{"id":1841,"date":"2000-03-01T00:00:00","date_gmt":"2000-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-panorama-japonais1841\/"},"modified":"2000-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-02-29T23:00:00","slug":"un-panorama-japonais1841","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1841","title":{"rendered":"Un panorama japonais"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>France-Japon : correspondances<strong> La fin de l&#8217;ann\u00e9e 1999 et le premier trimestre de l&#8217;an 2000 sont japonais, avec plus d&#8217;une vingtaine de films visibles en salles, dans des festivals et des r\u00e9trospectives (1). Un cin\u00e9ma qui s&#8217;impose par sa modernit\u00e9 d&#8217;\u00e9criture en m\u00eame temps qu&#8217;il assume et enrichit l&#8217;h\u00e9ritage th\u00e9matique et culturel des grands Anciens. <\/strong><\/p>\n<p>Au succ\u00e8s populaire de Takeshi Kitano, figure de proue de la production nippone et dont le dernier film, l&#8217;Et\u00e9 de Kikujiro, a d\u00e9pass\u00e9 les 250 000 entr\u00e9es, s&#8217;ajoute d\u00e9sormais l&#8217;engouement suscit\u00e9 par le &#8220;jeune&#8221; Kurosawa, qui a r\u00e9ussi, tardivement mais brillamment, \u00e0 se faire un pr\u00e9nom, Kiyoshi.<\/p>\n<p>Le souvenir de Akira Kurosawa, prestigieux auteur des Sept Samoura\u00ef, continue \u00e0 exercer son pouvoir d&#8217;attraction, mais d\u00e9sormais par personne interpos\u00e9e depuis sa disparition. C&#8217;est l&#8217;adaptation d&#8217;un sc\u00e9nario de lui, Apr\u00e8s la pluie, par son fid\u00e8le assistant, et en coproduction fran\u00e7aise, qui promet de ramener l&#8217;attention sur lui tant ce beau film est fid\u00e8le \u00e0 la fois \u00e0 son inspiration humaniste et \u00e0 son style o\u00f9 l&#8217;ample et sereine respiration du r\u00e9cit se ponctue d&#8217;instants de violence flamboyante. Et on a retrouv\u00e9 ces qualit\u00e9s pour l&#8217;essentiel dans un remake tardif (1965) du premier film du Ma\u00eetre, Sugata Sanshiro (1943), exaltation de la figure de l&#8217;inventeur du judo, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, camp\u00e9 avec prestance par le regrett\u00e9 Toshiro Mifune.<\/p>\n<p><strong> G\u00e9nie en noir et blanc des chefs-d&#8217;oeuvre <\/strong><\/p>\n<p>Parmi les autres grands Anciens, Kon Ichikawa (n\u00e9 en 1915) est le plus populaire au Japon. A la 4e Biennale du cin\u00e9ma japonais d&#8217;Orl\u00e9ans, une large r\u00e9trospective a permis de revoir tous ses chefs-d&#8217;oeuvre et d&#8217;en appr\u00e9cier la puissance dramatique et le raffinement visuel dans l&#8217;usage du noir et blanc : la Harpe de Birmanie, Feux dans la plaine, le Pavillon d&#8217;or, entre autres, sont de grandioses pages d&#8217;histoire mais aussi des plong\u00e9es vertigineuses dans l&#8217;\u00e2me de la nation japonaise. Mais on n&#8217;a pas pu voir \u00e0 Orl\u00e9ans le nouveau film du plus brillant repr\u00e9sentant de la g\u00e9n\u00e9ration interm\u00e9diaire, Nagisa Oshima (n\u00e9 en 1932), \u00e0 peine termin\u00e9, apr\u00e8s dix ans d&#8217;inactivit\u00e9, et encore en coproduction fran\u00e7aise : Gohatto traite un sujet typique du go\u00fbt de l&#8217;auteur de l&#8217;Empire des sens pour la subversion des tabous, les pulsions coupables suscit\u00e9es chez un groupe de samoura\u00ef par l&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;un jeune et beau gar\u00e7on parmi eux.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9v\u00e9lations, confirmations, nouvelles tendances <\/strong><\/p>\n<p>Au festival des Trois continents de Nantes, toujours riche en d\u00e9couvertes, on a eu la r\u00e9v\u00e9lation de deux films modestes mais tr\u00e8s repr\u00e9sentatifs des tendances des jeunes auteurs, ceux-ci d&#8217;ailleurs d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9s : le Bosquet ombrag\u00e9, de Shinji Aoyama, sur les d\u00e9m\u00eal\u00e9s sentimentaux des adolescents, et Jusqu&#8217;au bout d&#8217;Akihito Shiota, o\u00f9 deux garnements font les 400 coups. On a eu par ailleurs la confirmation du talent original de Hirokazu Kore-Eda avec Maborosi, d\u00e9licate description du travail de deuil d&#8217;une veuve \u00e9plor\u00e9e, et surtout After life, tr\u00e8s curieux essai de science-fiction sur l&#8217;espace ind\u00e9cis entre la vie et la mort. On a pu constater, avec Bullet Ballet et Tokyo Decadence, que les th\u00e8mes de la violence quotidienne et des errances du coeur sont \u00e0 la mode, l\u00e0-bas comme ici, et de fa\u00e7on parfois primaire.<\/p>\n<p>Mais il ne faut pas manquer de voir M\/Other (sortie annonc\u00e9e pour le 1er mars), tr\u00e8s remarquable chronique de la vie d&#8217;un couple en crise sous le regard de leur enfant.En 1997, quand on a d\u00e9couvert Kiyoshi Kurosawa (n\u00e9 en 1955) avec Cure, l&#8217;un de ses films les plus retentissants, il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif une douzaine de longs m\u00e9trages dans les genres les plus divers. Cet \u00e9clectisme t\u00e9moigne de la vari\u00e9t\u00e9 de ses admirations, de Godard, auquel il a donn\u00e9 un coup de chapeau dans le tr\u00e8s juv\u00e9nile The excitement of Do-Re-Mi-Fa Girl, \u00e0 la s\u00e9rie B am\u00e9ricaine, qu&#8217;il a salu\u00e9e d\u00e8s 1992 dans un \u00e9poustouflant thriller, the Guard from the Underground, o\u00f9 la terreur est distill\u00e9e avec la minutie et la perversion d&#8217;un ma\u00eetre du suspense.<\/p>\n<p>Mais on aurait pu n&#8217;y voir qu&#8217;un brillant exercice de style si Cure n&#8217;avait confirm\u00e9 l&#8217;exceptionnel talent de Kurosawa comme auteur complet de tous ses films, \u00e0 la fois sc\u00e9nariste concoctant des drames psychologiques d&#8217;une haletante intensit\u00e9, et metteur en sc\u00e8ne explorant toutes les capacit\u00e9s de l&#8217;expression visuelle la plus \u00e9labor\u00e9e. Dans Cure, dont le titre ne manque pas d&#8217;ironie car il y est question d&#8217;un cas pathologique apparemment incurable, un tueur en s\u00e9rie parvient \u00e0 hypnotiser ses victimes jusqu&#8217;\u00e0 leur faire commettre des meurtres dont ils ne songent pas \u00e0 nier la responsabilit\u00e9 m\u00eame s&#8217;ils n&#8217;en comprennent pas les motivations : le coup de th\u00e9\u00e2tre final, c&#8217;est que le policier qui l&#8217;a d\u00e9masqu\u00e9 se trouve lui-m\u00eame pris au pi\u00e8ge de ses diaboliques manoeuvres.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du tour de force dramaturgique, on peut d\u00e9celer une sorte de parabole sur la perversion des esprits mise en oeuvre par la secte Aoum et g\u00e9n\u00e9ratrice d&#8217;une parano\u00efa sociale par ses d\u00e9rapages criminels. Constat l\u00e9gitime, s&#8217;agissant d&#8217;un cin\u00e9aste qui se veut t\u00e9moin des probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise : il a mis en sc\u00e8ne \u00e0 plusieurs reprises les &#8220;yakuzas&#8221; (2), se plaisant \u00e0 les neutraliser par le ridicule, et les d\u00e9traqu\u00e9s sexuels meurtriers de fillettes. Il s&#8217;est aussi int\u00e9ress\u00e9, dans Charisma, aux d\u00e9bats suscit\u00e9s par l&#8217;\u00e9cologie en montrant les d\u00e9m\u00eal\u00e9s autour d&#8217;un arbre r\u00e9put\u00e9 magique par ses gardiens mais menac\u00e9 par un groupe inqui\u00e9tant qui nie son pouvoir : autre parabole donc, cette fois sur la souhaitable possibilit\u00e9 pour chacun de choisir librement ses certitudes dans un monde en proie aux errements en tous genres. D&#8217;o\u00f9 une perplexit\u00e9 que le cin\u00e9aste exprime en ces termes : &#8220;J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre dans un monde que je ne peux plus comprendre : le Japon actuel est chaotique.&#8221;<\/p>\n<p>Comme nombre de ses confr\u00e8res, il traite de l&#8217;int\u00e9riorisation des probl\u00e8mes sociaux dans la conscience individuelle, les r\u00e9alisateurs d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;ayant apparemment plus ni l&#8217;ambition ni la pr\u00e9tention de prendre \u00e0 bras le corps les grandes questions que se posent les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Ainsi, dans Licence to live (sorti le 6 f\u00e9vrier), c&#8217;est par le biais d&#8217;une m\u00e9taphore qu&#8217;il traite la difficile r\u00e9insertion d&#8217;un gar\u00e7on sortant d&#8217;un coma de dix ans et qui doit en quelque sorte solliciter la &#8220;permission de vivre&#8221; afin de se r\u00e9activer en tant qu&#8217;individu.<\/p>\n<p>Ayant t\u00e2t\u00e9 sans grande conviction de diverses activit\u00e9s qui semblent sans lien avec sa vie ant\u00e9rieure, il finit par se demander : &#8220;Ai-je exist\u00e9 ?&#8221; et conclut tout de m\u00eame par l&#8217;affirmative. Mais c&#8217;est peut-\u00eatre la soci\u00e9t\u00e9 japonaise tout enti\u00e8re qui est amn\u00e9sique, comme tant de gens qui n&#8217;ont tir\u00e9 aucune le\u00e7on du pass\u00e9, tels des adolescents mis en sc\u00e8ne par un autre cin\u00e9aste, Yutaka Tsuchiya, dans the New God, o\u00f9 ils se font les propagandistes de la r\u00e9surgente id\u00e9ologie nationaliste et imp\u00e9rialiste qui a jadis conduit leur pays \u00e0 la guerre et \u00e0 la d\u00e9faite.<\/p>\n<p><strong> Le Japon du jeune Kurosawa : une esth\u00e9tique roborative <\/strong><\/p>\n<p>Le protagoniste du dernier film de Kurosawa, Vaine illusion (sortie annonc\u00e9e au 2e semestre 2000) est lui aussi en proie au d\u00e9sarroi existentiel et, devant la violence exerc\u00e9e par un groupuscule fasciste sur des manifestant sp\u00e9cifiques, finit par constater \u00e0 part soi : &#8220;Je suis de nulle part.&#8221; La plupart des personnages de Kurosawa sont ainsi : mal dans leur peau, sans racines et sans attaches, \u00e0 la d\u00e9rive dans une soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame en proie au doute et au d\u00e9sordre. Mais d&#8217;o\u00f9 vient que ses films ne donnent jamais le sentiment d&#8217;une quelconque complaisance dans le nihilisme, qu&#8217;ils d\u00e9gagent au contraire une constante force de (sur)vie, un roboratif optimisme existentiel ? C&#8217;est \u00e0 la fois gr\u00e2ce \u00e0 leur asc\u00e9tisme dramaturgique et \u00e0 la rigueur de leur mise en sc\u00e8ne : la r\u00e9alit\u00e9, la vie y sont cadr\u00e9es par un grand ma\u00eetre de l&#8217;expression visuelle qui s&#8217;impose par sa modernit\u00e9 d&#8217;\u00e9criture en m\u00eame temps qu&#8217;il assume et enrichit l&#8217;h\u00e9ritage th\u00e9matique et culturel de son illustre homonyme.<\/p>\n<p>1. Quelques sorties de films japonais \u00e0 partir de mars 2000 : Le Labyrinthe des r\u00eaves, de Sogo Ishii (en mars), M\/Other de Nobuhiro Suwa (le 1er mars), Les Erotiques japonais de Tatsumi Kumashiro (apr\u00e8s avril).Films sortis en janvier : Le Village de Nadja de Seiichi Motohashi (26\/1), Bullet Ballet de Shinya Tsukamoto (26\/1).Par ailleurs, \u00e0 la Maison de la Culture du Japon \u00e0 Paris, se tient, jusqu&#8217;\u00e0 fin mars, un Festival intitul\u00e9 &#8220;Yakusa d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8221; (renseignements : 01 44 37 95 67\/68).<\/p>\n<p>2. Yakusa, gangster. Film de &#8220;gangster&#8221;&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-1841","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1841","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1841"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1841\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1841"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1841"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1841"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}