{"id":1781,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/dan-sperber-http-www-utopie-com1781\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"dan-sperber-http-www-utopie-com1781","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1781","title":{"rendered":"Dan Sperber : http :\/\/www. utopie. com (muniste)."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Au moins une Des id\u00e9es qui viennent, publi\u00e9 aux \u00e9ditions Odile Jacob ne pouvait nous laisser indiff\u00e9rents. Le chercheur Dan Sperber, qui travaille sur les fondements communs entre sciences cognitives et sciences sociales, soutient en effet que l&#8217;utopie communiste serait devant nous. A l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;information, extension du domaine de la lutte, morceaux choisis (1). <\/p>\n<p><strong> Les parti pris de l&#8217;auteur <\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes ordinateurs, les puces \u00e9lectroniques, d\u00e9sormais omnipr\u00e9sentes, et l&#8217;Internet sont en passe de bouleverser notre vie mat\u00e9rielle et sociale. En m\u00eame temps que le r\u00e9el, les possibles changent. L&#8217;action politique sera bient\u00f4t confront\u00e9 \u00e0 de nouveaux probl\u00e8mes et \u00e0 de nouvelles chances. pour \u00e9clairer cette action, il faudra r\u00e9interpr\u00e9ter le monde.<\/p>\n<p>\u00ab Il se produit sous nos yeux une transformation technologique, sociale et politique que l&#8217;on peut d\u00e9crire en disant qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge industriel est en train de succ\u00e9der un \u00ab\u00e2ge de l&#8217;information\u00bb. Or, je voudrais soutenir que cette transformation redonne une certaine actualit\u00e9 \u00e0 une version \u00e9videmment transform\u00e9e du communisme utopique. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> Le principe de partage <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Il est un type de ressources que l&#8217;on peut donner \u00e0 autrui sans pour autant devoir s&#8217;en priver, c&#8217;est l&#8217;information sous toutes ses formes (= tout ce qui peut servir l&#8217;intellect). Les connaissances, les savoir-faire, les id\u00e9es, les r\u00e9cits peuvent se partager ind\u00e9finiment sans que la part de chacun s&#8217;en trouve r\u00e9duite. En fait, ce n&#8217;est qu&#8217;en un sens m\u00e9taphorique que l&#8217;on \u00abpartage\u00bb de l&#8217;information : on la communique, on la reproduit, on la d\u00e9multiplie, avec plus ou moins de fid\u00e9lit\u00e9, mais sans jamais, ce faisant en diviser les parts, ni l&#8217;appauvrir \u00e0 la source. Du coup, la circulation de l&#8217;information n&#8217;ob\u00e9it pas aux m\u00eames r\u00e8gles que la circulation des biens. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> Ennemie du secret <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Dans la circulation de l&#8217;information, le secret est plut\u00f4t l&#8217;exception et la divulgation, la r\u00e8gle. En effet, le plus souvent, l&#8217;information profite \u00e0 ceux qui la d\u00e9tiennent non pas quand ils la gardent mais, au contraire, dans la mesure o\u00f9 ils la communiquent. (&#8230;) En transmettant de l&#8217;information, non seulement nous ne la perdons pas, mais nous acqu\u00e9rons de l&#8217;influence sur autrui, de l&#8217;autorit\u00e9, de la reconnaissance symbolique. La communication est, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, b\u00e9n\u00e9fique pour les deux parties. (&#8230;) C&#8217;est parce que la communication est, tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement, un \u00abjeu \u00e0 somme positive\u00bb (&#8230;) que les humains s&#8217;y engagent si volontiers, et le plus souvent sans calculer \u00e0 l&#8217;avance les gains et les pertes possibles. Sans cette disposition si favorable au partage de l&#8217;information, il est douteux que les cultures humaines existeraient ou, du moins, seraient telles que nous les connaissons. (&#8230;).<\/p>\n<p><strong> L&#8217;aspect \u00e9conomique et au-del\u00e0 <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) La circulation de l&#8217;information contribue par bien des aspects \u00e0 la reproduction des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques. Il serait ridiculement na\u00eff de croire, donc, que la circulation de l&#8217;information a, dans toute l&#8217;histoire humaine, ob\u00e9i \u00e0 la r\u00e8gle \u00ab de chacun selon ses capacit\u00e9s, \u00e0 chacun selon ses besoins \u00bb : qu&#8217;il y aurait eu en quelque sorte un communisme informationnel. A l&#8217;inverse, ce serait aussi un manque de discernement, plus sophistiqu\u00e9 sans doute, que de concevoir la circulation de l&#8217;information sur un mod\u00e8le strictement \u00e9conomico-politique, et de ne pas en saisir l&#8217;originalit\u00e9. (&#8230;)La nature positive de l&#8217;acte<\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) Un acte de communication est, pour le communicateur, un moyen plut\u00f4t qu&#8217;une fin, mais un moyen qui n&#8217;est efficace qu&#8217;\u00e0 condition d&#8217;apporter quelque satisfaction au destinataire.<\/p>\n<p><strong> De l&#8217;importance sans prix du destinataire <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) Le d\u00e9veloppement de la communication de masse montre ceci : quand les co\u00fbts de production baissent, la demande augmente exponentiellement, et divers partenaires trouvent leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 subventionner la communication jusqu&#8217;\u00e0 la rendre gratuite. La part de la communication dans l&#8217;activit\u00e9 humaine devient toujours plus grande d\u00e8s que les technologies de l&#8217;information le permettent. Or, avec le d\u00e9veloppement de la communication \u00e9lectronique et de l&#8217;Internet, on entre dans une \u00e9poque o\u00f9 la reproduction massive de l&#8217;information a un co\u00fbt voisin de z\u00e9ro, et o\u00f9 les b\u00e9n\u00e9fices (qui ne sont pas seulement \u00e9conomiques) que l&#8217;on peut tirer de la production d&#8217;information d\u00e9pendent beaucoup moins du prix auquel on la vend que du nombre de destinataires que l&#8217;on atteint effectivement. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> L&#8217;autre originalit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab (&#8230;) Mieux vaut parler un langage imparfait que beaucoup d&#8217;autres parlent qu&#8217;un parfait volap\u00fck, et partager un savoir suffisant pour y trouver des int\u00e9r\u00eats communs et pouvoir laisser implicite une grande partie de ce qu&#8217;on communique. Mieux vaut utiliser les programmes les plus diffus\u00e9s si on veut pouvoir \u00e0 coup s\u00fbr en \u00e9changer les fichiers. Le cas qui illustre le mieux l&#8217;originalit\u00e9 du Net dans la production et la distribution des ressources est p\u00eaut-\u00eatre celui du syst\u00e8me d&#8217;exploitation Linux (voir http :\/\/www. linux. org.), qui est un des concurrents les plus s\u00e9rieux de Microsoft Windows. Linux a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par un \u00e9tudiant finlandais, Linus Torvalds, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Il est distribu\u00e9 gratuitement sur le Net. il en va de m\u00eame de son code source, qui permet aux programmateurs de modifier le programme, ce qu&#8217;ils peuvent faire librement \u00e0 condition de rendre leur code source modifi\u00e9 lui aussi librement accessible. Du coup, Linux a \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 par des centaines d&#8217;informaticiens b\u00e9n\u00e9voles, et le processus d&#8217;\u00e9laboration collective se poursuit collectivement. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> Machine-machine et nouvelles identit\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab(&#8230;) Dans les r\u00e9seaux de communication \u00e9lectronique, les \u00eatres humains ne sont plus les seuls agents. Une grande partie des bits d&#8217;information qui circulent va de machine \u00e0 machine, n&#8217;est jamais trait\u00e9e par un \u00eatre humain et pourtant affecte nos vies. Cela peut faire peur et ne doit pas \u00eatre accept\u00e9 sans vigilance : des soubresauts boursiers susceptibles d&#8217;envoyer des milliers de personnes au ch\u00f4mage peuvent \u00eatre le r\u00e9sultat de d\u00e9cisions prises par des ordinateurs. Mais dans la plupart des cas, ces communications machine-machine sont de l&#8217;ordre de la gestion plut\u00f4t que du gouvernement des personnes (&#8230;). Une autre cons\u00e9quence du d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux est la facilit\u00e9 avec laquelle se constituent d\u00e9sormais des communaut\u00e9s d\u00e9localis\u00e9es et pourtant impliqu\u00e9es dans des rapports quotidiens plus intenses que bien des communaut\u00e9s locales. (&#8230;). On va donc vers la multiplication de r\u00e9seaux nouveaux, de nouvelles identit\u00e9s collectives, de nouvelles communaut\u00e9s d\u00e9localis\u00e9es, plus fluides et sans doute plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Certes, elles ne se substitueront pas aux communaut\u00e9s localis\u00e9es traditionnelles, mais s&#8217;y ajoutant elles en changeront le poids relatif dans la vie des gens. Ces nouvelles communaut\u00e9s d\u00e9localis\u00e9es deviendront des objectifs, des cadres et des instruments pour des actions collectives d&#8217;un nouveau type. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> Int\u00e9gration des flux humains et m\u00e9caniques <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Avec la r\u00e9volution informationnelle changent le d\u00e9sirable et le possible. Sommes-nous \u00e0 m\u00eame de bien penser ce changement ? Je ne le crois pas. Les sciences sociales actuelles sont insuffisantes pour cela et trop focalis\u00e9es sur les formes sociales du pass\u00e9. (&#8230;) Il me semble que la dimension cognitive d&#8217;une science sociale naturaliste \u00e0 venir pourrait se r\u00e9v\u00e9ler particuli\u00e8rement pertinente pour penser les effets sociaux des nouvelles technologies de l&#8217;information. En effet, les sciences cognitives d&#8217;une part et les techologies de l&#8217;information d&#8217;autre part sont \u00e9troitement associ\u00e9es. (&#8230;) Elles sont surtout associ\u00e9es par un objet commun, le traitement de l&#8217;information : son traitement par des cerveaux dans un cas, par des machines dans l&#8217;autre. Jusqu&#8217;ici, dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines, les flux d&#8217;informations passaient des cerveaux \u00e0 l&#8217;environnement et de l&#8217;environnement aux cerveaux. Dans ces flux, l&#8217;environnement jouait un r\u00f4le de v\u00e9hicule de l&#8217;information (la voix) et parfois aussi de conservation (l&#8217;\u00e9crit). L&#8217;environnement ne transformait pas l&#8217;information qu&#8217;il v\u00e9hiculait et conservait plus ou moins bien. Avec les machines intelligentes, l&#8217;environnement contient d\u00e9sormais des dispositifs qui non seulement transmettent et stockent, mais aussi produisent et transforment l&#8217;information. Il y a donc une interp\u00e9n\u00e9tration, une int\u00e9gration m\u00eame, des flux humains et des flux m\u00e9caniques de l&#8217;information.<\/p>\n<p><strong> Esp\u00e9rer avec raison <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab De tout temps, les changements technologiques sont all\u00e9s de pair avec un renouvellement de la pens\u00e9e sociale, mais c&#8217;est sans doute la premi\u00e8re fois que ce changmeent et ce renouvellement auront \u00e0 ce point des bases communes. Ce n&#8217;est pas un accident. Les technologies de l&#8217;information sont, pour une tr\u00e8s grande part, directement des technologies cognitives et sociales : elles agissent directement, plut\u00f4t que par un effet secondaire, sur la pens\u00e9e humaine et sur les rapports des humains entre eux.<\/p>\n<p><strong> Question d&#8217;avenir <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Nouvelles r\u00e8gles d&#8217;\u00e9conomie, nouvelles formes de socialit\u00e9, cela serait de peu d&#8217;importance pour la r\u00e9flexion politique s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne destin\u00e9 \u00e0 rester marginal. Sans doute, dans ce monde d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s violentes, nous ne sommes pas pr\u00e8s du jour o\u00f9 tout le monde aura un acc\u00e8s comparable aux r\u00e9seaux mondiaux de la communication. N\u00e9anmoins, ces r\u00e9seaux d\u00e9finissent chaque jour un peu plus le cadre de nos vies. Le nombre de personnes connect\u00e9es augmente \u00e0 grande vitesse, l&#8217;usage qu&#8217;ils font de leurs connexions se diversifie de m\u00eame. A partir d&#8217;un certain seuil de connexions et d&#8217;interactions, seuil qui n&#8217;est peut-\u00eatre pas loin d&#8217;\u00eatre atteint, ce sont les r\u00e9seaux qui p\u00e8seront le plus sur l&#8217;avenir humain, tout comme l&#8217;urbanisation \u00e0 la fin du Moyen Age, m\u00eame si elle ne concernait qu&#8217;une minorit\u00e9 de la population, a d\u00e9termin\u00e9 le devenir des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. \u00bb<\/p>\n<p>1. Chapitre V, &#8220;Pour un utopisme raisonn\u00e9&#8221;. Les intertitres sont de la r\u00e9daction. Mais faites donc un d\u00e9tour par le livre, dont la richesse du contenu, facilit\u00e9 par un r\u00e9el &#8220;face \u00e0 face&#8221; comme nous les aimons, avec Roger-Pol Droit, notamment sur la promesse de l&#8217;apport des sciences cognitives aux sciences sociales, ne cessera d&#8217;interroger ceux qui veulent penser par eux-m\u00eames.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Au moins une Des id\u00e9es qui viennent, publi\u00e9 aux \u00e9ditions Odile Jacob ne pouvait nous laisser indiff\u00e9rents. Le chercheur Dan Sperber, qui travaille sur les fondements communs entre sciences cognitives et sciences sociales, soutient en effet que l&#8217;utopie communiste serait devant nous. 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