{"id":1775,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-fabuloserie-bourbonnais-dicy-d1775\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"la-fabuloserie-bourbonnais-dicy-d1775","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1775","title":{"rendered":"La Fabuloserie Bourbonnais, Dicy d&#8217;art"},"content":{"rendered":"<p>Dans un petit village de l&#8217;Yonne, Dicy, nich\u00e9 entre Donzy et Montargis, une maison porte le nom de Fabuloserie. Qu&#8217;on sonne \u00e0 la porte, attir\u00e9 par ce patronyme qui chante comme le d\u00e9but d&#8217;une aventure, et la ma\u00eetresse de c\u00e9ans vient accueillir le visiteur. Elle l&#8217;accompagne au long d&#8217;un parcours qui ressemble \u00e0 un voyage initiatique. On traverse la petite rue qui s\u00e9pare deux b\u00e2timents et on se retrouve dans une v\u00e9ritable caverne d&#8217;Ali-Baba, une maison am\u00e9nag\u00e9e pour recevoir la collection de l&#8217;architecte Alain Bourbonnais et de sa femme. Une sorte d&#8217;utopie qui ne participe pas au r\u00e9seau des grandes machines de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, antinomique de l&#8217;intimit\u00e9 requise pour appr\u00e9cier et comprendre les oeuvres de ce que le peintre Dubuffet a, en 1945, appel\u00e9 &#8220;l&#8217;art brut&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Caroline, Alain et les turbulents <\/strong><\/p>\n<p>Alain et sa femme Caroline se lancent dans l&#8217;aventure au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix, apr\u00e8s de nombreux contacts avec Dubuffet, qui, enthousiaste, les appuie. Ils ouvrent une galerie \u00e0 Paris rue du Cherche-Midi puis finissent par ne plus s\u00e9parer leur vie de cette passion qui pousse Alain Bourbonnais \u00e0 entrer dans la famille de ces artistes qu&#8217;il ne cesse de fr\u00e9quenter en construisant une tribu d&#8217;\u00e9normes personnages auxquels il donne le nom de turbulents. Malgr\u00e9 l&#8217;exposition &#8220;Les Singuliers de l&#8217;art&#8221; au Mus\u00e9e d&#8217;art moderne de la Ville de Paris en 1978, sa d\u00e9marche artistique n&#8217;int\u00e9resse pas les institutions mus\u00e9ales. Ce qui fait rager Dubuffet qui veut l\u00e9guer \u00e0 la France son \u00e9norme collection d&#8217;art brut : la Suisse l&#8217;accueille, ce qui a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation du Mus\u00e9e de l&#8217;art brut \u00e0 Lausanne.Qu&#8217;est-ce que l&#8217;art brut ? Ce n&#8217;est pas l&#8217;art na\u00eff, pas l&#8217;art des malades mentaux, non plus celui des &#8220;peintres du dimanche&#8221; : plut\u00f4t un art r\u00e9alis\u00e9 par des cr\u00e9ateurs qui n&#8217;ont pas l&#8217;aval d&#8217;une formation professionnelle ad hoc et reconnue par l&#8217;Institution. Tout cela fleure le libertaire m\u00eame si aujourd&#8217;hui certaines oeuvres d&#8217;art brut sont tr\u00e8s bien cot\u00e9es sur le march\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Spectacle d&#8217;une utopie <\/strong><\/p>\n<p>Le choix d&#8217;Alain Bourbonnais de fermer sa galerie parisienne pour installer tous les oeuvres \u00e0 Dicy montre que son premier souci a \u00e9t\u00e9 de se faire plaisir en sauvant des oeuvres qui, \u00e0 la mort de leur auteur, finissaient bien souvent dans la d\u00e9charge municipale. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en passant dans le &#8220;tunnel&#8221; et par la &#8220;passerelle&#8221; o\u00f9 sont am\u00e9nag\u00e9es de petites niches \u00e0 l&#8217;instar du Merzbau de l&#8217;artiste Schwitters, en entrant dans &#8220;le tambour rose&#8221; et en montant dans le &#8220;grenier noir&#8221; et le &#8220;grenier blanc&#8221;, on d\u00e9couvre des dessins, des peintures, des sculptures et de v\u00e9ritables environnements, notamment celui de Francis Marshall, le plus prenant. Il d\u00e9cline la vie de Mauricette, une poup\u00e9e grandeur nature con\u00e7ue avec des toiles de sac et des collants rembourr\u00e9s. En plusieurs sayn\u00e8tes, on assiste \u00e0 l&#8217;enfance de Mauricette dans sa chaise de b\u00e9b\u00e9 non loin de la table o\u00f9 le repas r\u00e9unit toute la famille. La vie de Mauricette semble toute trac\u00e9e de l&#8217;enfance \u00e0 la mort. Ce personnage cr\u00e9\u00e9 par un instituteur du Calvados nous raconte l&#8217;histoire de toutes les petites Mauricette qui sont pass\u00e9es dans sa classe : une r\u00e9volte !<\/p>\n<p>Les constructions en bois d&#8217;Emile Ratier (1894-1984) sont l\u00e0 pour tromper son ennui lorsque, \u00e0 65 ans, ce paysan devient aveugle. Mais reste la m\u00e9moire, et Emile fait revivre des &#8220;objets qui proviennent, dit-il, de mon propre cerveau et de mes mains proprement dit, alors, j&#8217;imite \u00e0 peu pr\u00e8s le fonctionnement des machines anciennes&#8230;&#8221; Giovanni Battista Podesta (1895-1976), issu d&#8217;une famille de paysans tr\u00e8s pauvres, descend \u00e0 la ville o\u00f9 il devient ouvrier dans une fabrique de c\u00e9ramique. Dans son HLM, il construit son univers en envahissant les murs de ses tableaux, en travestissant les meubles : papiers d&#8217;or et d&#8217;argent, plumes, \u00e9toffes, petits miroirs rutilants sont accompagn\u00e9s d&#8217;inscriptions.<\/p>\n<p>Les oeuvres d&#8217;ext\u00e9rieur sont install\u00e9es dans le petit parc des Bourbonnais. Le choc vient du Man\u00e8ge de petit Pierre enti\u00e8rement remont\u00e9 avec une minutie incroyable malgr\u00e9 la fragilit\u00e9 des mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration utilis\u00e9s .Pierre Avezard (1909-1992), gar\u00e7on vacher, faisait fonctionner, perfectionnait et entretenait au jour le jour cette immense machine constitu\u00e9e d&#8217;une centaine de figurines articul\u00e9es en fer blanc, de petites sc\u00e8nes de la vie rurale, de carrousels d&#8217;avions rudimentaires, d&#8217;engins lanc\u00e9s dans une course-poursuite sans fin. Cet \u00e9cheveau complexe de cames, de tringles, de galets, de courroies est peut-\u00eatre l&#8217;une des seules machines existantes dans le genre. Commenc\u00e9e en 1937 en pleine campagne, \u00e0 la Coinche, par Fay-aux-Loges, la machine est ouverte au public en 1955. Elle n&#8217;a cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre am\u00e9lior\u00e9e et a \u00e9t\u00e9 termin\u00e9e douze ann\u00e9es plus tard. De P\u00e2ques \u00e0 la Toussaint, des centaines de visiteurs parcouraient, par groupes de dix ou vingt, ce fabuleux man\u00e8ge ponctu\u00e9 de gags. Des avions bombardiers l\u00e2chaient des billes sur une t\u00f4le ; la vache \u00e9lectrique aspergeait les observateurs, etc. Le tout fonctionnait avec un seul moteur. Et \u00e0 l&#8217;origine seulement gr\u00e2ce au propri\u00e9taire qui p\u00e9dalait !<\/p>\n<p><strong> La passion &#8220;art brut&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Cet engin tr\u00e8s fragile et incroyable, bien que class\u00e9, a failli dispara\u00eetre. Apr\u00e8s maintes p\u00e9rip\u00e9ties, Alain Bourbonnais l&#8217;a accueilli dans son jardin extraordinaire o\u00f9 il voisine avec le fragment du Jardin d&#8217;Eden de Camille Vidal autrefois \u00e0 Agde et les personnages de Charles Pecquay. Il a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 en 1989, gr\u00e2ce \u00e0 la passion de Caroline qui, apr\u00e8s la disparition de son mari en 1988, a repris en solo le flambeau de la Fabuloserie. La Fabuloserie Bourbonnais. 89120 Dicy. T\u00e9l : 03 86 63 64 21<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un petit village de l&#8217;Yonne, Dicy, nich\u00e9 entre Donzy et Montargis, une maison porte le nom de Fabuloserie. Qu&#8217;on sonne \u00e0 la porte, attir\u00e9 par ce patronyme qui chante comme le d\u00e9but d&#8217;une aventure, et la ma\u00eetresse de c\u00e9ans vient accueillir le visiteur. 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