{"id":1829,"date":"2000-02-01T00:00:00","date_gmt":"2000-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-polysemie-du-vocable-mouvement1829\/"},"modified":"2000-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-01-31T23:00:00","slug":"la-polysemie-du-vocable-mouvement1829","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1829","title":{"rendered":"La polys\u00e9mie du vocable \u00abmouvement \u00bb\/Entrer dans l&#8217;espace commun"},"content":{"rendered":"<p>Je pointerais quelques questions sur ce qui est difficile pour moi d&#8217;appeler &#8220;notre politique&#8221;, tant il est vrai que ce qui est notre devient plus qu&#8217;avant le bien commun, et que ce qui est politique est en devenir. Donc figer le chantier dans sa construction para\u00eet bien difficile.<\/p>\n<p>Pourtant, avec le congr\u00e8s, la mise en d\u00e9bat, tant de l&#8217;ordre du jour, que de ce qui deviendra notre commun, devrait nous permettre d&#8217;arr\u00eater des choix, des orientations, des prises de positions. Faire vivre la politique sans se l&#8217;accaparer, sans la figer et prendre position dans l&#8217;espace commun. Voil\u00e0 l&#8217;espace contradictoire dans lequel &#8220;notre politique&#8221; doit apprendre \u00e0 se mouvoir. Mais les espaces (insuffisants) ouverts, comme celui-ci, doivent \u00eatre des chantiers de mise en commun des approches, des exp\u00e9riences d&#8217;acteurs et de champs eux-m\u00eames diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>La liste &#8220;Bouge l&#8217;Europe !&#8221; constitue pour moi un acte essentiel de renouveau (je n&#8217;\u00e9voquerais pas, ce qui peut \u00eatre critiquable : la composition, ou l&#8217;insuffisante consultation du parti), \u00e0 la fois parce qu&#8217;il r\u00e9v\u00e8le une prise de conscience de la crise de la politique et une tentative de r\u00e9ponse concr\u00e8te et courageuse \u00e0 cette crise. Et aussi parce qu&#8217;il est l&#8217;aveu d&#8217;une prise de distance avec la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle. La conscience que ce qui bouge dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ne bouge peut-\u00eatre pas dans le PCF, et que celui-ci n&#8217;est plus suffisamment irrigu\u00e9 par son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Le passage d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 causalit\u00e9 lin\u00e9aire \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 complexe (E. Morin) produit son effet \u00e0 retardement sur ce qu&#8217;on appelait les superstructures. A la vitesse de la lumi\u00e8re, nous sommes pass\u00e9s d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&#8217;ensemble des acteurs \u00e9tait dans un r\u00f4le et \u00e0 une place identifiables (classes avec consciences), dot\u00e9 d&#8217;un projet politique, et des organisations y correspondant : la soci\u00e9t\u00e9 du plein emploi ou la soci\u00e9t\u00e9 industrielle dans laquelle chacun avait une place :, \u00e0 une autre soci\u00e9t\u00e9 (voir la Lutte des places, V. Deganlejac, ed., \u00e9pi. col. Reconnaissance 1993).<\/p>\n<p>Cette autre soci\u00e9t\u00e9, bien qu&#8217;elle soit dot\u00e9e de traits identifiables forts, ne se laisse pas lire facilement. Surtout si l&#8217;on admet en soulignant ses mutations qu&#8217;une de ses caract\u00e9ristiques est de remettre en cause le droit d&#8217;avoir une place pour chacun. C&#8217;est-\u00e0-dire la forme de socialisation de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 sociale, de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 en droit que constitue le droit au travail.<\/p>\n<p>En effet, le ch\u00f4mage massif et la pr\u00e9carit\u00e9 ont pour caract\u00e9ristique la mise en concurrence des \u00e9gaux, qui produit une crise du sentiment d&#8217;appartenance d&#8217;une grande partie de la population. Aujourd&#8217;hui, entre celui qui a et celui qui n&#8217;a pas, le foss\u00e9 se creuse (\u00e0 d\u00e9velopper). Pour dire vite, sur ce sujet, par certains c\u00f4t\u00e9s, nous avons et les structures et la culture de la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;hier. Nous ne repr\u00e9sentons pas la soci\u00e9t\u00e9 que nous voulons repr\u00e9senter. Est-ce que cette crise de la repr\u00e9sentation nous leurre au point de croire que cela n&#8217;aurait pas d&#8217;influence sur le contenu de notre politique ? A voir.<\/p>\n<p>Comment en serait-il autrement ? La repr\u00e9sentation implique d&#8217;\u00eatre travers\u00e9e par les cat\u00e9gories socioprofessionnelles, les sensibilit\u00e9s, les cultures, les \u00e2ges, etc. qui dynamisent le pays. Il est peu de dire que nos structures actuelles sont vieillottes. Mais elles correspondaient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;hier. Quel jeune peut se sentir \u00e0 l&#8217;aise dans une cellule aujourd&#8217;hui ? Combien de ch\u00f4meurs ? Combien d&#8217;immigr\u00e9s ? Car la forme, c&#8217;est le fond en la mati\u00e8re. Pour moi, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;avoir un d\u00e9bat sur les structures, entre les partisans et les opposants, mais de regarder autour de nous pour admettre que la vie politique nouvelle doit \u00eatre construite. La structure choisie ne pouvant \u00eatre que la cons\u00e9quence de la voie choisie.Autre remarque : oui, il y a une crise de la politique sans pr\u00e9c\u00e9dant, moderne. Mais elle ne se manifeste pas par moins de politique. Il ne faudrait pas que la crise du militantisme, la crise de confiance qui se manifeste \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des partis soient mal interpr\u00e9t\u00e9es. Les ann\u00e9es 90 ont vu refleurir les luttes sociales, dans une diversit\u00e9 totalement m\u00e9connue, avec une exigence d&#8217;autre chose, o\u00f9 l&#8217;urgence et l&#8217;imm\u00e9diat c\u00f4toient l&#8217;exigence de changement.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes d&#8217;opinion publi\u00e9e par l&#8217;Huma confirment un fait essentiel : la demande de changement (dans le sens de la transformation antilib\u00e9rale) est largement majoritaire. L&#8217;ultralib\u00e9ralisme ne fait plus recette. On per\u00e7oit plus pr\u00e9cis\u00e9ment son caract\u00e8re a-social, a-civilisationnel, dangereux pour la vie ensemble sur la plan\u00e8te.Par un retournement tout \u00e0 fait inattendu, c&#8217;est le subjectif qui prend le pas sur l&#8217;objectif ; la conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 serait en avance sur le projet. Le capitalisme met en danger la soci\u00e9t\u00e9, il d\u00e9truit \u00e0 grande \u00e9chelle sa puissance, sa mat\u00e9rialit\u00e9, comme son immat\u00e9rialit\u00e9, lui conf\u00e8re un r\u00f4le global sans en avoir le statut. Le statut du global revient aux citoyens, \u00e0 la politique. Ne serait-ce pas le grand d\u00e9fi moderne auquel LA politique doit r\u00e9pondre ?D&#8217;ailleurs, avec une pertinence tout \u00e0 fait inattendue, les \u00e9v\u00e9nements politiques se succ\u00e8dent en semblant ne pas \u00eatre pr\u00e9visibles. Pourquoi ? Peut-\u00eatre parce que la crise de la politique est avant tout une crise du rapport que la politique entretient avec le r\u00e9el ?<\/p>\n<p>Le rendez-vous de Seattle soul\u00e8ve un mouvement d&#8217;espoir sans pr\u00e9c\u00e9dent. Qui pouvait envisager une telle tournure pour ce round de l&#8217;OMC ? Enfin, se d\u00e9gage la possibilit\u00e9 d&#8217;opposer \u00e0 la mondialisation du capital celle des peuples de l&#8217;humain ; le monde n&#8217;est pas une marchandise. Ce tous-ensemble plan\u00e9taire qui, hier encore, nous semblait impossible commence \u00e0 prendre forme. Au Br\u00e9sil avec le mouvement des sans-terres, aux Etats-Unis, avec l&#8217;\u00e9lection d&#8217;un leader plus radical \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;AFL-CIO, la plus importante conf\u00e9d\u00e9ration syndicale, en Angleterre avec le spectaculaire mouvement &#8220;Reconqu\u00e9rir la rue&#8221;, \u00e0 Liverpool avec le mouvement des dockers, les marches europ\u00e9ennes, jusqu&#8217;aux euro-gr\u00e8ves.On mesure mieux que la tournure des \u00e9v\u00e9nements ne d\u00e9pend plus seulement de l&#8217;influence d&#8217;un parti, m\u00eame si, en l&#8217;occurrence, celle-ci doit progresser.<\/p>\n<p>Mais, comme le t\u00e9moignent les mouvements en France ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le conflit, et singuli\u00e8rement depuis 1995, a une force propulsive qui pose souvent \u00e0 chaud la question des d\u00e9bouch\u00e9s politiques. Nouveau aussi cette r\u00e9currence de mouvements qui se retrouvent au devant de la sc\u00e8ne (ch\u00f4meurs, sans-papiers, les batailles pour l&#8217;\u00e9cole, dont celui magnifique de la Seine-Saint-Denis) qui portent une force de radicalit\u00e9, dans laquelle on peut tout \u00e0 la fois puiser de l&#8217;espoir et voir qu&#8217;il n&#8217;y a aucun avenir pour les forces de la transformation en dehors de cette mise en commun qui r\u00e9unisse le social et le politique, sans une pr\u00e9-r\u00e9partition des espaces (voir manif du 16 octobre et la suite).Ne trouvez-vous pas que les formidables forces que regroupe encore le PCF (et ceux, encore plus nombreux, qui en ont \u00e9t\u00e9 membres) doivent aujourd&#8217;hui contribuer \u00e0 \u00e9crire une nouvelle page de d\u00e9mocratie, en consid\u00e9rant que l&#8217;espace ouvert est lui-m\u00eame totalement nouveau ? Je pense que nous pouvons encore beaucoup apporter, mais il faudra oser et l\u00e2cher prise sur des fa\u00e7ons politiques, afin de faire de la place \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>* Membre du comit\u00e9 national du PCF, co-auteur de Ch\u00f4meurs, la r\u00e9volte ira loin, la Dispute 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je pointerais quelques questions sur ce qui est difficile pour moi d&#8217;appeler &#8220;notre politique&#8221;, tant il est vrai que ce qui est notre devient plus qu&#8217;avant le bien commun, et que ce qui est politique est en devenir. Donc figer le chantier dans sa construction para\u00eet bien difficile. 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