{"id":1888,"date":"2000-04-01T00:00:00","date_gmt":"2000-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/que-disent-les-musiques-actuelles1888\/"},"modified":"2000-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-03-31T22:00:00","slug":"que-disent-les-musiques-actuelles1888","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1888","title":{"rendered":"Que disent les musiques actuelles ?\/ Le syndrome de la sous-culture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>BibliographieApr\u00e8s la t\u00e9l\u00e9vision, la musique, dans tous ses genres, est la premi\u00e8re des pratiques culturelles des Fran\u00e7ais de moins de 45 ans. De toutes les cat\u00e9gories artistiques, c&#8217;est la musique qui offre le plus large \u00e9ventail de mod\u00e8les et de formes (1) aux diff\u00e9rentes classes d&#8217;\u00e2ge de la population. S&#8217;agissant des 15-24 ans, ce sont les vari\u00e9t\u00e9s internationales, le rock et le rap qui pr\u00e9dominent dans les choix. Pour certaines d&#8217;entre elles, le rap par exemple, ce n&#8217;est pas pour ce qu&#8217;elles offrent de divertissement qu&#8217;elles sont produites. Elles parlent. Elles parlaient avec Bob Dylan. Elles parlent \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>La culture, en France, a connu un &#8220;boom musical&#8221; qui, selon Olivier Donnat, a &#8220;&#8230; probablement contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9volution des go\u00fbts et des comportements dans d&#8217;autres domaines, de la litt\u00e9rature au cin\u00e9ma&#8221; (2). De nombreux autres sociologues ont soulign\u00e9 les profonds changements dans les rapports \u00e0 la culture et \u00e0 la cr\u00e9ation qui se sont produits en France au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, c&#8217;est-\u00e0-dire depuis la cr\u00e9ation du minist\u00e8re de la Culture en 1959. Si Andr\u00e9 Malraux avait pour ambition de diffuser la culture classique, les pratiques culturelles qui s&#8217;y rattachent ont peu \u00e9volu\u00e9, voire recul\u00e9 : &#8220;&#8230; les jeunes lisent moins qu&#8217;il y a vingt ans. [&#8230;] le public de th\u00e9\u00e2tre vieillit et ne se renouvelle pas.&#8221; Avec le m\u00eame constat : &#8220;En d\u00e9finitive, seuls les concerts de rock et de jazz et une musique globalement plut\u00f4t populaire, c&#8217;est-\u00e0- dire des sorties de jeunes, ont v\u00e9ritablement introduit une innovation dans les rep\u00e8res \u00e9tablis en devenant une pratique massive.&#8221; (3)<\/p>\n<p>C&#8217;est donc sur une sc\u00e8ne artistique et culturelle in\u00e9dite que s&#8217;installe Jack Lang lorsqu&#8217;il arrive \u00e0 la t\u00eate du minist\u00e8re de la Culture en 1981. Il y acc\u00e8de avec une conception extensive de la culture que le candidat Fran\u00e7ois Mitterrand a \u00e9voqu\u00e9e en mars 1981, dans un discours \u00e0 l&#8217;Unesco : &#8220;&#8230; la culture est l&#8217;ensemble de nos modes de vie et de pens\u00e9e&#8230; [&#8230;] Le socialisme c&#8217;est d&#8217;abord un projet culturel, c&#8217;est moins un choix de soci\u00e9t\u00e9 qu&#8217;un choix de civilisation&#8230;&#8221; (4). Cette conception, souvent rappel\u00e9e dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de la gestion Lang, correspond au sens qu&#8217;accordent \u00e0 la culture l&#8217;anthropologie et la sociologie qui s&#8217;int\u00e9ressent aux &#8220;pratiques symboliques, individuelles et collectives, dans tous leurs aspects relationnels, leurs significations, fonctions et cons\u00e9quences sociales&#8221; (5). Le d\u00e9cret du 10 mai 1982 qui oriente les missions du minist\u00e8re est r\u00e9dig\u00e9 dans cet esprit : &#8220;Le ministre charg\u00e9 de la culture a pour mission de permettre \u00e0 tous les fran\u00e7ais de cultiver leur capacit\u00e9 d&#8217;inventer et de cr\u00e9er, d&#8217;exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix, de pr\u00e9server le patrimoine culturel national, r\u00e9gional ou de divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivit\u00e9 tout enti\u00e8re, de favoriser la cr\u00e9ation des oeuvres de l&#8217;art fran\u00e7ais dans le libre dialogue des cultures du monde&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Tout-culturel <\/strong><\/p>\n<p>On ob\u00e9it l\u00e0 \u00e0 une vision plus large et surtout plus complexe de la culture dans ses relations d&#8217;interd\u00e9pendance aux soci\u00e9t\u00e9s et aux individus, telle que Claude L\u00e9vi-Strauss, Roland Barthes, Pierre Bourdieu ou Michel Foucault, par exemple, les ont pens\u00e9es. La &#8220;culture des lettres, des arts et des sciences&#8221;, isol\u00e9e comme ensemble de savoirs \u00e9labor\u00e9s et transmis au long des si\u00e8cles, prend ainsi place, la premi\u00e8re sans nul doute, dans un ensemble o\u00f9 elle retrouve ses origines, ses attaches et ses filiations, celui d&#8217;un d\u00e9ploiement de la notion de culture dans les sph\u00e8res du soci\u00e9tal et de l&#8217;individuel o\u00f9 sont pr\u00e9sents et actifs usages, comportements, repr\u00e9sentations, croyances, techniques, traditions, coutumes, codes, r\u00e8gles, symboliques, morales, cr\u00e9ations, etc. De cette conception extensive vient sans doute ce qu&#8217;on a appel\u00e9, en mauvaise part, le &#8220;tout-culturel&#8221; langien, du moins peut-on l&#8217;interpr\u00e9ter ainsi.<\/p>\n<p>La perspective n&#8217;est donc plus celle de Malraux. Mais le sens du d\u00e9cret et la nouvelle orientation qu&#8217;elle engage ne seront pas imm\u00e9diatement compris dans leurs cons\u00e9quences. Il faudra attendre cinq ann\u00e9es apr\u00e8s la parution du d\u00e9cret pour que Alain Finkielkraut en caricature l&#8217;esprit et donne sa version du &#8220;tout-culturel&#8221; : &#8220;Le footballeur et le chor\u00e9graphe, le peintre et le couturier, l&#8217;\u00e9crivain et le concepteur (sic), le musicien et le rocker sont, au m\u00eame titre, des cr\u00e9ateurs. Il faut en finir avec le pr\u00e9jug\u00e9 scolaire qui r\u00e9serve cette qualit\u00e9 \u00e0 certains, et qui plonge les autres dans la sous-culture. [&#8230;] Coluche et Renaud font-ils partie de la culture ? La musique, le rock, est-ce la m\u00eame chose ? Le rock est-il la forme moderne de la musique ou sa r\u00e9gression dans le simplisme absolu d&#8217;un rythme universel ?&#8221; (6) Le besoin d&#8217;argumentation de l&#8217;auteur le conduit \u00e0 des rapprochements qui n&#8217;ont de r\u00e9alit\u00e9 que dans cette vis\u00e9e. Dans le meilleur des cas, on pouvait y voir l&#8217;emploi grossier de la pens\u00e9e de Malraux pour lequel seuls les chefs-d&#8217;oeuvre sont capables de porter la culture.<\/p>\n<p>Les chefs-d&#8217;oeuvre, on le sait, ne sont r\u00e9pertori\u00e9s comme tels que dans la mesure o\u00f9 ils \u00e9mergent, souvent lentement, d&#8217;un vaste ensemble d&#8217;oeuvres qui ne le sont pas, sans \u00eatre pour autant n\u00e9gligeables. Il faut donc forc\u00e9ment vivre, dans une vie d&#8217;homme, avec les uns et les autres. Le risque alors existe, pr\u00e9vient l&#8217;auteur, de mettre en p\u00e9ril la &#8220;&#8230; hi\u00e9rarchie s\u00e9v\u00e8re des valeurs&#8221;, qui ne s&#8217;avise pas que cette &#8220;hi\u00e9rarchie&#8221; a perdu son caract\u00e8re universel, que le relativisme s&#8217;est install\u00e9 dans le champ de la culture et qu&#8217;elle se d\u00e9cline selon ses particularismes. A cette &#8220;hi\u00e9rarchie s\u00e9v\u00e8re&#8221; l&#8217;auteur oppose la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 qui se vit comme pluriculturelle et ouverte aux diff\u00e9renciations, c&#8217;est-\u00e0-dire ayant rompu avec la &#8220;vision ethnocentrique de l&#8217;humanit\u00e9 qui fait de l&#8217;Europe l&#8217;origine de toutes les d\u00e9couvertes et de tous les progr\u00e8s&#8221;.<\/p>\n<p>Cette recommandation, comprise dans &#8220;Propositions pour l&#8217;enseignement de l&#8217;avenir&#8221;, r\u00e9dig\u00e9es par le Coll\u00e8ge de France et remises au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1985 est v\u00e9cue par nombre d&#8217;intellectuels comme une intol\u00e9rable d\u00e9possession de l&#8217;identit\u00e9 culturelle nationale et individuelle, comme d&#8217;ailleurs, en amont, le multiculturalisme et le m\u00e9tissage. Sur des registres diff\u00e9rents mais menant au m\u00eame rejet de tout ce qui n&#8217;est pas inventori\u00e9 par et dans la &#8220;hi\u00e9rarchie s\u00e9v\u00e8re&#8221;, on a lu les pamphlets de Marc Fumaroli (l&#8217;Etat culturel. Essai sur une religion moderne, de Fallois, 1992) et de Michel Schneider (la Com\u00e9die de la culture, le Seuil, 1993) ou, plus r\u00e9cents, les ouvrages de Maryvonne de Saint Pulgent (le Gouvernement de la culture, Gallimard\/Le D\u00e9bat, 1999), et de Vincent Dubois (la Politique culturelle. Gen\u00e8se d&#8217;une cat\u00e9gorie d&#8217;intervention publique, Belin\/ Socio-Histoires, 1999). D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, sont rang\u00e9s l&#8217;art et les chefs-d&#8217;oeuvre, de l&#8217;autre les &#8220;expressions sociales&#8221; qui ne peuvent \u00eatre confondues avec les &#8220;oeuvres de l&#8217;art et de l&#8217;esprit&#8221;. D\u00e9bat s\u00e9mantique d\u00e9j\u00e0 fort ancien, certes fond\u00e9 par une tradition, mais d\u00e9bord\u00e9 de partout par des prolif\u00e9rations de formes et de cr\u00e9ations qui n&#8217;entrent pas dans ce r\u00e9f\u00e9rencement dichotomique, n&#8217;\u00e9tant ni reconnues ni l\u00e9gitim\u00e9es par la culture dominante, ou n&#8217;en ayant pas la vocation. Les grandes oeuvres de l&#8217;humanit\u00e9 et les hi\u00e9rarchies qu&#8217;elles prescrivent ne sont pas pour autant descendues dans les r\u00e9serves de l&#8217;histoire. D&#8217;autres hi\u00e9rarchies qui ne sont pas n\u00e9cessairement concurrentes se sont install\u00e9es sur la sc\u00e8ne de la cr\u00e9ation, indiquant que le monolithisme culturel ne pouvait plus seul assurer l&#8217;identification artistique et sociale.<\/p>\n<p>Ce sont les expressions musicales les plus populaires parmi les jeunes, qui fournissent les pr\u00e9textes renouvel\u00e9s \u00e0 ces d\u00e9bats sur la non-culture ou la sous-culture auxquels, c&#8217;est \u00e0 pr\u00e9ciser, ils ne sont pas convi\u00e9s et ne r\u00e9pondraient s\u00fbrement pas. Sont vis\u00e9s le rock sous toutes ses formes, la musique techno pour ses raves et l&#8217;ecstasy, mais par-dessus tout le rap qui propage un discours politique et social virulent. Michel Schneider, qui fut directeur de la Musique et de la Danse au minist\u00e8re de la Culture de 1988 \u00e0 1991, peut \u00e9crire : &#8220;Ainsi donc le rap est, para\u00eet-il, de l&#8217;art. Soit si vous le dites. [&#8230;] Le ministre de la Culture patronne sous les ors de la R\u00e9publique un groupe de rappeurs r\u00e9pondant au doux nom de Nique ta m\u00e8re, soit encore. Mais la fa\u00e7on dont on les traite ne rappelle-t-elle pas un paternalisme qui enferme l&#8217;autre dans son exclusion ?&#8221; (7) Il \u00e9tait fort tard, Maurice Fleuret, directeur de la Musique \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e de Jack Lang au minist\u00e8re de la Culture, a pris en charge les &#8220;musiques actuelles&#8221; qui seront inscrites au budget de sa direction. Tr\u00e8s modestement si on le compare \u00e0 ceux qui sont attribu\u00e9s aux op\u00e9ras ou aux orchestres de musique classique.<\/p>\n<p><strong> M\u00e9tissage <\/strong><\/p>\n<p>Mais le symbole \u00e9tait bien l\u00e0 : la reconnaissance que le champ musical n&#8217;est pas seulement constitu\u00e9 des musiques &#8220;savantes&#8221;, classiques ou contemporaines. Maurice Fleuret d\u00e9clarait : &#8220;Nous ne voulons pas que soient frapp\u00e9es d&#8217;exclusive certaines formes de la musique : la chanson, le jazz, les vari\u00e9t\u00e9s, les musiques non \u00e9crites doivent se sentir ici chez elles sur un m\u00eame pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9 et avec droit de cit\u00e9&#8221; (8). L&#8217;incorporation de ces musiques dans le champ d&#8217;action du minist\u00e8re ne signifie pas qu&#8217;elles sont l\u00e9gitim\u00e9es comme cr\u00e9ations artistiques \u00e0 part enti\u00e8re. D&#8217;autant moins que cet int\u00e9r\u00eat minist\u00e9riel est alors r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9 comme op\u00e9ration politicienne. Sans doute, mais l&#8217;enjeu c&#8217;\u00e9tait aussi de maintenir ouvert un passage \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration culturelle des groupes sociaux exclus.Lorsque en mai 1982 para\u00eet au Journal Officiel le d\u00e9cret fixant les missions du minist\u00e8re de la Culture, le rap vient \u00e0 peine de p\u00e9n\u00e9trer en France, en provenance des ghettos noirs des Etats-Unis, des quartiers d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s de New York, du Bronx, de Harlem, de Brooklyn o\u00f9 il est apparu dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, sur fond de mis\u00e8re sociale et de discrimination raciale. En France, en quelques ann\u00e9es, le &#8220;hip-hop&#8221; va s&#8217;affirmer, et continue de d\u00e9ployer, activement d&#8217;ailleurs, ses diff\u00e9rentes composantes, le rap n&#8217;\u00e9tant que l&#8217;un des termes de la &#8220;culture hip-hop&#8221; qui comprend aussi une expression chor\u00e9graphique, la &#8220;break dance&#8221;, et une expression plastique, le &#8220;graff&#8221;, ainsi que des codes vestimentaires et langagiers, ces expressions se d\u00e9clinant en un ensemble de formes et de figures complexes o\u00f9 une esth\u00e9tique est \u00e0 l&#8217;oeuvre (9). Beaucoup pensent \u00e0 l&#8217;\u00e9poque que le hip-hop n&#8217;est qu&#8217;une mode passag\u00e8re, une sous-culture (10), et, pire, import\u00e9e des Etats-Unis, et d\u00e9noncent le minist\u00e8re de la Culture qui, assez t\u00f4t, la soutient. D\u00e8s le d\u00e9but, la revue Actuel, certaines radios libres et une \u00e9mission sur TFI accompagnent le mouvement, mais ce n&#8217;est qu&#8217;au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 90 que le rap s&#8217;installe de mani\u00e8re significative dans le paysage musical fran\u00e7ais avec la sortie des premiers albums de Minist\u00e8re Amer (&#8220;Le savoir est une arme&#8221;), MC Solaar (&#8220;Bouge de l\u00e0&#8221; et &#8220;Qui s\u00e8me le vent r\u00e9colte le tempo&#8221;), IAM (&#8220;De la Plan\u00e8te Mars&#8221;), Supr\u00eame NTM (&#8220;Authentik&#8221;). Le rap s&#8217;enracine dans les banlieues dont il met \u00e0 jour le quotidien probl\u00e9matique. La contestation sociale et politique dont il est porteur est radicale, sur des registres toutefois qui varient selon les groupes. Ainsi, dans ses premiers albums, IAM se r\u00e9volte contre les agissements policiers, mais,dans le r\u00f4le de &#8220;grands fr\u00e8res&#8221;, se pr\u00e9occupe aussi de destins individuels fracass\u00e9s (dans &#8220;Une femme seule&#8221;), des ravages de la drogue (dans &#8220;Sachet blanc&#8221;), de la d\u00e9linquance (dans &#8220;Demain c&#8217;est loin&#8221;). De son c\u00f4t\u00e9, Supr\u00eame NTM oppose sa violence extr\u00eame \u00e0 celle de la soci\u00e9t\u00e9 (dans &#8220;J&#8217;appuie sur la g\u00e2chette&#8221;), sa haine des militaires, de la police (11), des fonctionnaires \u00e0 leur m\u00e9pris et \u00e0 leur racisme (dans &#8220;Quelle gratitude&#8221;, &#8220;Blanc et Noir&#8221;, &#8220;Police&#8221;), son aversion de l&#8217;argent (dans &#8220;L&#8217;argent pourrit les gens&#8221;). A ces groupes &#8220;historiques&#8221; sont venues se superposer de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations qui forment aujourd&#8217;hui une galaxie du hip-hop dont les \u00e9l\u00e9ments black-blanc-beur sont diss\u00e9min\u00e9s dans les banlieues de toutes les villes fran\u00e7aises, grandes et moyennes.<\/p>\n<p><strong> La banlieue <\/strong><\/p>\n<p>Au fil du temps, le discours politique et social semble avoir perdu une part de la radicalit\u00e9 des d\u00e9buts ou plut\u00f4t une part de son impulsivit\u00e9 &#8220;spontex&#8221; \u00e0 crier la r\u00e9volte face aux exclusions \u00e9conomiques, sociales, culturelles, sans toutefois l&#8217;avoir abandonn\u00e9e puisqu&#8217;elles n&#8217;ont pas disparu. Le &#8220;contexte banlieue&#8221; n&#8217;est plus ce qu&#8217;il pr\u00e9sentait au milieu des ann\u00e9es 1980. Il est devenu l&#8217;une des questions dominantes pour tous les gouvernements. Et les groupes de musiques actuelles ont accompagn\u00e9 les interventions des pouvoirs publics, non pour s&#8217;en satisfaire, mais pour les prolonger. Il n&#8217;est pas sans int\u00e9r\u00eat de relever que le groupe (multiracial) de Rap 113, inconnu il y a quelques mois et r\u00e9compens\u00e9 aux derni\u00e8res Victoires de la musique, soit issu d&#8217;une association sportive et d&#8217;aide aux devoirs cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Vitry.<\/p>\n<p>Et qu&#8217;il parle du v\u00e9cu sans l&#8217;\u00e9dulcorer. C&#8217;est aussi la d\u00e9marche du groupe Zebda, lui aussi au nombre des prim\u00e9s aux Victoires de la musique. Ce n&#8217;est pas \u00e0 strictement parler un groupe de rap (12), mais il d\u00e9veloppe un mod\u00e8le d&#8217;engagement politique et social innovateur. N\u00e9 il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es dans l&#8217;une des cit\u00e9s des quartiers nord de Toulouse, il est issu, par certains de ses membres, de l&#8217;action sociale dans les quartiers ; il a cr\u00e9\u00e9 une association, &#8220;Taktikollectif&#8221;, un laboratoire o\u00f9 on discute des &#8220;sans-papiers, de la double peine, de Bourdieu, de la t\u00e9l\u00e9, de l&#8217;Alg\u00e9rie&#8221; (13) et \u00e0 partir duquel il d\u00e9veloppe des actions d&#8217;intervention sociale et de participation politique. Zebda a connu un succ\u00e8s commercial inattendu en 1999 avec un album, &#8220;Motiv\u00e9s&#8221;, qui reprenait des chants de r\u00e9sistance comme &#8220;Le temps des cerises&#8221; ou le &#8220;Chant des partisans&#8221;, coproduit avec la LCR&#8230; et les b\u00e9n\u00e9fices remis au DAL. En 1995, le deuxi\u00e8me album s&#8217;intitulait : &#8220;Le Bruit et l&#8217;odeur&#8221; qui rappelle une c\u00e9l\u00e8bre sortie raciste de Jacques Chirac en juin 1991 : &#8220;Si vous ajoutez \u00e0 cela les allocations per\u00e7ues par les \u00e9trangers, le bruit et l&#8217;odeur, le travailleur fran\u00e7ais, sur le palier, il devient fou.&#8221;<\/p>\n<p>1. Le d\u00e9partement des \u00e9tudes et de la prospective du minist\u00e8re de la Culture, pour les besoins de leurs enqu\u00eates sur les pratiques culturelles des Fran\u00e7ais, distingue ainsi les genres musicaux : chansons et vari\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises ; musiques du monde ; vari\u00e9t\u00e9s internationales ; rap ; hard-rock, punk, trash ; rock ; jazz ; musique d&#8217;op\u00e9rette ; musique d&#8217;op\u00e9ra ; musique classique ; musique de film ; musique d&#8217;ambiance ; chansons pour enfants ; musique militaire ; musique folklorique ; musique contemporaine. Sans pr\u00e9tendre \u00eatre complet, on peut affiner cette liste en y ajoutant des genres musicaux tels que pop, techno, house, reggae, dub, death-metal, soul music, blues, folk, ra\u00ef, funk, new wave, rythm and blues, disco, dance music, country, et les emprunts, croisements, brassages, fusions et hybridations qui s&#8217;op\u00e8rent entre eux, ainsi le groupe de reggae breton Rasta Bigoud ou le groupe Ta\u00fffa, breton lui aussi, qui d\u00e9fend une musique celto-berb\u00e8re. A ces genres plut\u00f4t occidentaux, il faut joindre ceux que proposent les festivals et les programmations de musiques traditionnelles du monde : chants et musiques de Sanaa (Y\u00e9men), de Slovaquie centrale, des Tadjiks du Badakhchan (Pamir), le Beiguan de Chine du Nord, les Polyphonies des Pygm\u00e9es Bedzan, les musiques du Nordeste br\u00e9silien ou du Kurdistan, les chants arabo-andalou d&#8217;Alg\u00e9rie ou de la confr\u00e9rie des Gharbawas du Maroc, la liturgie soufi de la grande mosqu\u00e9e des Omeyyades de Damas, les chants carnatiques de l&#8217;Inde du Sud ou dhrupad de l&#8217;Inde du Nord, sans oublier les musiques africaines tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans l&#8217;hexagone, et en oubliant bien d&#8217;autres&#8230;<\/p>\n<p>2. Olivier Donnat in les Pratiques culturelles des Fran\u00e7ais (La Documentation fran\u00e7aise, 1998), pages 310 et s. Selon l&#8217;auteur, directeur du D\u00e9partement des \u00e9tudes et de la prospective du minist\u00e8re des la Culture, on a &#8220;&#8230; ignor\u00e9 ou minor\u00e9 l&#8217;importance du \u00ab boom musical \u00bb, dont on mesure la v\u00e9ritable port\u00e9e, plus de 40 ans apr\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e des tourne-disque et du rock&#8217; n&#8217; roll. Le recul est d\u00e9sormais suffisant, en effet, pour appr\u00e9cier l&#8217;importance pr\u00e9pond\u00e9rante prises par les formes musicales d&#8217;abord appel\u00e9es pop music ou rock avant de devenir dans les ann\u00e9es 90 les \u00ab musiques actuelles \u00bb ou les \u00ab musiques amplifi\u00e9es \u00bb (rock, techno, rap, musiques du monde&#8230;) : bon nombre de Fran\u00e7ais des g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es depuis la Seconde Guerre mondiale, qui sont aujourd&#8217;hui adultes, continuent \u00e0 appr\u00e9cier les musiques \u00ab d&#8217;avant \u00bb, celles qui leur rappellent leur jeunesse, plut\u00f4t que de chercher \u00e0 renouveler leurs go\u00fbts musicaux. Le \u00ab boom musical \u00bb a, par cons\u00e9quent, modifi\u00e9 durablement le rapport de ces g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 la musique en g\u00e9n\u00e9ral : ce qui pose, dans une certaine mesure, la question du renouvellement du public de la musique classique : et a probablement contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9volution des go\u00fbts et des comportements dans d&#8217;autres domaines, de la litt\u00e9rature au cin\u00e9ma.&#8221;<\/p>\n<p>3. Louis Dirn, la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en tendances, 1975-1995, Presses Univer-sitaires de France, collection Sociologie d&#8217;aujourd&#8217;hui, 1998, pages 309 \u00e0 311<\/p>\n<p>4. Cit\u00e9 dans Claude Mollard, le 5e pouvoir. La Culture et l&#8217;Etat, de Malraux \u00e0 Lang, \u00e9ditions Armand Colin, 1999., page 214.<\/p>\n<p>5. Dictionnaire de sociologie, Le Robert, 1999.<\/p>\n<p>6. Alain Finkielkraut, la D\u00e9faite de la pens\u00e9e, \u00e9ditions Gallimard, 1987, pages 138 et 141.<\/p>\n<p>7. Michel Schneider, la Com\u00e9die de la culture, \u00e9ditions du Seuil, 1993. (pages 78 \u00e0 83). Particuli\u00e8rement instructif l&#8217;usage de l&#8217;exclusion pour justifier l&#8217;exclusion de l&#8217;expression artistique de l&#8217;exclu.<\/p>\n<p>8. Cit\u00e9 dans Claude Mollard, le 5e pouvoir. La Culture et l&#8217;Etat, de Malraux \u00e0 Lang, \u00e9ditions Armand Colin, 1999, page 317.<\/p>\n<p>9. Richard Shusterman, dans l&#8217;Art \u00e0 l&#8217;\u00e9tat vif. La pens\u00e9e pragmatiste et l&#8217;esth\u00e9tique populaire (\u00e9ditions de Minuit, 1991), consacre un chapitre, &#8220;l&#8217;art du Rap&#8221;, aux fondements et \u00e0 la mise en oeuvre de l&#8217;esth\u00e9tique de cette musique et des textes qu&#8217;elle porte, sur la sc\u00e8ne am\u00e9ricaine. Plus r\u00e9cemment, Christian B\u00e9thune a publi\u00e9 le Rap. Une esth\u00e9tique hors la loi (voir la Bibliographie). Dans le contexte de rejet du Rap par les gardiens de la culture dominante, il n&#8217;est pas inutile de signaler que Christian B\u00e9thune est titulaire d&#8217;un doctorat de philosophie&#8230;<\/p>\n<p>10. L&#8217;accusation n&#8217;a pas cess\u00e9 depuis. Dans le journal la Croix du 13 mars dernier, Pierre-Yves Le Priol, rendant compte de la soir\u00e9e des Victoires de la musique, regrettait que le Z\u00e9nith &#8220;&#8230; ait croul\u00e9 sous une d\u00e9ferlante de la (sous) culture banlieue : omnipr\u00e9sence du Rap, de la \u00ab dance \u00bb et du reste&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>11. On se rappelle que Supr\u00eame NTM fut condamn\u00e9 \u00e0 Toulon, en 1996, pour &#8220;outrages par paroles \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;autorit\u00e9 publique&#8221;. Voir Regards de d\u00e9cembre 1996.<\/p>\n<p>12. Voir l&#8217;entretien avec Zebda dans Regards n\u00b049-septembre 1999.<\/p>\n<p>13. Dans T\u00e9l\u00e9rama n\u00b0 2566-17\/3\/1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296],"class_list":["post-1888","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1888"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1888\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}