},"modified":"2000-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-03-31T22:00:00","slug":"musiques-denominateur-commun1890","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1890","title":{"rendered":"Musiques\/ D\u00e9nominateur commun"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Bernard Aubert <\/p>\n<p>Avec des subventions des collectivit\u00e9s locales, mais aussi : dans un souci d&#8217;ind\u00e9pendance : avec des partenaires priv\u00e9s, les Docks des Suds, \u00e0 Marseille entendent tant redonner sa place \u00e0 la musique refl\u00e9tant les exils m\u00e9diterran\u00e9ens de la ville que retisser un lien entre le patrimoine industriel de la ville et ses habitants pour b\u00e2tir un nouvel avenir. Concerts, cr\u00e9ations musicales, et le fameux festival &#8220;Fiesta des Suds&#8221; en sont les points forts.<\/p>\n<p><strong> Depuis 1992, vos initiatives sont novatrices, et, en m\u00eame temps, vous n&#8217;\u00eates pas enti\u00e8rement satisfait&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> Bernard Aubert : <\/strong> Quand nous avons lanc\u00e9 le projet, en 1992, c&#8217;\u00e9tait une fa\u00e7on d&#8217;affirmer que Marseille \u00e9tait une capitale du Sud, mais, ce qui m&#8217;a toujours surpris, c&#8217;est que cette ville qui se dit du Sud n&#8217;avait pas de programmation, pas de festival autour des musiques de la M\u00e9diterran\u00e9e&#8230; Nous avions envie de r\u00e9agir par rapport \u00e0 cela, et d&#8217;organiser un \u00e9v\u00e9nement qui ressemble \u00e0 Marseille, qui, d&#8217;une part, programme des musiques du Sud et, d&#8217;autre part, trouve un \u00e9cho dans la population. Cette ville est constitu\u00e9e d&#8217;une s\u00e9rie de peuples, issus de pays du Sud, et on a eu alors un gros succ\u00e8s avec nos premi\u00e8res programmations, auxquelles \u00e9taient associ\u00e9s des groupes locaux comme Massilia Sound System. C&#8217;\u00e9tait le point de d\u00e9part de la &#8220;Fiesta des Suds&#8221;. L&#8217;id\u00e9e \u00e9tait une forme de manifeste : si cette ville veut \u00eatre une capitale, il faut qu&#8217;elle trouve : elle a d\u00e9j\u00e0 un site g\u00e9ographique tr\u00e8s int\u00e9ressant : des images, des forces qui soient originales, qu&#8217;elle ne reproduise pas, comme une photocopie, les espaces publics tels qu&#8217;on les conna\u00eet \u00e0 Francfort ou ailleurs, car maintenant toutes les villes se ressemblent, ce qui est dramatique. On se situait en opposition : il fallait que cette ville organise son espace en \u00e9cho avec ce qu&#8217;elle voulait \u00eatre. Bien s\u00fbr, il faut une image festive, pas seulement de grands spectacles standard &#8220;transport\u00e9s&#8221; \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p><strong> D &#8216;o\u00f9 vient cette id\u00e9e d&#8217;utiliser des friches industrielles, en l&#8217;occurrence les anciens entrep\u00f4ts des docks ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B. A. : <\/strong> D\u00e8s le d\u00e9part, pour nous, c&#8217;\u00e9tait une chose importante : nous affirmer en participant \u00e0 la redynamisation de cette ville ; on nous avait propos\u00e9 des lieux magnifiques dans les hauteurs de Marseille, mais, pour nous, c&#8217;\u00e9tait important que tout se joue autour de cet espace dit &#8220;Eurom\u00e9diterran\u00e9e&#8221;. Il fallait qu&#8217;on soit au coeur de cette histoire, une des choses fondatrices de la ville : le port. Le patrimoine de Marseille, sur le plan architectural, ce sont les &#8220;vestiges&#8221; industriels. Les premi\u00e8res &#8220;Fiestas&#8221; avaient eu lieu dans les locaux des docks de la place de la Joliette, ensuite nous sommes all\u00e9s au fameux hangar J4. Chaque fois, c&#8217;\u00e9tait un peu mettre les pieds dans le plat, pour montrer \u00e0 une partie de la population marseillaise, et surtout aux d\u00e9cideurs, que ce patrimoine industriel, comme les silos d&#8217;Arenc, pouvaient \u00eatre des lieux-phares, des lieux-m\u00e9moire qui montrent aussi un avenir possible de cette ville. Il faut qu&#8217;on perde, \u00e0 Marseille, cette habitude de d\u00e9truire pour reconstruire ; c&#8217;est ainsi dommage d&#8217;avoir d\u00e9truit le J4, car sa structure-m\u00eame aurait peut-\u00eatre permis, pendant un certain temps, d&#8217;accueillir des \u00e9v\u00e9nements. C&#8217;est \u00e0 partir de ce patrimoine que l&#8217;identit\u00e9 marseillaise peut se restructurer. Dans &#8220;Fiers d&#8217;\u00eatre marseillais&#8221;, il faut y mettre autre chose qu&#8217;un slogan de stade&#8230;<\/p>\n<p><strong> Vous comptez alors sur la musique ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.A. : <\/strong> Pour nous, la musique, c&#8217;est le plus petit d\u00e9nominateur commun que chacun poss\u00e8de. Quand on fait le tour des communaut\u00e9s et des gens, on s&#8217;aper\u00e7oit que les jeunes des quartiers sont \u00e0 la fois \u00e0 l&#8217;\u00e9coute du ra\u00ef ou de la musique arm\u00e9nienne, et, en m\u00eame temps, d&#8217;autre chose. Des gens comme IAM, ou Massilia l&#8217;avaient compris. C&#8217;est une ville qui a besoin de musiques, elle est essentielle, c&#8217;est elle qui permet l&#8217;identification dans tout ce qui symbolise Marseille dans l&#8217;imaginaire des gens.<\/p>\n<p><strong> Cr\u00e9er donc de l&#8217;universel \u00e0 partir du local ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.A. : <\/strong> Il faut que cela parte d&#8217;une base, m\u00eame si elle est fantasm\u00e9e, contre le centralisme. Il y a eu pas mal de ratages, cette dichotomie entre Marseille, sa r\u00e9alit\u00e9, et des gens susceptibles d&#8217;accueillir et de structurer, et qui ne le font pas : ce vieux complexe de gens du Sud et particuli\u00e8rement \u00e0 Marseille, qui est surtout une ville d&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique qui, pendant des ann\u00e9es, ne fut qu&#8217;une gare de transit : soit on s&#8217;int\u00e9grait ici, soit on partait ailleurs ; mais on se revendique rarement d&#8217;une gare de transit. Maintenant on s&#8217;installe, donc on se revendique citoyen, et l\u00e0, il y a quelque chose qui se joue, que n&#8217;ont pas compris tous les politiques, alors que m\u00eame des investisseurs \u00e9trangers \u00e0 la ville demandent \u00e0 ce que Marseille soit Marseille. Un exotisme positif. Ils ne veulent pas tomber dans une ville totalement aseptis\u00e9e. C&#8217;est vrai que Marseille a rat\u00e9 toute la vague jud\u00e9o-arabe ; ils sont pass\u00e9s par Marseille : certains y ont encore de la famille : puis ils sont repartis, comme Rainette l&#8217;Oranaise, Lili Boniche&#8230; Partis \u00e0 Cannes, Paris, ailleurs, alors que tous les jeudis, ils se retrouvaient chez Max, sur le vieux Port. Nous, on est arriv\u00e9 \u00e0 exister \u00e0 ce moment-l\u00e0 de doute, apr\u00e8s les ann\u00e9es 80, et l&#8217;\u00e8re Deferre. On a v\u00e9cu des ann\u00e9es de renaissance, mais c&#8217;est encore embryonnaire, par rapport \u00e0 Madrid, Barcelone, Naples&#8230; Pour le moment, l&#8217;image de la ville est port\u00e9e par le culturel, c&#8217;est la musique qui fait la synergie entre le Sud et le Nord (avec le foot, bien s\u00fbr). La vague IAM a compris une chose importante, que Massilia avait d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9e : il ne faut pas attendre les majors parisiens, mais il faut s&#8217;appuyer sur des micro-\u00e9conomies locales, structurer une \u00e9curie de gens qu&#8217;on va soutenir, un travail quasiment militant pour que les CD se vendent&#8230; Et parfois, on arrive \u00e0 cent ou deux-cent mille exemplaires, m\u00eame sans soutien r\u00e9el des m\u00e9dias. Avant, les artistes marseillais montaient imm\u00e9diatement \u00e0 Paris. C&#8217;est un peu nouveau, ce ph\u00e9nom\u00e8ne d'&#8221;installation \u00e0 Marseille&#8221; dont les suiveurs, sur la sc\u00e8ne rap, sont Fonky Family, Troisi\u00e8me oeil&#8230; Et bizarrement il n&#8217;y a pas de rock \u00e0 Marseille, peut-\u00eatre parce que ce n&#8217;est pas une ville universitaire. n<\/p>\n<p>* Responsable de la programmation des Docks des Suds depuis 1992.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Bernard Aubert <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-1890","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1890","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1890"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1890\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1890"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1890"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1890"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}