{"id":1889,"date":"2000-04-01T00:00:00","date_gmt":"2000-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/musiques-au-commencement-etait-bob1889\/"},"modified":"2000-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-03-31T22:00:00","slug":"musiques-au-commencement-etait-bob1889","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1889","title":{"rendered":"Musiques \/ Au commencement \u00e9tait Bob Dylan"},"content":{"rendered":"<p>Bob Dylan fut l&#8217;un des premiers, dans l&#8217;apr\u00e8s-Seconde Guerre, \u00e0 refl\u00e9ter l&#8217;id\u00e9ologie de toute une g\u00e9n\u00e9ration li\u00e9e \u00e0 un contexte mondial. Il faut bien se souvenir de cette transition entre les ann\u00e9es 50 et 60 : c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9poque des Trente glorieuses, qui g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent ce conformisme si propice \u00e0 l&#8217;ennui ; celle des attaques contre le colonialisme ; de la guerre du Vietnam ; des interrogations face \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Il symbolisait physiquement une &#8220;r\u00e9volte&#8221; id\u00e9ologique et mondiale d&#8217;autant plus facilement qu&#8217;il \u00e9tait aussi contemporain de la gen\u00e8se d&#8217;une mainmise de la culture anglo-saxonne sur la plan\u00e8te. Il fut \u00e0 l&#8217;avant-garde de la lign\u00e9e des musiciens qui proposaient une identification \u00e0 une jeunesse en mal de &#8220;h\u00e9ros&#8221;. Pour ces raisons, Bob Dylan reste un personnage cl\u00e9 dans l&#8217;histoire de la musique contemporaine.La fonction d&#8217;identification est \u00e0 la base de nombreuses carri\u00e8res mais aussi de quelques malentendus. Entre celui qui cr\u00e9e une musique et celui qui l&#8217;\u00e9coute vient se placer un tiers : le groupe qui stigmatise un mode de vie, un groupe social qui se reconna\u00eet en une id\u00e9e.<\/p>\n<p>Chaque genre musical est donc suppos\u00e9 poss\u00e9der des inclinations sp\u00e9cifiques avec l&#8217;un de ces groupes : le rap m\u00e9tiss\u00e9 avec les jeunes des banlieues, la techno blanche avec les classes moyennes urbaines&#8230; L&#8217;identification fonctionne alors dans les deux sens : un militant communiste se reconna\u00eet dans la salsa cubaine pour les m\u00eames raisons qui ont mis le fado de Amalia Rodrigues au banc des accus\u00e9s durant les d\u00e9cennies de la dictature salazariste. Le message politique r\u00e9el ou suppos\u00e9 d&#8217;une expression musicale influence consid\u00e9rablement la fa\u00e7on dont on l&#8217;\u00e9coute. Lorsqu&#8217;un rappeur \u00e9crit son texte, il le fait en ob\u00e9issant aux codes qui d\u00e9finissent le genre. Lorsqu&#8217;il l&#8217;interpr\u00e8te, sa gestuelle est aussi un signe d&#8217;appartenance \u00e0 une famille, on dit aujourd&#8217;hui \u00e0 une tribu. Le rock des ann\u00e9es 50 suivait exactement le m\u00eame sch\u00e9ma.<\/p>\n<p>Le groupe est un masque qui dissimule l&#8217;individu. Peu importe que de nombreux rappeurs soient d&#8217;un extraordinaire conformisme et finalement tr\u00e8s bien ins\u00e9r\u00e9s dans cette soci\u00e9t\u00e9 de consommation : ce n&#8217;est plus l&#8217;homme qui v\u00e9hicule l&#8217;id\u00e9ologie mais le groupe qu&#8217;il int\u00e8gre. Avec des singularit\u00e9s. MC Solaar, par exemple, est un artiste ind\u00e9pendant parce qu&#8217;il ne fond pas sa parole dans le &#8220;groupe&#8221; rap qui est cens\u00e9 \u00eatre l&#8217;expression de la banlieue. Les musiciens de NTM d\u00e9rangent parce qu&#8217;ils d\u00e9passent l&#8217;aspect tr\u00e8s politiquement correct qui s\u00e9vit aujourd&#8217;hui dans le rap. Il se trouve en effet que le groupe se doit d&#8217;\u00eatre consensuel, pour plusieurs raisons dont les principales tiennent au marketing. Il y a le parcours du combattant qui m\u00e8ne jusqu&#8217;aux maisons de disques. Pour survivre, il faut vendre. Il convient donc de suivre l&#8217;air du temps. Les enjeux \u00e9conomiques sont devenus gigantesques. L&#8217;industrie du disque occupe la deuxi\u00e8me place dans le secteur des industries culturelles.<\/p>\n<p><strong> Marketing <\/strong><\/p>\n<p>A ses origines, le jazz \u00e9tait l&#8217;expression des Noirs am\u00e9ricains. &#8220;Le bordel \u00e9tait presque le seul endroit o\u00f9 les Blancs et les Noirs pouvaient se rencontrer plus ou moins naturellement&#8221;, \u00e9crivait Billie Holiday dans ses m\u00e9moires. Le jazz, comme le rythme&#8217; n&#8217;blues, fut tr\u00e8s longtemps le seul m\u00e9dia dont les Noirs am\u00e9ricains dispos\u00e8rent pour exprimer leur malaise social dans un pays qui les rejetait. Il fut aussi le moyen de le faire conna\u00eetre \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Le jazz ne repr\u00e9sente pourtant qu&#8217;une quantit\u00e9 n\u00e9gligeable des CD vendus. Il est en effet difficilement exploitable pour le commerce car il proc\u00e8de d&#8217;individualit\u00e9s diff\u00e9rentes. De plus, son \u00e9coute est suppos\u00e9e r\u00e9clamer une culture musicale qui ne le rendrait pas accessible \u00e0 toutes les oreilles. Il a donc \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le rap (plus imm\u00e9diat et qui permet de v\u00e9hiculer beaucoup plus facilement un style de vie) et par l&#8217;un de ses enfants, la soul. Mais celle-ci a \u00e9t\u00e9 totalement d\u00e9charg\u00e9e de la spiritualit\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e du Gospel, jusqu&#8217;\u00e0 devenir une musique consensuelle et insipide : le marketing ne se satisfait pas de musiques revendiquant trop fortement une id\u00e9ologie sociale ou politique.<\/p>\n<p>Pour s&#8217;exprimer, il reste heureusement des possibilit\u00e9s. On peut \u00eatre un &#8220;franc-tireur&#8221; comme Mano Solo, artiste difficilement classable qui chante des sujets peu m\u00e9diatiques comme le sida. Une autre solution consiste \u00e0 placer les maisons de disques devant un fait accompli : un groupe comme Louise Attaque connaissait d\u00e9j\u00e0 un \u00e9norme succ\u00e8s gr\u00e2ce \u00e0 la sc\u00e8ne, avant m\u00eame de vendre les deux millions d&#8217;exemplaires de son premier album. Il existe enfin une troisi\u00e8me voie : se regrouper et cr\u00e9er ses propres m\u00e9dias. Ce fut le cas de la sc\u00e8ne rock ind\u00e9pendante des ann\u00e9es 80. Quelques ann\u00e9es plus tard, Boucherie Productions est toujours en place et un groupe comme Noir D\u00e9sir a conserv\u00e9 sa libert\u00e9 de parler et jouer quand, et surtout o\u00f9 il le veut. On se souvient qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait investi dans la lutte contre le Front national.<\/p>\n<p>Alors pourquoi Bob Dylan ? Simplement parce que cet artiste a r\u00e9ussi un v\u00e9ritable tour de force. Il repr\u00e9sente toute une g\u00e9n\u00e9ration mais il est rest\u00e9 farouchement ind\u00e9pendant ; il a r\u00e9ussi \u00e0 faire passer ses messages en \u00e9tant fort peu charismatique et sans conna\u00eetre des passages \u00e0 vide comme Joan Baez. Chapeau !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bob Dylan fut l&#8217;un des premiers, dans l&#8217;apr\u00e8s-Seconde Guerre, \u00e0 refl\u00e9ter l&#8217;id\u00e9ologie de toute une g\u00e9n\u00e9ration li\u00e9e \u00e0 un contexte mondial. Il faut bien se souvenir de cette transition entre les ann\u00e9es 50 et 60 : c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9poque des Trente glorieuses, qui g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent ce conformisme si propice \u00e0 l&#8217;ennui ; celle des attaques contre le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-1889","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1889","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1889"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1889\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1889"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1889"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1889"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}