{"id":1835,"date":"2000-03-01T00:00:00","date_gmt":"2000-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/eloge-de-la-mixite1835\/"},"modified":"2000-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-02-29T23:00:00","slug":"eloge-de-la-mixite1835","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1835","title":{"rendered":"Eloge de la mixit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Du sport et des femmes<strong> Un monde recompos\u00e9, et non &#8220;f\u00e9minis\u00e9&#8221; : on ne sortira pas de la misogynie par des d\u00e9marches castratrices, mais par une volont\u00e9 de mixit\u00e9, une prise en consid\u00e9ration des diff\u00e9rences qui n&#8217;annule pas la recherche de culture commune. Argumentation. <\/strong><\/p>\n<p>La femme n&#8217;est pas l&#8217;avenir de l&#8217;homme, mais la mixit\u00e9 est l&#8217;avenir des femmes et des hommes ensemble. Entre elles et eux la question est de construire un monde recompos\u00e9, visant certes des droits \u00e9gaux, mais (r\u00e9)int\u00e9grant aussi l&#8217;histoire des femmes, de leurs activit\u00e9s et de leurs pratiques.<\/p>\n<p>Il faut inventer par exemple un f\u00e9minin aux mots qui n&#8217;en avaient pas, nommer les emplois pour ne pas en penser toujours le mod\u00e8le historique masculin, mais cette entreprise n&#8217;est pas une &#8220;f\u00e9minisation&#8221; de la langue. Les exemples, de sens inverse, du rapport des filles au sport et des gar\u00e7ons \u00e0 l&#8217;\u00e9chec scolaire me semblent indiquer ce que pourrait \u00eatre, dans le domaine culturel, une avanc\u00e9e de la mixit\u00e9.<\/p>\n<p>En trente ans, les femmes ont conquis une place nouvelle dans le sport. Dans un double mouvement, elles ont vaincu les interdits et impuls\u00e9 de nouvelles formes de pratiques. Pourtant les in\u00e9galit\u00e9s de pratique demeurent. In\u00e9galit\u00e9s ou simple jeu des diff\u00e9rences ? Apr\u00e8s tout faut-il \u00eatre sportive ? Il faut pouvoir choisir de l&#8217;\u00eatre ou non, et le moyen privil\u00e9gi\u00e9 de cette libert\u00e9 est \u00e9videmment l&#8217;\u00e9cole, c&#8217;est \u00e0 elle que revient la mission (sp\u00e9cifique) de r\u00e9pondre de l&#8217;\u00e9gal acc\u00e8s des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 une initiation culturelle commune qui leur permette des choix libres.<\/p>\n<p>Aussi les enseignants d&#8217;EPS ont-ils fort \u00e0 s&#8217;interroger, non pas pour f\u00e9miniser le sport, en fabriquant un produit neutre et aseptis\u00e9 qui d&#8217;ailleurs n&#8217;int\u00e9resserait plus personne, mais pour interroger les r\u00e9f\u00e9rences culturelles des contenus d&#8217;enseignement propos\u00e9s aux \u00e9l\u00e8ves (1). Le sport s&#8217;est en effet historiquement construit dans l&#8217;histoire des hommes, du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;affrontement, du d\u00e9fi, de l&#8217;\u00e9preuve. &#8220;Histoire des hommes&#8221; est d&#8217;ailleurs une expression int\u00e9ressante pour son double sens d&#8217;histoire de l&#8217;humanit\u00e9 et d&#8217;histoire au masculin. Contient-elle de l&#8217;universel ? Oui. Est-elle tout l&#8217;universel ? Non. La double question de la mixit\u00e9 est alors \u00e0 la fois de penser des r\u00e9f\u00e9rences culturelles \u00e9largies \u00e0 des champs historiquement plus familiers aux femmes (la danse notamment), et de se soucier des mobiles d&#8217;agir des filles qui ne sont pas d&#8217;embl\u00e9e en phase avec l&#8217;affrontement, le d\u00e9fi et l&#8217;\u00e9preuve.<\/p>\n<p><strong> Sport : la part de l&#8217;affrontement, du d\u00e9fi, de la preuve <\/strong><\/p>\n<p>On voit bien qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas du tout de renoncer \u00e0 la place des sports collectifs ou du combat dans la culture commune, mais de consid\u00e9rer d&#8217;une part que les pr\u00e9mices n&#8217;en sont pas a priori dans les formes culturelles que privil\u00e9gient les filles, d&#8217;autre part que les femmes ne veulent pas seulement &#8220;faire comme les hommes&#8221;. Il ne s&#8217;agit pas davantage de pr\u00f4ner une &#8220;parit\u00e9 dans le sport&#8221;, ce n&#8217;est pas demain matin en effet qu&#8217;un million de femmes en France auront envie de faire du football, pour autant rien n&#8217;autorise \u00e0 tenir \u00e0 l&#8217;\u00e9cart celles qui souhaitent en faire, ni d&#8217;occulter ces pratiques des femmes au b\u00e9n\u00e9fice exclusif des rencontres masculines. Les 12 millions de spectateurs qui ont r\u00e9cemment suivi la finale f\u00e9minine de handball ont fait un sacr\u00e9 pied de nez aux m\u00e9dias. On ne saurait non plus laisser se p\u00e9renniser la confiscation du pouvoir par les dirigeants sportifs en place.<\/p>\n<p>D\u00e9construire l&#8217;histoire du masculin dans le mod\u00e8le sportif, ce n&#8217;est pas l&#8217;invalider, mais mieux savoir \u00e0 quoi l&#8217;on joue, pour cr\u00e9er des voies nouvelles, avec la triple ambition de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits, de la prise en compte de l&#8217;histoire des femmes et de leur libert\u00e9. On pourrait penser que cette question du rapport entre mixit\u00e9 et r\u00e9f\u00e9rences culturelles ne se pose que dans le domaine des activit\u00e9s physiques, mais l&#8217;observation attentive de l&#8217;\u00e9chec scolaire donne \u00e0 voir comme question quasi sym\u00e9trique la difficult\u00e9 du rapport des gar\u00e7ons aux activit\u00e9s langagi\u00e8res.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 un \u00e9tonnant non-dit de l&#8217;\u00e9cole et des m\u00e9dias (comme du monde de la culture). Ainsi le Monde qui, dans sa livraison &#8220;Dossiers et documents&#8221; de f\u00e9vrier 2000, sur &#8220;Hommes-femmes, la marche vers l&#8217;\u00e9galit\u00e9&#8221;, consacre deux pages \u00e0 l&#8217;\u00e9cole n&#8217;\u00e9voque que la question, bien r\u00e9elle, de la moins grande orientation des filles dans l&#8217;enseignement scientifique, sans mentionner ce sur\u00e9chec masculin. Politiquement correct oblige ?<\/p>\n<p><strong> Sport pour les gar\u00e7ons, lecture pour les filles ? <\/strong><\/p>\n<p>Pourtant ces difficult\u00e9s scolaires major\u00e9es des gar\u00e7ons des milieux populaires sont lisibles dans toutes les statistiques, dans toutes les \u00e9tudes sur l&#8217;\u00e9tat de l&#8217;\u00e9cole. Ainsi, en enseignement g\u00e9n\u00e9ral et technologique, on compte environ 55 % de lyc\u00e9ennes pour 45 % de lyc\u00e9ens, plus de 10 points d&#8217;\u00e9cart les diff\u00e9rencient aussi dans l&#8217;acc\u00e8s au bac (2). Jean-Yves Rochex souligne que &#8220;la cat\u00e9gorie statistiquement la plus frapp\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s d&#8217;acc\u00e8s au savoir (&#8230;) demeure la cat\u00e9gorie des gar\u00e7ons d&#8217;origine populaire&#8221; et Jean-Paul Payet observe que &#8220;dans les bonnes classes, on trouve une surrepr\u00e9sentation de filles et d&#8217;\u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais de souche. A l&#8217;oppos\u00e9 dans les classes faibles, les \u00e9l\u00e8ves sont souvent des gar\u00e7ons et des enfants, des jeunes issus de l&#8217;immigration&#8221; (3). C&#8217;est d\u00e8s le primaire que se joue l&#8217;\u00e9cart, et particuli\u00e8rement dans les activit\u00e9s langagi\u00e8res, puisque les \u00e9valuations r\u00e9alis\u00e9es jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent en CE2 et en sixi\u00e8me montrent avec r\u00e9gularit\u00e9 depuis des ann\u00e9es un \u00e9cart d&#8217;au moins 5 points en faveur des filles en fran\u00e7ais (en maths, les \u00e9carts sont plus faibles et plus variables).<\/p>\n<p>Les statistiques sur le lectorat confirment cette difficult\u00e9 des gar\u00e7ons avec les mots : dans la r\u00e9cente enqu\u00eate IFOP pour le minist\u00e8re de la Jeunesse et des Sports (portant sur les 16-25 ans), 26 % seulement des gar\u00e7ons, contre 54 % des filles d\u00e9clarent aimer lire, la derni\u00e8re \u00e9tude de l&#8217;INSERM sur les adolescents titrait ainsi sa rubrique loisirs : &#8220;Sport pour les gar\u00e7ons, lecture pour les filles&#8221; et montrait comment cette diff\u00e9rence des go\u00fbts selon le sexe s&#8217;accentue \u00e0 l&#8217;adolescence. Certes l&#8217;\u00e9cole n&#8217;est pas \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;avance langagi\u00e8re des filles qu&#8217;ont mise en \u00e9vidence psychologues et psychanalystes, mais qu&#8217;en fait-elle dans la construction de ses normes ?<\/p>\n<p>* Inspectrice p\u00e9dagogique d&#8217;\u00e9ducation physique et sportive.<\/p>\n<p>1. Cf. Sport, \u00e9cole, soci\u00e9t\u00e9 : la diff\u00e9rence des sexes, Annick Davisse et Catherine Louveau, pr\u00e9face de Genevi\u00e8ve Fraisse. L&#8217;Harmattan 1998. Les propos qui suivent, et particuli\u00e8rement la distinction entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 des femmes, sont fortement inspir\u00e9s des r\u00e9flexions de Genevi\u00e8ve Fraisse (cf. notamment la Diff\u00e9rence des sexes, PUF philosophies 1996).<\/p>\n<p>2. Statistiques du minist\u00e8re de l&#8217;Education nationale, notamment note de la Direction de la programmation et du d\u00e9veloppement 98.01 qui indique &#8220;non seulement les filles acc\u00e8dent plus souvent en seconde g\u00e9n\u00e9rale et technologique que leurs camarades de sexe masculin (65 % contre 52 %), mais elles y acc\u00e8dent plus vite : 54 % y parviennent sans redoubler depuis la sixi\u00e8me contre 41 % pour les seconds&#8221;.<\/p>\n<p>3. Dans Entre activit\u00e9 et subjectivit\u00e9 : le sens de l&#8217;exp\u00e9rience scolaire, PUF L&#8217;\u00e9ducateur, 1995, pour J.Y. Rochex, Coll\u00e8ges de banlieue. Ethnographie d&#8217;un monde scolaire. M\u00e9ridiens Klincksieck 1995 pour J.-P. Payet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1835"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1835\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}