{"id":1854,"date":"2000-03-01T00:00:00","date_gmt":"2000-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/claudine-cohen-sommes-nous-tous1854\/"},"modified":"2000-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-02-29T23:00:00","slug":"claudine-cohen-sommes-nous-tous1854","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1854","title":{"rendered":"Claudine Cohen : \u00ab Sommes-nous tous les descendants d&#8217;une Eve africaine ? \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Claudine Cohen, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&#8217;Ecole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, a trouv\u00e9 son bonheur de philosophe et historienne des sciences sur le terrain de la pal\u00e9ontologie. <\/p>\n<p>Quatri\u00e8me invit\u00e9e des rencontres philosophiques de l&#8217;ann\u00e9e 1999, \u00e0 l&#8217;initiative de Regards et d&#8217;Espaces Marx, Claudine Cohen est l&#8217;auteur du dernier must en date de la discipline : l&#8217;Homme des origines, savoirs et fictions en pr\u00e9histoire, aux \u00e9ditions du Seuil. Le grand m\u00e9rite de cet ouvrage r\u00e9side dans une tentative de d\u00e9passement du vieil antagonisme entre la connaissance scientifique de nos origines et les repr\u00e9sentations mythiques : religieuses ou pas : qui l&#8217;accompagnent&#8230; Avec elle, l&#8217;origine de l&#8217;homme cesse d&#8217;\u00eatre \u00e9cartel\u00e9e entre la Bible et Darwin. Dans un chapitre intitul\u00e9 &#8220;L&#8217;homme t\u00e9moin du D\u00e9luge&#8221;, la pr\u00e9historienne analyse, par exemple, le r\u00f4le central de cette catastrophe mythique dans l&#8217;histoire naturelle du XVIIIe si\u00e8cle, dans la pal\u00e9ontologie et la g\u00e9ologie de Cuvier et de Buckland au XIXe si\u00e8cle. L&#8217;un des premiers hommes fossiles accept\u00e9s par la communaut\u00e9 scientifique de ce si\u00e8cle ne fut-il pas baptis\u00e9, en toute libert\u00e9 d&#8217;inspiration par la Bible, &#8220;l&#8217;homme ant\u00e9diluvien&#8221; ?<\/p>\n<p><strong> Mythes et science <\/strong><\/p>\n<p>Tout au long de son histoire, cette science : o\u00f9 le savoir n&#8217;a pour but ni la pr\u00e9vision, ni l&#8217;action, et encore moins l&#8217;exp\u00e9rience : fait la d\u00e9monstration qu&#8217;il ne saurait y avoir de coupure \u00e9pist\u00e9mologique absolue entre le discours po\u00e9tique des mythes et celui r\u00e9put\u00e9 plus aust\u00e8re de la science. Claudine Cohen remet donc sur le m\u00e9tier l&#8217;h\u00e9ritage bachelardien de la Psychanalyse du feu et de l&#8217;Air et les songes. C&#8217;est ainsi que, pour le plus grand plaisir d&#8217;un auditoire m\u00e9dus\u00e9, l&#8217;historienne en pal\u00e9ontologie a d\u00e9busqu\u00e9 des fictions, romans et films, qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le \u00e0 la fois acc\u00e9l\u00e9rateur et (ou) frein dans l&#8217;histoire de la discipline. Il semble que la science, elle aussi, produise des mythes. Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas \u00e9tonnant que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une origine de l&#8217;homme, f\u00e9minine et situ\u00e9e sur le continent africain : l&#8217;Eve africaine : irrite les modernes Cassandre du &#8220;d\u00e9sastre africain&#8221;&#8230;<\/p>\n<p>D\u00e9construction, au passage, du concept de &#8220;cha\u00eenon manquant&#8221;. La pr\u00e9histoire est n\u00e9e gr\u00e2ce aux d\u00e9couvertes de Boucher de Perthes dans la vall\u00e9e de la Somme, en m\u00eame temps que Darwin affirmait l&#8217;origine des esp\u00e8ces. Mais l&#8217;\u00e9volution qui en r\u00e9sulte ne s&#8217;av\u00e8re ni graduelle ni lin\u00e9aire.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9historien fran\u00e7ais Andr\u00e9 Leroi-Gourhan et le pal\u00e9ontologue am\u00e9ricain Stephen Jay Gould sont les ma\u00eetres \u00e0 penser de Claudine Cohen. Du premier elle tient l&#8217;id\u00e9e que &#8220;la pr\u00e9histoire est une M\u00e9thode&#8221;, et du second que l&#8217;humanit\u00e9 s&#8217;est constitu\u00e9e au cours d&#8217;un processus \u00e9volutif, \u00e0 la fois discontinu et donc impr\u00e9visible&#8230; La conf\u00e9renci\u00e8re a mis l&#8217;accent sur la question de &#8220;la diff\u00e9rence humaine&#8221; par rapport aux esp\u00e8ces animales. S&#8217;il y a bien un v\u00e9ritable saut ontologique entre l&#8217;homo sapiens et ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, l&#8217;homme ne descend pas plus en droite ligne du singe (esp\u00e8ce cousine) que le singe de l&#8217;arbre (rires). Plut\u00f4t que de chercher on ne sait quel &#8220;cha\u00eenon manquant&#8221;, Claudine Cohen insiste sur l&#8217;importance pour l&#8217;\u00e9volution humaine du concept de &#8220;n\u00e9ot\u00e9nie&#8221; qui recouvre la r\u00e9tention, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte, de caract\u00e8res infantiles. &#8220;L&#8217;homme pourrait bien \u00eatre un animal n\u00e9ot\u00e9nique et d\u00e9river d&#8217;un anc\u00eatre du chimpanz\u00e9 qui ne serait pas parvenu \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte.&#8221; L&#8217;hypoth\u00e8se, ch\u00e8re \u00e0 Stephen Jay Gould, expliquerait certains traits sp\u00e9cifiques de l&#8217;homme: r\u00e9gression de la pilosit\u00e9, front bomb\u00e9, bouche moins pro\u00e9minente, bras courts&#8230;<\/p>\n<p><strong> Un animal n\u00e9ot\u00e9nique <\/strong><\/p>\n<p>Le cerveau porte-t-il la trace de la diff\u00e9rence humaine? La station debout, ou bip\u00e9die, a ind\u00e9niablement jou\u00e9 un r\u00f4le. Selon certains savants, en se dressant sur ses membres post\u00e9rieurs et en lib\u00e9rant la bouche du service de pr\u00e9hension, la main s&#8217;est trouv\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e des n\u00e9cessit\u00e9s de la locomotion. Et le d\u00e9veloppement du cerveau humain aurait \u00e9t\u00e9 de pair avec les possibilit\u00e9s multiples de la technicit\u00e9. C&#8217;est ce qui faisait dire \u00e0 Leroi-Gourhan que &#8220;l&#8217;\u00e9volution humaine commence par les pieds&#8221;.Ainsi ont \u00e9t\u00e9 successivement pass\u00e9s en revue les &#8220;privil\u00e8ges&#8221; de l&#8217;humanit\u00e9: la capacit\u00e9 de fabriquer des outils, la capacit\u00e9 du langage : fameux Rubicon que l&#8217;animalit\u00e9 ne devrait jamais franchir :, l&#8217;existence de rites fun\u00e9raires&#8230; La question des origines \u00e9chappe progressivement \u00e0 l&#8217;emprise des mythes religieux sans que ceux-ci disparaissent pour autant de la civilisation. Une oeuvre et une pens\u00e9e \u00e0 suivre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Claudine Cohen, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&#8217;Ecole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, a trouv\u00e9 son bonheur de philosophe et historienne des sciences sur le terrain de la pal\u00e9ontologie. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1854","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1854"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1854\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}