{"id":1836,"date":"2000-03-01T00:00:00","date_gmt":"2000-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lettres-portugaises1836\/"},"modified":"2000-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-02-29T23:00:00","slug":"lettres-portugaises1836","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1836","title":{"rendered":"Lettres portugaises"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d&#8217;une importante communaut\u00e9 d&#8217;immigr\u00e9s (800 000 personnes), malgr\u00e9 le prix Nobel attribu\u00e9 \u00e0 Jos\u00e9 Saramago en 1998, le Portugal et sa litt\u00e9rature restent encore largement m\u00e9connus en France. Le 20e Salon du Livre lui consacre la place d&#8217;honneur. Il apportera un \u00e9clairage bienvenu sur ses grandes figures litt\u00e9raires, pr\u00e9sentes et pass\u00e9es. <\/p>\n<p>Si Luis de Camoes et ses Luisiades, odyss\u00e9e fondatrice des mythes nationaux, Fernando Pessoa, Almeida Garrett, E\u00e7a de Queiros et quelques autres ont fa\u00e7onn\u00e9 les repr\u00e9sentations litt\u00e9raires portugaises, l&#8217;on ne peut que constater que peu d&#8217;auteurs portugais \u00e9voquent quelques \u00e9chos aupr\u00e8s du grand public fran\u00e7ais. Aujourd&#8217;hui, au-del\u00e0 de Jos\u00e9 Saramago (1), Lobo Antunes, Lidia Jorge&#8230; la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration reste, elle aussi, m\u00e9connue. Une m\u00e9connaissance qui se modifiera sans doute comme s&#8217;est modifi\u00e9 le regard port\u00e9 sur le Portugal depuis son adh\u00e9sion \u00e0 l&#8217;Europe en 1986. Auparavant per\u00e7u quasiment comme un pays du tiers monde, il est aujourd&#8217;hui l&#8217;un de ceux qui suscitent le plus de curiosit\u00e9 et d&#8217;engouement aupr\u00e8s de nos concitoyens. Parmi les \u00e9v\u00e9nements marquants de cette nouvelle image, l&#8217;Exposition universelle de Lisbonne en 1998 et surtout, pour la litt\u00e9rature, l&#8217;attribution la m\u00eame ann\u00e9e du prix Nobel \u00e0 Jos\u00e9 Saramago, premi\u00e8re reconnaissance de notori\u00e9t\u00e9 de l&#8217;espace linguistique lusophone. Dans cette continuit\u00e9, la pr\u00e9sence du Portugal au Salon du Livre 2000 est un enjeu consid\u00e9rable pour le pays et la divulgation de sa litt\u00e9rature. Selon Nuno Judice (2), auteur de Voyage dans un si\u00e8cle de litt\u00e9rature portugaise, qui r\u00e9side \u00e0 Paris et collabore \u00e0 la pr\u00e9paration du Salon, &#8220;l&#8217;ensemble des titres traduits : classique et contemporain :, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve aujourd&#8217;hui \u00e0 pr\u00e8s de trois cents&#8221;. C&#8217;est peu. Ajoutons que la plupart des traductions sont subventionn\u00e9es par les institutions portugaises qui soutiennent le livre tels l&#8217;Institut Camoes ou la Fondation Gulbenkian et qu&#8217;il y a donc une r\u00e9elle p\u00e9nurie d&#8217;\u00e9diteurs. Parmi la quarantaine d&#8217;auteurs invit\u00e9s au Salon, \u00e0 peine la moiti\u00e9 sont traduits en fran\u00e7ais. Choisis par le Centre national du Livre et par le Commissariat portugais pour le Salon, ils sont repr\u00e9sentatifs des diff\u00e9rents courants litt\u00e9raires actuels, au croisement de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations et de plusieurs styles.<\/p>\n<p><strong> Quarante auteurs : un salon en qu\u00eate de la diversit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>On a voulu pr\u00e9senter des \u00e9crivains d\u00e9j\u00e0 connus et traduits, plus particuli\u00e8rement une jeune g\u00e9n\u00e9ration qui a commenc\u00e9 \u00e0 publier dans les ann\u00e9es 90, comme par exemple In\u00eaz Pedrosa, Helder Macedo, Possidonio Cachapa, Pedro Rosa Mendes, dans le domaine du roman, et pour la po\u00e9sie, Manuel Gusmao, Tolentino de Mendon\u00e7a&#8230; ainsi que des auteurs publi\u00e9s plus r\u00e9cemment, sur lesquels c&#8217;est en quelque sorte un pari&#8221;, poursuit Nuno Judice pour qui ces \u00e9crivains s&#8217;inscrivent dans la continuit\u00e9 d&#8217;un pass\u00e9 riche et dynamique et sont particuli\u00e8rement cr\u00e9atifs dans le domaine de la po\u00e9sie. &#8220;Dans le roman, depuis les ann\u00e9es 80, ce sont les noms de Lobo Antunes, Lidia Jorge, et surtout Jos\u00e9 Saramago qui ont rayonn\u00e9 hors des fronti\u00e8res du Portugal. Nombre d&#8217;autres bons romanciers, moins connus, t\u00e9moignent d&#8217;une grande profusion de styles et d&#8217;expressions, et d&#8217;un renouvellement du langage. D&#8217;une lign\u00e9e de romans peut-\u00eatre plus traditionnelle, qui traitent de la r\u00e9alit\u00e9 portugaise comme ceux de Jos\u00e9 Ri\u00e7o Direitinho, \u00e0 des romans qui vont dans le sens de la modernit\u00e9, plus cosmopolites ou europ\u00e9ens, comme ceux de Jacinto Lucas Pires, l&#8217;on a avec cette g\u00e9n\u00e9ration un large panorama.&#8221; Les femmes aussi sont nombreuses \u00e0 \u00e9crire. Parmi elles, Clara Pinto Correia s&#8217;est particuli\u00e8rement distingu\u00e9e avec Adieu princesse, dont la forme s&#8217;apparente \u00e0 la litt\u00e9rature polici\u00e8re, ou encore Ana Luisa Amaral, po\u00e8te, H\u00e9lia Correia, romanci\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p><strong> Action politique, litt\u00e9rature, chemins de la libert\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Si, pour Nuno Judice, les grands changements dans la litt\u00e9rature contemporaine portugaise avaient commenc\u00e9 avant la r\u00e9volution, dans les ann\u00e9es 60, lorsque de grands \u00e9crivains comme Almeida Faria avaient \u00e9t\u00e9 traduits, la r\u00e9volution d&#8217;avril 74 a permis d&#8217;accentuer ce changement formel et th\u00e9matique. Curieusement : sans doute parce que les gens se passionnaient surtout alors pour la politique : il y a eu comme un arr\u00eat dans la production et la publication durant cette p\u00e9riode. ll y a eu beaucoup d&#8217;essais politiques, li\u00e9s aux circonstances, mais les \u00e9crivains s&#8217;int\u00e9ressaient davantage au changement m\u00eame et \u00e0 ce qui se passait autour d&#8217;eux. C&#8217;est surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 80 que l&#8217;on a assist\u00e9 au recommencement d&#8217;une v\u00e9ritable dynamique dans l&#8217;\u00e9dition et surtout maintenant que l&#8217;on commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur cette p\u00e9riode (essais, romans, cin\u00e9ma&#8230;). Pour de nombreux observateurs, les effets lib\u00e9rateurs de la r\u00e9volution d&#8217;avril s&#8217;\u00e9taient alors fait sentir avec force dans tous les domaines de la cr\u00e9ation artistique. Dans la litt\u00e9rature, ils permirent d&#8217;exprimer en toute franchise ce qui, auparavant, ne pouvait \u00eatre dit que sous forme m\u00e9taphorique, et notamment ce qui touchait \u00e0 l&#8217;amour et au sexe.<\/p>\n<p><strong> Effondrement d&#8217;un empire : la mort des tabous <\/strong><\/p>\n<p>Parler de la guerre coloniale, sujet rigoureusement condamn\u00e9 sous le fascisme, ne fut en revanche pas imm\u00e9diat, comme si le sujet \u00e9tait trop douloureux. La premi\u00e8re grande oeuvre sur ce th\u00e8me fut le Souvenir de qui va tuer et mourir de Jo\u00e3o de Melo, un t\u00e9moignage sur les exp\u00e9riences de l&#8217;auteur dans les h\u00f4pitaux de campagne et les villages angolais o\u00f9 il se solidarise avec le discours patriote des Noirs qui luttent pour la libert\u00e9. Par la suite, la guerre coloniale et la r\u00e9volution ont inspir\u00e9 d&#8217;innombrables reportages, r\u00e9cits et po\u00e8mes. Antonio Lobo Antunes, notamment, qui t\u00e9moigne de la guerre d&#8217;Angola dans le Cul de Judas, publi\u00e9 en 1979. Suivront d&#8217;autres romans o\u00f9 il \u00e9voque la douleur et le d\u00e9racinement, l&#8217;histoire individuelle et collective, qui vont faire de lui en quelques ann\u00e9es l&#8217;un des romanciers portugais les plus c\u00e9l\u00e8bres dans son pays et dans le monde.<\/p>\n<p>La fin du r\u00e9gime salazariste avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9e par cette guerre coloniale particuli\u00e8rement traumatisante pour la conscience portugaise. Toute une partie de la jeunesse y \u00e9tait tu\u00e9e, mutil\u00e9e, s&#8217;y d\u00e9sesp\u00e9rait. En Angola, au Mozambique et en Guin\u00e9e, c&#8217;\u00e9tait une guerre f\u00e9roce qui tentait tant bien que mal de se cacher sous la dictature. Tout ce qui touchait \u00e0 &#8220;l&#8217;Empire&#8221; \u00e9tait tabou et exposait aux pires repr\u00e9sailles. La r\u00e9volution du 25 avril, une r\u00e9volution politique faite par des militaires, avait fait s&#8217;effondrer cet &#8220;Empire&#8221;, provoquant aussi une explosion sociale et une lib\u00e9ration des moeurs. Alimentant une explosion litt\u00e9raire qui a d\u00e9li\u00e9 les coeurs et les plumes.<\/p>\n<p>Parmi les auteurs majeurs invit\u00e9s au Salon, Manuel Alegre, n&#8217;avait pas attendu la r\u00e9volution pour la chanter et l&#8217;avait pr\u00e9par\u00e9e en exil en redonnant \u00e0 un public populaire l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 une forme de po\u00e9sie dont l&#8217;id\u00e9al est la chanson (Place de la chanson, 1965). Sa po\u00e9sie est un survol de l&#8217;histoire et une interrogation sur le destin de l&#8217;homme. Augustina Bessa Luis, dont la publication de la Sybille, en 1954, marquait les d\u00e9buts fracassants. Portant \u00e0 son point de perfection la technique romanesque, elle donne le point de vue d&#8217;un narrateur-auteur en recourant \u00e0 des caract\u00e8res fortement dessin\u00e9s pour des personnages dont elle fait l&#8217;analyse psychologique et l&#8217;\u00e9tude des moeurs&#8230; Maria Judite de Carvalho, avec un style plus sobre, traite dans des r\u00e9cits tr\u00e8s brefs du tragique quotidien des vies ordinaires. &#8220;Nous sommes seuls, avec une foule de gens autour de nous&#8221;, dit le p\u00e8re de l&#8217;h\u00e9ro\u00efne de son premier livre,<\/p>\n<p>Tous ces gens (1959). Almeida Faria, dans la Passion (1965) impose une \u00e9criture romanesque sans pr\u00e9c\u00e9dent au Portugal o\u00f9 l&#8217;on trouve un m\u00e9lange de m\u00e9lancolie et d&#8217;all\u00e9gresse, de sensualit\u00e9 et d&#8217;id\u00e9alisme, de r\u00e9volte et de nostalgie. Lidia Jorge s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en 1979 avec la Journ\u00e9e des prodiges, roman de &#8220;r\u00e9alisme fantastique&#8221;, &#8220;d&#8217;all\u00e9gorie de la r\u00e9alit\u00e9 portugaise&#8221; o\u00f9 elle \u00e9voque la r\u00e9volution portugaise \u00e0 travers le regard sans \u00e2ge d&#8217;une communaut\u00e9 rurale de l&#8217;Algarve.<\/p>\n<p>Enfin, Jos\u00e9 Saramago, dont la vie et l&#8217;oeuvre sont un cas. Homme du peuple, autodidacte, militant communiste et ennemi acharn\u00e9 du salazarisme, il a exerc\u00e9 plusieurs m\u00e9tiers avant d&#8217;\u00e9crire et d&#8217;\u00eatre reconnu sur le tard. C&#8217;est le Dieu Manchot qui lui a apport\u00e9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en 1982. Par la suite, ses livres ont connu des tirages fabuleux et ont \u00e9t\u00e9 traduits dans toutes les langues. Jos\u00e9 Saramago a donn\u00e9 naissance \u00e0 la prose de fiction. Son oeuvre, d&#8217;une grande profondeur, est riche en explorations et paraboles, son \u00e9criture se caract\u00e9rise par une ponctuation originale qui renvoie \u00e0 l&#8217;oralit\u00e9 de la langue portugaise. Nul doute que cette langue ne peut que s&#8217;enorgueillir d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 reconnue en lui \u00e0 travers la distinction du Nobel. Que vienne maintenant le temps de d\u00e9couvrir tous les autres.<\/p>\n<p>1. Les \u00e9ditions du Seuil publient en mars le Manuel de peinture et de calligraphie, roman in\u00e9dit en France de Jos\u00e9 Saramago.<\/p>\n<p>2. Nuno Judice publie un recueil de po\u00e9sies, Traces d&#8217;ombres, \u00e9ditions Metaili\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d&#8217;une importante communaut\u00e9 d&#8217;immigr\u00e9s (800 000 personnes), malgr\u00e9 le prix Nobel attribu\u00e9 \u00e0 Jos\u00e9 Saramago en 1998, le Portugal et sa litt\u00e9rature restent encore largement m\u00e9connus en France. Le 20e Salon du Livre lui consacre la place d&#8217;honneur. 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